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Publié le 28 Avril 2009

Vu cet entretien passionnant (qui rejoint, dans l'idée, cet ouvrage) dans les Echos. Là encore, il y aurait quelques petites remarques à faire, mais on ne va pas bouder notre plaisir. On lira avec intérêt également, la revue de presse, en bas de cette page.



Enjeux-Les Échos, n°256, avril 2009, supplément au n°20398 de Les Échos du 3-4 avril 2009
   Giacomo Todeschini : « Marché, profit, valeur… Les Franciscains ont inventé le langage de l’économie moderne dès le XIIIe siècle. »
   propos recueillis par Pascale-Marie Deschamps

   Enjeux-Les Échos : Depuis Max Weber, on associe le succès du capitalisme à l’éthique protestante. Mais les Franciscains en auraient jeté les bases dès le Moyen Âge…
   Giacomo Todeschini : En 1904, Max Weber suggère en effet que le protestantisme a développé une éthique financière fondée sur la prédestination : l’« esprit du capitalisme » résulte d’un choix religieux, le succès économique est une preuve du salut. Mais à son époque – il meurt en 1920 –, la doctrine économique des ordres mendiants, à l’exception des écrits de saint Thomas d’Aquin, n’était pas connue, ni leurs textes édités. On redécouvre saint Bernardin de Sienne dans les années 1950. Ce célèbre Franciscain du XV-XVI siècle a écrit un véritable traité sur les contrats et le prêt sur gages. Dans les années 1970, il est encore considéré comme une sorte de « primitif » de l’analyse économique. En réalité, sa pensée est profondément enracinée dans une tradition économique franciscaine déjà formalisée au XIIIe siècle. Cela étant, il est très clair pour Max Weber que le discours économique de la société occidentale est très proche de celui de la théologie chrétienne. Massimo Amato, économiste de l’université Bocconi (Milan), parle même encore aujourd’hui de l’économie politique comme d’une « science théologique qui s’ignore en tant que telle » (L’Énigme de la monnaie, à paraître). Ce lien transcendance-capitalisme est en effet capital pour comprendre l’attachement de la majorité des Occidentaux au marché, au-delà de son utilité individuelle ou collective et des profits vérifiables et réels qu’il produit.

   Comment les Franciscains, un ordre mendiant, en sont-ils arrivés à concevoir ce qui allait devenir le langage de l’économie moderne ?
   L’ordre franciscain, fondé par saint François d’Assise, qui rédigera la règle de l’ordre en 1241, « découvre » le marché et l’échange avec la nécessité de mettre en pratique une règle qui prescrit la pauvreté comme critère de vie quotidienne juridiquement rationnel. Cette pauvreté évangélique envisage la privation comme une forme d’usage des biens énonçable juridiquement. L’échange des biens leur permet d’évaluer cette notion subjective qu’est la nécessité. La valeur des choses, et donc leur prix, leur apparaît alors comme une quantité qu’on doit calculer pour distinguer le nécessaire du superflu.
   Le traité sur les contrats du franciscain Pierre de Jean Olieu (vers 1294) se présente ainsi comme une théorie de la valeur-prix des biens commercialisables et de la valeur-prix du travail des hommes. Le marché devient l’espace social par excellence dans lequel on peut et l’on doit contracter et calculer la valeur relative des choses et des hommes. Ce qui fait de l’école franciscaine une sorte de laboratoire à la fois économique et mystique.

   En somme, les Franciscains légitiment le commerce, l’artisanat et surtout la banque et le profit, à la condition qu’ils servent un « bien collectif » ?
   L’échange profitable est en effet admis et valorisé s’il est mis au service de la société chrétienne avançant sur la voie du salut. La pauvreté et le refus de toute thésaurisation improductive entraînent les Franciscains dans une logique d’appréciation des valeurs en tant que ces valeurs circulent. Apprendre l’art de l’évaluation, c’est-à-dire de l’échange profitable, et le pratiquer (en s’enrichissant ou en se privant) manifeste l’appartenance au monde de ceux qui reconnaissent le mystère du Christ : richesse infinie dans un corps pauvre et mortel. Les monnaies et l’argent sont à la fois des objets réels et virtuels : il faut savoir s’éloigner de l’argent tangible pour apprendre à calculer la valeur monétaire des choses, en prévision d’une utilité sociale et collective future.
   Le discours économique franciscain n’est pas une découverte abstraite des lois de l’économie moderne, mais plutôt le début d’un langage occidental du marché et du profit construit avec la syntaxe théologique du salut. L’économie se révèle comme la dimension dans laquelle on vérifie l’appartenance civique et la compétence politique des sujets aspirant à participer à la communauté, au « bien commun ».
   Sur cette base, entre les XIVe et XVe siècles, les Franciscains affirment la rationalité du prêt public et fondent les monts-de-piété. La ville médiévale, puis l’État chrétien, deviendront par la suite les théâtres d’un marché dans lequel on définit la valeur des choses et des hommes.

   L’État providence et la justice sociale seraient-ils les avatars séculiers du mont-de-piété et de la justification de l’enrichissement de quelques-uns à condition qu’ils contribuent au bien de la communauté ?
   L’État providence est la conséquence institutionnelle d’un discours très ancien qui définit la richesse en termes d’attribut du pouvoir des « élus ». Le marché, d’un côté, et l’État providence, de l’autre, traduisent en termes modernes et bourgeois (oublieux de leurs antécédents linguistiques et symboliques) la dialectique entre marchés en tant que manifestation de la puissance des États, et protection élargie par cette puissance aux fidèles incapables de participer au progrès du corps civique.

   Quel statut et quel rôle occupent donc le marchand et le banquier dans la société des Franciscains ?
   Le marchand, c’est-à-dire l’expert des échanges et de la valeur, devient un acteur emblématique de la vie sociale et religieuse : son aptitude à évaluer et à calculer (pour son profit personnel aussi) fonde la capacité à distinguer le nécessaire du superflu, qui doit caractériser les chrétiens en général. Le profit du marchand découle de son intelligence, reconnue par la majorité des contractants, à comprendre le « vrai » prix du marché dans la fourchette des probabilités. En complément d’une compétence en matière de pauvreté, l’école franciscaine définit ainsi une aptitude des professionnels du marché à manier la richesse. Cette découverte a pour conséquence fondamentale une nouvelle définition du crédit et de la productivité de l’argent. Dès lors que celui-ci appartient à des marchands reconnus comme « fidèles » par les théologiens de la pauvreté, il a un prix (à la différence de l’argent « inutile » et stérile de l’usurier) et le banquier peut, à certaines conditions, l’anticiper, le prêter à intérêt, le faire fructifier. Le marchand devient légitimement banquier si son argent est déclaré utile à la communauté chrétienne.

   Que sont devenus aujourd’hui la place, le rôle et l’éthique des banquiers ?
   Le banquier, voire le professionnel de l’économie financière, encadré par la banque (institution charismatique s’il en est) assume de l’ancien modèle franciscain un charisme qui le définit comme expert des jeux du marché et implicitement du bonheur social. Mais, à la différence du marchand-banquier des Franciscains, il n’est plus fidèle qu’à lui-même, c’est-à-dire à l’idée d’une croissance infinie et indéterminée de la richesse dont il est l’administrateur et/ou le propriétaire. La confiance que les gens ont en lui dépend désormais de la certitude – historiquement compréhensible mais qui n’est plus fondée sur une expérience réelle – que le banquier est le représentant laïc de la communauté économique et, donc, le garant d’une socialité quotidienne fondée sur les échanges grands ou petits, proches ou lointains, entre voisins ou entre inconnus.

   En quoi tes Franciscains et leurs successeurs éclairent-ils ta crise générale du crédit et de ta confiance dont souffre aujourd’hui ta planète ?
   Cette crise de confiance dans le marché – provoquée par la dépréciation brutale des investissements des individus – procède de la croyance de la majorité des Occidentaux (et des non-Occidentaux qui ont pris le marché occidental pour modèle d’organisation politique) dans le charisme économique des initiés aux mystères du marché. La globalisation a transformé le marché de la ville et des États en une arène totalement libre, c’est-à-dire en un espace contrôlé par des « experts » incontrôlables. La foi/confiance dans la capacité d’évaluation des marchands « fidèles » est graduellement devenue une fois dans la capacité magique d’entrepreneurs et financiers inconnus et invisibles. D’où cette contradiction dramatique, à laquelle on aboutit, entre une idée de marché et de finance civique (garantie, croyait-on, par les fonctionnaires de la banque d’à côté ou par le ministre qu’on voyait sur la place de la ville, du village et à la télé) et une réalité, découverte peu à peu, de marchés financiers totalement incompréhensibles et trompeurs. Le familier/fiable s’est révélé étranger, autre, infidèle.

   Les Franciscains ont fondé le « capitalisme » en séparant très clairement ceux qui étaient dignes de foi des autres. Quelle est aujourd’hui la version séculière de cette séparation à partir de laquelle on pourrait « refonder » le capitalisme ?
   La « refondation du capitalisme » sur des bases éthiques demeurera une utopie si par capitalisme on entend une recherche du profit individuel et collectif déterminée par un marché organisé autour d’une fiabilité totalement arbitraire et subjective, c’est-à-dire sanctionnée librement par les sujets économiques les plus forts et les plus violents.
   Dans cette perspective, classiquement libérale, qui n’a pas encore été vraiment rediscutée à la lumière de la crise actuelle, on peut exclure du cercle de la crédibilité, voire du droit de connaître le fonctionnement effectif des jeux économiques, donc de participer à la redistribution de la richesse, chaque individu ou groupe économique qui n’est pas « élu » à participer au marché par l’autorité de ceux qui le font en le possédant. Cette participation ou exclusion ne dépend pas aujourd’hui, comme chez les théologiens du Moyen Âge, d’une participation à un système de valeurs, à une culture, mais plutôt du fait d’être fort ou faible, d’appartenir à la société sans frontières des économiquement puissants ou, au contraire, à la majorité de ceux qui ignorent totalement ou partiellement les secrets des liturgies financières.

