Publié le 28 Septembre 2006

Dans la page Horizons du Monde de ce soir, vous pourrez trouver cet article. Les phrases entre crochets sont rajoutés par mes soins.



Le pape rallie ses intégristes



Quand le célébrant se lève de son trône, le claquoir résonne, et dans un envol de surplis de dentelle blanche, de soutanes et mantilles noires, l'assemblée se dresse à son tour et en cadence. A chaque génuflexion, les diacres et sous-diacres relèvent la chasuble dorée de l'officiant. Sous un camail rouge bordé d'hermine, les enfants de choeur, à genoux, sont mains jointes. L'harmonium ronronne de plaisir. Les chantres déclinent le répertoire grégorien. Et, dans les odeurs d'encens, les fidèles égrènent leur chapelet ou plongent le nez dans le vieux missel pour qui le temps liturgique s'est arrêté. A la communion, ils iront s'agenouiller pour recevoir dans la bouche l'hostie sacrée. Quand le prêtre monte en chaire pour le sermon défilent les images pieuses d'antan, les mots du lexique mité des "annonces de la semaine" : salut au Saint-Sacrement, office de première classe, vêpres, messe basse, prières pour les âmes du Purgatoire, etc.


Ce dimanche matin, dans l'église Saint-Eloi, adossée au mur de ceinture de la vieille ville de Bordeaux, la messe traditionnelle déploie son rite comme un ballet minutieusement réglé. "C'est la messe de mon enfance", s'écrie une paroissienne éblouie. Abandonnée par l'archevêché de Bordeaux, "squattée, saccagée, profanée" par des sans-papiers, cette église avait été cédée, en 2001, par Alain Juppé, alors maire, à un petit groupe de fidèles à l'ancienne. Pour le principe, Jean-Pierre Ricard, archevêque de Bordeaux, a porté plainte et gagné son procès, mais a laissé l'église aux "traditionnels".

"Regardez mes mains, dit Philippe Laguérie, curé de Saint-Eloi. Elles ont porté 45 tonnes de chaux. Il a fallu refaire les joints, enduire les voûtes, les murs." La restauration de l'église n'est pas terminée, mais chaque dimanche elle fait le plein de ces nostalgiques d'un monde où l'Eglise était le centre, le latin la langue sacrée et l'ancien catéchisme le petit manuel d'une foi fondée sur l'obéissance et la morale, l'armure contre un monde perverti.

Tempête dans un bénitier ? Cette église de Bordeaux est devenue, le 8 septembre, grâce à une faveur de Benoît XVI, le siège du Bon Pasteur, un "Institut de droit pontifical" - n'ayant donc de comptes à rendre qu'à Rome - que l'écrasante majorité des prêtres et évêques de France considère déjà comme une pustule à leur flanc. Au mieux, comme l'ultime réserve des "derniers des Mohicans" de l'Eglise schismatique de Mgr Lefebvre ; au pire comme un ver intégriste dans le fruit de l'Eglise. Aujourd'hui tout miel avec le pape, promu supérieur de cet institut créé sur mesure, l'abbé Philippe Laguérie, 53 ans, guerrier de la tradition, soldat du Christ, affirmait en 2001 qu'il voulait être "l'aiguillon dans la chair dont l'Eglise de Vatican II (le dernier concile 1962-1965) voudrait se débarrasser à tout prix", celui qui porterait le fer contre la "messe moderne" oecuménique, protestantisée, d'inspiration maçonnique.

Dans sa sacristie, l'abbé Laguérie, cheveu court, air patelin, voûté comme un chanoine, sourit. "J'ai la baraka", confesse-t-il. Sans l'élection de Benoît XVI, il ne serait plus rien, ou marginalisé, coupé de ses fidèles, oublié des médias. Car la Fraternité Saint-Pie X de Mgr Lefebvre, en proie aux haines fratricides propres à toute secte,[et le Parti socialiste, et le gouvernement, ce sont des sectes aussi?] l'avait exclu, en 2003, pour indiscipline. La "baraka", parce que le nouveau pape est "son" pape. Pour lui et ses amis, l'Eglise avait cessé d'être à la mort de Pie XII, en 1958 : "L'Eglise, c'est comme une belle Porsche, mais la direction est cassée, le volant ne tourne plus, les freins ne marchent plus et les ailes sont cabossées." Avec Benoît XVI, elle est "à nouveau gouvernée". Enfin oubliées les "chimères" de Jean Paul II : "On doit au pape polonais d'avoir redonné du prestige à la papauté, qui, avec Paul VI, était tombée bien bas. Il était le fils le plus accompli et génial du concile Vatican II. Mais il a rêvé tout éveillé au culte de l'homme. Regardez l'oecuménisme : en quarante ans, il n'a ramené personne à l'unité catholique."

Benoît XVI est un pape "traditionaliste". Simple "gratte-papier" au concile, Joseph Ratzinger se dressa vite contre les "abus" de la nouvelle liturgie. Laguérie aussi s'est converti à Mgr Lefebvre quand, dans son église de Sceaux, en région parisienne, il a vu un podium à la place de l'autel et des guitaristes singer les gestes de la messe. Il est convaincu que le nouveau pape va "réformer la réforme" de la liturgie, revenir à la messe en latin, le prêtre dos aux fidèles. Son ralliement date du 22 décembre 2005 quand, pour le quarantième anniversaire de la clôture de Vatican II, Benoît XVI a expliqué que le concile ne devait pas être interprété comme une "rupture" avec la tradition de l'Eglise. Depuis, tous les "tradis", quelle que soit leur chapelle, sont aux anges. Et applaudissent au discours de Ratisbonne qui vient de mettre en colère le monde musulman. "Un discours vrai, puissant, s'enflamme Laguérie. Enfin Benoît XVI casse le miroir aux alouettes de Jean Paul II, sa volonté d'uniformiser toutes les religions."

De ces brebis perdues, revenues dans le bercail romain, on se serait attendu à plus de retenue. Pas du tout. Autre rallié, mais pas plus repenti, jovial et joufflu, l'abbé Paul Aulagnier, 63 ans, ancien supérieur du district de France de la Fraternité Saint-Pie X, quand il monte en chaire à Saint-Eloi de Bordeaux, tonne contre "les libéraux, les modernistes qui ont détruit l'Eglise", s'étrangle d'émotion au souvenir de Mgr Lefebvre, dénonce la "subversion liturgique", la "situation catastrophique" de la papauté avant Benoît XVI et, déjà, fait monter l'enchère : non content de la main tendue par Rome, il réclame un statut propre pour les partisans de la tradition, un évêque à eux avec juridiction universelle, un département pour eux à la Curie romaine. Bref, une fois dans la place, ils veulent l'occuper jusqu'au bout.

