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Publié le 4 Décembre 2011

Le site des Conférences de Samarie, de la communauté St Jean, a fait peau neuve. Maintenant, il est possible de regarder en streaming toutes les conférences du père Rouvillois que vous pouvez choisir dans la partie droite de la vidéo, en cliquant sur la flèche. Vous retrouverez toujours cet alliage très séduisant entre spiritualité, psychologie et exégèse. Il me semble qu'on a tous quelque chose à y apprendre, elles sont indispensables.

 

Un exemple avec cette conférence sur la culpabilité, de 2003. Et on pourra écouter avec profit les conférences sur la paternité, le rôle de la femme dans l'Eglise, Israël avec le rabbin Korsia, l'exigence d'être chrétien, et bien d'autres. 

 

Des conférences de haut niveau, que vous pouvez également télécharger pour les voir sans Internet.

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Rédigé par Polydamas

Publié dans #Médias

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Publié le 29 Avril 2010

Il y a quelques semaines, il y avait eu une belle unanimité sur les pédophiles, contre les méthodes des journalistes, mais ici, contre des mecs d'extrême droite, tout est permis, pas de souci. Deux poids, deux mesures. Le reportage a été diffusé mardi soir, j'ai pris mon temps pour le voir, puis le décortiquer.

Bilan.

On commence avec les cahiers de Turner et Dies Irae. J'ai entendu vaguement parler de DI, mais sans plus. Je ne connais pas les cahiers de Turner, textes certainement non recommandables, et semble-t-il, très anti-chrétiens, mais il est possible que le journaliste ne parle que de ce qui l'arrange. Parce que sur le sujet, parmi les bouquins qui circulent, on trouve également celui de Gramsci, les "Lettres de prison", qui est sur la même veine, mais tendance troskyste révolutionnaire. Je cite Wikipédia :

Pour Gramsci, l'avènement du socialisme ne passe prioritairement ni par le putsch, ni par l'affrontement direct, mais par ce combat culturel contre les intellectuels de la classe dirigeante. Car si dans les régimes dictatoriaux c'est principalement la société politique qui fait l'oppression, il pense que dans les sociétés occidentales la société civile est une composante importante de la domination qui doit en conséquence être l'objet du combat.

Pour une fois qu'un mouvement d'extrême-droite décide de partir du terrain, d'investir le local, de travailler sur le culturel, au lieu d'utiliser la provocation médiatique pour faire passer ses idées, et la centralisation jacobine, je trouve ça plutôt intelligent. On ne va pas reprocher aux politiques de faire connaissance avec le terrain et avec la population. Le problème du FN a toujours été de manquer de relais locaux, de légitimité de terrain, pallier ce travers me parait être une stratégie intelligente. Et la population sera seule juge, il y a un moment où il faut arrêter de penser que les Français sont des moutons qu'il faudrait préserver de mal-penser. Si ces gars sont dangereux, ou trop extrémistes, alors ils ne pourront jamais prendre pied, il faut arrêter de paniquer. Sinon, oui, ils ne supportent pas la démocratie moderne, ce qui n'est pas une découverte. Cela dit, ils ont renoncé à l'idée de la renverser, contrairement à d'autres.

Commentaire off : « Ça dépasse ce que j'avais imaginé. »

Waouh. Il ne lui en faut pas beaucoup pour être impressionné, à ce journaliste. Parce que là, personne ne parle de fomenter des coups d'état, ils parlent juste de se préparer au cas où ça exploserait (ce que, à titre personnel, faut-il le préciser, je ne souhaite pas).

Ensuite, dans le florilège des conneries relevées, j'ai noté celles-ci  :
- "Eglise traditionnaliste" ;
- "le cardinal Lefebvre";
- "Au temps de l'intolérance, au temps d'avant Vatican II";
- "Principes de Vatican II à la base de la messe moderne."
- "l'Inquisition qui sert à convertir de force".