   Si l’économie ne doit plus être sous la loi des plus forts et des mieux initiés, quel système de valeurs/droit/culture peut-il l’encadrer ? On ne va tout de même pas mettre un Franciscain derrière chaque banquier américain, saoudien, chinois ou européen…
   Ce ne serait pas une solution, en effet. L’hypothèse théologique franciscaine du marché était fondée sur l’idée d’une séparation claire et visible entre l’espace productif de la fidélité et l’espace stérile des « autres ».
   L’univers financier globalisé et autoréférentiel d’aujourd’hui établit que la force est la seule forme d’appartenance civique et d’identité, ou encore de fidelitas. Dans cet univers, il n’y a pas les « autres », les « infidèles », mais seulement des victimes. Pour en sortir, il faudrait reconnaître enfin le droit des gens à participer aux richesses du monde selon leurs besoins et nécessités. Un marché éthique n’est possible qu’à cette condition.

   Si saint François d’Assise et saint Bernadin de Sienne avaient assisté au G20 à Londres, qu’auraient-ils dit ?
   On pourrait imaginer un petit dialogue de ce genre :
   — Français d’Assise : « Souvenez-vous qu’ici on discute du sort de la fraternité humaine dont nous faisons ou devrions tous faire partie. »
   — Bernardin de Sienne : « Faites d’abord la distinction entre économie productive, et donc éthique, et économie improductive, c’est-à-dire immorale. Ensuite, demandez-vous quel type de communauté vous voulez édifier. »

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Rédigé par Polydamas

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Publié le 13 Mai 2008

De Gaulle prit le pouvoir le 13 Mai 1958 grâce à la droite traditionnelle, pleine d'espoir en sa politique. Quelle ne fut pas la désillusion de celle-ci quand elle constata que, loin de sauver ce qui pouvait l'être en Algérie, son héros décida de lâcher ce qui était alors un département français, de la pire des manières possibles. Partant, en liquidant la droite traditionnelle et s'alliant tacitement aux communistes, De Gaulle a donné naissance à ces enfants capricieux que furent les soixante-huitards.

Soixante-huitards qui ont terminé le boulot en éliminant durablement la droite du paysage politique. Même si sur l'Algérie, l'indépendance était inéluctable sous une forme ou sous une autre, force est de constater qu'elle s'est déroulée de la pire des manières possibles, et qu'elle a permis au chef de l'Etat d'éliminer les tenants de la droite dure qui le génait.

Toujours le même principe, diviser pour mieux régner.

Un article passionnant de Dominique Venner paru dans le très bon numéro de la NRH de ce mois.

Dix ans séparent Mai 58 et Mai 68. Deux événements opposés. La jeunesse avait changé de visage, passant du béret de parachutiste à la tignasse gauchiste.

(...)

Dix années seulement séparent Mai 58 et mai 1968, deux événements de signification radicalement opposée. Le premier s'est déroulé sous une débauche de drapeaux tricolores et d'effervescence patriotique. Le second, sous une marée de drapeaux rouges et de tumulte révolutionnaire. Dans les deux cas, une fraction de la jeunesse fut l'un des acteurs décisifs. Mais, en dix ans, elle avait changé de visage, passant du béret de parachutiste à la tignasse gauchiste.

Le général De Gaulle était revenu aux affaires à la faveur du premier événement. Il l'avait utilisé sans l'avoir créé. En revanche, l'événement de mai 1968, survenant après dix années de pouvoir sans partage, était à bien des égards son enfant, un enfant adultérin dans lequel il ne pouvait se reconnaître, mais qui lui devait beaucoup. Le basculement de la France et de sa jeunesse du drapeau tricolore au drapeau rouge sous le règne du Général, voilà un de ces incroyables paradoxes sur lesquels les historiens auraient dû s'interroger.

(...)

Mais pourquoi le mythe de la Révolution a-t-il resurgi après dix ans de pouvoir du Général ( en 1968, ndb), alors que lui-même y était allergique?

D'abord, on ne peut oublier la « révolution de 1944 ». Les effets cumulés de l'Épuration, le prestige de l'URSS, la peur et la fascination inspirées par le parti communiste, le terrorisme intellectuel qu'il exerçait avec la complicité active de ses compagnons de route avaient éliminé toute résistance à son influence dans l'enseignement et le rnonde culturel. L'étau ne fut desserré que sous l'effet de la guerre froide, puis de la déstalinisation et de l'écrasement de la révolution hongroise de 1956. Le changement devait également beaucoup au prestige retrouvé d'une droite littéraire dont les représentants les plus âgés, Paul Morand, Sacha Guitry ou Céline, avaient subi les foudres de l'Épuration. Le courage d'une poignée d'écrivains et d'universitaires indépendants n'y était pas non plus étranger. On songe à Thierry Maulnier, Raymond Aron, Jacques Laurent, Roger Nimier, Roland Laudenbach, Jules Monnerot, Raoul Girardet, Julien Freund et même André Malraux qui, au temps du RPF, ne craignait pas de rompre des lances avec ses anciens amis communistes. Dans le monde politique, l'affranchissement de l'emprise communiste avait commencé en mai 1947, lorsque Paul Ramadier, président du Conseil socialiste, s'était séparé des ministres communistes. À l'automne suivant, les grèves semi-insurrectionnelles réprimées par les socialistes avaient accentué la cassure. La guerre d'Indochine avait ramené un peu plus le PCF dans la posture antinationale qui avait été la sienne avant son entrée tardive dans la Résistance (2). Simultanément, une part importante de l'opinion s'inquiétait de la menace exercée par l'Armée rouge sur l'Europe occidentale.

Le général De Gaulle lui-même, était alors convaincu de l'imminence d'une guerre et d'une invasion soviétique. Dans les années 1950, l'anticommunisme devint une composante essentielle de la vie politique française. Dans le même temps, les effets de l'Épuration commençaient à s'estomper. Ostracisés depuis l'été 1944, un nombre considérable de notables nullement collaborationnistes, simplement pétainistes, retrouvaient leur place dans la vie sociale et politique. Cela s'était fait à la faveur d'un retournement d'opinion, de la publication de très nombreux mémoires en défense et d'un désir d'apaisement qui devaient conduire à l'émergence du Centre national des indépendants, au gouvernement du très populaire Antoine Pinay, ancien membre du Conseil national de Vichy, et à l'amnistie de 1953. Sauf pour le parti communiste et pour quelques fractions irréductibles, la guerre civile franco-française de 43-44 s'estompait. La page était peu à peu tournée. Cette évolution s'est trouvée brutalement interrompue par le retour au pouvoir du général De Gaulle. Avec lui et autour de lui réapparut l'esprit partisan qui avait servi de socle à sa grande légende. La geste résistante fut réveillée et avec elle, nécessairement, l'alliance « historique » avec les communistes, ce que symbolisa le transfert des cendres de Jean Moulin au Panthéon.

Après l'euphorie trompeuse de l'année 1958,les ambiguïtés de la politique algérienne du Général éveillèrent une opposition nationale toujours plus vive en France et chez les Européens d'Algérie. Quinze ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, la France entrait une nouvelle fois dans une période de guerre civile larvée. Et, comme la fois précédente, le général De Gaulle, homme de droite s'il en fut, passa implicitement alliance avec les communistes et leurs émules contre ceux qui, par fidélité à des principes essentiels, refusaient de le suivre aveuglément et allaient bientôt le combattre.

L'espace de liberté et de renaissance ouvert durant les années 1950 se referma à la fin de la guerre d'Algérie quand la répression s'abattit sur tous ceux qui n'acceptaient pas le tournant politique dont allaient être victimes les Européens d'Algérie et les musulmans engagés du côté de la France. S'appuyant sur le pouvoir intellectuel et médiatique de la mouvance communiste et gauchiste pour écraser ceux qui lui résistaient, le Général préparait ainsi le choc en retour qui lui reviendra en pleine figure en 1968.

Homme de pouvoir pragmatique, redoutable dans l'action, De Gaulle méprisait les idéologies, dont il ne percevait pas le rôle. À ses yeux, par exemple, l'URSS n'était rien d'autre que la Russie, ce qui était à la fois vrai et faux. Sans doute ni Lénine ni Staline n'avaient pu abolir certaines permanences russes, à commencer par celles de la géographie. En revanche, l'idéocratie soviétique avait détruit une part importante de la tradition russe, tout en faisant de l'ancien empire tsariste un instrument de subversion universel. Mais de cela, le Général ne se souciait pas. Sa vision politique et historique « classique » ne lui permettra pas non plus de voir venir et d'interpréter les formidables transformations dans les mœurs et les représentations qu'annonceront les événements de mai 1968.

D'un œil méprisant, il surveillait de loin l'agitation d'une gauche mise électoralement en déconfiture par son retour au pouvoir et par sa politique algérienne. Ce qu'il avait fait, jamais elle n'aurait eu la force ni le culot de le faire. Elle n'en continuait pas moins de voir en lui un « général fasciste », et ne restait pas inactive. Mais il était indifférent à cette agitation sans percevoir la menace que l'actif travail de sape représenterait pour son pouvoir. La naissance du gauchisme, c'est à dire d'une nouvelle gauche extrême en marge du communisme, avait commencé peu avant 1958, à la faveur de la guerre d'Algérie.

(...)

Le parti communiste se remet difficilement de la crise provoquée en 1956 par le XXe congrès du parti communiste de l'Union soviétique et la déstalinisation. C'est en dehors du PCF et des grandes formations de la gauche traditionnelle que se développe et s'organise l'action directe en faveur de l'indépendance algérienne, et plus tard contre l'OAS. Pourtant, cette nouvelle gauche n'aurait rien pu être sans la puissante irradiation communiste dans la société.