Ils ne sont que cinq, mais d'autres, séminaristes et prêtres, frappent à la porte du Bon Pasteur. Ils s'appellent Philippe Laguérie, Paul Aulagnier, Guillaume de Tanouarn, Christophe Héry, Henri Forestier, tous de fortes têtes, combattants issus de cette branche "intransigeante" du catholicisme romain du XIXe siècle qui puise aux trois sources de l'anti-Réforme, de l'anti-Révolution et de l'anti-modernisme, héritage composite de la vieille Action française de Charles Maurras et des nouvelles formes de catholicisme prosélyte nord-américain, celui du cinéaste Mel Gibson, auteur en 2004 d'une Passion aux forts relents d'antisémitisme. [ça faisait longtemps que je ne l'avais pas entendu celle-là! A se demander si Tincq connaît le chemin de croix?]

Laguérie fut longtemps curé de Saint-Nicolas du Chardonnet, l'église intégriste de Paris où bat le coeur des dévots de la tradition et du latin, des clercs en soutane, des militants royalistes et lepénistes, des familles venues des beaux quartiers et des scouts au crâne rasé. Ce même bon apôtre avait occupé par la force une autre église parisienne, Saint-Germain l'Auxerrois, célébré les obsèques du milicien Touvier, pris la tête de processions musclées, volé au secours de Le Pen dans l'affaire de l'Holocauste-"point de détail", et s'était écrié, en chaire, après l'incendie du cinéma Saint-Michel qui avait programmé La Dernière Tentation du Christ, de Scorsese en 1988 : "Qui sème le vent récolte le tempête. Quand l'honneur de Dieu est en jeu, il faut réagir."

Aujourd'hui, il règle ses comptes : "J'ai servi la Fraternité mieux que personne. Mais le plus fidèle à Mgr Lefebvre, c'est moi. Je ne sais pas s'il aurait approuvé mon ralliement à Rome, mais il ne m'aurait pas mis dans les conditions de faire ce choix." Pour lui, Lefebvre était un "évêque de feu", un "bâtisseur". La Fraternité Saint-Pie X compte 450 prêtres, une quantité d'écoles, de prieurés dans une quarantaine de pays. Etonnant paradoxe : les curés ralliés au pape sont ceux qui avaient voté, en 1988, en faveur des sacres illégaux de quatre évêques par Mgr Lefebvre, suivis de leur excommunication par Jean Paul II.

Les autres avaient déjà "peur", clame Laguérie. Comme ils ont "peur" aujourd'hui d'un accord avec le Vatican. Bernard Fellay, évêque excommunié, supérieur de la Fraternité, a "couru, volé" vers Benoît XVI quand celui-ci, à la surprise générale, l'a invité en août 2005. Puis il a fait volte-face, cédé à ses jusqu'au-boutistes. Laguérie l'accuse d'avoir préféré sa réélection, en juillet 2006, à la chance historique offerte par Benoît XVI, sa volonté de lever les excommunications, d'étendre la pratique du rite en latin.

Dans le bastion "refuznik", on reste de marbre. On dément toute hémorragie à la suite du "bricolage juridique" qui a servi à retourner ces soldats perdus de la tradition. La direction de la Fraternité interprète l'épisode actuel comme le "choc de deux impatiences" : celle de Laguérie, fort en coups et en gueule, et celle du Vatican, qui veut en finir avec ce schisme. Elle admet que Benoît XVI a réussi à "dé-diaboliser" le camp traditionaliste, mais il n'a fait aucune concession sur le fond : "Aujourd'hui, on est dégrisé parce que la modernité est en crise, dit un proche de Mgr Fellay. L'Eglise a fait le choix de la modernité et est aussi en crise. Et nous nous battons pour qu'elle redevienne le centre, la référence. Et tant pis si cela prend du temps."


Je remercie au passage Henri Tincq d'affubler les tenants de la fraternité St Pie X sous le doux vocable de secte. J'ai rarement vu une secte se réclamer autant de l'Eglise et de l'autorité du pape. A se demander s'il n'applique pas ses schémas préetablis sur ce qu'il voit.

Ensuite pour des mouvements qui comptent autant de prêtres (25% des ordinations françaises chaque année), on peut difficilement les concevoir comme des "vers integristes". Les traditionnels, toutes tendances confondues, font partie des communautés les plus dynamiques de l'Eglise en terme de fréquentations, de vocations, de vie paroissiale.

Enfin, si la fraternité St Pie X est encore en-dehors de l'Eglise (ce que je ne pense pas), cette situation est dûe à une seule raison: ils exigent qu'AUCUN prêtre n'ait besoin de demander l'autorisation à son évêque, de prononcer la messe en latin, qui rappelons-le, n'a jamais été interdite.

Ce n'est qu'aprés l'obtention de cette mesure que l'on pourra voir la messe en latin réellement libérée des pressions néfastes de nos évêques. Ce n'est pas à l'épiscopat de décider du rit qui doit être pratiqué dans son diocèse. Il ne doit pas pouvoir interdire un office pour le simple prétexte qu'il est pratiqué avec le rit millénaire qu'est la messe en latin, parceque celle-ci à le malheur de déplaire aux ayatollas modernistes.

Et rien que pour ça, cela vaut le coup de continuer se battre.

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Rédigé par Polydamas

Publié dans #Médias

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Publié le 28 Septembre 2006

Plusieurs éléments viennent relancer le débat:

- tout d'abord, le procès d'opérette de Marie Humbert, dans les locaux de la Mairie de Paris, qui a été organisé pour lui permettre d'avoir la parole en ces temps de pré-campagne. Son véritable procès s'étant terminé par un non-lieu, Marie Humbert souhaite bénéficier d'une tribune pour encourager la cause de l'euthanasie. Comme si on avait pas assez entendu parler d'elle....

- ensuite, la décision de la Cour d'appel de Lancaster de rejeter la demande d'un paralysé, atteint d'une maladie dégénérative, de bénéficier de l'alimentation et de l'hydratation par perfusion, lorsqu'il sera dans l'impossibilité de communiquer. La cour affirme que c'est aux médecins de décider ce qu'il convient de faire "dans l'intérêt du patient". Sous-entendu que la personne n'a même pas le droit de vivre, si les médecins n'en ont pas décidé ainsi. La cour lie, comme dans le cas de Terry Schiavo, le droit de vivre aux soins prodigués. Sauf qu'il ne s'agit pas de soins, dans le cas qui nous occupe, mais d'alimentation. Et la cour européenne des droits de l'homme a confirmé l'arrêt de la cour anglaise!