Je ne vais pas développer chacun de ces points, mais je préciserai que l'Eglise n'a justement pas attendu Vatican II pour s'ouvrir au monde, qu'il n'y a jamais eu d'Eglise traditionnaliste, c'est un non-sens dans les termes, que Mgr Lefebvre n'a jamais été cardinal, et que l'inquisition avait généralement des visées davantage politiques que religieuses. Par ailleurs, Vatican II a précédé la mise en place de la messe moderne. Mais les principes de Vatican II sont très conservateurs et n'induisent absolument pas la révolution liturgique que fût le nouvel ordo missae.

Mais revenons à Dies Irae. Le Ludo, qui veut cogner des prêtres progressistes, et l'autre qui souhaite tuer des musulmanes, sont complétement barrés. Des cons comme ça, je me suis engueulé plusieurs fois avec eux. Ils ne sont pas bien dangereux, il n'y en a pas un seul qui a les tripes de faire le quart de la moitié de ce qu'ils disent. Et même si, sur le papier, ils ont tout ce qu'il faut pour être catholique, il me semble qu'il leur manque la première des qualités : la charité et l'amour du prochain, ce qui est tout de même bien primordial.

"Première fois qu'un camp avec agrès est utilisé dans un cadre civil". Il n'a pas vu des olympiades aux scouts, ce journaliste. Les armes. On est dans le cadre privé, rien à dire, beaucoup de grand parents ont des pétoires dans leur grenier. Il est clair que c'est dans un contexte fanamili, et qu'ils n'hésiteront pas à s'en servir si on les attaque. Raison de plus pour les éviter. La discussion sur les juifs : le monopole du capital, c'est eux. Niveau 0 d'argumentation, une kro à la main. Pas argumenté, complètement idéologisé, viscéralement stupide, ça vole pas haut, strictement sans intérêt, de pauvres types qui papotent. Pas plus méchant que certaines cités de banlieue, notez...

 

Venons-en aux abbés.

Le premier abbé évoque les différences entre les peuples, et explique que les "races" seraient le produit de l'adaptation à l'environnement. Le problème aurait été qu'il dise qu'elles sont inégales, ou qu'un être humain est inférieur à un autre EN RAISON de sa "race". Sur ce point, j'ai l'impression que l'abbé ne fait rien de plus que Zemmour, il pense que les "races" existent. A aucun moment, ils n'en tirent une conclusion d'inégalité, comme le font nos contemporains à tout bout de champ, dès qu'on évoque le sujet. Ce n'est pas parce que l'on pense que les "races" existent, qu'elles seraient pour autant inégales. Il ne faut pas tout confondre.

 

Sur l'école.

Ça tombe bien, je suis passé dans une école de ce type, je n'ai fait du public que pendant la maternelle, tout le reste, je l'ai passé en hors-contrat, il faut voir le monstre que je suis devenu. A la vision du reportage, on a l'impression que ce milieu est obsédé par les juifs. Il n'y a rien de plus faux, le montage a été fait uniquement pour sélectionner tous les passages les plus caricaturaux sur des heures et des heures de discussion tout à fait banales. Quand la voix off affirme qu'on lui dit tout ça dès le premier jour, je n'en crois pas un mot.

Bon ensuite, les blagues sur les juifs, les entreprises. Ça, effectivement, de la part d'adultes intégrés, comprenant les implications de ce qu'ils disent, on se demande à quoi ils pensent, s'ils n'ont pas grandi. Mais il est vrai qu'il y a deux-trois familles obsédés par cette thématique. Je ne nie pas qu'ils existent.

 

Venons-en aux gamins, l'aspect le plus choquant du film pour beaucoup.

