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Publié le 16 Février 2012

 

Alors que les échanges semblent s'interrompre entre Rome et la Fraternité Sacerdotale St Pie X (FSSPX), il n'est pas inintéressant de se pencher quelque peu sur la genèse de ce mouvement, pour mieux comprendre les rôles et responsabilités de chacun. L'objet de ce billet n'est pas de se prononcer sur le fait de savoir si les uns ou les autres avaient raison,  mais de rappeler quels furent les acteurs de ces controverses.

 

 

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Au commencement était Mgr Lefebvre (1905 - 1991). http://www.fsspx.org/en/wp-content/uploads/2009/11/Mgr-Lefebvre-Clovis1.jpgOrdonné en 1929, consacré évêque en 1947, Mgr Marcel Lefebvre fut un spiritain, qui donna une grande partie de sa vie à l'Afrique, et plus spécialement à Dakar où il exerça son épiscopat, et y devint archevêque. Il revint en France en 1962, pour y être nommé évêque de Tulle, charge qu'il décline quelques mois plus tard lorsqu'il fut nommé supérieur général des spiritains. Il participa au concile Vatican II dans la frange la plus conservatrice, et la plus traditionnaliste qu'il rejoint à cette époque. C'est en 1969 que les choses se tendirent avec la publication du nouveau missel romain (nouvel ordo missae, la nouvelle messe), qu'il critiqua ouvertement. En 1970, il crée la FSSPX à Ecône, en Suisse, par la fondation d'un séminaire.

 

Au même moment, un moine, Gérard Calvet, crée un monastère à Ste Madeleine du Barroux, dans la tradition bénédictine, avec les deux piliers que sont la messe tridentine et le grégorien. Dom Gérard et Mgr Lefebvre se connaissent et s'apprécient mutuellement. Ils se fréquenteront régulièrement, au point que Dom Gérard et sa communauté seront officiellement exclus de l'ordre bénédictin, au moment où Mgr Lefebvre est déclaré suspens a divinis (c'est à dire officiellement interdit par Rome de distribuer les sacrements), en juillet 1976.

 

La situation avait dérapé quelques mois auparavant. En mai 1976, le pape Paul VI dans un discours au consistoire, tance Mgr Lefebvre. Mais il ajoute quelques éléments qui aggravent la situation, à propos du rite tridentin :

 

C'est au nom de la Tradition que nous demandons à tous nos fils, à toutes les communautés catholiques, de célébrer, dans la dignité et la ferveur, la liturgie rénovée. L'adoption du nouvel Ordo Missae n'est pas du tout laissée au libre arbitre des prêtres ou des fidèles. L'instruction du 14 juin 1971 a prévu la célébration de la messe selon l'ancien rite, avec l'autorisation de l'Ordinaire, uniquement pour des prêtres âgés ou malades, qui offrent le sacrifice divin sine populo (5). Le nouvel Ordo a été promulgué pour être substitué à l'ancien, après une mûre réflexion, et à la suite des instances du Concile Vatican II. Ce n'est pas autrement que notre saint prédécesseur Pie V avait rendu obligatoire le missel réformé sous son autorité, à la suite du Concile de Trente.

 

Si l'on peut comprendre la volonté de Paul VI de vouloir faire place au nouveau missel, sa volonté de le substituer à l'ancien de manière définitive choque les traditionnalistes. Le pape St Pie V, à la suite du concile de Trente, n'avait pas substitué de rite à un autre, il avait plutôt marqué dans le marbre le rite le plus commun, et reconnu comme saint depuis de longs siècles. En ce sens, la brutalité de cette décision ne passe pas, les noms d'oiseaux et les polémiques pleuvent de part et d'autre. La mise en oeuvre de cette décision est assez violente, et fait beaucoup de dégâts, la messe devenant en certains endroits du grand n'importe quoi. Les conservateurs ne comprennent pas que l'on puisse revenir de cette manière sur quelque chose d'aussi important que la liturgie, que les papes et la tradition avaient reconnu comme sainte. D'autant que beaucoup de catholiques, ballotés dans la crise, avaient perdu la foi dans ces années, mais la retrouvent ensuite grâce à Mgr Lefebvre. Ce qui explique la violence de certains de leurs réactions, toujours valables aujourd'hui.