De la guerre d'Algérie à celle du Vietnam

L'affaire algérienne contribue aussi à une dérive de nombreux chrétiens qu'imprègne la grande culpabilité de l'homme blanc. Dans les mouvements d'Action catholique, à la JEC, à l'ACO, au groupe Reconstruction, chez certains ecclésiastiques, à la JAC, chez les scouts, dans la presse catholique et protestante, on prend position, on dénonce la « torture», on se mobilise dans les réseaux des « porteurs de valises ».

L'UNEF, le principal syndicat étudiant, s'engage dans la même voie, exploitant la crainte de voir supprimer les sursis d'incorporation. Ses dirigeants rencontrent en Suisse les représentants du FLN, afin de convenir d'une politique commune. À la fin des années 1950, écrit Thierry Pfister qui a vécu cela de l'intérieur, « la puissance du syndicalisme étudiant s'est constituée comme réaction collective de trouille face à une éventuelle affectation en Algérie (3).»

Dans l'intelligentsia on signe, on signe fébrilement. En 1961, l'apparition de l'OAS, son influence auprès de lycéens parisiens offrent un nouveau prétexte de lutte sur le thème de la mobilisation antifasciste. Dans les lycées et les facultés, la création du Front universitaire antifasciste (FUA) favorise la création d'un noyau actif de jeunes trotskistes. L'indépendance de l'Algérie en 1962 et la disparition de l'OAS laissent, un temps, cette nouvelle gauche démobilisée. Cependant, venant de Chine, se dessinent à point nommé les signes d'un nouvel espoir. Inlassablement, la « Providence » vient de la sorte au secours des âmes de gauche pour les relancer vers de nouvelles espérances et de nouvelles causes «généreuses». Fondée à l'origine par le parti communiste, l'Association des amitiés franco-chinoises va devenir le vecteur de l'influence maoïste. À partir de 1963, à l'initiative de ses militants, on voit apparaître des Cercles marxistes-léninistes. Ces derniers sont en fait les précurseurs des groupes pro-Chinois qui, autour de L'Humanité nouvelle ou des Cahiers marxistes-léninistes de l'École normale supérieure de la rue d'Ulm, vont se développer en France comme un peu partout en Europe.

À partir de 1965, l'aggravation du conflit vietnamien et l'intervention américaine viennent offrir un thème mobilisateur à tous ces groupes qui, dans une France endormie, vivotaient en se chamaillant. Comités et pétitionnaires relancent l'enthousiasme et l'unité d'action en faveur de providentielles victimes.

Cette même période voit naître dans les universités américaines une opposition à la guerre du Vietnam, nourrie par la crainte de la conscription et par la contre-culture (Love not war). Le Free Speech Movement de l'université de Berkeley renouvelle complètement les méthodes d'agitation qui sont reprises en Allemagne, à l'université libre de Berlin et en France par les petits groupes plus ou moins libertaires d'Antony et de Nanterre. La revendication de la liberté sexuelle, la contestation des professeurs, l'opposition à l'intervention américaine au Vietnam, la critique de la société de consommation servent de prétextes à une agitation nouveau style, qui perd en idéologie ce qu'elle gagne ei émotionnelle.

L'année 1967 marque une recrudescence du phénomène. Les comités, les groupuscules, les journaux se multiplient. Le terrain politique français se révèle particulièrement favorable. Il bénéficie de la politique gouvernementale favorable au Nord-Vietnam. Le pouvoir gaulliste soutient ce qui gêne les États-Unis. Les manifestations de rue en faveur du Vietcong sont tolérées. On arrête souvent les militants du mouvement droitiste Occident, mais ceux des « Comités Vietnam de base» ont peu à craindre de la police.

À la veille de mai 1968, les prisons françaises sont encore peuplées de condamnés de l'OAS, militaires ou civils. Utile quelques années plus tôt contre cette opposition pugnace, la gauche extrême s'est vu accorder de grandes facilités par le pouvoir, au point de détenir un quasi-monopole dans certains secteurs essentiels de l'enseignement, de l'Université et des médias. Peu après les événements, l'écrivain Romain Gary, gaulliste de gauche, conseiller du ministre de l'Information, évoquera le concours apporté par la télévision nationale aux communistes vietnamiens ou chinois : «Pendant à peu près deux ans, des flots de propagande antiaméricaine furent déversés sur lepublicpar notre télévision nationale. [...] Et la Chine de Mao ? Pendant un an, elle n'a eu droit qu'à des "témoignages" sympathiques, qu'à des reportages bienveillants. Citez-moi donc l'exemple d'un seul reportage ou d'un commentaire "critique". Lorsqu'à Pékin, une actrice de cinéma, la tête rasée par les Gardes rouges, que l'on n'appelait pas encore les "enragés", se suicidait en se jetant du septième étage, c'est tout juste si notre ORTF national ne soulignait pas le côté "positif" de cette horreur: la preuve que la Chine de Mao avait donné au peuple des immeubles de sept étages'(4). »

Depuis longtemps, l'enseignement public avait joué un rôle essentiel dans la formation d'une « légende rouge » positive et même exaltante. Dans les livres d'histoire, de géographie ou de philosophie, Marx, Lénine, Staline, la révolution bolchevique et le système soviétique étaient présentés sous les couleurs idéales du romantisme révolutionnaire. Les étudiants et lycéens de 1968 qui se jetteront dans les rues le poing levé, jargon-riant des slogans sur le « prolétariat en lutte », ne feront que reproduire les images inscrites dans leur imagination par des légions de professeurs qui seront les premiers à en faire les frais.

De 1966, début de la «Révolution culturelle» chinoise, à mai 1968, la «mode mao» bat son plein. Signe infaillible, la veste en bleu de chauffe des prolétaires chinois est copiée dans les boutiques les plus chic de prêt-à-porter parisien. On la retrouve même dans les pages fort déshabillées du magazine Lui. Son numéro de juin 1967 est entièrement consacré à la Chine rouge. Jacques Lanzmann y présente de jolies filles à demi vêtues de vestes mao, mimant à leur façon les combats de la Révolution culturelle. Chaque photo est soulignée d'une citation de Mao, tandis qu'un texte de l'écrivain Han Suyin chante les mérites de la Chine populaire. Ailleurs, Géraldine Chaplin se fait photographier sous le portrait de Mao pendant qu'Alain Barrière chante à l'Olympia Vcomme Vietnam.

Qu'est-ce qui, dans le maoïsme, séduit donc tant la bourgeoisie branchée et ses rejetons? « Tout simplement un gigantesque malentendu, répond Christophe Bourseiller. Aujourd'hui, la Révolution culturelle apparaît pour ce qu'elle était, une sordide et sanglante lutte pour le pouvoir entre Mao Zedong et Liu Shaoshi. « Mais à l'époque, chacun voulait croire en la dimension libertaire au phénomène. De sorte que les Gardes rouges semblaient tracer aux jeunes Français la route à suivre: celle d'un chahut radical et joyeux, d'un monôme poussé à l'extrême. Pour lespro-Chinois français, la Chine était le pays le plus libre du monde.»

(...)

Les retombées de Mai 68 seront loin d'éteindre les enthousiasmes. En 1970, après la saisie de l'organe maoïste La Cause du peuple, le cinéaste François Truffaut annonce qu'il vendra ce journal dans la rue. C'est du dernier chic. Tandis que la télé filme la scène, Truffaut reçoit le renfort de Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, Patrice Chéreau, Samy Frey, Claude Lanzmann et autres célébrités de moindre pointure. Sans multiplier les exemples à l'excès, on ne saurait oublier la revue littéraire Tel Quel, lancée chez Gallimard par Philippe Sollers, l'une des curieuses illustrations de la « folie mao » qui s'est emparée des esprits les plus scintillants du moment. Epistémologie, quand tu nous tiens ! Alors que tout était connu depuis longtemps sur les crimes et les massacres en masse perpétrés par les divers régimes communistes, d'ambitieux jeunes gens continuent imperturbablement de prêter1958 aux abattoirs toutes les séductions du paradis.

Dans les conditions particulièrement favorables de l'Hexagone gaullien, l'intelligentsia développe une activité fébrile. Quelques années encore, et la preuve sera apportée de la justesse de la théorie de Gramsci pour qui la prise du pouvoir politique est précédée et préparée par la prise du pouvoir idéologique. Pour l'heure, la France est mûre pour une grande farce et une grande trouille (5).


2. La ligne du PCF pendant la guerre d'Indochine était définie par les notes retrouvées dans les papiers d'un de ses principaux dirigeants, Jacques Duclos : « Travailler à la défaite de l'armée française partout où elle se bat. »
3. Thierry Pfister, Lettre ouverte à la génération Mitterrand qui marche à côté de ses pompes, Albin Michel, Paris, 1986.
4. Le Monde,21 juin 1968.
5. Pour en savoir plus, on peut se reporter à l'essai de Dominique Venner,De Gaulle, La Grandeur ou le Néant, Le Rocher, 2004.


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Rédigé par Polydamas

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Publié le 8 Février 2008

Vu chez l'excellent Schizodoxe.

Jean-François Deniau évoquant ce souvenir de 1988 :

La vérité est que les Américains furent battus par les Américains, du jour où l’opinion aux Etats-Unis se retourna, notamment parce que la conscription ne touchait plus seulement les Noirs et les chômeurs mais les classes aisées, les étudiants des campus. Et ceux qui allaient à pied la nuit gagnèrent. Encore vingt ans plus tard, j’aurai l’occasion d’une nouvelle discussion avec un Américain sur l’Indochine. Henry Kissinger est venu à Paris pour le quinzième anniversaire des accords, invité à un colloque universitaire qui se tient aux lieux mêmes de la conférence USA-Viêt-nam, avenue Kléber. Nous déjeunons ensemble. Il y a du point de vue militaire et diplomatique quelque chose qui m’a toujours surpris: la façon dont les Américains vont lâcher le Sud-Viêt-nam. L’offensive du Viêt-minh (et cette fois pas en poussant des vélos à l’abri de la jungle comme à Diên Bien Phû) déferle par Ban Methuot. De véritables colonnes, blindés et camions, contournent par l’intérieur les positions de l’armée du Sud. (En débordant par la droite, en laissant l’ennemi sur sa gauche, aurait dit le colonel du secteur. Très facile de tirer…) Pourquoi l’Amérique n’a-t-elle pas bougé ?

