Publié le 30 Juin 2007

C'est un sujet qui revient régulièrement dans la bouche des anti-cléricaux de tous poils qui pulullent dans notre société. Encouragé par le film Amen, dont la partialité, notamment représentée par une affiche mêlant la croix du Christ et la croix gammée, n'est plus à démontrer, ils n'hésitent pas à accuser Pie XII de tous les maux de la Seconde Guerre Mondiale.

Ils utilisent le fallacieux prétexte que Pie XII n'aurait pas suffisamment parlé de la tragédie touchant le peuple juif, et qu'il n'aurait pas cherché à protéger ceux-ci.

Le dernier rebondissement en date avait été le refus du nonce apostolique de se rendre, aux commémorations de Yad Vashem, il y a quelques mois, à cause de la légende d'une photo mettant en cause le rôle de Pie XII. Preuve que, malgré la vérité historique, la propagande est des plus puissantes.

Pourquoi est-ce de la propagande ?

Toutes ces histoires ne viennent que d'une seule source, une pièce de théatre écrite peu après la guerre, intitulée le Vicaire, et qui fait de Pie XII, rien de moins qu'un collaborateur passif d'Hitler. Le problème est que, cette pièce, à l'origine du film Amen, n'est pas autre chose qu'une manipulation des services secrets soviétiques, comme le prouve cet entretien d'Ion Mihai Pacepa, ancien officier de l'Est, qui fut envoyé au Vatican pour récupérer des archives permettant de construire des pièces utiles à la propagande.

Because Pius XII had served as the papal nuncio in Munich and Berlin when the Nazis were beginning their bid for power, the KGB wanted to depict him as an anti-Semite who had encouraged Hitler’s Holocaust.

(...)

In 1963, General Ivan Agayants, the famous chief of the KGB’s disinformation department, landed in Bucharest to thank us for our help. He told us that “Seat-12” (opération d'infiltration des archives du Vatican) had materialized into a powerful play attacking Pope Pius XII, entitled The Deputy, an oblique reference to the pope as Christ’s representative on earth.

En outre, tous les pourfendeurs de l'Eglise catholique oublient que le Grand Rabbin de Rome lui-même, Israel Zolli, s'est converti au catholicisme juste après la guerre, et qu'il a confirmé le rôle historique du pape dans celle-ci. Il a même choisi comme prénom de baptême, Eugénio, le même prénom que Pie XII, en remerciement de son comportement.

Extrait de certains de ses propos:

"L'Église Catholique aime toutes les âmes. Elle souffre avec tous et pour tous; elle attend avec amour tous ses enfants sur le seuil sacré de Pierre, et ses enfants sont tous les hommes... Il n'existe pas de lieu de souffrances que l'esprit d'amour de Pie XII n'ait atteint... Au cours de l'histoire, aucun héros n'a commandé une telle armée. Aucune force militaire n'a été plus combattante, aucune n'a été plus combattue, aucune n'a été plus héroïque que celle menée par Pie XII au nom de la charité chrétienne"

Malgré tout, c'est toujours "le Vicaire" qui demeure liée à l'attitude de Pie XII dans l'esprit de nos concitoyens.

Vous avez dit lobotomisation en action ?

C'est pour cela que la sortie, ce mois-ci, d'un livre de défense de la mémoire de Pie XII, rédigé par un rabbin, David Dalin, est une bonne nouvelle. Plus personne ne pourra sérieusement maintenir que l'attitude du pape fut contestable.

Je  ne m'appesantirai pas sur tous les autres détails, sur les sermons condamnant le nazisme, sur les juifs accueillis au Vatican, sur les dons et appuis de toutes sortes, et tous les faits qui démontrent l'attitude exemplaire du pape durant cette période trouble, qui ont permis de sauver plus d'un demi-million de juifs. D'autres le font mieux et plus longuement que moi.