 

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En 1977, après neuf tentatives infructueuses auprès de l'évêque de Paris pour disposer d'un lieu de culte dans la capitale, les fidèles traditionnalistes (rappelons alors que le tradiland de l'époque se limite à la FSSPX) choisissent "d'occuper" une église. C'est St Nicolas du Chardonnet qui est choisi. Mgr Ducaud-Bourget en est le curé jusqu'en 1984. Qui est remplacé à son décès par un tout jeune prêtre, l'abbé Laguérie. En 1989, celui-ci se fait remarquer par ses charges tonitruantes contre l'anniversaire de la Révolution Française. L'évêque de Paris n'a jamais fait exécuter la décision de justice qui ordonnait l'expulsion de la fraternité de cette église.

 

En mai 1982, répondant à l'appel de Jean-Paul II (en juin 1980, le pape lance à Longchamp : "France, fille aînée de l'Eglise, qu'as-tu fait de ton baptême ?" ), trois hommes du Centre Charlier lancent l'idée d'un pèlerinage sur les pas de Charles Péguy, entre Paris et Chartres. L'abbé Pozzetto, en demeure l'aumônier pendant vint-cinq ans. 

 

En parallèle, depuis 1979, Mgr Lefebvre avait initié les premiers contacts auprès de Rome pour lui trouver un successeur, à la tête de la FSSPX (un évêque est indispensable pour ordonner les prêtres, donc pour la survie de la communauté). Les négociations se rompent brutalement en 1986 avec les journées d'Assise. Mgr Lefebvre est révolté par ce rassemblement qu'il perçoit comme du relativisme, et du nivellement par le bas de toutes les religions. Il condamne cette rencontre. Et cela le convainc, à tort ou à raison, qu'il ne peut rien obtenir d'un Vatican organisant de telles manifestations, qu'il estime contraires à la Tradition. Mgr Lefebvre sentant sa fin approcher, décide, après d'ultimes tractations (durant lesquelles il avait donné, puis retiré son accord à une proposition du cardinal Ratzinger ), de se passer de l'autorisation de Rome pour sacrer 4 prêtres comme évêques de la fraternité St Pie X. Il choisit pour cela les abbés Fellay, de Galaretta, Tissier de Malleray et Williamson en juin 1988. Tout ceux qui participent à ce sacre sont excommuniés d'office (latae sentenciae, règle introduite par Pie XII pour éviter le sacre d'évêques chinois communistes), ce que la FSSPX contestera toujours, avec l'idée qu'il y avait un "état de nécessité" justifiant cette décision. C'est la raison pour laquelle jamais ils ne se sont considérés comme réellement hors de l'Eglise.

 

Néanmoins, une grande partie de celle-ci n'accepte pas ce geste, et décide donc de s'en aller. Et de jouir des nouvelles dispositions immédiatement proposées par le pape Jean-Paul II à la suite du sacre, dans son Motu Proprio "Ecclesia Dei Afflicta" où, en plus du statut canonique, du droit à la messe tridentine et aux sacrements pour les demandeurs, il demandait aux évêques nationaux une autorisation de célébrer le rite tridentin de manière "large et généreuse", disposition qui sera appliquée très modestement. On parlera donc ensuite des communautés Ecclesia Dei pour désigner les communautés vivant sous ce régime.

 

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Ainsi naquit la fraternité St Pierre. Qui fut rejointe par l'abbaye du Barroux, citée plus haut, l'abbé Pozzetto, et avec lui, le pèlerinage de Chartres. Ce pèlerinage étant devenu une coutume, un autre pèlerinage fut créé par la FSSPX le même week-end que son frère jumeau, mais dans l'autre sens, entre Chartres et Paris.

 

Bien auparavant, des séminaristes en difficulté dans des séminaires diocésains s'étaient réunis pour discuter des possibilités de célébrer le rite tridentin, sans passer par la solution FSSPX. De ces discussions nait en 1990 l'Institut du Christ Roi Souverain Prêtre, dirigé par Mgr Wach, qui plante son séminaire en Toscane, à Gricigliano. La spiritualité y est d'inspiration salésienne. Leur fief français devient l'église de Port Marly qui avait été également occupée par ses paroissiens en 1986, et sera reconnu par le diocèse une dizaine d'années plus tard. La différence majeure de cet l'Institut avec la fraternité St Pierre est qu'ils acceptent, une fois par an, les concélébrations, ou dit autrement, d'entourer leur évêque lors de la messe chrismale du Jeudi Saint, concélébrations qui sont généralement refusées par les prêtres célébrant la messe tridentine.