Kissinger. - Parce que l’Amérique était engagée dans une négociation avec Hanoi pour l’éventuelle libération d’aviateurs capturés lors des bombardements sur le Nord. Nous n’étions même pas sûrs de leur nombre, la presse américaine ne s’intéressait qu’à ce sujet, très émotionnel. La télévision montrait les photos des disparus et de leurs familles sans nouvelles.

- Alors vous n’avez rien fait ?

- Alors nous n’avons rien fait. Il était très facile d’écraser avec l’aviation toutes les colonnes d’assaut du Viêt-minh. Je l’ai proposé au Président. Pour la première fois, la victoire décisive était à notre portée. Cela aurait pris moins de vingt-quatre heures. Et toute la situation basculait en faveur de nous et du Sud-Viêt-nam. Le risque était que Hanoi arrête les conversations sur les aviateurs américains prisonniers, risque que Ford ne voulait pas prendre. J’ai expliqué que le Viêt-minh serait bien obligé de les renouer après sa défaite, et dans des conditions bien meilleures pour nous… Le Président m’a dit avec un soupir :

« On voit bien, Henry, que vous n’êtes pas un élu. » Avant d’arriver avenue Kléber où je l’emmène-en voiture, Henry Kissinger me confie : « Cette conférence anniversaire m’ennuie énormément. Elle est publique, et la salle va être truffée de ces intellectuels de la gauche américaine, pacifistes et prosoviétiques, qui ont inventé l’expression “la sale guerre” et qui vont une fois de plus m’accuser d’être un nazi et un criminel. Ils me fatiguent. » Ce n’est pas ainsi que les choses vont se passer. A la tribune, un éminent représentant de la Sorbonne, historien. Je siège, invité d’honneur, à sa gauche. À sa droite des journalistes français très connus. La salle est bondée. Kissinger parle une petite demi-heure sur la conférence de l’avenue Kléber et son prix Nobel, sans rien apporter de nouveau. Le président de séance demande s’il y a des questions dans la salle. Alors se lève une Vietnamienne dont l’âge est difficile à dire, peut-être 45, 50 ans.

- Je m’appelle Thu-Lin. J’ai 23 ans. Mon père., officier dans l’armée du Sud-Viêt-nam, est mort de faim et de maladie dans un camp de rééducation à régime sévère. Ma mère et mon frère ont été égorgés devant moi et jetés à la mer quand nous avons fui, boat people. J’ai été violée onze fois, et vendue à un réseau de prostitution a Bangkok. Monsieur Kissinger, quand vous vous levez le matin, quand vous vous rasez, est-ce que vous pouvez vous regarder dans la glace? Silence de mort. Le président tousse et suggère :

- Nous allons regrouper les questions, pour permettre au professeur Kissinger clé mieux répondre. Hum, hum. Y a-t-il une autre question ? Alors un Vietnamien, sans âge, se lève.

-je m’appelle NguyenThan. J’ai 60 ans. J’ai été conseiller des troupes américaines. J’ai continué à me battre avec mon unité contre les communistes encore après la chute de Saigon. Pour l’honneur. Les communistes ont tué sur place la moitié d’entre nous. Les autres ont disparu. Parce que j’étais le chef, on ne m’a pas tué, on m’a mis dans une cage comme un animal, et on m’a promené de village en village avec un écriteau « traître au peuple, traître à la patrie ». Les enfants me jetaient de la boue et des excréments. Monsieur Kissinger, prix Nobel de la paix, comment faites-vous pour réussir à dormir.

Toute la salle est pleine de Vietnamiens qui se sont organisés et vont se lever tour à tour pour dénoncer les horreurs de la répression communiste et de la misère du peuple. Le président ne sait plus quoi dire. Face a ces revenants, Kissinger est pâle comme un revenant. C’est le porte-parole de cette gauche intellectuelle et pacifiste américaine, qu’il redoutait, qui va le sauver. Un Américain se lève et dit :

- Je suis le rédacteur en chef de Remparts, revue qui a joué un très grand rôle dans l’arrêt de la guerre du Viêt-nam en mobilisant l’opinion américaine contre elle. Ce n’est pas M. Kissinger qu’il faut attaquer sur les conséquences de la paix. Il n’a pas capitulé devant le Viêt-minh. Il a été battu par nous.

La séance est suspendue.


Jean-François Deniau, Mémoires de sept vies, Paris, 1996, pp. 355-357.


 

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Publié le 21 Janvier 2008

Ah, si les socialistes étaient de la trempe de Jaurès, on aurait bien du mal à les affronter. Ou peut-être qu'ils ne seraient plus socialistes, tout simplement.

A noter, sur la période, la sortie du livre noir de la Révolution Française, avec notamment, les contributions de Jean Tulard, Emmanuel Leroy-Ladurie, Jean Sévillia, Pierre Chaunu.



Ce que Louis XVI aurait dû plaider

par Jean Jaurès


Vous voulez me juger, et sans doute vous me frapperez demain. Je ne crains pas la mort, et je ne viens pas vous disputer ma tête. L’histoire m’a appris que la mort des rois apparaît aux peuples comme la solution des crises terribles.

 
« Je ne vous contesterai donc pas le droit de me juger. Vous êtes la force, comme j’étais la force; vous êtes les maîtres d’aujourd’hui, comme j’étais le maître d’hier ; et, si le peuple que vous représentez avait le droit d’envahir les Tuileries au 20 juin et au 10 août, s’il avait le droit de suspendre mes fonctions de roi, d’abolir la royauté, de proclamer la République et de m’enfermer au Temple, il a aussi le droit de m’arracher la vie et de donner à l’exécution capitale qu’il prépare une apparence de jugement. Mais pourquoi suis-je ici ? et d’où vient le conflit qui m’amène, moi, le roi d’hier, devant les représentants révolutionnaires de la nation ? C’est moi, moi seul que vous accusez. C’est à moi seul, c’est à ce que vous appelez mes trahisons, que vous imputez la responsabilité des agitations dont souffre la France. Et c’est sur la tête d’un seul homme que vous faites porter le poids d’événements immenses. Prenez garde, vous qui vous croyez républicains ! penser ainsi, c’est être encore monarchiste, car s’il est vrai qu’un seul homme détermine, en bien ou en mal, la marche de l’histoire, le droit de la royauté est fondé. La nation accusatrice d’un côté, et un individu accusé de l’autre : c’est la monarchie retournée, mais c’est encore la monarchie. Et moi, qui devrais avoir de la puissance des rois une plus haute idée que celle que vous en avez vous-mêmes, je vous dis qu’en résumant sur la tête d’un seul homme la responsabilité d’une crise aussi vaste et d’un conflit aussi profond, vous cédez, plus qu’il n’est raisonnable, au prestige séculaire de la royauté.


« Le passage de la monarchie absolue, que je représentais, à la démocratie extrême que vous voulez fonder, ne va pas sans difficultés et sans périls. Ce n’est pas ma faute si depuis des siècles il n’y avait pas en France des institutions de liberté et si tout le pouvoir était concentré aux mains des rois. Ce n’est même pas la faute à mes ancêtres.
 

« Croyez-vous que c’est la volonté seule des rois qui, en France et en Angleterre, a pétri différemment les institutions ? Peut-être, en France, fallait-il cette centralisation du pouvoir royal pour abattre ces grands feudataires, ces despotes féodaux qui foulaient le peuple et morcelaient la nation. Vous croyez avoir abattu la féodalité ; mais il n’en restait plus que l’ombre ; ce sont les rois qui lui avaient enlevé d’abord sa force et sa substance. Et si cet effort royal ne vous a pas légué une France libre et habituée à la liberté, il vous a légué, du moins, une France unifiée, et où la souveraineté de la nation peut se déployer plus largement qu’en aucun pays du monde. Peut-être le mouvement populaire, qui me menace et qui va m’emporter, aurait-il été ajourné d’un demi-siècle si, moi-même, je n’en avais pas donné le signal par la convocation des Etats généraux et par le doublement du Tiers.
 

« Que votre orgueil ne s’irrite pas si je vous dis que c’est moi qui ai mis dans vos mains l’instrument de la Révolution qui va me frapper. Je ne l’ai point fait par une sorte de complaisance généreuse : il n’y a guère d’exemples, dans la vie déjà longue des sociétés humaines, d’un pouvoir qui sacrifie spontanément une part de ses prérogatives. J’avais besoin de la nation pour rétablir les finances, pour obtenir des ordres privilégiés des contributions devenues nécessaires à l’Etat et que leur égoïsme imprévoyant m’avait refusées. Tel est le mystérieux enchaînement des choses, que c’est peut-être pour avoir endetté la monarchie en soutenant l’indépendance de l’Amérique, que j’ai été obligé de faire appel en France aux Etats généraux et d’ouvrir la Révolution. Mais j’avais bien le droit de penser que des précautions étaient d’autant plus nécessaires que le peuple de France n’avait pas été accoutumé à se gouverner lui-même. Une transition trop brusque pouvait tout perdre. C’est pourquoi j’ai surveillé, pour la contenir, la Révolution commençante et, là, où vous avez cru voir intrigue et complot, il n’y avait que l’accomplissement de mon devoir de roi envers la royauté et envers la Révolution elle-même.


« La noblesse et le clergé, malgré leurs fautes, étaient les appuis séculaires de la monarchie. J’ai tenté, tout en limitant leurs privilèges, de les sauver, comme ordres, d’une destruction totale. Avez-vous le droit de m’en faire un crime ? Mais, si c’est un crime d’avoir tenté d’arrêter la Révolution à tel ou tel degré, pourquoi les révolutionnaires n’ont-ils pas demandé d’emblée l’abolition de la royauté ? Pourquoi ont-ils essayé de concilier la tradition royale et la souveraineté populaire ? C’est l’Assemblée constituante qui a inscrit la royauté dans la Constitution.