Mais il est utile de se rappeler que cette légende noire n'est justement rien d'autre qu'une légende, construite de toutes pièces, par une dictature athée, dont l'un des principaux buts a toujours été le combat contre l'Eglise Catholique. D'autant que la contestation risque d'être bientôt relancée avec le procès en béatification de Pie XII, et le cinquantième anniversaire de son décès, l'année prochaine.

La polémique ne fait que commencer.

nti_bug_fck

Voir les commentaires

Rédigé par Polydamas

Publié dans #Histoire

Repost0

Publié le 29 Juin 2007

Un excellent texte de Michel de Jaeghere sur le Motu proprio qui s'annonce.


Via le Forum Catholique.



Lettre à un évêque inquiet


Par Michel De Jaeghere, journaliste, écrivain

On me dit, Monseigneur, que vous êtes inquiet. Que vous multipliez depuis un an les voyages à Rome pour faire connaître au Saint-Père votre préoccupation. Que vous avez exprimé votre angoisse dans des communiqués. Que vous vous y êtes fait le relais des protestations qui montent, dans vos paroisses, des questions que se posent les chaisières, les conseillers synodaux et les diacres mariés.

Vous êtes inquiet et vous avez vos raisons de l’être. L’Espérance est surnaturelle. Elle est, nous dit Péguy, un « désespoir surmonté ». Or, selon une enquête réalisée en octobre 2006 pour le Monde des religions, il ne reste plus que 51 % des Français à se déclarer catholiques. Ils étaient 81 % en 1986. Vous avez perdu en vingt ans près du tiers de votre troupeau. En 2000, pour la première fois, moins de la moitié des enfants nés en France ont été baptisés. Les chiffres ne peuvent donc, à vue humaine, qu’empirer.

La foi de ces catholiques a au surplus de quoi surprendre. 8 % d’entre eux ont en effet déclaré aller à la messe tous les dimanches, 9 % une ou deux fois par mois, 31 % pour les grandes fêtes ; 46 % seulement pour les événements familiaux. 6 % des catholiques n’assistent jamais au moindre office religieux ; 29 % ne prient “jamais”. 12 % ne connaissent pas par cœur le Notre Père, 19 % le Je vous salue Marie. 17 % ne croient pas à l’existence de Dieu (dont 6 % de ceux qui vont deux fois par mois à la messe) ; 30 % n’ont « pas d’opinion ». Comme disait l’un de vos confrères, vous avez « gagné en qualité ce que vous avez perdu en quantité ».

Vous êtes inquiet, Monseigneur, comme un syndic de faillite pourrait l’être. Car vous manquez cruellement de prêtres pour apporter la Bonne Nouvelle à ce peuple désabusé. Au lendemain de Vatican II, les prêtres ont abandonné le sacerdoce par milliers. Vous avez fermé les grands et les petits séminaires. Il y avait 49 100 prêtres diocésains en activité en France en 1965, il n’y en avait plus que 13 510 en 2005 ; au rythme actuel des ordinations (une centaine par an), l’Église de France pourrait ne plus compter, dans dix ans, que 4 500 prêtres de moins de 65 ans. Cette défaillance pose des problèmes incommensurables pour la transmission de la foi, le catéchisme ou la vie sacramentelle. Il y a des communes où l’on ne compte guère plus d’une messe par trimestre. Il y en a d’autres où l’on détruit les églises parce qu’elles sont désaffectées, alors que l’on construit, en France, des mosquées.

Il est vrai qu’il existe des communautés nouvelles vivaces (communautés saint Jean, de l’Emmanuel, saint Martin), et que les communautés traditionnelles sont en relative expansion (une vingtaine d’ordinations par an en France). Mais elles sont éparpillées et irriguent en réalité de petits îlots de vitalité comme les chrétiens d’Orient en pays musulman. L’avenir de la transmission la foi catholique réside dans le réseau des paroisses, et non seulement dans l’existence de communautés ferventes.