Au début, à force d'entendre les échos sur ce reportage, je m'attendais à des horreurs sans nom, dites avec le plus grand sérieux et le plus grand calme, je ne voulais pas les voir. Mais quand j'ai vu le reportage, je me suis marré. A gorges déployées. Parce que ça m'a rappelé ma propre enfance. J'ai dis des choses sur ce sujet et sur d'autres, certes globalement moins graves, sans me rendre compte du tout de la portée de ce que je disais, entrainés par les copains. Et à aucun moment les parents ne sont au courant, ou n'ont transmis ces conneries. Ils s'en doutent, mais ils laissent ça à leur niveau, c'est à dire des conneries de gamins entre eux, jouant à pisser plus loin que les autres. La croix nazie sur le tableau, j'ai deux hypothèses. Soit c'est une svatiska qu'on dessine comme on dessinait le symbole du Wu Tang Clan (un groupe de rap) ou Homer Simpson, quelques années après, soit c'est une croix scoute, sur le passage vidéo, on voit mal, c'est le commentaire du journaliste qui induit la lecture. Mais le gamin parle de croix scoute, pour moi, il s'agit de la deuxième option.

Autre chose, les visages floutés ne permettent pas de voir les yeux rieurs du gamin balançant ces ignominies. Il n'y croit pas une seconde, c'est absolument évident, je me revois encore faire ce type de conneries, dont je ne suis évidemment pas fier. C'est juste que le gamin en question n'y a jamais sérieusement réfléchi, il ne sait pas ce qu'est une rafle ou un massacre, il fait ça par pure provoc'. Le gamin qui parle des Evangiles, ça m'a fait hurler de rire, tant c'était ridicule, outrancier, abruti et n'a strictement aucune espèce de fondement. Je ne serais évidemment pas du même avis s'il affichait un air sérieux, des yeux fixes, injectés de sang, un air martial, etc.

Je ne conteste pas qu'il soit normal que des journalistes et des personnes extérieures soient choquées, pas de problèmes, mais ça n'a aucunement la gravité qu'on veut lui prêter, il y a un moment où il faut savoir raison garder. Ces écoles vivent dans un monde parallèle où les tabous ne sont pas du tout identiques. D'autant que si les adultes savent que les gamins en discutent entre eux, ils ne tolèrent JAMAIS qu'on fasse ce type de plaisanterie en leur présence, ce qui est bien normal. En tout cas, je trouve que cette liberté d'éducation est importante, je ne vois pas pourquoi il faudrait empêcher des communautés de vivre comme elles le souhaitent, avec leur règle et leur vision du monde.

Les enfants ne raisonnant absolument pas comme des adultes, on ne peut leur demander la même rigueur, la même tenue. Pour rappel, il s'agit d'un môme qui parle, et le journaliste fait comme s'il avait un SS en face de lui. Ce qui m'a choqué a été d'entendre ensuite Lenoir dire que la vérité sortait de la bouche des enfants. Comme si les enfants étaient un gage de vérité, qu'ils ne pouvaient pas changer, évoluer, que le monde de l'enfance n'était pas excessif ou cruel. A croire que Lenoir a déjà oublié Outreau: les enfants sont parmi les êtres les plus cruels qui soient (c'est d'ailleurs la position de l'Eglise, un enfant n'est pas innocent en soi, il a besoin de la civilisation pour lui apprendre à se tenir, c'est toute l'importance de l'éducation) parce qu'ils ne se rendent absolument pas compte de la teneur de leur propos. 

Ce qui est grave n'est pas de tenir ces propos à 13 ans, c'est de les maintenir à 18, le plus sérieusement du monde, comme certains, je ne le nie pas (comme je l'ai dit plus haut, je me suis déjà violemment opposé à des soi-disants catholiques qui tenaient ces propos). Mais à 13 ans, ça n'a pas beaucoup d'importance. Surtout quand j'ai vu ce que tous les types avec qui j'étais sont devenus (il y a très peu qui deviennent des racistes patentés). L'abbé Aulagnier a raison de dire ensuite que des Terminales n'auraient certainement pas le même avis. Donc, je ne nie pas qu'il y ait des familles antisémites, je nie qu'il y ait un discours antisémite institutionnalisé dans l'école. Dans certains lycées publics, on a pu entendre des propos également très antisémites, il ne me semble pourtant pas que ce soit de la faute de l'enseignement public, malgré tout le mal que je peux en penser.