 

Enfin, en 2005, profitant de l'élection de Benoit XVI, et de son herméneutique de la continuité (l'idée qu'il faut lire le concile Vatican II à la lumière de la Tradition, c'est à dire des enseignements accumulés de l'Eglise) les deux fortes têtes de la FSSPX, que sont les abbés Laguérie et Tanoüarn, la quittent pour fonder l'Institut du Bon Pasteur, dans le cadre des communautés Ecclesia Dei. A cette occasion, le Vatican accepte que ces communautés fassent une critique légitime et mesurée du concile. Ils s'installent à Bordeaux, dans l'église St Eloi, et à Paris, au Centre St Paul, et ils seront victimes du reportage des Infiltrés que j'ai déjà évoqué.

 

 

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Entre-temps, la FSSPX avait posé des "exigences" au retour des négociations avec Rome, qui étaient la libéralisation du rite tridentin, et la levée des excommunications des 4 évêques. La première mesure est déclenchée par Benoit XVI le 7 juillet 2007, par le Motu Proprio "Summorum Pontificum Cura", et la seconde est accordée le 21 janvier 2009, au prix d'une polémique très importante pour le pape. Les discussions doctrinales entre les deux parties commencent alors, et aboutissent à un préambule que la FSSPX doit accepter pour "revenir" dans l'Eglise. Préambule qu'elle a pour le moment refusé. Maintenant que le rite tridentin est libéralisé, ce qui pose problème sont les nouveaux éléments avancés par le concile Vatican II qu'ont été l'oecuménisme, la liberté religieuse et la collégialité, et dont la FSSPX conteste la pertinence. En outre, se pose la question du statut canonique de la FSSPX, c'est à dire le régime juridique dont elle pourrait disposer une fois reconnue. Les évêques ne souhaitant pas particulièrement son intégration, le plus simple serait un statut dépendant uniquement du pape, comme une prélature personnelle, à la manière de l'Opus Dei. Voilà où nous en sommes aujourd'hui.

 

Ainsi nous retrouvons donc avec la carte du Tradiland que je dois à un ami de la FSSPX. La taille des caractères des noms est lié au nombre de vocations dans la communauté.

 

 

http://idata.over-blog.com/1/89/17/93//constellation.jpg

 

 

 

 

 

 

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Quelques précisions diverses:

 

Je passe sur les histoires de paroisses, de transfert de prêtres entre fraternités, ou même entre l'Eglise et les diverses communautés, il y en a pour tous les goûts et dans tous les sens. Toujours est-il qu'on peut signaler que la fraternité St Pierre, malgré sa fidélité au St Siège, n'a toujours pas de paroisse à Paris, que le Bon Pasteur y dispose d'un lieu qui ressemble à tout, sauf à une église. Les paroisses avec la messe en latin sont desservis par des curés diocésains à St Eugène - Ste Cécile ou Notre Dame du Lys, mais les communautés Ecclesia Dei n'y ont pas de lieu dédié. Enfin, la FSSPX est toujours présente à St Nicolas du Chardonnet.

 

Les sédévacantistes sont la branche la plus extrême des traditionnalistes. Cette option, qui a toujours été refusée par Mgr Lefebvre, représentent ceux qui considèrent que le siège de Rome est vide (vacance du siège) et que le pape d'après Vatican II ne peut être qu'un anti-pape. Un des leurs, héritiers des dominicains, le père de Blignières, qui avait été très vigoureux dans sa lutte contre Rome dans le cadre de sa fraternité St Vincent Ferrier, est revenu dans l'Eglise, et a renié ses errements passés. Mgr Williamson, représentant l'aile dure de la FSSPX, a parfois tendance à flirter avec cette tendance sulfureuse, lui causant de nombreux soucis en interne.

