Publié le 9 Août 2011

 

Les Etats-Unis ont donc été dégradés par l'agence de notation Standard & Poor's. La notation AAA accordée à la dette américaine, depuis la création des agences en 1941, a été réduite à AA+, avec une perspective négative, un événement sans précédent dans l'histoire financière. En Europe, les marchés actions se sont repliés de 4% en moyenne, tandis que sur les marchés obligataires, la BCE initiait des programmes massifs d'achat de dettes publiques, dans le but de faire baisser les inquiétudes, et d'empêcher ces mêmes dettes de s'effondrer. Outre Atlantique le constat est plus sévère, le marché actions s'effondrant de 6.60% au moment du discours d'Obama. En revanche, l'emprunt d'Etat américain n'a pas bougé, contrairement à ce qu'on pourrait penser, vu que la qualité de ce titre a été dégradée.

 

La dégradation de S&P a conclu deux semaines folles de baisse prononcée des marchés, inquiets de la tournure que prenaient les négociations concernant le relèvement du plafond de la dette américaine (actuellement à 15 000 milliards de dollars). C'est donc une conséquence logique des atermoiements sans fin concernant la dette américaine, S&P ayant dit et répété que le montant n'était pas la cause principale de la dégradation (d'autant qu'une erreur de 2 000 milliards de dollars s'est glissée dans leurs calculs), mais bien l'échec de la gouvernance américaine, qui doit beaucoup à l'intransigeance des minoritaires du Tea Party.

 

Ainsi, les américains doivent-ils, pour la première fois, faire face au coup de semonce des agences à propos de la dette publique, qui a augmenté de plus de 10 000 milliards de dollars depuis dix ans, sous l'effet conjugué des guerres et du sauvetage de l'économie en 2008. Encore ne parle-t-on pas des engagements futurs de retraite, et des passifs divers à financer, dont le total est très largement supérieur aux chiffres évoqués précédemment. Le dilemme est cornélien : soit se serrer la ceinture pour arrêter le déficit, ce qui implique une austérité sans précédent, mais qui réduit ensuite les rentrées fiscales, donc la diminution de la dette, soit continuer à soutenir l'économie, en espérant que l'inflation ou que la croissance permette d'augmenter les rentrées fiscales, ce qui demeure hautement aléatoire, et dans un premier temps, ne se traduira que par une hausse de la dette. On peut souhaiter bon courage au président Obama.

 

En parallèle, la Chine a fait un commentaire peu amène, rappelant le devoir des Etats Unis de réduire leur dette. Ils ne vont pas évidemment pas se faire prier pour rappeler qu'ils sont les premiers détenteurs étrangers de la dette américaine, et qu'ils se déclarent prêts à prendre la suite du leadership mondial (bien qu'ils soient encore beaucoup trop immatures pour cela, et que cela ne pourra pas se faire avant de longues années).

 

L'Europe, quant à elle, n'est pas en meilleure forme. A long terme, fautes de réformes structurelles suffisamment fortes, la situation de l'euro parait bien compromise. On peut résumer les choses de manière assez simple. Soit nos politiques se résolvent à abandonner leurs prérogatives nationales, pour mettre en place le fédéralisme budgétaire d'ici quelques années, soit la monnaie unique explose. (Pour de plus amples détails, il faut lire cette étude ou ces billets d'Econoclaste, et notamment celui-ci ou celui-là.)

 

Si le fédéralisme européen s'impose, c'est la mise en place du pan-germanisme tels que les expansionnistes allemands l'ont toujours rêvé. En effet, le fédéralisme budgétaire nécessite des transferts de fonds entre les régions économiques les plus fortes vers les plus faibles (de la même façon qu'en France, la région parisienne finance abondemment la Creuse, la Bavière devra financer la Grèce et le Portugal). Ce qui implique une prise de pouvoir de la part des zones les plus fortes. Même si l'Allemagne commence à montrer qu'elle est fatiguée de payer, la construction européenne impose qu'elle prenne le leadership de la zone, que ça lui plaise ou pas. Là encore, nous en sommes très loin.

 

Que penser de tout cela ? Sauf réforme d'envergure, inflation d'importance ou cure d'austérité massive avec plan de réduction des dettes, je ne donne plus très cher, d'ici une décennie ou deux, du système capitaliste occidental, vieillissant et à bout de souffle. 

 

Alors, que faut-il faire, pour les rares qui souhaiteraient (encore) investir ?