- et enfin, la volonté du président italien de relancer le débat sur l'euthanasie, suite à une demande d'un paralysé.

Pour ma part, je me contenterai de rappeler les éléments suivants.

Légaliser l'euthanasie, c'est ouvrir la boîte de Pandore, comme ça l'a été avec l'avortement. Il est illusoire de penser que l'euthanasie puisse être contrôlée et encadrée. Bien des excès seront réalisés, bien des personnes seront condamnées à mort pour le simple fait de s'être plaintes un peu trop bruyamment de leur situation.

Quelques chiffres parlent mieux que de longs discours:
- au Pays-Bas, l'euthanasie est légalisée, il y a 8 centenaires pour 100 000 habitants.
- en Belgique, l'euthanasie est légalisée, il y a 11 centenaires pour 100 000 habitants.
- aux Etats-Unis et au Japon, où il n'y a pas d'euthanasie, 18 centenaires pour 100 000 habitants.
- en France, 22 centenaires pour 100 000 habitants.
- au Royaume-Uni, 28 centenaires pour 100 000 habitants.
(Source: Revue Fusion, calcul Un voyage au Liban)

Enfin, l'euthanasie est en général, un appel au secours. Devant l'abandon qui touche certaines personnes agées, celles-ci perdent courage et préfèrent mettre fin à leur jour, alors qu'elle ne réclament qu'un peu d'écoute et d'attention.

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Rédigé par Polydamas

Publié dans #Société

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Publié le 27 Septembre 2006

Passons sur le fait que les Français sont probablement représentés comme des planqués et que Jamel Debbouze se soit magistralement planté en affirmant ceci: "C'est l'histoire de tirailleurs qui se sont battus pour la mère patrie mais qui, le jour de la victoire, n'ont pas eu le droit de défiler sur les Champs-Elysées".




Au-delà de ces bisbilles, comme je le souhaitai ouvertement ici, la pension des anciens combattants des ex-colonies françaises va être revalorisé pour être alignée sur les pensions françaises.

Ce n'est que justice envers ces combattants.

Mais comme je le disais dans mon article initial, cette discrimination ne peut en aucun cas justifier les comportements anti-sociaux que l'on a pu connaître dans nos banlieues. Que l'on ne vienne pas nous dire que les cités sont les nouveaux "tirailleurs" abandonnés à leur sort.

La situation n'est tout bonnement pas comparable.

Merci au Salon Beige.

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Rédigé par Polydamas

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Publié le 22 Septembre 2006


Pour le plaisir, les 100 lignes de Sacha Guitry:

Messieurs, je suis touché, très touché mais confus,
plus confus que jamais encore je ne le fus.
Ô certes, je vous remercie d’avoir voulu m’admettre aujourd’hui parmi vous,
mais cependant je vous avoue que je ne me sens pas très à ma place ici.

Il faut être sincère, quand on m’a dit "Venez à Janson-de-Sailly
pour fêter son anniversaire", eh bien! Messieurs j’ai tressailli.
Venir à Janson-de-Sailly me joindre aux gloires de l’école
et prendre la parole,
il m’a paru vraiment que c’était bien osé,
bien téméraire et j’ai failli me récuser.

On insista, je suis venu, mais en tremblant,
car enfin pour moi c’est troublant de me trouver ici, veuillez en convenir.
Est-ce pour me punir ou pour me rajeunir, qu’on m’a si gentiment demandé de venir ?
Non, ce n’est pas pour me punir
et tout à coup je crois deviner la raison qui vous fait m’accueillir
et qui m’autorise à m’asseoir
parmi ceux dont cette maison peut aujourd’hui s’enorgueillir,
il vous fallait un repoussoir
et vous ne pouviez pas en trouver un meilleur,
je suis le paresseux parmi les travailleurs,
je suis la couleuvre, le loir, parmi les abeilles et les fourmis,
je suis l’oison parmi les aigles,
enfin chez vous, Messieurs, je suis l’exception qui confirme la règle.

Donc, je vous en conjure, admettez mon émoi
et bien que ces regards qui sont posés sur moi
me semblent indulgents, en vérité, Messieurs, je tressaille en songeant
que l’un de vous pourrait peut-être s’aviser de m’interrompre en me disant
"Savez-vous enfin les sous-préfectures du département de la Côte-d’Or ?"
Or voyez d’ici ma torture, obligé d’avouer "Non, Monsieur, pas encore..."

Mais poursuivons notre discours,
je n’ai passé dans ce lycée qu’un temps très court,
huit ou dix jours. J’étais pressé,
j’en avais encore onze à faire, vous pensez...
oui, onze encore,
j’en ai fait douze en treize années, convenez que c’est un record...

A ce propos, Messieurs, je veux vous signaler l’injustice du sort,
le lycéen parfait, celui-là qui n’a fait qu’un seul collège dans sa vie,
on le convie au banquet des anciens élèves du lycée,
évidemment où sa jeunesse s’est passée.

Mais, ça ne lui fait jamais qu’un seul repas par an,
un seul hélas, puisqu’il n’a fait qu’un seul lycée,
tandis que moi, que de partout l’on a chassé,
exemple déplorable et terreur des parents,
moi, j’ai douze repas par an qui me sont assurés.

Mais, j’abrège, n’ayez aucune inquiétude,
dès lors que vous connaissez, Messieurs, mes habitudes.
Je ne reste jamais longtemps dans un lycée.
Cette fois-ci vous n’aurez pas à m’en chasser.

J’y suis resté huit jours, il y a quarante ans :
encore une minute et je vais être loin. Vous le voyez, je reste ici de moins en moins longtemps.

Celui qui m’a chassé, mon Dieu ! je le revois,
j’entends sa voix
comme si c’était hier,
il rappelle un peu Monsieur Thiers,
il est debout, très irrité, il s’énerve, s’emporte
et me montre la porte
en me disant : "Sortez ! vous aviez à faire cent lignes,
vous n’avez pas voulu les faire, c’est indigne
et vous ne rentrerez ici, vous m’entendez,
que lorsque vous aurez fait vos cent lignes, sortez !"

Eh bien ! Messieurs, je les ai faites, il disait vrai ce bon vieillard
et puisque de Janson vous célébrez la fête et m’en ouvrez les portes,
mes cent lignes les voici donc, je les apporte
avec quarante ans de retard.

Sacha Guitry

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Rédigé par Polydamas

Publié dans #Littérature

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Publié le 19 Septembre 2006

Ségolène Royal a subi, cette semaine, des attaques en bonne et due forme, du fait de ses réparties à Nolwenn, jeune militante socialiste, qui, lui ayant posé une question, lors de la fête de la Rose, sur le clivage gauche-droite, n'a pas su argumenter et développer son point de vue.