Vous êtes inquiet et vous n’êtes pas seul à l’être. Le Saint-Père multiplie les discours pour dénoncer « l’apostasie silencieuse » (le mot est de Jean-Paul II) des pays de vieille chrétienté, la « dictature du relativisme » (celui-là est de Benoît XVI) qui, mieux que le communisme, est sur le point d’éradiquer le christianisme d’Europe occidentale, l’« hédonisme triomphant » qui a fait inscrire dans nos législations tant de lois contraires aux préceptes de la morale naturelle. « S’il ne se passe rien, déclarait le sociologue Marcel Gauchet dans un entretien paru en 2002, on peut dire que dans un siècle, il ne restera en Europe plus grand-chose du christianisme. » (Chrétiens, tournez la page, Bayard).

Au moment de conclure cette lettre, je viens de relire votre communiqué, Monseigneur, et j’avais lu trop vite, je vous demande de me le pardonner. Ce dont vous êtes inquiet, j’ai du mal à le croire, c’est de la publication prochaine d’un décret qui devrait reconnaître droit de cité à la messe grégorienne (celle de saint Pie V). Vous êtes inquiet parce qu’il sera bientôt loisible aux prêtres qui le souhaitent de la célébrer comme vous l’avez célébrée vous-même, quand vous fûtes ordonné. Qu’il vous sera possible d’employer les dizaines de prêtres que vous laissez sans ministère, en exil intérieur, suspects, parce qu’ils la célèbrent. Vous êtes inquiet parce que ce geste pourrait déboucher (premier succès jamais enregistré par l’œcuménisme !) sur la réconciliation avec les fidèles entrés en dissidence après le concile parce qu’ils avaient le sentiment que l’héritage des siècles n’était plus défendu, dans l’Église, comme il le méritait.

Je vous avais mal jugé, Monseigneur : je vous avais pris pour un père.

Voir les commentaires

Rédigé par Polydamas

Publié dans #Religion

Repost0

Publié le 28 Juin 2007

Tous la polémique est ici.

Je ne vous recommanderai jamais assez de parcourir  et de soutenir le Bureau Audiovisuel Francophone.

Voir les commentaires

Rédigé par Polydamas

Publié dans #Médias

Repost0

Publié le 26 Juin 2007

Voilà un exemple clair qui montre pourquoi j'appréciais ASI.

On comprend pourquoi certains ne regretteront pas sa disparition.

Via Cultural Gang Bang.

Voir les commentaires

Rédigé par Polydamas

Publié dans #Médias

Repost0

Publié le 25 Juin 2007

Comme je le disais ici, Guy Môquet n'est peut-être pas la personne la mieux placé pour représenter ce qu'a été la Résistance.

Sauf qu'aujourd'hui, c'est le quotidien du soir qui l'affirme...

 

Guy Môquet : le mythe et l'histoire



De Jeanne d'Arc à Bara, les usages politiques de figures héroïsées sont classiques. Tous les régimes, tous les partis, tous les pays usent d'un procédé qui n'est pas avare d'arrangements avec la réalité historique. Pour exalter des vertus nationales, morales, patriotiques ou donner en modèle l'exemplarité de leurs destins, on accapare des figures symboliques qu'on n'hésite pas à parer de valeurs contradictoires.

Le destin du jeune Guy Môquet, fusillé par les Allemands à l'âge de 17 ans, le 22 octobre 1941, n'échappe pas à cette règle. "Je laisserai mon souvenir dans l'histoire car je suis le plus jeune des condamnés", aurait confié Guy Môquet à l'abbé Moyon, qui assista les otages de Châteaubriant. De fait, dès l'Occupation, il a été célébré comme un martyr et nombre de groupes de partisans se sont réclamés de lui.

Dans l'immédiat après-guerre, avec les "27 de Châteaubriant", il a incarné les valeurs résistantes et le sacrifice du "Parti des fusillés". Et puis le temps a passé, la Résistance a perdu la place prééminente qui était la sienne dans la mémoire nationale. Le nom de Guy Môquet, comme ceux de Jacques Bonsergent ou d'Estienne d'Orves, a perdu son sens pour la plupart des gens.