 

J'ai évité de parler des communautés proches mais non traditionnelles. Pour prendre deux exemples complètement opposés, la communauté St Martin ou la Contre-Réforme Catholique sont des satellites de cet univers, mais n'y ont pas leur place. La première s'est axée sur le respect de la liturgie dans le cadre du nouveau missel, notamment par l'utilisation du latin, le port de la soutane pour les prêtres mais n'a pas de lien direct avec le rite tridentin. Tandis que la deuxième n'est pas loin d'une secte dont le fondateur, l'abbé de Nantes, a toujours extrêmement violemment critiqué les autorités pontificales depuis le concile.

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Rédigé par Polydamas

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Publié le 10 Octobre 2011

Rédigé par Polydamas

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Publié le 1 Septembre 2011

 

Les actes de foi, d'espérance et de charité devenant, à l'usage, très routiniers, ne nous permettent pas de prendre conscience de notre incapacité à pratiquer ces vertus. Prises de conscience qui se traduirait beaucoup mieux par des prières telles que celle-ci.

 

Mon Dieu,

Je ne vous aime pas, je ne le désire même pas, je m'ennuie avec vous.

Peut-être même que je ne crois pas en vous.

Mais regardez-moi en passant.

Abritez-vous un moment dans mon âme, mettez-là en ordre d'un souffle, sans en avoir l'air, sans rien me dire.

Si vous avez envie que je croie en vous, apportez-moi la foi.

Si vous avez envie que je vous aime, apportez-moi l'amour.

Moi, je n'en ai pas, et je n'y peux rien.

Je vous donne ce que j'ai: ma faiblesse, ma douleur.

Et cette tendresse qui me tourmente et que vous voyez bien...

Et ce désespoir...

Et cette honte affolée...

Mon mal, rien que mon mal...

C'est tout !

Et mon espérance !

 

 

In Le combat de Jacob, du père Marie-Dominique Molinié, qu'il faudra bien que j'évoque ici.

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Rédigé par Polydamas

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Publié le 24 Juin 2011

PRIERE DU BIENHEUREUX JOHN HENRY NEWMAN

 

Seigneur Jésus,
inonde-moi de ton Esprit et de Ta vie.


Prends possession de tout mon être
pour que ma vie ne soit qu’un reflet de la Tienne

 
Rayonne à travers moi, habite en moi, et tous ceux que je rencontrerai
pourront sentir ta Présence auprès de moi,
en me regardant ils ne verront plus que Toi seul,
Seigneur !

 

Demeure en moi  et alors je pourrai,
comme Toi, rayonner, au point d’être à mon tour
une lumière pour les autres, une lumière, Seigneur,
qui émanera complètement de Toi, c’est Toi qui, à travers moi, illuminera les autres.

 

Ainsi ma vie deviendra une louange à Ta gloire,
la louange que Tu préfères, en Te faisant rayonner sur ceux qui nous entourent.
Par la plénitude éclatante de l’amour que Te porte mon cœur.

Amen.

 

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Rédigé par Polydamas

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Publié le 16 Avril 2011

L' affiche Piss Christ fait scandale chez les catholiques. L'émotion est bien compréhensible, notamment lorsque l'on constate les divers traitements réservés aux religions. On pense immédiatement au respect, voire à la déférence que le monde médiatique ou artistique adopte avec l'islam ou le judaïsme. La comparaison est cependant peu pertinente, à mon sens. Y a-t-il un seul catholique qui souhaiterait que sa religion ait la même image que l'islam ? J'en doute fortement. Nous sommes martyrs, et sommes nés pour ça, il nous faut le comprendre et l'accepter, la mission est claire.

 

C'est donc notre honneur et notre bénédiction d'être un objet de dérision, c'est même cela qui fait la supériorité du christianisme. Chaque insulte, chaque injure est un hommage rendu à la croix, qui reste et demeure notre faiblesse, notre blessure, notre scandale. Nous sommes catholiques, nous ne pouvons y échapper.

 

La semaine sainte commence demainhttp://2.bp.blogspot.com/_Yx9dYMp-Hj8/TUVYRoQsgBI/AAAAAAAABlI/LSAeqvR1Hx0/s640/Andres+Serrano%252C+Piss+Christ%252C+1987..jpg. L'occasion de rappeler que c'est nous qui crucifions le Christ tous les jours de notre vie, à chaque seconde. Que malgré nos prières, nos louanges comme le jour des Rameaux, nous continuons à le flageller par nos fautes. Cette photo est donc l'incarnation de ce que nous faisons vivre au Christ tous les jours. Face à cette question, plusieurs attitudes sont possibles.