C'est de bonne guerre, l'UMP a eu le beau jeu de dire que Ségolène "perdait ses nerfs". Par ailleurs, Nolwenn a été décrite par nos médias, comme "au bord des larmes". Or, ainsi que l'a montré ASI de dimanche dernier, il n'en est rien, la discussion s'étant contentée de quelques piques de Ségolène à destination de  Nolwenn, l'incitant à préciser sa pensée, sentant bien que cette jeune militante était probablement poussée par un ténor du MJS.

Et quand l'on constate la réaction de Nolwenn, nulle larme, nul cri d'orfraie ou d'indignation, juste un certain inconfort à ne pas avoir mieux préparé sa question devant l'assemblée, et des regards appuyés vers un membre du MJS.

D'où le billet au laminoir, de Judith Bernard, chroniqueuse à l'émission, qui vaut vraiment le détour, "la rhétorique est un sport de combat".

A voir mes dialogues sur les sites des uns ou des autres, à m'acharner à défendre un point de vue, en général en solitaire, je ne peux qu'être d'accord avec elle.

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Rédigé par Polydamas

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Publié le 18 Septembre 2006

Je tiens à signaler à votre attention, ce texte, trés bien écrit, qui permet de mieux comprendre le silence assourdissant à propos de ceci.

Quelque soient les opinions qu'on puisse avoir à ce sujet, ce type de comportement est intolérable.

[Edit: Vous trouverez ici les paroles commentées de la dernière chanson de Renaud, sur le vote Sarko. Ou comment un artiste peut faire voter à droite par pelletées entières...]

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Rédigé par Polydamas

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Publié le 14 Septembre 2006

Le pape Benoit XVI a, durant son voyage en Bavière, permis la chute de plusieurs tabous. Tout d'abord, il a critiqué sans détour l'absence de la raison dans l'action, en prenant l'islam comme exemple, provoquant une levée de boucliers de la part des progressistes et des islamistes.

Par ailleurs, il faut noter l'érection de l'Institut du Bon Pasteur, institut tenu par des prêtres qui ont été exclu de la fraternité St Pie X. Les principaux abbés, surnommés par la journaliste du Figaro, Sophie de Ravinel, les "Tontons Flingueurs de la Tradition", sont les suivants: l'abbé Laguérie auquel la Vie a consacré un éditorial incendiaire, vite suivi par des articles de la Croix ou de Témoignage Chrétien condamnant un retour de ces prêtres dans le giron de l'Eglise (bien que votre serviteur estime, pour sa part, qu'ils n'en étaient jamais parti), l'abbé de Tanoüarn et l'abbé Héry.

Ces prêtres n'ont aucune des obligations qui lient la Fraternité St Pierre, l'autre bastion de la Tradition, qui font officiellement partie de l'Eglise, à la condition de pratiquer le bi-ritualisme (pratiquer le rit latin et le nouveau rit, généralement en langue vernaculaire, i.e en français).

Ce pas en avant est encourageant pour la suite, et notamment, pour l'obtention par la fraternité St Pie X de l'annulation de la demande d'autorisation des prêtres aux évêques, aujourd'hui nécessaire, pour pratiquer le rit millénaire qu'est la messe en latin.

Ces deux événements encourageants montrent combien Benoit XVI est attaché à une ferme défense de la foi catholique et n'hésite pas à relativiser l'oecuménisme, dont on nous rabâche les oreilles depuis quinze ans.

D'ailleurs les mêmes qui appellent l'oecuménisme de tous leurs voeux ne voient pas cette réintégration de leurs frères catholiques d'un trés bon oeil. Ils semblent plus attachés au dialogue avec leurs frères protestants, qu'avec des catholiques traditionnalistes.

De plus, avec l'annonce de la conversion de Frère Roger, de la communauté de Taizé, le débat sur la messe est ranimé, cette conversion d'un protestant n'étant, semble-t-il qu'une adhésion au rit nouveau institué par Paul VI. Les propos des pasteurs protestants dans les années 1970 allaient clairement dans ce sens. Le pasteur Max Thurian, dans la Croix du 30 Mai 1969, annoncait qu'avec cette messe, les protestants "pourront célébrer la Sainte Cène avec les mêmes prières que l'Eglise Catholique".

L'attitude de Benoit XVI est donc prometteuse pour l'évolution de la foi catholique vers un peu plus de fermeté et de tradition. Nous ne partageons pas un grand nombre de valeurs avec l'islam ou avec les protestants. Ne pas le dire, pour éviter de choquer, serait mensonger. Ce n'est pas à l'Eglise de renier ou de camoufler ses convictions.

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Rédigé par Polydamas

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Publié le 10 Septembre 2006

Rédigé par Polydamas

Publié dans #Actualité

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Publié le 8 Septembre 2006

Aprés les vacances, revoici les chroniques de Gaby Nasr.
Malgré le désastre qui a frappé son pays, son humour n'a rien perdu de son grinçant...


En arrière toute…


Coucou les neuneus ! Et bienvenue 15 ans en arrière ! C’est vrai que ça nous rajeunit et nous permet du coup de féliciter Hassan Nasrallah et Ehud Olmert d’avoir inauguré la machine à remonter le temps. Le premier en actionnant le démarreur, le second en sautillant sur l’accélérateur. H. G. Wells doit frétiller sous sa pierre tombale.
Mais au-delà des morts, des blessés et des dégâts infligés à la population et au pays, cette guerre estivale aura quand même laissé une note d’espoir pour le Proche-Orient :
l’intégration définitive de l’État hébreu dans le paysage régional, vu que les Israéliens se battent maintenant comme des Arabes. Certes, on a bien eu droit aux rodomontades habituelles… puis patatras ! L’Ehud a laissé tomber le oud pour jouer une autre musique. On a ainsi vu un zombie sous Tranxène, assommé par les ratés de sa campagne, emberlificoté sous la lasagne des questions sans réponse.

Mais calmos ! Chez nous aussi, on a fanfaronné. Tel Faouzi Salloukh, notre très riant ministre des Affaires qui lui sont très étrangères. Incroyable, mais vrai ! Faouzi a finalement eu une idée : après avoir eu la certitude que le blocus allait être levé, il s’est soudain pris d’une folle envie de le forcer torse nu… avant de faire courageusement escale à Amman sur sa route vers Le Caire. Tel aussi le Hezbollah qui fait la course à l’État pour financer la reconstruction, à coup de 10 000 dollars par tête de narguilé. Le dur combat pour la dignité des Libanais prend parfois des formes inattendues.