 

Sur les programmes.

Alors, en histoire, oui, c'est vrai, il y a un second programme. Mais pas comme vous l'imaginez, il n'y a pas de réécriture, je n'ai jamais fait l'histoire des idées négationnistes, le petit manuel des idées collaborationnistes ou de la LVF. A cause d'une bonne raison, il faut bien passer les examens nationaux, baccalauréat et BEPC, et si on commence à dire autre chose que la vérité, ça risque de mal se terminer à l'examen. Après oui, les avis sont plus nuancés sur les sujets polémiques, comme le comportement de Pétain, où sur le sujet, certains aiment évoquer la thèse de Dreyfus, "l'épée et le bouclier". OK, c'est pas cool et bigarré dans notre société, mais il n'y a là rien de scandaleux, et même Dreyfus a le droit de se planter.

En fait, l'idée de ces écoles, c'est de faire l'histoire du monde de la 6e à la Terminale. De commencer à la préhistoire et de terminer en 1945. Cette période de 7ans est assez naturelle comme l'explique M. Rivière, pour examiner l'histoire du monde. Or, dans l'enseignement public, si cela n'a pas changé depuis mon époque, il y a une incohérence dans le sens où on termine l'histoire du monde à 1945 à la fin de la 3e, pour recommencer à la Révolution Française l'année suivante. L'idée est justement d'arriver à 1789 à la fin de la 3e, et donc de prendre leur temps, sur les 4 années précédentes, pour explorer l'histoire des civilisations et de la France, ce qu'on ne peut pas leur reprocher. D'où un deuxième cours d'histoire, en 3e, pour le BEPC, calqué sur le programme national, en 1945. Il ne faut pas s'étonner de constater que les jeunes français ne connaissent rien à l'histoire de leur pays, si à l'Education Nationale, on survole le millénaire de monarchie en quelques mois. Mais il semblerait que la Seconde Guerre Mondiale justifiasse à elle seule qu'on zappe beaucoup de choses sur ce qu'il s'est passé auparavant.

Enfin, pour rappel, non, il y a débat pour savoir si de Gaulle a déserté en juin 1940. Il semblerait que le 16 juin, il était en négociation avec l'Angleterre, chargé par le Premier Ministre de l'époque, Paul Reynaud. De retour le 17 à Bordeaux, il n'est pas choisi pour faire parti du gouvernement Pétain et décide donc de partir continuer le combat ailleurs. Sur les SS, Fourest et l'abbé Aulagnier ont fait une escarmouche, en jouant sur la signification du mot "élite".

 

La fin du reportage.

Pas de commentaires à faire sur les techniques de combat de DI, les discussions sur la mort d'un "nègre". Il est évident que ces propos sont archi-condamnables, il n'y a pas à tergiverser. Cela dit, je trouve que le terme de pied-nickelé est assez représentatif de ce milieu, pour une fois, je suis assez d'accord avec ma petite Caroline (Fourest). Par contre, elle mélange pas mal de choses, parce que je ne vois pas bien pourquoi elle évoque les 7 Md€ versés annuellement aux écoles sous contrat, qui n'ont pas la même logique, ni la même vision pédagogique. Il n'y a RIEN qui est versé aux écoles libres. En tout cas, Mouloud et Caroline sont inénarrables, à se prendre la tête sur l'islamophobie et le racisme. Je tiens à saluer ici mon ami le président du MRAP qui m'a fait la joie d'inclure mon site dans sa liste des sites peu recommandables qu'il évoque sur son site.