 

Il y a ceux, parmi les catholiques, qui sont à peine touchés, ne se sentent pas concernés et qui considèrent qu'il ne faut rien dire, rien tenter, on risquerait de passer pour des méchants intégristes, de méchants catholiques ou qu'il faudrait ne rien faire, parce que stratégiquement ou médiatiquement parlant, ça serait plus intelligent. Le respect humain dans toute sa splendeur.

 

Il y a ceux, parmi les catholiques, qui sont touchés, qui voient leur foi bafouée, foulée aux pieds, et qui considèrent qu'on peut changer les choses. Qu'on peut se battre. Qu'on doit se battre. Oui, pourquoi pas, ne doit-on pas réagir à chaque fois que notre Dieu est injurié ? Mais n'est-ce pas une vision beaucoup trop matérialiste ou politique des choses ? (Parenthèse : inutile de dire que j'ai beaucoup plus de respect pour ces derniers que pour ceux qui considèrent qu'il ne faudrait pas choquer le bourgeois, et qui n'en sont même pas touchés, l'art contemporain pouvant tout justifier. Au moins ceux-là, malgré leurs défauts, ont-ils encore un peu le sens du sacré, montrent-ils qu'ils sont blessés par ces outrages)

 

Et il y a ceux, parmi les catholiques, qui souffrent de ce blasphème, profondément, personnellement, dans leur chair, mais qui savent également que ce soi-disant "artiste" n'y est pour rien. Ce sont eux qui ont mis ce crucifix dans cette urine, Serrano ne faisant que traduire en actes, ce qu'ils ont fait spirituellement par leurs péchés.

 

Interrogeons-nous brièvement : quelle est notre blessure par rapport à cette photo ? J'aimerais pouvoir dire que ma blessure est profonde à voir un tel objet de scandale. Que je me tais par douleur de savoir que c'est moi qui l'y ai mis. Mais si je suis honnête, la seule réponse à faire est que non, je ne suis aucunement lié à cela. Et pourtant, de la même façon qu'il y a une communion des saints, il y a également, en parallèle, une responsabilité collective des fautes. En conséquence, la vérité simple et unique est celle-ci : c'est moi qui l'ait fait. La question n'est donc pas s'il faut interrompre cette exposition immédiatement. La question est plutôt : à quel point vous reconnaissez-vous dans Andres Serrano ? N'est-ce pas moi, par mes fautes, qui ait mis le Christ dans ces excréments ? Ne suis-je pas Andres Serrano ?

 

Suis-je en train de justifier l'immobilisme ? Aucunement. Car les grandes douleurs sont muettes. Et se réfugient dans la prière. St Jean s'est-il précipité sur la croix pour détacher le Christ ? Non. Il est resté à contempler ce Christ malmené, défiguré, transpercé, outragé, violenté, injurié, humilié et sali. Dans le rite tridentin, le vendredi saint, le prêtre, durant l'office, découvre le bois de la croix en montant à l'autel et dit "Ecce lignum crucis" - "Voici le bois de la croix". Et il vient ensuite l'embrasser pieds nus. Mais l'on oublie (et c'est là tout le mérite du film la Passion de Mel Gibson que de le rappeler) que cette croix n'était pas propre et lisse mais pleine de sang, d'excrément, de crachat, de pus, de tout ce qui fait l'humain. Qu'elle est ce qu'il y a de pire dans l'ignominie, et la déchéance.

 

Et pourtant le Christ l'a portée, l'a soulevée, l'a embrassée, jusqu'à en mourir.

 

Alors, non, la seule réponse qui vaille est de suivre St Jean, de ne rien dire, de ne pas crier, de ne pas gesticuler, mais de prier face à l'exposition, en silence, sans gêner qui que ce soit, ni les visiteurs, ni les passants, en méditant sur ce Dieu que nous, et nous seuls, avons obligé à descendre du ciel pour se mêler à nos excréments.

 

Car cette urine dans laquelle est plongée le Christ, c'est évidemment la nôtre, mais c'est surtout la mienne.

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Rédigé par Polydamas

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Publié le 15 Février 2011

Ces instants de vérité partagée sont plus rares avec les hommes, qui ont plus de mal à se livrer. Quand ils surviennent toutefois, ils sont bouleversants. Il y a quelques jours, un homme d’affaires que je rencontrais pour la première fois m’a raconté une anecdote, qu’il a vécue de près.