De façon inattendue, la dernière campagne électorale a ramené Guy Môquet sur le devant de la scène médiatique par les citations d'un candidat qui, élu président, a tenu à faire lire le jour de sa prise de fonction la dernière lettre du jeune homme près d'un autre lieu symbolique : la cascade du bois de Boulogne où une cinquantaine de jeunes gens désireux de participer aux combats de la capitale furent fusillés en août 1944.

L'initiative a suscité des réactions variées - indignation, satisfaction ou curiosité -, sans que la réalité historique soit pour autant interrogée. Au contraire, on a vu ressurgir à cette occasion les stéréotypes et clichés d'une "histoire" de la Résistance et du PCF qu'on croyait définitivement rangée au magasin des mythes et légendes.

Faire de Guy Môquet et de ses vingt-six camarades des "résistants de la première heure" relève de la téléologie, puisque la plupart d'entre eux ont été arrêtés en un temps où le PCF, pris dans la logique du pacte germano-soviétique, était tout sauf résistant. Après avoir mis au rayon des accessoires son antifascisme, condamné une guerre devenue "impérialiste" et appelé plus ou moins ouvertement au sabotage de l'effort de guerre au printemps 1940, le Parti a profité de l'effondrement militaire de la France et de la chute de la République bourgeoise pour prendre à l'été 1940 une série d'initiatives qu'aucun martyre ultérieur ne saurait effacer : tractations avec les autorités d'occupation pour la reparution de la presse communiste dont les arguments désormais connus donnent une idée du "patriotisme" du Parti.

Guy Môquet, arrêté le dimanche 13 octobre 1940 à la gare de l'Est par trois policiers de la préfecture de police, agissant "sur indication", revendique dans sa déposition avoir voulu remplacer son père, le député communiste Prosper Môquet, militant depuis 1925, élu lors des élections de 1936, invalidé et condamné par la IIIe République pour son refus de désavouer le pacte germano-soviétique.

Jeune lycéen exalté, il a dès son plus jeune âge baigné dans une culture politique bolchevique, porteur de la tradition familiale stalinienne, par ses parents, par ses oncles et tantes qui travaillent pour l'appareil clandestin du Parti. Les tracts qu'il distribue en cet été-automne 1940 s'inscrivent totalement dans la ligne du Parti et n'appellent donc pas à la résistance.

Prisonnier de la logique d'un parti enfermé dans les compromissions de l'alliance Staline-Hitler, Guy Môquet n'a pas pu être le "résistant" qu'on célèbre à tort. Ses camarades des Jeunesses communistes ont en revanche constitué, à l'été 1941, après l'offensive de la Wehrmacht contre l'Union soviétique, le fer de lance de la lutte armée initiée dans la plus totale improvisation par le Parti.

Les premières agressions contre des soldats allemands par les jeunes militants des Bataillons de la jeunesse vont provoquer des représailles sanglantes codifiées en septembre 1941 par le décret Keitel. C'est l'attentat du 20 octobre 1941 contre le Feldkommandant de Nantes, abattu par un commando de trois jeunes communistes venus de Paris, qui est la cause directe de la fusillade des 27 de Châteaubriant et de 21 autres otages originaires de la région, à Nantes et au Mont-Valérien, le 22 octobre.

En dépit de la tentative du ministre de l'intérieur Pucheu pour orienter le choix des Allemands vers des communistes, c'est bien l'occupant qui désigna en dernier ressort les fusillés - Hitler dans un premier temps exigeait 150 exécutions - parmi les emprisonnés et internés à disposition dans les camps et prisons. Pour ce choix, il appliqua le décret Keitel en respectant une vague proportionnalité dans l'ordre des responsabilités : des jeunes, des communistes, des gens originaires de Nantes.

Accaparer cette tragédie à son seul profit et pour sa seule gloire, comme l'a fait le PCF depuis 1942, relève de la récupération politique. Les otages fusillés n'étaient pas tous communistes, Guy Môquet n'était pas le seul jeune... On chercherait en vain dans les discours prononcés à Châteaubriant, sur les plaques et dans les écrits dressés à la gloire de la résistance communiste, les noms de Christian Rizzo, Marcel Bourdarias, Fernand Zalkinov et leurs camarades, arrêtés, jugés, condamnés et exécutés au printemps 1942 pour avoir fait ce que Guy Môquet, en communiste discipliné, n'avait pas fait.