Pour finir, au risque de faire hurler certains tradis, je ne trouve pas les journalistes de si mauvaise foi que ça. C'est juste qu'ils ne comprennent rien aux endroits où ils sont, qu'ils élaborent des ramifications qui n'ont strictement rien d'évidentes, poussées par leurs obsessions anti-racistes. Mais la réalité est beaucoup plus complexe que ça, les liens ne sont pas directs, les enfants qui sont dans ces écoles hors-contrat (qui ne sont pas non plus sans défaut) finissent rarement dans des mouvements de type Dies Irae. En fait, c'est même l'inverse, généralement les gars qu'on trouve chez DI n'ont pas eu la chance d'être formés, d'avoir reçu une éducation religieuse. Ceux qui ont reçu une solide éducation religieuse et ceux qui vont dans des mouvements de ce type sont rarissimes. Parce qu'il y a quand même une légère incompatibilité.

Le journaliste a profité du manque d'argent et du besoin en bonne volonté pour proposer ses services, et avancer, mais il n'y a pas de lien direct entre tous ces courants, ce n'est pas parce qu'un abbé fréquente des marginaux durant son temps libre, que ces marginaux soient des fachos ou des sdf, qu'il va pour autant contaminer des mômes à qui il va faire cours. Le seul lien entre tout ça, en poussant un peu, à part un positionnement bien à droite, c'est le fait qu'ils cherchent des bonnes volontés et manquent d'argent.

J'ai conscience de la très mauvaise image que les tradis peuvent avoir à se coltiner des extrémistes pareils à leur côtés. Mais est-ce que quelqu'un peut m'expliquer comment s'en démarquer sans pour autant les virer de l'assistance à la messe ? Les tradis ne virent personne, pas plus les homos, les gauchos, que les fachos, et ce n'est pas parce qu'ils pâtissent de l'image politique de certains qu'ils devraient pour autant procéder à une "épuration".

Car comme on le disait durant l'émission, il ne faut pas tout amalgamer.

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Rédigé par Polydamas

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Publié le 3 Mai 2009

Je livre ici cet article de Marianne, très éclairant sur les méthodes de la télé-réalité mais également journalistiques.  La réalité, il ne s'agit pas de la décrypter, mais aussi et surtout de la transformer dans le sens de l'idéologie.

Ça rappelle les propos de ces journalistes à propos des banlieues, pour qui il faut camoufler délibérément ce qui ne va pas dans le discours convenu, pour mettre l'accent sur les idées bien-pensantes.

On savait que l'émission avait été montée, mais à ce point-là, ça parait assez incroyable.

Quand Canal + se met dans la peau d'un Noir

Par Vincent Monnier du Nouvel observateur Télé. Qui démonte l'incroyable manipulation médiatique de l'émission «Dans la peau d’un Noir» diffusée sur Canal plus en janvier 2007. Nous n'avons pas pour habitude de reprendre des articles de la presse écrite mais celui-ci - largement ignoré dans la presse - vaut le détour !

A l’autre bout du fil, le directeur des éditions Michel Lafont ne se souvient plus très bien. « Un livre de révélations sur « Dans la peau d’un Noir » ? Oui, ça me dit quelque chose. Enfin, c’était juste une idée parmi tant d’autres. »

 

La mémoire qui flanche ? 

Pour cette simple « idée », Laurent Richier, comédien touche-à-tout et ancien participant du documentaire, affirme, lui, avoir signé un contrat, reçu une avance et même la visite d’une des éditrices de la maison pour travailler sur le manuscrit pendant une quinzaine de jours. Bizarrement, l’ouvrage a fini aux oubliettes. Dommage. Il racontait par le menu les coulisses rocambolesques d’un programme qui, lors de sa diffusion sur Canal+ en janvier 2007, s’était attiré un concert de louanges dans la presse.