En somme, le pays vit une époque formidable. Depuis 1975, et régulièrement tous les quinze ans, nous débarque un rigolo qui décide de nous libérer de quelqu’un : un coup des Palestiniens, un coup des Syriens et maintenant des Israéliens. Il casse tout sur son passage, puis se la coule douce en attendant qu’on lui trouve une « issue honorable », comme disent les tenants de la maison « beurre, fromage et politique ». Qui sait, plus tard un cuistre décidera peut-être de nous libérer des Libanais…
Mais les dents des poules qui verront ce jour heureux n’ont pas encore percé.

Gaby NASR

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Rédigé par Polydamas

Publié dans #Humour

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Publié le 5 Septembre 2006

Il me paraît intéressant, dans le cadre de la rentrée, de prendre le temps de lire ce texte de Laurent Lafforgue, brillant mathématicien, détenteur d'une médaille Fields, qui date de Décembre 2005. Même si je ne suis pas d'accord, loin s'en faut, avec toutes ses propositions, je dois dire qu'il évoque un modéle d'école que nous avons totalement oubliés.

A retenir son passage sur les héritiers, classe sociale stigmatisée entre toutes aujourd'hui. Ce que dit ce mathématicien m'évoque ce que me racontait un ancien troskyste. Il avait mis ses enfants chez les Oratoriens car c'était le seul endroit où ceux-ci travaillaient. Il avait bien été éduqué, étant jeune, dans un des lycées les plus rouges qui soient. Mais ces lycées ayant renié la valeur travail, il a été obligé de mettre ses enfants chez ceux qui étaient autrefois ses pires ennemis.

Enfin, je crains que Laurent Lafforgue s'illusionne quand il appelle à un retour de la gauche aux fondamentaux. L'idéologie dévastatrice de Mai 68 est passé par là....


Défense de l'école et politique


Dans les débats qui ont suivi ma démission du Haut Conseil de l’Éducation, un slogan constamment brandi par ceux qui s’efforçaient de déconsidérer ma position à propos de l’école a consisté à la qualifier de “réactionnaire”, “ultra-conservatrice” ou “ultra-libérale”.

Je voudrais répondre à cette accusation.

Premièrement, je ne dirai pas quelles sont mes opinions politiques, à supposer que j’en aie de bien arrêtées. Depuis dix-huit mois que j’ai commencé à m’intéresser sérieusement à la situation de l’école dans notre pays et que j’ai été en contact quotidien avec beaucoup de personnes investies comme moi dans la défense de l’instruction, il n’a jamais paru nécessaire ni à ces personnes ni à moi d’évoquer une seule fois nos opinions politiques respectives. A fortiori, je n’ai pas à en rendre compte devant des gens pour qui cette accusation de “réactionnaire” est le seul argument dont ils disposent pour essayer d’impressionner les naïfs et de détourner le débat de son objet : l’état dans lequel ils ont mis notre système éducatif et la nécessité de rompre avec leurs théories fumeuses et leurs pratiques si nous voulons sauver et redresser notre école.

Je crois d’ailleurs que si nous autres défenseurs de l’école mettons de côté nos opinions politiques, ce n’est pas seulement par souci de ne pas gaspiller nos énergies dans des luttes fratricides. C’est encore moins une erreur, celle qui consisterait à ne pas traiter politiquement une question éminemment politique. Au contraire, la réserve que nous observons naturellement est pour nous une façon de respecter la nature profonde de l’école comme école de la liberté.

En effet, c’est certainement sous le patronage de la liberté de penser, de créer et d’agir que nous plaçons l’école, une liberté qui n’est pas donnée mais dont il s’agit de conférer les moyens aux élèves. Nous voulons par exemple que l’école rende les élèves capables de réfléchir par eux-mêmes, d’exercer leur esprit critique et de développer leurs propres idées, et nous savons qu’il n’existe pour cela qu’un seul chemin : celui de la maîtrise du langage sans laquelle non seulement l’expression de la pensée mais même sa formation sont impossibles et celui des nourritures de l’esprit que fournit la grande culture léguée par les siècles, particulièrement la culture générale littéraire qui donne à la réflexion ses aliments, ses repères et ses matériaux à partir desquels elle peut se construire et s’élaborer. Cela signifie qu’il ne peut être question pour nous que l’école soit un lieu qui inculquerait aux élèves nos propres opinions, aussi bonnes et émancipatrices qu’elles pourraient nous paraître. Celles-ci, que nous avons légitimement comme citoyens, doivent s’effacer quand nous pensons aux élèves, et même nous attendons de l’école qu’elle donne aux élèves les moyens de penser éventuellement contre nous, de développer des formes de réflexions qui peut-être nous choqueront beaucoup ou que nous n’aurions pas pu imaginer. Un fondateur ou un professeur d’une école de la liberté sait qu’il a bien fait son travail le jour où il voit certains des anciens élèves de cette école devenus adultes s’opposer à lui avec tout l’arsenal de la raison, du langage et de la culture qu’il leur a patiemment inculqué au fil des longues années d’apprentissage. Bien sûr, la révolte n’est pas une nécessité sans quoi elle ne serait pas libre, on peut être un esprit libre et fidèle, mais il reste qu’une école de la liberté se reconnaît à ce qu’elle donne tous les moyens de se révolter plus tard contre elle.

Ayant ce critère en tête, on peut d’ailleurs reconnaître dans l’Histoire que certaines écoles où les élèves étaient soumis à de grandes et lourdes contraintes et n’avaient pas le droit d’exprimer des opinions divergentes sur certains sujets essentiels ont été néanmoins en un sens plus profond des écoles de la liberté, simplement parce que l’enseignement qu’elles dispensaient était sérieux, solide et appronfondi et qu’il conférait aux élèves toutes les ressources du langage et de la réflexion. Ainsi en a-t-il été des meilleurs collèges jésuites qui, par exemple, ont permis Voltaire : le moins qu’on puisse dire est que les “bons Pères”, comme il les appelait ironiquement, avaient appris au jeune François Marie Arouet à parler et à écrire ! Ainsi en a-t-il été également de la meilleure partie du système d’enseignement soviétique.

Et ainsi en a-t-il été de notre école républicaine telle qu’elle a perduré jusqu’aux années 60 : je dirais même qu’elle a été une école de la liberté plus qu’aucune autre puisque, malgré son patriotisme obligé et ses teintes de moralisme et de positivisme, elle n’exerçait pas sur les élèves un contrôle bien tyrannique : elle se faisait scrupule de respecter la liberté de conscience de chacun et n’exigeait finalement que la discipline nécessaire à l’étude, en même temps qu’elle dispensait à tous une instruction de grande qualité, donnait vite la maîtrise du langage et ouvrait à beaucoup les portes de la culture et de la science. Elle a permis dès ses débuts à des enfants du peuple comme Charles Péguy ou Albert Camus d’accéder à la plus haute culture, elle a su intégrer les enfants d’immigrés de ces époques - une capacité largement perdue de nos jours où pourtant elle serait bien nécessaire - et elle a connu un long processus de démocratisation authentique, c’est-à-dire sans baisse du niveau des diplômes, qui ne s’est interrompu qu’à partir du moment où la démocratisation est devenue un slogan.