« Aujourd’hui, vous vous dites ou vous vous croyez tous républicains, et, à vous entendre, on croirait que la monarchie est une sorte de monstre antique, dès longtemps enseveli, et dont le souffle même ne vous a pas effleurés.
 

« Or, il y a deux ans encore, il n’y avait peut-être pas un républicain parmi vous. Même quand j’eus quitté Paris pour aller chercher dans l’est de la France un point d’appui contre les factions qui m’opprimaient, nul n’osa, dans l’Assemblée, demander nettement la fin de la monarchie. Ceux mêmes qui proposaient la suspension de l’inviolabilité et la mise en jugement semblaient penser à un autre roi ; et les pétitionnaires du Champ-de-Mars furent désavoués par tous les partis de la Révolution. J’avais laissé pourtant, dans la lettre qui fut lue à l’Assemblée, un témoignage décisif de ma vraie pensée ; et à ceux qui m’accusent de les avoir trompés, je réponds qu’ils ont tenu à se tromper eux-mêmes. Ils avaient peur de la République et, tout en dénonçant ma perfidie, ils se plaisaient à me supposer plus révolutionnaire que je ne pouvais l’être, pour échapper à la nécessité redoutable ou de limiter la Révolution ou d’abolir la royauté. S’il y a eu mensonge, il est là ; s’il y a eu tromperie, elle est là. C’était se tromper soi-même et tromper la nation qu’imaginer qu’on pourrait pousser à l’extrême la démocratie sans abolir la royauté, et dépouiller l’arbre de toutes ses feuilles sans l’abattre. C’est moi qui pourrais me plaindre d’avoir été utilisé par l’instinct de ruse de la Révolution pour faciliter le passage de la monarchie à la République. On gardait un semblant de royauté pour rassurer les esprits simples et c’est sous l’abri de la monarchie qu’on travaillait à la destruction de la monarchie.
 

« Et, s’il n’y a pas eu là de calcul, si la France a cru sincèrement à la nécessité de la monarchie dans l’ordre nouveau, comment peut-on faire un grief au roi d’y avoir cru, lui aussi, et d’avoir voulu maintenir les étais sans lesquels, à mon sens, elle ne pouvait durer ? J’ai gémi de la lutte engagée par vous contre le clergé et il est vrai que j’ai usé du droit de veto que me donnait la Constitution pour amortir les coups que vous lui portiez. C’est que la religion, en même temps qu’elle est la consolation et le besoin de mon cœur, est, selon moi, la garantie de l’ordre et la règle nécessaire des mœurs et de la liberté. Or, j’ai pensé que les attaques trop véhémentes et trop violentes contre le clergé ébranleraient la religion elle-même. Me suis-je trompé ? Dans les premiers temps de la Révolution, il y avait chez les révolutionnaires eux-mêmes une sorte d’empressement pieux et jamais on ne parla plus dévotement du Dieu de l’Evangile qu’à l’heure où on en dépouillait les ministres. Aujourd’hui encore, vous vous appliquez à ne pas découvrir au peuple la philosophie impie d’un grand nombre d’entre vous. Quand un imprudent, pour des raisons d’économie (car vous avez à votre tour des embarras financiers : ils vous perdront comme ils m’ont perdu), propose la suppression du traitement des prêtres, vous vous soulevez contre lui parce qu’il indispose les peuples [allusion à la proposition de Cambon, le 13 novembre 1792, de supprimer le budget des cultes]. Mais, qui aurait osé prévoir, il y a deux ans, que cette proposition serait faite ? Qui aurait prévoir qu’un jour, à votre tribune, un audacieux dirait : « Je suis athée », et serait applaudi par un grand nombre d’entre vous ? C’est donc bien la lutte contre le christianisme qui s’annonce et, si je l’ai pressentie, si j’ai voulu protéger le clergé contre des passions qui s’étendraient insensiblement à la religion elle-même, j’ai été prévoyant et j’ai servi la Révolution qui périra le jour où il apparaîtra à tous qu’elle est incompatible avec le christianisme.

  

« Pour m’accuser de trahison, vous êtes obligés d’accuser aussi de trahison la plupart des hommes illustres qui ont servi la Révolution. Car tous, La Fayette, Mirabeau, Barnave, d’autres encore, ont cru que la Révolution devait s’arrêter et se fixer, qu’elle se perdait à dépasser la ligne qu’ils avaient marquée eux-mêmes. Vous pouvez les flétrir et les frapper. Mais vous flétrissez et vous frappez la Révolution elle-même, car le déshonneur de ceux qui l’ont servie se communique à elle. Croyez-vous, de bonne foi, que ces hommes ont cédé à des pensées basses, qu’ils furent à la merci d’une pièce d’or ? Non certes, ils crurent servir encore la Révolution et la liberté en s’opposant aux excès qui pouvaient les compromettre, en cherchant à organiser ou à raffermir la force nécessaire du pouvoir exécutif. Et si des hommes nés de la Révolution et qui n’avaient de force, de crédit, d’espérance que par elle, ont cru qu’il fallait la contrôler et la limiter, qui pourra faire un crime au roi lui-même, descendant des rois et gardien de la royauté par la Constitution comme par la tradition, d’avoir eu la même pensée ?

 
« Prenez garde ; en condamnant le roi sous prétexte de trahison envers la Révolution, vous allez vous menacer de mort les uns les autres ; car vous êtes voués désormais à dénoncer et à frapper comme des traîtres tous ceux qui n’entendront pas comme vous les intérêts de la Révolution et qui n’en porteront pas les limites au point arbitraire et vacillant marqué par les passions du jour.


  
« J’ai parlé de Mirabeau que vous frapperiez, s’il n’était mort, de La Fayette qui serait captif ici s’il ne l’était en Autriche, de Barnave qui languit dans son cachot, sous l’inculpation d’avoir donné des conseils politiques au roi constitutionnel. Là ne s’arrêteront pas les soupçons. Déjà, ceux-là mêmes qui, de leur parole imprudente et éloquente, ont animé le peuple contre les Tuileries sont traîtres et suspects, parce qu’ils n’ont pas refusé un mémoire politique qui leur était demandé[1]. Et déjà le général, qui dans les plaines de Champagne, a arrêté la marche des armées prussiennes et autrichiennes, est accusé, par les plus véhéments et les plus populaires de vos journaux, d’avoir ménagé dans sa retraite l’armée prussienne et d’avoir combattu, comme on prétend que de Lessart négociait, dans l’intérêt de l’ennemi.
  

« Il est étrange, en vérité, qu’on me reproche comme un crime d’avoir songé aux conséquences que pouvait avoir une guerre illimitée et d’avoir voulu les prévenir ! Vous qui m’accusez de n’avoir pas brusqué la rupture avec l’Autriche et de n’avoir pas répondu partout par la guerre à la plus légère offense des cours étrangères, êtes-vous sûrs que la Révolution peut affronter sans péril la guerre avec le monde ? Etes-vous sûrs que la France nouvelle ne laissera dans cette colossale entreprise ni ses finances, ni sa liberté ? Etes-vous sûrs que les incertitudes de la lutte n’exaspéreront point la rivalité des factions au point de déchirer et d’épuiser la Révolution ? Et, si je me suis préoccupé des contrecoups qu’aurait la guerre sur l’état des esprits et sur le destin de la royauté, qui donc m’en a donné l’exemple ? C’est vous ! Ceux qui, au printemps de cette année, vous ont entraînés à la guerre ont dit partout qu’elle était nécessaire pour mettre la royauté à l’épreuve, et pour changer la Constitution. Ils ont fait de la guerre un moyen politique contre le roi ; de quel droit me reprochent-ils de m’être préoccupé, en effet, des conséquences politiques qu’elle pouvait produire et d’avoir, par mes paroles, par mon attitude, cherché à atténuer le plus possible le conflit d’où l’on attendait un bouleversement intérieur et le renversement de la Constitution ? De quel droit me reprocher d’avoir ménagé jusqu’au bout les chances de paix quand vous donnez ouvertement à la guerre un guerre factieux ? Mais, prenez garde, vous avez provoqué l’univers pour abattre la royauté. En cessant de ménager la royauté, vous avez cessé de ménager le monde. Je vous laisse, devant la postérité, la responsabilité des désastres qui peuvent suivre.
 

« Si je vous dis ces choses, ce n’est pas pour défendre ma tête : vous êtes trop divisés pour être justes. Déjà, vous épiez vos moindres gestes, vous commentez vos moindres paroles, afin d’y découvrir l’indice d’une complaisance pour celui que vous appelez le tyran. Il ne suffira pas d’avoir voulu ma mort ; il faudra l’avoir voulue au degré et en la forme marqués par la faction dominante. Vous êtes trop occupés à vous surveiller et à vous dénoncer les uns les autres pour avoir la force de vous élever à de hautes vues et pour faire le partage des responsabilités. Après m’avoir déchiré, vous vous déchirerez à propos de moi. Jusqu’ici, c’est la témérité du peuple qui seule avait versé le sang. Maintenant, c’est la Révolution organisée qui fait œuvre de mort. Vous portez tout de suite la mort à ce sommet qui s’appelait hier la royauté ; elle en descendra aisément. L’échafaud que vous dressez pour moi s’élargira jusqu’à occuper tout le forum. Si vous étiez plus unis, si n’aviez pas peur les uns des autres, vous auriez pu, tout en maintenant et affermissant votre République, mettre la personne du roi hors de cause et réserver l’avenir.