 

Dans ce contexte morose, les entreprises affichent des bénéfices et des bilans particulièrement sains, jamais vus auparavant. Ce qui est bien la moindre des choses, vu que les entreprises et les banques ont transféré leur dettes, il y a deux ans et demi, aux Etats. Il n'empêche, les perspectives de croissance ne sont pas au beau fixe et les actions, et autres obligations, sont profondément dépendantes des informations concernant les Etats. Par exemple, acheter l'action Total, ce n'est pas seulement acheter l'action d'une entreprise française vendant du pétrole, avec des bénéfices gigantesques, c'est également acheter 15% de l'indice actions français, représentatif de l'anticipation des acteurs sur le devenir économique de la France, elle-même dépendante de la santé de l'Etat français, et de l'Europe. Sauf histoires particulières ou reprise conjoncturelle de quelques mois, je suis globalement négatif à long terme sur les marchés occidentaux.

 

Peut-être l'investissement sur des fonds émergents est-il approprié. Les zones émergentes connaissent une correction boursière violente depuis le début de l'année dont les spécialistes ont du mal à anticiper la fin. Les bulles boursières y sont très présentes, les prix encore chers, les marchés y sont peu mûrs, mais l'avenir est clairement là-bas.

 

Achat d'or. Même si l'or vole de record en record, il n'est pas forcément aussi sur-évalué qu'on pourrait le penser. Preuve en est cette étude (en anglais) qui montre, par rapport aux indicateurs monétaires et macro-économiques classiques, que l'or pourrait même être sous-évalué. Inutile de dire qu'en cas de vacillement du système économique mondial, l'or physique deviendrait l'investissement refuge par excellence, et que sa valeur devrait monter au ciel. Il n'a d'ailleurs pas cessé de grimper, puisqu'il a pris plus de 20% en un mois (en euros). N'oublions pas non plus le cash, tout garder en liquidités en attendant des jours meilleurs peut être une idée. Vous ne gagnez rien, mais vous ne perdez rien, ce qui, par les temps qui courent, est presque une bonne affaire.

 

Plus globalement, on peut se demander ce qu'il faudrait faire pour éviter qu'une telle crise se reproduise.

 

Il m'est arrivé d'écrire sur ces question, où je répondais par l'étalon-or. Aujourd'hui, j'arrive à une conclusion un peu différente. Il me semble que le problème n'est pas tant le système monétaire ou capitaliste que la mentalité avec laquelle chacun remplit sa tâche. Les financiers sont peut-être hautement critiquables, reste qu'ils ne sont pas plus cupides que l'homme de la rue. Si ce dernier se trouvait à la même place, avec les mêmes avantages et mêmes techniques, il ferait les mêmes bêtises, et les mêmes profits. Me semble-t-il, la réponse à cette crise n'est peut-être pas une réponse de système (quoi qu'un système comme le distributisme, sans être un adepte de la décroissance, me parait être une voie sur laquelle réfléchir), mais une réponse de personnes. Ce qui importe est la façon dont chacun remplit sa tâche.

 

Comme le disait Emmanuel Faber (actuel directeur général de Danone, qui a passé le début de sa carrière en banque d'investissement) en conférence, la relation que la société entretient avec la finance est un juste retour de la relation que la société entretient avec ses ainés. Dans le sens où la finance étant un monde d'argent, c'est à dire majoritairement détenu par les générations les plus agées, la pression financière est un parallèle à la pression que la société met sur ses ainés pour les faire disparaitre de sa vue. Bien évidemment, la comparaison a ses limites, vu que la finance est un monde beaucoup plus large et international qu'une simple génération. Mais tout de même, il me semble qu'elle est pertinente, en ce qu'elle pose la question de la relation personnelle que chacun entretient avec son prochain. Il faut bien comprendre que nous avons les politiques, les dirigeants économiques, les financiers, les journalistes, ou même les chinois, que nous méritons collectivement. Le comportement des uns a un impact évident et clair sur le comportements des autres. Si l'on est dur, cupide, âpre au gain, et violent, alors il est on ne peut plus normal d'avoir des intervenants sur cette même longueur d'onde. Il n'aura échappé à personne que peu de gens se soucient du bien commun, que la majorité se préoccupe de tirer ses marrons du feu, sans penser aux conséquences induites sur le système. Après moi, le déluge ! A force de servir sur la bête, il est normal qu'elle soit à bout de souffle.

 

A l'heure des changements d'empire, on peut se poser la question de la responsabilité collective et personnelle. Problèmatique que l'Eglise n'a pas cessé de mettre en relief, en pointant l'impératif de personnalisation des relations économiques. Il serait peut-être temps de s'y pencher sérieusement.

 

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Rédigé par Polydamas

Publié dans #Finance

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