Je crains que l’école que nous avons aujourd’hui, après tant de politiques prétendument émancipatrices, ne soit presque plus du tout une école de la liberté. Elle produit des générations d’étudiants bien gentils et très ignorants, aussi incapables d’écrire un livre que de fonder une entreprise ou de faire une révolution. La liberté est toujours un risque ; notre école ne le prend plus. Nous, les défenseurs de l’école, par-delà notre diversité, que nous soyons d’extrême-gauche, conservateurs ou quelque part entre les deux, voudrions qu’à nouveau elle prenne ce risque.

Il n’y a donc pas lieu d’évoquer nos opinions politiques quand on parle de l’école. Ou plutôt, le véritable choix politique est celui de la qualité de l’enseignement et celui de l’étendue et de la profondeur des connaissances que nous voulons transmettre.

Il m’est arrivé en revanche de faire état dans un article de la “Gazette des Mathématiciens” de ma foi chrétienne en relation avec mon engagement militant au service de la cause de l’instruction et de la culture. Je l’ai fait pour les raisons que j’ai indiquées dans cet article : On m’avait demandé le pourquoi de mon engagement et ma foi chrétienne en fait certainement partie. De plus, les diverses traditions religieuses sont à l’origine historique de toutes les cultures du monde, et la tradition catholique particulièrement a été l’une des principales matrices de la culture européenne, l’a constamment irriguée et a été un acteur majeur de l’éducation en Europe jusqu’à nos jours. Comme il m’arrive parfois de désespérer devant l’état de l’éducation dans notre pays et son évolution que rien ne semble pouvoir arrêter, j’ai imaginé que l’Église catholique pourrait jouer un rôle de refondation de l’éducation et de la culture, à condition de s’appuyer sur sa foi et sur sa tradition. Plus spécifiquement, je pense que la réconciliation de l’Église avec le peuple juif et le judaïsme - réconciliation qui passe par la reconnaissance des fautes historiques des chrétiens vis-à-vis des juifs - est un événement d’une portée immense, plus important que la chute du mur de Berlin et ses suites, et j’attends que cet événement produise pour le monde de grandes conséquences. L’une de ces conséquences pourrait être à mon idée que les chrétiens redécouvrent la pleine valeur spirituelle de l’étude et de la créativité qui occupe une place centrale dans la tradition juive. Si cela se produisait, l’éducation et la plus haute culture connaîtraient un nouveau printemps dans tous les pays que le christianisme continue à travailler. Telle est mon espérance.

Mais bien sûr tout ce que j’en dis là est à propos de l’enseignement confessionnel et pour rien au monde je ne voudrais remettre en cause l’enseignement républicain laïc dans ses principes hérités de la IIIe République. C’est lui seul que j’ai connu comme élève et c’est bien lui qu’avec tant d’autres je m’attache à sauver et redresser.

Quand j’ai appris quelques jours après ma démission du Haut Conseil de l’Éducation que la “Libre Pensée” avait publié un communiqué de presse et lancé une pétition pour me soutenir, j’ai été très touché. Touché non pas pour moi-même mais pour l’école républicaine, car le fait que la “Libre Pensée” et moi, plus tant d’autres personnes si différentes, puissions nous retrouver dans une défense commune de cette école qui s’était fixé pour but l’instruction et le développement intellectuel de tous illustre bien sa valeur. D’ailleurs j’ai lu avec grande attention le communiqué de presse de la "Libre Pensée" et je peux dire que j’adhère sans réserve à ce que ce communiqué dit de l’instruction publique et de son rôle dans le développement de l’autonomie de la pensée.

Pour revenir à la politique, j’ai pu constater dans les jours qui ont suivi ma démission qu’il était davantage fait écho de cette démission - et en termes plus favorables pour moi - dans la presse de droite que dans la presse de gauche. Je me réjouis de tous les soutiens qui peuvent nous arriver, à moi et aux autres défenseurs de l’école, et je les accepte tous, sauf les soutiens hypocrites qui nous parviendraient de personnes ennemies de l’humanisme.

Je connais effectivement beaucoup de gens de droite qui veulent une instruction publique de grande qualité, et certains militent activement en ce sens, mais je sais aussi que de larges secteurs de la droite ont du mal à reconnaître ou simplement à comprendre la pleine légitimité du monde académique fondé sur la valeur du savoir et qu’ils sont méfiants vis-à-vis du milieu des professeurs qu’ils connaissent mal, qui leur est majoritairement hostile sur le plan politique et qui est tellement différent du milieu des entreprises qui leur est plus familier. Pour l’opinion de droite, il peut donc exister une tentation d’utiliser ma critique virulente de l’Éducation Nationale dans son état actuel pour exprimer une hostilité viscérale et de principe au monde des “professeurs”.

Donc je pense que je dois dissiper toutes les ambiguïtés possibles :
Je suis un mathématicien et un intellectuel, et le parti auquel j’adhère de toute mon âme est le parti du savoir, c’est-à-dire le parti des intellectuels, des chercheurs, des universitaires, des professeurs et des instituteurs. Et à ceux qui ne comprennent pas leur monde je dis : la France a besoin d’une vie intellectuelle, et pour cela il faut que les professeurs ne soient pas surchargés d’enseignements et que l’autonomie du champ du savoir vis-à-vis des champs économique et politique soit pleinement reconnue; la France a besoin d’innovations scientifiques et techniques, et pour cela il faut que les universités aient de la liberté et de l’argent; la France a besoin de recherche fondamentale, et pour cela il faut que des postes permanents soient offerts en nombre suffisant aux jeunes chercheurs; notre République ne saurait durer et prospérer sans son école, et donc il faut que ses professeurs et ses instituteurs soient respectés par tous - par les élèves, par les parents d’élèves, par les pouvoirs publics et par l’ensemble de la société.

Parmi les professeurs et tout de suite après mes maîtres en mathématiques, ceux dont je me sens le plus proche sont évidemment ceux qui depuis des années se sont investis pour le sauvetage de l’enseignement et que je connais personnellement ou dont j’ai lu les livres.