Un groupe de ses amis avaient obtenu le privilège d’assister à la messe matinale avec Jean-Paul II. Attendant leur taxi pour s’y rendre, dans la jolie lumière caressante du matin romain, un clochard puant, un vieux SDF, s’approche d’eux. Après avoir échangé quelques paroles, ils lui disent qu’ils sont pressés car le pape les attend. « Alors demandez-lui de prier pour moi, car avant d’en être arrivé là, j’étais prêtre… » Troublés par cette révélation inattendue, les amis  promettent. Après la messe, le pape s’approche d’eux, ils se présentent et n’oublient pas leur promesse : ils recommandent le SDF à la prière du Saint-Père. Celui-ci les regarde et leur dit : « Allez le chercher. » Les amis sont interloqués… « Quoi, maintenant ? » Le pape se fait insistant. « Allez le chercher. Tout de suite. »

Les voilà repartis dans les rues de Rome. La chance leur sourit et ils retrouvent le pauvre homme, assis sur son trottoir. Ils le convainquent de les suivre. Arrivé au Vatican, le pape prend le vieil homme par le bras et l’entraîne un peu plus loin. Les amis regardent la scène, intrigués. Et voilà que Jean-Paul II s’agenouille devant le clochard… et se confesse à lui ! Celui-ci était entré en mendiant, il est sorti en prêtre, restauré dans ses fonctions par le geste plein d’humilité du pape.

Assis à cette table, dans ce restaurant pour déjeuners d’affaires, l’homme qui me raconte cela se met à pleurer.

J’en pleure encore.

 

L'auteur de ce billet, que vous pourrez retrouver sur ce blog, est Thierry Bizot, dont on pourra écouter la surprenante conversion ci-dessous.

 

 


Thierry Bizot : "Catholique anonyme"

 

 

Il a raconté son histoire dans son livre "Catholique Anonyme" qui évoque essentiellement son parcours dans la catéchèse. Or cet ouvrage a été repris par sa propre épouse dans le film "Qui a envie d'être aimé" sorti dans les salles la semaine dernière, et que j'ai vu. J'avoue avoir été touché par la délicatesse de ce film, qui essaye de montrer en quoi une conversion peut changer toute la vie, en devenant le sel de l'existence, sans que l'on sente pour autant la très sainte Trinité à l'oeuvre. Et c'est là toute la justesse de ce film, qui parlera peut-être davantage à des non-croyants qu'à des croyants qui n'y retrouveront pas leur vécu ou leur lecture du livre, car il montre comment progressivement, par petites touches, la personne finit par changer profondément sans pour autant, à aucun moment, se transformer radicalement. Car Dieu n'est pas seulement dans la belle liturgie tridentine, mais aussi et surtout dans les petits gestes de la vie quotidienne.

 

"A Nazareth, il n’y a pas d’extase, pas de grands élans mystiques, mais la simplicité de la vie avec Dieu. Etre saint ce n’est pas faire de grandes choses, mais faire avec amour toutes choses grandes ou petites, ramasser une épingle par amour, ça peut sauver le monde." disait Ste Thérèse de l'Enfant Jesus

 

Tout simplement.


 


QUI A ENVIE D'ÊTRE AIMÉ : BANDE-ANNONCE HD

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Rédigé par Polydamas

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Publié le 10 Janvier 2011

Apprends-moi, Seigneur


Apprends-moi, Seigneur, à bien user du temps que tu me donnes pour travailler, et à bien l'employer sans rien en perdre. Apprends-moi à  tirer profit des erreurs passées sans tomber dans le scrupule qui ronge.

Apprends-moi à prévoir le plan sans me tourmenter, à imaginer l'œuvre sans me désoler si elle jaillit autrement. Apprends-moi à unir la hâte et la lenteur, la sérénité et la ferveur, le zèle et la paix.
 
Aide-moi au départ de l'ouvrage là où je suis le plus faible.

Aide-moi au cœur du labeur à tenir serré le fil de l'attention, et surtout comble Toi-même les vides de mon œuvre. Seigneur, dans tout labeur de mes mains, laisse une grâce de Toi pour parler aux autres, et un défaut de moi pour parler à moi-même.
 