 

Inspiré par l’ouvrage de J. H. Griffin, un écrivain blanc s’était déguisé en Noir pour dénoncer le racisme dans l’Amérique des années 1960, ce programme présenté comme un documentaire et cornaqué par Renaud Le Van Kim, producteur en vogue du petit écran (« le Grand Journal », « Dimanche+ »…) reproduisait l’exercice avec deux familles, l’une blanche, l’autre noire. Enfermées ensemble pendant un mois dans une maison, elles étaient amenées à vivre différentes expériences en caméras cachées dans la peau de l’autre. Noble cause. Mais ne justifiant pas tous les moyens. « Le racisme, ça ne se raconte pas, ça se vit », clamait à l’époque Le Van Kim. Et quand ça ne se vit pas, ça peut aussi se recréer, serait-on tenté d’ajouter à la lumière des témoignages de la famille Richier, les « Blancs » de l’histoire.

 

A les écouter, les réalisateurs ne se seraient pas contentés de grimer les protagonistes. La réalité aurait, elle aussi, subi un sérieux raccord maquillage. « Je garde un vrai sentiment de malaise, explique Laurent Richier. J’ai fait passer des gens pour racistes alors qu’ils ne l’étaient pas. »

 

Un conditionnement pour inciter au racisme

Pour les Richier, originaires de Lorraine et recrutés après une annonce sur un site de casting, les déconvenues ont commencé dès leur arrivée dans la maison. « Sur place, tous les DVD et les livres ne parlaient que de racisme, se souvient Stéphanie, à l’époque animatrice commerciale en supermarché. On a eu l’impression d’un conditionnement. ». La suite sera à l’avenant. Au troisième jour de l’expérience, Laurent, grimé en Noir, part en voiture, en compagnie de Romuald et de deux autres personnes, rouler dans Paris à bord d’une vieille Peugeot 505. Le but des réalisateurs n’est visiblement pas de voir si l’équipage va bel et bien se faire contrôler mais de tout faire pour qu’il le soit. « En deux heures de temps, nous nous sommes fait contrôler trois fois », commente dans le film Laurent au retour de la virée.

 

La réalité est tout autre. « Dans les interviews, tout était fait pour orienter nos réponses, explique aujourd’hui Laurent. Alors c’est vrai, à un moment, je me suis dit, je suis dans un film, c’est une fiction pour la bonne cause. » En réalité, l’équipe a roulé de longues heures dans Paris sans que rien n’arrive. Au grand dam de la production. « Alors, ils nous ont d’abord demandé de brûler un feu rouge, raconte Laurent. Puis ils nous ont demandé de rouler phares éteints. Et nous sommes allés traîner du côté de chez Sarkozy [NDLR : alors ministre de l’Intérieur], entre Levallois-Perret et l’île de la Jatte. A force de passer et de repasser devant le commissariat, nous avons été stoppés par une patrouille. Du côté de Barbès, on s’est même mis à suivre une voiture de police pour se faire arrêter. A force de nous voir dans le quartier, eux pensaient même qu’on était des flics en civil ! »

 

Quelques jours plus tard, une expérience similaire fut organisée. Aussi rocambolesque. « Nous faisions le tour des gares parisiennes ». Une fois de plus, rien ne se passait comme souhaité. « Dépitée, la production a fini par appeler le centre de sécurité d’une gare pour leur signaler la présence de trois Noirs louches ». En vain. Une autre séquence ne fut jamais diffusée. Ce jour-là, Stéphanie, grimée en Noire, devait jouer le rôle d’une automobiliste demandant de l’aide pour changer son pneu. « Beaucoup de passants m’ont donné un coup de main. Même des policiers en civil m’ont prêté assistance. A un moment, un monsieur en vélo a refusé. Et puis, pris de remords, il est revenu. J’ai compris que ce qui se passait ne correspondait pas aux attentes des réalisateurs. Ils ont donc décidé d’ôter le cric de ma voiture. Du coup, je passais pour une illuminée, demandant aux passants de changer un pneu sans cric. »

Faux racisme et vrai menteur... 