Avec tous ceux-là qui pour moi ne sont plus des anonymes, il y a la foule des simples professeurs et instituteurs, des petits soldats de l’Éducation Nationale qui, depuis des années que leurs généraux leur prescrivent des consignes stupides, combattent inlassablement pour le savoir, essaient vaille que vaille d’enseigner en se faufilant dans le labyrinthe des méthodes délirantes et des programmes destructurés, et parviennent au milieu des pires difficultés à instruire, à transmettre. S’il reste encore quelque chose debout dans l’éducation en France, c’est grâce à eux.

Il y a aussi l’autre foule des professeurs et instituteurs qui malheureusement ont été influencés par les doctrines officielles que répandent les IUFM et qu’impose leur hiérarchie et qui n’ont pas encore osé se rendre compte de cette réalité inimaginable : depuis des décennies la destruction de l’instruction publique en France est organisée par ceux-là mêmes dont la fonction serait de la consolider. Autant je suis extrêmement sévère envers l’ensemble des instances dirigeantes de l’Éducation Nationale - tous ceux qui n’enseignent pas mais qui inspirent, commandent ou répandent leurs doctrines absurdes chez des jeunes stagiaires soumis à leur pouvoir - autant j’ai du mal à jeter la pierre à aucun professeur ou instituteur. Je n’oublie pas qu’il a choisi le plus noble des métiers et que, quels que soient ses objectifs pour les élèves, ses méthodes et ses convictions en matière d’enseignement, il doit aujourd’hui exercer dans des conditions très difficiles. Non, je ne voudrais pour rien au monde accuser aucun professeur ou instituteur : je l’appelle seulement à réfléchir, à exercer son esprit critique et à oser mettre en doute l’endoctrinement qu’il a subi depuis des années et des années.

Après les professeurs, et pour employer un qualificatif célèbre qui a fait beaucoup de mal, je voudrais aussi prendre la défense d’une catégorie de personnes qui me paraît absolument indispensable à la transmission de la culture, à sa perpétuation et à sa floraison : je veux parler des “héritiers”. Bien que je n’aie aucun lien personnel avec ce milieu, je regrette de plus en plus les familles bourgeoises à l’ancienne qui n’ignoraient pas que leurs privilèges impliquaient des devoirs et que l’un de ces devoirs les plus importants était d’honorer la culture et de la servir, de s’y adonner soi-même et de la transmettre à la génération suivante. Ce milieu a donné à la France un très grand nombre de ses écrivains, de ses penseurs et de ses savants, parmi lesquels d’ailleurs on trouve beaucoup de rebelles. Cette bourgeoisie cultivée s’oppose à la part toujours croissante et désormais très majoritaire de nos nouvelles élites ou soi-disant telles qui considère qu’elle n’a aucun devoir envers rien ni personne, qui se fait gloire de son ignorance et affiche sa vulgarité, qui s’imagine qu’elle est rebelle parce qu’elle ne s’occupe plus de transmettre quoi que ce soit et qu’elle méprise l’héritage des siècles, qui se croit moralement supérieure à tout ce qui l’a précédée, dans le même temps où elle se pense et se déclare irresponsable de tout. Je préfère un million de fois les “héritiers”, ceux qui ne s’estiment pas au-dessus de ce qui leur a été légué, pour qui leur héritage est une charge plus encore qu’un honneur, et qui ont à coeur de transmettre ce qu’ils ont reçu. Mais combien sont-ils encore ?

A côté de ces héritiers-là, il y a aussi toutes les familles bien instruites et cultivées où l’un au moins des parents est chercheur, universitaire, professeur ou simplement exerce une profession intellectuelle qui suppose de longues études, et qui ont le souci que leurs enfants reçoivent une instruction de qualité et fassent des études aussi approfondies que les leurs, voire encore meilleures. Je tiens à dire que ce souci me paraît parfaitement légitime, que je n’y vois aucun mal et que je pense au contraire que la transmission de la culture et du savoir dans notre pays ne peut se passer de cette ambition des familles. Je ne puis comprendre que l’école d’aujourd’hui considère souvent avec suspicion les élèves qui ont eu la chance de naître dans une famille déjà très instruite, qu’elle voie en eux une figure de l’injustice et qu’elle s’emploie par divers moyens - dont la destructuration et le bouleversement des programmes ne sont pas les moindres - à couper ces enfants de la culture qu’ils trouvent naturellement chez eux, afin de restaurer une égalité dont on s’imagine qu’elle existe à l’état de nature. Ainsi l’école d’aujourd’hui en vient-elle à poursuivre des objectifs exactement inverses à ceux qui seraient conformes à sa raison d’être : empêcher la transmission de la culture plutôt que de l’étendre, décourager les meilleurs élèves, semer la confusion dans les jeunes esprits, trancher le lien des jeunes générations avec toutes celles qui les ont précédées, les laisser finalement seules face à elles-mêmes et au vide. Il me semble au contraire que des élèves qui déjà savent quelque chose et apprennent avec plus de facilité grâce aux conditions favorables qu’ils trouvent dans leur famille n’enlèvent rien à aucun autre ; l’École devrait se réjouir de leur existence (de plus en plus menacée elle aussi), chercher à les amener encore plus loin et plus vite sur le chemin de la culture et de la science et s’appuyer sur eux pour entraîner à leur suite tous les élèves qui connaissent chez eux des conditions moins favorables mais qui montrent des dispositions pour étudier.

Infiniment plus proche de moi que les héritiers des familles bourgeoises à l’ancienne et aussi proche que les familles intellectuelles qui ont le souci de la transmission est une autre catégorie qui dans mon esprit ne s’oppose nullement aux précedentes : au contraire elle ne peut exister qu’en découvrant grâce à l’école ce que les premiers ont gardé et fait fructifier au cours des âges et que les secondes ont reçu plus récemment. C’est la catégorie des personnes qui, pour la première fois dans l’histoire de leur famille, accèdent à l’instruction et deviennent cultivées ou savantes au fil des études prolongées que l’école permet à tous ceux qui en montrent la capacité et le goût - ou plutôt que l’école permettait, car notre système éducatif est tellement dégradé qu’il n’offre pratiquement plus la possibilité à qui ne trouve pas la culture dans sa famille de la découvrir dans toute sa beauté et sa richesse, de l’aimer et de la faire sienne.

Je n’ai pas oublié mes grand-parents maternels ouvriers ni mon grand-père paternel maître-tailleur ni ma grand-mère paternelle simple femme au foyer, dont aucun n’avait connu d’autre enseignement que celui de l’école primaire (ce qui ne les empêchait pas de posséder une maîtrise du français bien mieux assurée et des connaissances de base plus solides que la grande majorité des bacheliers d’aujourd’hui) et dont trois sur quatre avaient dû arrêter leur scolarité à douze ans pour commencer à travailler, non pas du fait de l’école mais à cause des conditions sociales et historiques de leur temps. Je sais que tous avaient aimé l’école et ont regretté toute leur vie de ne pas avoir pu prolonger leurs études plus longtemps. Au moins ont-ils pu donner et répéter inlassablement à leurs enfants le meilleur des conseils : “Écoute les instituteurs, écoute les professeurs, fais tes devoirs, apprends.” C’est ce qui a permis à mes parents de suivre des études longues et de découvrir les merveilles de la culture et du savoir. De cela, moi et mes frères, devenus tous les trois des professeurs et chercheurs, sommes les héritiers - des héritiers de la première génération.