Garde en moi l'espérance de la perfection, sans quoi je me perdrais d'orgueil.

Purifie mon regard : quand je fais mal, il n'est pas sûr que ce soit mal et quand je fais bien, il n'est pas sûr que ce soit bien.  

Seigneur, ne me laisse jamais oublier que tout savoir est vain, sauf là où il y a travail, et que tout travail est vide, sauf là où il y a amour, et tout amour est creux qui ne me lie à moi-même et aux autres et à Toi.
 
Seigneur, enseigne-moi à prier avec mes mains, mes bras et toutes mes forces.

Rappelle-moi que l'ouvrage de mes mains t'appartient et qu'il m'appartient de te le rendre en te l'offrant.

Que si je le fais par goût du profit, comme un fruit oublié je pourrirai à l'automne.

Que si je le fais pour plaire aux autres, comme la fleur de l'herbe je fanerai au soir.

Mais si je le fais pour l'amour du bien, je demeurerai dans le bien.

 

Et le temps de faire bien et à ta gloire, c'est tout de suite.
 
Amen.

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Rédigé par Polydamas

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Publié le 20 Septembre 2010

Dimanche soir. Après la messe. L'idée m'était venue pendant celle-ci d'aller le voir ensuite.

 

Dans le grand hall, des jeunes catholiques que je connais sont en train d'acheter leur place. Je les dépasse, envie de regarder ce film seul. De le laisser résonner en moi. Je m'installe dans la salle. Tiens, deux vieilles connaissances d'école au loin. Un prêtre s'assis dans la rangée précédant la mienne. Des cathos, reconnaissables entre mille se joignent à nous. Les gens affluent.

 

Le film commence. Des Hommes et des Dieux. L'histoire des moines de Tibehirine.

 

A priori plus que positif, le Petit Lieutenant, le film précédent du réalisateur m'avait touché, ce n'était pas un polar français comme les autres, il était beaucoup plus empreint d'émotion et de réalisme. C'était une réussite.

 

http://www.koztoujours.fr/wp-content/uploads/2010/09/tibehirine.jpg

Disons-le, j'ai beaucoup aimé ce film. Notamment parce qu'il réveille et fait allusion à ce j'ai pu y lire de ma propre vie, et de mes choix, que pour le film en lui-même.

 

Lambert Wilson affirme dans un entretien que son rôle du Frère Christian de Chergé peut couronner la carrière d'un acteur. Je suis bien d'accord avec lui, mais pour parfaitement le jouer, il aurait fallu cette étincelle dans le regard, cette paix intérieure, cette preuve de l'homme habité. Ce qu'il n'a malheureusement pas, il lui aurait fallu au minimum six mois de prière et de recueillement pour y parvenir. Pour ceux qui ne comprendraient pas à quoi je fais référence, il suffit de le comparer aux yeux rieurs de cette photo ou de regarder cette émission avec le père abbé du Barroux (à partir de la 8e minute) où l'on voit clairement que certains humains ne sont plus tout à fait de notre monde. On retrouve en partie cette clarté du regard chez Frère Luc (inoubliable Michael Lonsdale) et chez Frère Amédée, dont la simplicité et la joie illuminent le film (magnifique scène du massage).

 

Or Lambert Wilson, malgré tous ses efforts, n'a pas ce regard posé. Je suis le dernier à pouvoir jauger du jeu d'un acteur, mais son jeu est, me semble-t-il, encore trop vibrionnant, à la fois trop torturé et trop affirmé, notamment face aux terroristes. Seule satisfaction, sa lecture d'un texte sur l'incarnation, rappelant cet appel à la simplicité, et à la redécouverte de ce que nous portons du Christ en chacun de nous. Lecture qui m'a évoqué mon livre du moment, ouvrage que je vous enjoins à vous procurer pour bien comprendre la temporalité des moines.