Pour l’expérience de recherche de logement et de travail, Laurent devait se présenter d’abord en Blanc sous son identité réelle, puis en Noir avec pour patronyme Pascal Amadou Kofi . « Il y eut bien des refus injustifiés et des tutoiements inappropriés, raconte Laurent Richier, mais rien de très probant non plus. A tel point qu’un soir un producteur s’est énervé auprès des maquilleurs : “Mais attendez, vous lui avez fait une tête de gentil Black ! Ça peut pas marcher !” » Un reproche non confirmé par l’un des maquilleurs : « Je n’ai pas entendu parler de cette histoire. Mais c’est vrai qu’à un moment, la production était très déçue par les réactions des gens. »

 

Au fur et à mesure du tournage, le staff se montre plus directif à l’égard de Laurent : « On m’a demandé de m’emporter devant mes interlocuteurs en me disant : “Tu comprends, on fait ça pour les Blacks”… Un vrai bourrage de crâne. J’ai fini par aller dans leur sens. » Une séquence diffusée à l’antenne a laissé un goût amer à Laurent, celle où on le voit se présenter sous l’identité de Pascal Amadou Kofi à un rendez-vous pour obtenir un poste de commercial. La veille, en Blanc, il s’est fait embaucher par le directeur de la société. Cette fois, celui-ci ne peut le recevoir comme cela était initialement prévu. Il obtient néanmoins un entretien d’embauche avec une subordonnée. « Dans le documentaire, je mets ça sur le compte de ma couleur de peau. En réalité, alors que je commentais cette expérience devant la caméra, j’ai reçu un appel du fameux directeur. Il s’excusait platement d’avoir raté notre rendez-vous. Comme la caméra filmait, je lui ai lancé : “C’est parce que je suis noir !” Le type m’a répondu: “Mais monsieur, ma femme est zaïroise.” » Seul le rendez-vous raté a été conservé.

 

Pour une autre expérience, Stéphanie, grimée en Noire, devait faire le tour des boutiques de luxe de l’avenue Montaigne. Avec une consigne : « On devait pousser à bout les vendeuses. Les harceler de questions, déplier les vêtements… » En début de soirée, les deux femmes se rendent à L’Avenue, un restaurant sélect du quartier. Ils n’obtiennent qu’une table dans une salle annexe. Quelques minutes plus tard, deux membres de l’équipe, Blancs, obtiennent une table bien placée, sans aucune réservation. Un cas explicite de discrimination ? Possible. Mais aujourd’hui, Stéphanie émet les plus gros doutes. « Cela me paraît très étrange qu’un couple décroche une table sans avoir appelé, confirme un membre du staff de L’Avenue. Nous avons près de 800 réservations par jour. Même quand Patrick Bruel vient, il n’est pas sûr d’avoir la table qu’il demande. »

 

Ce qu’ignore le téléspectateur, c’est qu’un peu plus tôt dans la journée, Ketty, la mère de famille noire, et Stéphanie étaient venues prendre un café dans le même établissement. Et avaient pu s’asseoir là où elles le souhaitaient. Malgré une étonnante clause de confidentialité d’une durée de vingt ans, les Richier, défendus par Me Jérémie Assous, l’avocat qui, depuis 2005, ferraille avec succès pour la requalification des contrats des participants d’émission de télé-réalité en contrats de travail, ont entamé une procédure devant les prud’hommes. Ils demandent le statut d’artistes interprètes et le paiement des heures supplémentaires effectuées sur le tournage où les journées pouvaient parfois atteindre les dix huit heures. L’audience initialement prévue le 14 avril a été reportée au 1er septembre. Hasard ou non : le documentaire ne figure plus aujourd’hui dans l’historique des productions KM Productions affichées sur leur site.



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Rédigé par Polydamas

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