« J’ai beaucoup lu et médité l’histoire de Charles Ier. J’étais depuis longtemps averti, par un pressentiment, par l’inquiétude générale des esprits et des choses, que moi aussi, j’étais réservé à l’épreuve suprême. J’y suis préparé. Mais ne vous flattez pas que les événements de France se résoudront comme les événements d’Angleterre. L’Angleterre est une île ; ses agitations sont limitées et Cromwell a pu les fixer. Vous êtes ouverts à toutes les forces de l’univers, et cette lutte formidable suscitera ici des passions et des événements tragiques. Vous n’êtes pas sûrs que la France épuisée ne soit pas tentée un jour de redemander un abri à la royauté. J’aurais voulu, si ce retour ces choses doit se produire, que la monarchie ne fût pas rétablie en France par la pitié. La pitié est aveugle et violente : et les rois qui seront ramenés par elle n’auront pas le sens des temps nouveaux. En faisant tomber ma tête, vous mettez en mouvement la force dangereuse de la pitié : il valait mieux réserver l’avenir à l’expérience et à la raison... »
 
_________

Jean Jaurès, Histoire socialiste de la Révolution française, tome V, La mort du roi et la chute de la Gironde, (pp.44-51), Editions sociales, Paris, 1968-1973. Edition revue et annotée par Albert Soboul.

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Publié le 20 Janvier 2008


"Au nom de la très Sainte Trinité, du Père, du fils et du Saint Esprit. Aujourd'hui vingt-cinquième de décembre mil sept cent quatre vingt douze."

"Moi, Louis, XVIème du nom, Roi de France, étant depuis plus de quatre mois enfermé avec ma famille dans la Tour du Temple à Paris, par ceux qui étaient mes sujets, et privé de toute communication quelconque, même depuis le onze du courant avec ma famille. De plus impliqué dans un Procès dont il est impossible de prévoir l'issue à cause des passions des hommes, et dont on ne trouve aucun prétexte ni moyen dans aucune loi existante, n'ayant que Dieu pour témoin de mes pensées, et auquel je puisse m'adresser. Je déclare ici en sa présence, mes dernières volontés et mes sentiments.

Je laisse mon âme à Dieu mon créateur, et je le prie de la recevoir dans sa miséricorde, de ne pas la juger d'après ses mérites, mais par ceux de Notre Seigneur Jésus Christ qui s'est offert en sacrifice à Dieu son Père, pour nous autres hommes, quelque indignes que nous en fussions, et moi le premier.

Je meurs dans l'union de notre sainte Mère l'Église Catholique, Apostolique et Romaine, qui tient ses pouvoirs par une succession non interrompue de Saint Pierre auquel Jésus-Christ les avait confiés. Je crois fermement et je confesse tout ce qui est contenu dans le Symbole et les commandements de Dieu et de l'Église, les Sacrements et les Mystères tels que l'Église Catholique les enseigne et les a toujours enseignés. Je n'ai jamais prétendu me rendre juge dans les différentes manières d'expliquer les dogmes qui déchirent l'Église de Jésus-Christ, mais je m'en suis rapporté et rapporterai toujours, si Dieu m'accorde vie, aux décisions que les supérieurs Ecclésiastiques unis à la Sainte Église Catholique, donnent et donneront conformément à la discipline de l'Église suivie depuis Jésus-Christ.

Je plains de tout mon coeur nos frères qui peuvent être dans l'erreur, mais je ne prétends pas les juger, et je ne les aime pas moins tous en Jésus-Christ suivant ce que la charité Chrétienne nous l'enseigne.

Je prie Dieu de me pardonner tous mes péchés, j'ai cherché à les connaître scrupuleusement, à les détester et à m'humilier en sa présence, ne pouvant me servir du Ministère d'un Prêtre Catholique. Je prie Dieu de recevoir la confession que je lui en ai faite, et surtout le repentir profond que j'ai d'avoir mis mon nom, (quoique cela fut contre ma volonté) à des actes qui peuvent être contraires à la discipline et à la croyance de l'Église Catholique à laquelle je suis toujours resté sincèrement uni de coeur. Je prie Dieu de recevoir la ferme résolution où je suis, s'il m'accorde vie, de me servir aussitôt que je le pourrai du Ministère d'un Prêtre Catholique, pour m'accuser de tous mes péchés, et recevoir le Sacrement de Pénitence.

Je prie tous ceux que je pourrais avoir offensés par inadvertance (car je ne me rappelle pas d'avoir fait sciemment aucune offense à personne), ou à ceux à qui j'aurais pu avoir donné de mauvais exemples ou des scandales, de me pardonner le mal qu'ils croient que je peux leur avoir fait.

Je prie tous ceux qui ont de la Charité d'unir leurs prières aux miennes, pour obtenir de Dieu le pardon de mes péchés.

Je pardonne de tout mon coeur à ceux qui se sont fait mes ennemis sans que je leur en aie donné aucun sujet, et je prie Dieu de leur pardonner, de même que ceux qui par un faux zèle, ou par un zèle mal entendu, m'ont fait beaucoup de mal.

Je recommande à Dieu, ma femme, mes enfants, ma Soeur, mes Tantes, mes Frères, et tous ceux qui me sont attachés par les liens du sang, ou par quelque autre manière que ce puisse être.

Je prie Dieu particulièrement de jeter des yeux de miséricorde sur ma femme, mes enfants et ma soeur qui souffrent depuis longtemps avec moi, de les soutenir par sa grâce s'ils viennent à me perdre, et tant qu'ils resteront dans ce monde périssable.

Je recommande mes enfants à ma femme, je n'ai jamais douté de sa tendresse maternelle pour eux ; je lui recommande surtout d'en faire de bons Chrétiens et d'honnêtes hommes, de leur faire regarder les grandeurs de ce monde ci (s'ils sont condamnés à les éprouver) que comme des biens dangereux et périssables, et de tourner leurs regards vers la seule gloire solide et durable de l'Éternité. Je prie ma soeur de vouloir bien continuer sa tendresse à mes enfants, et de leur tenir lieu de mère, s'ils avaient le malheur de perdre la leur.

Je prie ma femme de me pardonner tous les maux qu'elle souffre pour moi, et les chagrins que je pourrais lui avoir donnés dans le cours de notre union, comme elle peut être sûre que je ne garde rien contre elle si elle croyait avoir quelque chose à se reprocher.

Je recommande bien vivement à mes enfants, après ce qu'ils doivent à Dieu qui doit marcher avant tout, de rester toujours unis entre eux, soumis et obéissants à leur mère, et reconnaissants de tous les soins et les peines qu'elle se donne pour eux, et en mémoire de moi. Je les prie de regarder ma soeur comme une seconde mère.

Je recommande à mon fils, s'il avait le malheur de devenir Roi, de songer qu'il se doit tout entier au bonheur de ses concitoyens, qu'il doit oublier toute haine et tout ressentiment, et nommément tout ce qui a rapport aux malheurs et aux chagrins que j'éprouve. Qu'il ne peut faire le bonheur des Peuples qu'en régnant suivant les Lois, mais en même temps qu'un Roi ne peut les faire respecter, et faire le bien qui est dans son coeur, qu'autant qu'il a l'autorité nécessaire, et qu'autrement, étant lié dans ses opérations et n'inspirant point de respect, il est plus nuisible qu'utile.

Je recommande à mon fils d'avoir soin de toutes les personnes qui m'étaient attachées, autant que les circonstances où il se trouvera lui en donneront les facultés, de songer que c'est une dette sacrée que j'ai contractée envers les enfants ou les parents de ceux qui ont péri pour moi, et ensuite de ceux qui sont malheureux pour moi. Je sais qu'il y a plusieurs personnes de celles qui m'étaient attachées, qui ne se sont pas conduites envers moi comme elles le devaient, et qui ont même montré de l'ingratitude, mais je leur pardonne, (souvent, dans les moment de troubles et d'effervescence, on n'est pas le maître de soi) et je prie mon fils, s'il en trouve l'occasion, de ne songer qu'à leur malheur.

Je voudrais pouvoir témoigner ici ma reconnaissance à ceux qui m'ont montré un véritable attachement et désintéressé. D'un côté si j'étais sensiblement touché de l'ingratitude et de la déloyauté de gens à qui je n'avais jamais témoigné que des bontés, à eux et à leurs parents ou amis, de l'autre, j'ai eu de la consolation à voir l'attachement et l'intérêt gratuit que beaucoup de personnes m'ont montrés. Je les prie d'en recevoir tous mes remerciements ; dans la situation où sont encore les choses, je craindrais de les compromettre si je parlais plus explicitement, mais je recommande spécialement à mon fils de chercher les occasions de pouvoir les reconnaître.

Je croirais calomnier cependant les sentiments de la Nation, si je ne recommandais ouvertement à mon fils MM de Chamilly et Hue, que leur véritable attachement pour moi avait portés à s'enfermer avec moi dans ce triste séjour, et qui ont pensé en être les malheureuses victimes.

Je lui recommande aussi Cléry des soins duquel j'ai eu tout lieu de me louer depuis qu'il est avec moi. Comme c'est lui qui est resté avec moi jusqu'à la fin, je prie MM de la Commune de lui remettre mes hardes, mes livres, ma montre, ma bourse, et les autres petits effets qui ont été déposés au Conseil de la Commune.

Je pardonne encore très volontiers à ceux qui me gardaient, les mauvais traitements et les gênes dont ils ont cru devoir user envers moi.

J'ai trouvé quelques âmes sensibles et compatissantes, que celles-là jouissent dans leur coeur de la tranquillité que doit leur donner leur façon de penser.

Je prie MM de Malesherbes, Tronchet et de Sèze, de recevoir ici tous mes remerciements et l'expression de ma sensibilité pour tous les soins et les peines qu'ils se sont donnés pour moi.

Je finis en déclarant devant Dieu et prêt à paraître devant Lui, que je ne me reproche aucun des crimes qui sont avancés contre moi".

Fait double à la Tour du Temple le 25 décembre 1792.

Louis

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Publié le 6 Décembre 2007

Herodote, site dont je ne saurais trop conseiller la lecture, remet les choses en place.

  

«I disapprove of what you say, but I will defend to the death your right to say it» (en anglais)
«Je ne partage pas vos idées mais je me battrai jusqu'à la mort pour que vous puissiez les exprimer» (traduction)
Source : citation faussement attribuée à Voltaire par Evelyn Beatrice Hall (1906)

Cette célèbre formule est devenue en France le paradigme de la liberté d'expression.