 

Cette temporalité, la seule qui vaille, c'est l'éternité. La volonté de vivre l'éternité ici-bas nécessite en chaque moment de retrouver l'essentiel, de se laisser dépouiller par le Christ, de retirer les couches d'égoïsme, de s'abandonner totalement, intégralement et en toutes choses. De trouver Dieu dans les actes les plus banals de la vie quotidienne. De comprendre que l'on n'a le contrôle sur rien, mais que dans le même temps, Dieu ne peut rien faire sans nous. Et donc d'être totalement présent, totalement impliqué. Ainsi, de manière paradoxale, le détachement complet se caractérise par une nouvelle implication, une présence totale dans notre devoir d'état. Chercher et servir Dieu signifie être tout entier investi dans notre devoir d'état, dans ce qu'Il nous appelle à réaliser et à faire à cet instant précis, le résultat important peu. Ce que l'on retrouve dans le film via les tâches quotidiennes, répétitives et banales des moines.

 

Je pourrais polémiquer sur le manque de volonté de conversion des villageois, sur l'oecuménisme qui oblige ces frères à assister à une cérémonie musulmane, mais il me semble que ce serait vain, futile, et tout simplement idiot. Car l'essentiel dans le film n'est pas là.

 

L'essentiel, c'est l'abandon à Dieu.

 

Faisant face en ce moment à des choix importants qui conditionnent ce que j'ai de plus précieux, ce film m'a violemment ramené à ma propre vie. L'abandon de ces moines face à la mort fait ressortir par contraste mon inaptitude à me laisser porter, ma propre incapacité à m'abandonner à la grâce divine, à ne pas laisser Dieu mettre en oeuvre ce qu'Il veut pour moi. C'est pourquoi je dois être le seul dans la salle a avoir raté la scène du dernier repas, vu que j'étais effondré en larmes. Le catalyseur en a été évidemment le Lac des Cygnes, moment certes un peu convenu (quoi que le cliché a aussi sa part de vérité), mais qui montre bien la sérénité et la joie, conséquences du don librement consenti, et réalisé en plénitude. A fortiori, si l'on est en ce moment en train de franchir des épreuves qui vous ramènent à des choix de même nature, il est difficile de rester de marbre. Et de ne pas y voir un appel pour notre propre vie.

 

L'appel de la Croix.

 

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Rédigé par Polydamas

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Publié le 15 Août 2010

La véritable fête nationale.

 

http://www.addict-art.com/assomption022.jpg

 

Assomption de la Vierge, Nicolas Poussin.

 

L'occasion de prononcer cette prière :

 

Notre-Dame de la transparence, en toi et à travers toi, Dieu nous parle: donne-nous un coeur simple, remplis-nous d’allégresse O Vierge du Fiat et du Magnificat, rends nos coeurs transparents comme le tien.
Notre-Dame d’humilité cachée dans la foule, enveloppée dans le mystère, aide-nous à porter la Bonne Nouvelle au monde et à nous immerger dans le mystère du Christ pour en communiquer quelque chose à nos frères.

Notre-Dame de la fidélité, Toi qui sans cesse «recherchais le visage du Seigneur », Toi qui as accepté le mystère et qui l’as médité dans ton coeur, toi qui as vécu en accord avec ce que tu croyais, toi qui fus l’exemple même de la constance dans l’épreuve comme l’exaltation, aide- nous à tenir nos engagements, en bons et fidèles serviteurs, jusqu’au dernier jour de notre vie sur terre.

Jean-Paul Il

 

Sinon, je ne suis pas encore mort, j'ai bien l'intention de revenir de temps en temps sur ce blog. Reste que mes diverses activités, ajoutées à la lecture et à la prière, dont j'ai découvert tout l'impact positif dans ma vie, m'empêchent de suivre avec autant d'acuité les différents éléments de l'actualité.

 

D'autant que la pratique régulière de la prière a fortement tendance à calmer et à tempérer les différentes pulsions, énervements et autres crispations, qui sont généralement la base des billets de blogs. Tout du moins de mes billets. Lorsque l'on essaye d'avoir une vie spirituelle, on a un peu moins tendance à vouloir garder le contrôle sur les choses de la terre, et davantage tendance à laisser Dieu agir dans nos vies. On sait que ce ne sera pas sans luttes et sans souffrance, mais que ça sera toujours mieux mené et mieux dirigé que par notre pauvre personne. Et en prime, on se porte beaucoup mieux, on est plus ouvert, moins porté sur l'ego, beaucoup moins crispé. La voie du bonheur.

 

En ce jour de la fête de l'Assomption, je n'ai donc qu'un seul conseil à formuler : lâchez vos claviers et priez !

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Rédigé par Polydamas

Publié dans #Religion

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Publié le 26 Juin 2010

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