C’est pourquoi, chaque fois que je rencontre une personne qui exerce une responsabilité dans l’Éducation Nationale et dont j’apprends qu’elle est d’origine populaire, je rêve que cette personne pourrait défendre une instruction de très grande qualité pour tous - pour les enfants des milieux défavorisés exactement comme pour tous les autres, avec un enseignement aussi riche et des exigences aussi hautes. Je rêve qu’elle plaiderait pour une école où on demanderait beaucoup à tous les enfants parce qu’on sait qu’ils peuvent beaucoup donner, où on chercherait à nourrir leur esprit avec de vraies nourritures intellectuelles, où on leur donnerait tous les moyens qui plus tard leur permettraient de devenir pleinement responsables d’eux-mêmes, où la possibilité serait offerte à chacun, moyennant du travail, d’acquérir culture, science ou capacité technique. Je rêve que, pensant particulièrement aux enfants des milieux défavorisés et aujourd’hui, par exemple, aux enfants d’immigrés pauvres, elle plaiderait pour la mise en place d’heures d’études assistées le soir après la classe pour soustraire ces enfants à la télévision et à la rue et leur procurer l’aide que d’autres trouvent dans leur famille...

Ceci bien sûr est un discours que j’attendrais plus naturellement de la gauche. Mais je ne comprends plus le discours de celle-ci en matière d’éducation.

Si nous avions vécu à l’époque de Jules Ferry, de Jean Jaurès, de Ferdinand Buisson ou de Jules Isaac, tous des hommes de gauche, j’aurais été entièrement d’accord avec la gauche sur le sujet de l’éducation. En effet, Jules Ferry, Jean Jaurès, Ferdinand Buisson et Jules Isaac faisaient tous rimer instruction et libération, ils accordaient la plus grande valeur à la culture, celle que certains qualifient de bourgeoise ou d’aristocratique et qui l’est en effet par ses origines, et ils pensaient que la plus grande et plus noble oeuvre de la République devait être non pas de détruire cette culture mais d’en rendre l’accès possible à tous les enfants, y compris les enfants des classes populaires, moyennant bien sûr beaucoup de travail car la culture et la science ne s’acquièrent pas sans de grands efforts personnels.

Je me souviens de mon grand-père paternel qui appartenait à la vieille tradition radicale-socialiste du sud-ouest et qui, républicain de gauche à l’ancienne mode, avait une foi absolue dans l’instruction et une totale confiance dans l’école républicaine pour dispenser cette instruction.

Malheureusement, pour des raisons qui me sont complètement incompréhensibles, les dirigeants et les militants des principaux partis et syndicats de gauche ont opéré depuis la fin des années 60 un virage à 180 degrés sur le sujet de l’instruction. Ils se sont mis à penser, comme un certain nombre de gens de droite finalement mais sans le dire explicitement, que les enfants des milieux défavorisés sont des petits malheureux intellectuellement déficients.

Donc plus de culture, plus d’apprentissages sérieux, plus de responsabilisation de quiconque, seulement une très longue garderie d’où les jeunes, et particulièrement ceux des classes défavorisées, sortent sans instruction de qualité, sans qu’on leur ait rien donné pour former leur caractère et leur personnalité, sans sentiment de responsabilité, sans ardeur au travail, sans esprit d’initiative, sans espoir, sans armes intellectuelles, sans même les mots pour penser à quel point ils ont été mal nourris et floués, avec seulement pour certains la fausse monnaie de diplômes au rabais et pour la plupart un sentiment de rage que le plus petit mouvement de foule peut orienter dans n’importe quelle direction et contre n’importe quels boucs émissaires.

On a vu un ministre de gauche démanteler les anciennes écoles normales et leur substituer les IUFM qui (selon l’expression d’un formateur qui m’a envoyé son témoignage en requérant l’anonymat, par peur des représailles) “ressemblent plus à un camp de rééducation par le travail absurde qu’à un centre de formation” des instituteurs et professeurs que la République va charger d’instruire ses enfants. On a vu un autre ministre de l’Éducation Nationale de gauche vouer aux gémonies le français et les mathématiques et, de manière générale, tout ce qui n’était pas directement lié à sa spécialité académique. On en a vu un troisième qui était plutôt un ministre du divertissement national, créant les "itinéraires de découverte" aux dépens des précieux apprentissages fondamentaux et expliquant sans rire que ce n’était pas la peine d’avoir trop d’heures de français puisque, pendant les cours d’histoire par exemple, on continuait à parler en français (argument qui m’a été reservi à déjeuner par le directeur de cabinet du ministre actuel, comme quoi le mépris de notre langue franchit manifestement les barrières politiques).

Je me dis que c’est mieux que mon grand-père soit mort bien avant que ces ministres de gauche ne fassent de l’école républicaine ce qu’ils en ont fait et qu’il n’ait pas vu cela. L’action de l’autre bord ne vaut pas mieux, mais elle lui aurait fait moins mal.

Il faut bien voir d’ailleurs que les idées sont plus importantes que les ministres, et que, comme le monde de l’éducation et ses instances dirigeantes permanentes, celles qui ne changent pas avec les ministères, ont une sensibilité progressiste, les théories les plus susceptibles de les séduire sont celles qui proviennent ou semblent provenir de la gauche. Jamais les professeurs et les instituteurs n’auraient avalé tout ce qu’on leur a fait avaler depuis trente ans et plus si cela ne leur avait été servi dans une sauce d’apparent progressisme. C’est pourquoi le retournement du discours de gauche sur l’éducation depuis les années 60 a joué un rôle considérable. La construction de l’école républicaine avait été largement l’oeuvre de la gauche en des temps aujourd’hui révolus. Sa destruction l’a été aussi en des temps plus récents.

Beaucoup d’entre nous espèrent qu’un jour la gauche reviendra à elle-même sur le sujet de l’instruction. Il est évident en effet que lui appartient la majorité des professeurs et instituteurs en révolte qui se manifestent de plus en plus dans les associations et, par exemple, publient des livres de témoignage et de réflexion sur la situation actuelle de l’école.

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Rédigé par Polydamas

Publié dans #Argumentaires

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