Il s'agit de l'invention d'un auteur anglo-saxon, Evelyn Beatrice Hall. Elle figure dans son livre : The friends of Voltaire (Les amis de Voltaire), publié en 1906 sous le pseudonyme S[tephen] G. Tallentyre.

Par cette formule faussement attribuée à Voltaire, l'auteur voulait exprimer l'idée qu'elle se faisait de celui-ci.

Dans les faits, le spirituel auteur de Candide, qui aimait plus que tout la compagnie des puissants, y compris celle de Frédéric II, le Poutine de son temps, pratiquait une tolérance très sélective.

Il s'est plutôt réjoui des poursuites contre les jésuites, ses ennemis jurés, et s'est gardé de protester lorsque Malesherbes, le directeur de la Librairie royale, a suspendu, autrement dit censuré, la revue de son plus virulent ennemi, le dévot Fréron.

De ce point de vue, les milieux intellectuels n'ont guère évolué depuis Voltaire : ceux qui réclament (avec raison) le droit de critiquer sans entrave le fait religieux sont aussi (à tort) parmi les premiers à mettre des bornes à la liberté de penser l'Histoire (génocides, esclavage, colonisation,...).

 
Edit:  Pour ceux qui l'ignoreraient encore, on lira avec profit les écrits antisémites et racistes du sieur Voltaire. On a tellement glosé sur le racisme et l'antisémitisme supposé de l'Eglise, qu'il n'est pas inutile de rappeler à certains, que leurs modèles de pensée n'ont pas hésité à signer des textes odieux...  
Merci à Philippe Edmond.

 

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Publié le 8 Novembre 2007


Olivier Pétré-Grenouilleau s'était fait traiter de tous les noms à la sortie de son bouquin sur l'esclavage. Voilà, qu'un musulman, et non le moindre, Malek Chebel, va dans son sens. Même si son interprétation du Coran donnerait à discuter, on peut déjà saluer cet ouvrage.

 

L'esclavage en terre d'Islam: un musulman libéral secoue le tabou.

C'était en 2004: l'universitaire Olivier Pétré-Grenouilleau, dans un gros livre savant, expliquait que l'esclavage n'avait pas été une exclusivité occidentale. Et qu'on retrouvait des «traites négrières» comparables ou même plus importantes dans l'histoire de l'Afrique ou du monde arabe.

Quelques jours après la sortie du livre, le discret universitaire avait reçu des menaces de mort - prises au sérieux par la police - et préféré ne plus paraître en public.

C'est donc sur un terrain miné que l'essayiste franco-algérien Malek Chebel s'aventure ces jours-ci avec un ouvrage sur «l'esclavage en terre d'Islam».

«Un dossier délicat, admet-il avec un fatalisme tranquille lorsque je le rencontre dans le quartier de la Bastille. C'est pourquoi j'attends un peu avant de donner des conférences à Paris. Mais à la différence de Pétré-Grenouilleau ou d'autres, c'est de l'intérieur que je critique les dérives de l'islam, les extrémismes et les sectarismes.»

Auteur prolifique depuis 25 ans, Malek Chebel se veut à la fois un musulman irréprochable, fin connaisseur du Coran, et un libéral sans concession, partisan de la laïcité et hostile au porte du voile. Un adversaire résolu de «l'Islam politique» et de ses prétentions à «régenter la société». Avec cette nuance: «Contrairement à d'autres, j'ai le souci d'être audible et donc d'éviter les provocations inutiles: je prends donc soin de n'insulter personne.» Dans l'affaire des caricatures de Mahomet, il a surtout essayé de «calmer le jeu».

Mais cette fois, c'est le sujet lui-même qui est tabou. Et Malek Chebel, après avoir pendant trois ans fouillé dans les textes et enquêté dans une quinzaine de pays, dresse un constat sévère. L'esclavage dans le monde musulman, trois fois plus étalé dans le temps qu'en Occident, a aussi touché deux fois plus d'individus, même si les formes de la servitude étaient parfois plus «humaines».

«Cet esclavage a touché plus de 20 millions de personnes sur 10 siècles, explique Chebel. Il a duré officiellement jusque dans les premières décennies du XXe siècle, une soixantaine d'années après son abolition en Occident. Jamais aucun responsable religieux musulman ne s'est prononcé pour son abolition.

«Un esclavage discret et à peine atténué se perpétue aujourd'hui, en Arabie Saoudite, par exemple. Au Niger ou au Mali, vous pouvez acheter - à lunité - un enfant de 10 ans dont vous ferez ce que vous voudrez. Alors que les autorités religieuses en Occident ont fini par basculer dans le camp des abolitionnistes au XIXe siècle et aujourd'hui encore battent leur coulpe pour les crimes passés, je n'entends aucun prédicateur d'Al-Jazira condamner ces pratiques.»

Au hasard de ses déambulations et recherches, l'auteur découvre des choses étonnantes: une loi sur l'affranchissement des esclaves en Mauritanie datant de 2003! Des zones de non-droit absolu en Arabie Saoudite et dans certains pays du Golfe. Trois codes de l'esclavage en pays musulmans datant du XIXe siècle. Mais aussi, dans l'histoire de la Turquie et de l'Égypte, d'étonnantes pratiques permettant à des esclaves affranchis d'occuper de hautes fonctions dans l'État (en Turquie), ou de former une nouvelle caste privilégiée, tels les Mamelouks en Égypte).

«Ce qui me révolte au-delà de tout, dit Malek Chebel, c'est que, plus ou moins explicitement, on invoque l'islam pour justifier l'asservissement, l'inégalité foncière entre humains, les rapports de maître à serviteur. Ce que j'appelle la politique du baisemain. Or, sur les seuls 25 versets du Coran qui évoquent le sujet, presque tous penchent du côté de l'affranchissement. Strictement rien dans les textes ne justifie le système esclavagiste. Mais c'est ainsi: sous diverses formes, une coterie religieuse vénale, aux ordres des dictatures, conserve une emprise totale sur l'islam et son interprétation. Il y a 30 ou 40 ans encore, l'Islam des Lumières auquel je me réfère était en plein progrès, en Égypte notamment, et la démocratie était en vue. Aujourd'hui, on est en pleine régression: si l'on faisait aujourd'hui des élections libres dans le monde arabo-musulman, les islamistes l'emporteraient presque partout. Cela dit, je ne crois pas que ce soit irréversible: l'Égypte pourrait redevenir une terre des Lumières. Et il y a des frissonnements démocratiques au Maghreb ou ailleurs.»

Pour certains esprits critiques, Malek Chebel, auteur médiatique et parfois un peu trop habile, est moins contestataire qu'il ne le prétend. Reste que le seul fait de soulever une question aussi taboue et de dénoncer la collusion entre le haut clergé musulman et les régimes dictatoriaux demande un certain courage. La France est aujourd'hui de loin le premier pays islamique d'Europe, avec cinq millions de musulmans. Avec des organisations intégristes extrêmement puissantes et structurées.

«Si jamais on lançait une fatwa contre moi, je m'empresserais d'aller à la télé et de leur dire: vous m'avez condamné à mort, mais vous n'êtes que des voyous, des criminels passibles du tribunal de La Haye. Vous n'êtes pas des musulmans mais des assassins, vous pouvez m'envoyer 10 commandos de tueurs si vous voulez, mais je ne me cacherai pas!»

Et Malek Chebel ajoute: «Ces gens ont peut-être des tueurs à leur service, mais moi je crois qu'en utilisant les armes de la communication, on peut les faire reculer.»

 


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Rédigé par Polydamas

Publié dans #Histoire

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Publié le 27 Septembre 2007


Après la Vie des Autres, voici un autre film sur les horreurs communistes, cette fois durant la seconde guerre mondiale. C'est la première fois, à ma connaissance, que le cinéma ose s'attaquer à cette icône que représente l'Armée Rouge de la Seconde Guerre Mondiale. Je n'ai pas encore trouvé de date de sortie en France. En attendant, voici la bande-annonce.




Voici l'article que le Monde a publié sur le sujet.
Ce film, le cinéaste polonais Andrzej Wajda l'appréhendait autant qu'il le désirait. Il s'était fait la promesse intime de le réaliser, il y a des années. A 81 ans, il vient enfin d'accomplir ce qu'il appelle "un devoir" : porter à l'écran l'histoire de sa vie et un pan de la mémoire polonaise contemporaine, le massacre de Katyn.

En septembre 1939, 22 000 officiers polonais sont faits prisonniers par l'Armée rouge, qui vient d'envahir la Pologne, en vertu du pacte de non-agression germano-soviétique Ribbentrop-Molotov. En mars 1940, Staline donne l'ordre de les fusiller : 4 410 d'entre eux disparaissent dans la forêt de Katyn, près de Smolensk, dans l'Ouest russe. D'autres charniers seront découverts ailleurs. Cette hécatombe à huis clos a longtemps été maintenue secrète.

Andrzej Wajda a dédié Katyn à ses parents. A son père, Jakub, capitaine au 72e régiment d'infanterie, mort à Katyn. A sa mère, Aniela, qui "s'est nourrie d'illusions jusqu'à sa mort, car le nom de mon père figurait avec un autre prénom sur la liste des officiers massacrés", a-t-il confié, mercredi 12 septembre, à l'avant-première de son film, à Varsovie. Pourtant, ce long métrage n'est "ni une quête personnelle de la vérité ni une bougie funéraire posée sur la tombe du capitaine Jakub Wajda", se défend le cinéaste. (C'est un point de vue que je trouve étonnant, comme si en faisant ce film, il ne souhaitait pas qu'on se rappelle de son père, j'ai un peu l'impression qu'il craint de remettre clairement en cause les communistes)

Le film s'ouvre la journée du 17 septembre 1939. Sur un pont, deux foules de civils polonais se croisent, s'entrechoquent en sens inverse : l'une fuit l'Armée rouge, l'autre la Wehrmacht. Dès les premiers plans, Andrzej Wajda donne le ton en cadrant une femme paniquée, à la recherche de son mari, un officier de l'armée polonaise.

Car, à la surprise générale, Katyn n'est pas un film sur les officiers, mais sur leurs épouses, leurs mères ou leurs soeurs restées en Pologne, coupées de la vérité puis soumises à la censure. Les personnages centraux ne sont pas à chercher parmi les gradés en uniforme, mais chez leurs femmes, à travers le drame qu'elles vivent dans leur foyer de Cracovie. D'ailleurs, Wajda n'a pas attribué de nom de famille à ses officiers. Le capitaine de cavalerie Andrzej, le lieutenant Jerzy, le lieutenant "Pilot" ne sont au final que des archétypes.

Le film est pétri de métaphores, qui portent la griffe d'Andrzej Wajda, celles qui l'ont fait connaître dès Kanal (1957) ou Cendres et diamants (1958) : un christ baroque couché à terre, parmi les blessés de guerre, et caché sous la cape d'un officier ; deux soldats de l'Armée rouge qui déchirent le drapeau national polonais bicolore et se servent de la moitié rouge en guise de fanion soviétique ; une plaque funéraire brisée pour avoir affiché l'indicible sous le régime communiste : "Tué à Katyn en avril 1940."

Il y a surtout cette scène finale, une apothéose de réalisme, détaillée sans jamais virer au pathos. On y voit l'exécution méthodique, à la chaîne, minutieusement orchestrée par le NKVD, la police secrète de Staline, des 4 410 officiers de l'armée polonaise en avril 1940, dans la forêt de Katyn. Des agents soviétiques tirent machinalement, à une cadence soutenue, une balle de revolver Walther dans la tête des officiers. Les victimes s'effondrent, leurs corps jetés dans les fosses communes. Puis vient le ballet des bulldozers qui défoncent le sol et recouvrent les cadavres.

Dans les salles polonaises à partir du 17 septembre, date toute symbolique - celle du début de l'invasion de la Pologne en 1939 par les troupes soviétiques, seize jours après la Wehrmacht -, la dernière oeuvre de Wajda est une première. Aucun metteur en scène polonais n'avait réussi à porter ce chapitre sombre de l'histoire à l'écran. Pour s'assurer du succès, Andrzej Wajda a confié les images à Pawel Edelman, chef opérateur du Pianiste, de Roman Polanski, et la musique au compositeur Krzysztof Penderecki. Le scénario s'appuie sur le roman d'Andrzej Mularczyk, Post mortem.

Salué par une grande partie de la presse, le dernier film de Wajda n'échappe pas à la critique. On lui reproche d'escamoter l'Histoire en ne faisant que survoler le destin des officiers polonais qui ont pu survivre à Katyn par la promesse, imagine-t-on, de servir la propagande soviétique. Il y a aussi la critique mordante de l'hebdomadaire Newsweek qui, dans son dernier numéro, fustige "la sortie la plus attendue de la saison" comme "la célébration d'un mythe national et un échec artistique".

Sans oublier la réaction d'un spectateur, mercredi lors de l'avant-première, apostrophant Andrzej Wajda : "Avec Katyn, vous laissez entendre que si vous n'aviez pas menti sur la mort de votre père à Katyn, vous n'auriez pas pu entrer à l'université sous le régime communiste et que l'école polonaise du film n'aurait jamais existé ?" Agacé, le cinéaste s'est dérobé. "Permettez, monsieur, que je confesse mes péchés plus tard, et devant une autre audience", a-t-il sèchement répondu.

Le film relance surtout le débat public sur le massacre des officiers, à un moment où la Pologne tente toujours de recomposer son passé. A ce jour, on ignore toujours le sort de 7 000 soldats et officiers polonais disparus après avoir été faits prisonniers par l'Armée rouge en 1939. L'Allemagne nazie avait mis au jour certains charniers après la rupture du pacte Ribbentrop-Molotov et l'invasion de l'URSS en 1941. Mais les noms des premiers officiers retrouvés dans le charnier de Katyn n'avaient pas été révélés avant 1943.

Quant au massacre lui-même, il avait été récupéré par la propagande nazie, qui accusait Moscou de ce massacre, puis par les Soviétiques, qui en rejetaient la faute sur Berlin. Il fournit l'occasion de rompre les relations diplomatiques de l'URSS avec le gouvernement polonais en exil à Londres.

Il a fallu attendre 1990 pour que le régime soviétique finissant admette, par la bouche de Mikhaïl Gorbatchev, sa responsabilité, tout en évitant de parler de "crime contre l'humanité, imprescriptible", comme le demandait Varsovie. En 1992, Boris Eltsine avait remis aux autorités polonaises un document d'archives prouvant formellement l'implication des autorités soviétiques dans le massacre. Aujourd'hui, le travail de mémoire est inachevé : il bute sur la décision, prise par Moscou, en 2005, d'interdire l'accès aux dossiers concernés.

De son côté, la Pologne aura attendu soixante-sept ans pour voir le massacre de Katyn porté à l'écran. "Ce film n'aurait pas pu voir le jour avant. Ni en Pologne communiste, soumise à la censure, ni à l'étranger, qui s'est désintéressé du sujet", a conclu le réalisateur.

Avec Andrzej Wajda, Katyn vient enfin de prendre place dans le septième art. "Ce n'est que le premier. D'autres films suivront", a prédit le metteur en scène.

On l'espère bien...

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Rédigé par Polydamas

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Publié le 19 Juillet 2007

Cette fois, c'est un ancien ministre qui se ridiculise...



Luc Ferry vs Rémy Brague


Merci à Gai Luron.

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Rédigé par Polydamas

Publié dans #Histoire

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Publié le 30 Juin 2007

C'est un sujet qui revient régulièrement dans la bouche des anti-cléricaux de tous poils qui pulullent dans notre société. Encouragé par le film Amen, dont la partialité, notamment représentée par une affiche mêlant la croix du Christ et la croix gammée, n'est plus à démontrer, ils n'hésitent pas à accuser Pie XII de tous les maux de la Seconde Guerre Mondiale.

Ils utilisent le fallacieux prétexte que Pie XII n'aurait pas suffisamment parlé de la tragédie touchant le peuple juif, et qu'il n'aurait pas cherché à protéger ceux-ci.

Le dernier rebondissement en date avait été le refus du nonce apostolique de se rendre, aux commémorations de Yad Vashem, il y a quelques mois, à cause de la légende d'une photo mettant en cause le rôle de Pie XII. Preuve que, malgré la vérité historique, la propagande est des plus puissantes.

Pourquoi est-ce de la propagande ?

Toutes ces histoires ne viennent que d'une seule source, une pièce de théatre écrite peu après la guerre, intitulée le Vicaire, et qui fait de Pie XII, rien de moins qu'un collaborateur passif d'Hitler. Le problème est que, cette pièce, à l'origine du film Amen, n'est pas autre chose qu'une manipulation des services secrets soviétiques, comme le prouve cet entretien d'Ion Mihai Pacepa, ancien officier de l'Est, qui fut envoyé au Vatican pour récupérer des archives permettant de construire des pièces utiles à la propagande.

Because Pius XII had served as the papal nuncio in Munich and Berlin when the Nazis were beginning their bid for power, the KGB wanted to depict him as an anti-Semite who had encouraged Hitler’s Holocaust.

(...)

In 1963, General Ivan Agayants, the famous chief of the KGB’s disinformation department, landed in Bucharest to thank us for our help. He told us that “Seat-12” (opération d'infiltration des archives du Vatican) had materialized into a powerful play attacking Pope Pius XII, entitled The Deputy, an oblique reference to the pope as Christ’s representative on earth.

En outre, tous les pourfendeurs de l'Eglise catholique oublient que le Grand Rabbin de Rome lui-même, Israel Zolli, s'est converti au catholicisme juste après la guerre, et qu'il a confirmé le rôle historique du pape dans celle-ci. Il a même choisi comme prénom de baptême, Eugénio, le même prénom que Pie XII, en remerciement de son comportement.

Extrait de certains de ses propos:

"L'Église Catholique aime toutes les âmes. Elle souffre avec tous et pour tous; elle attend avec amour tous ses enfants sur le seuil sacré de Pierre, et ses enfants sont tous les hommes... Il n'existe pas de lieu de souffrances que l'esprit d'amour de Pie XII n'ait atteint... Au cours de l'histoire, aucun héros n'a commandé une telle armée. Aucune force militaire n'a été plus combattante, aucune n'a été plus combattue, aucune n'a été plus héroïque que celle menée par Pie XII au nom de la charité chrétienne"

Malgré tout, c'est toujours "le Vicaire" qui demeure liée à l'attitude de Pie XII dans l'esprit de nos concitoyens.

Vous avez dit lobotomisation en action ?

C'est pour cela que la sortie, ce mois-ci, d'un livre de défense de la mémoire de Pie XII, rédigé par un rabbin, David Dalin, est une bonne nouvelle. Plus personne ne pourra sérieusement maintenir que l'attitude du pape fut contestable.

Je  ne m'appesantirai pas sur tous les autres détails, sur les sermons condamnant le nazisme, sur les juifs accueillis au Vatican, sur les dons et appuis de toutes sortes, et tous les faits qui démontrent l'attitude exemplaire du pape durant cette période trouble, qui ont permis de sauver plus d'un demi-million de juifs. D'autres le font mieux et plus longuement que moi.

Mais il est utile de se rappeler que cette légende noire n'est justement rien d'autre qu'une légende, construite de toutes pièces, par une dictature athée, dont l'un des principaux buts a toujours été le combat contre l'Eglise Catholique. D'autant que la contestation risque d'être bientôt relancée avec le procès en béatification de Pie XII, et le cinquantième anniversaire de son décès, l'année prochaine.

La polémique ne fait que commencer.

nti_bug_fck

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Rédigé par Polydamas

Publié dans #Histoire

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