Ces jeunes militants commirent les premiers attentats sur ordre d'un parti qui mit des années à en assumer la paternité après avoir calomnié leurs auteurs ("ceux qui ont tué le Feldkommandant Hotz sont ceux qui ont incendié le Reichstag"), avant de les effacer purement et simplement de la mémoire. Si la dernière lettre de Guy Môquet est émouvante, les leurs ne le sont pas moins, mais personne ne rappelle leur mémoire...

Jacques Duclos, qui transmit à Aragon les lettres des 27 avec cette injonction : "Fais de cela un monument", fut à l'origine d'un petit arrangement avec l'histoire qui consista à mettre en pleine lumière des militants arrêtés avant la rupture du pacte germano-soviétique et à rejeter dans l'ombre mémorielle ceux dont l'attitude soulignait trop crûment les aspects les moins avouables d'un passé que le PCF devenu patriote, républicain et résistant voulait faire oublier.

Avec le sang des otages, le Parti communiste lavait une des périodes les plus troubles et ambiguës de son histoire en même temps qu'il dressait un obstacle moral à toute critique de son attitude. Si les mythes sont aussi importants que la réalité, l'histoire existe pour rappeler cette réalité, aussi tragique ou décevante soit-elle...

Jean-Marc Berlière est professeur d'histoire contemporaine à l'université de Bourgogne, chercheur au Cesdip (CNRS/ministère de la justice).

Sylvain Boulouque est doctorant en histoire à l'université de Reims.

 

Voir les commentaires

Rédigé par Polydamas

Publié dans #Histoire

Repost0

Publié le 24 Juin 2007

Des trolls venant me pourrir la vie sur mon blog, je suis pour le moment contrait de valider a priori tous les commentaires. C'est le seul moyen d'avoir la paix.

Mes excuses à mes lecteurs et commentateurs réguliers.

Prenons les choses du bon côté, c'est signe que mon blog est de qualité, si des gens décident de me pourrir autant la vie.

Voir les commentaires

Rédigé par Polydamas

Publié dans #Ab Imo Pectore

Repost0

Publié le 24 Juin 2007

Un texte de Philippe Murray qui n'a rien perdu de son actualité...

L'Observatoire du communautarisme avait sollicité l'opinion de l'écrivain Philippe Muray sur la question du communautarisme. Pour celui-ci, "si la définition du démon est de manquer d'être, et donc de se venger de ce manque en nuisant, il est à noter que le communautariste, par manque d'être aussi, empoisonne tout le monde".


L'Empire du Bien, Philippe Muray, Belles Lettres (droits réservés)


Tout récemment, dans l'émotion soulevée par un crime odieux, et aux applaudissements d'un certain nombre d'associations, on a pu voir le garde des Sceaux Dominique Perben annoncer qu'il allait soumettre au Premier ministre des propositions tendant à sanctionner les « injures homophobes » ; ce qui d'abord, précisa-t-il, impliquait de « modifier la loi de 1881 sur la liberté d'expression ».

On ne saurait trop conseiller à ce garde des Sceaux de ne pas perdre son temps à modifier la loi de 1881 sur la liberté d'expression mais de la supprimer sans façon, car très bientôt elle ne servira plus à rien dans la mesure où, par la grâce des sanctions qu'il prépare, c'est l'expression en soi, toute possibilité d'expression quelle qu'elle soit, et non pas seulement ses « abus » comme par le passé, qui va disparaître. Et nul ne s'en alarmera puisqu'une fois de plus, « dans le silence de l'abjection », l'on n'entendra « retentir que la chaîne de l'esclave et la voix du délateur ». Sauf que le délateur, aujourd'hui, loin de raser les murs, couvert de crachats et de honte, tient sous le nom jamais tout à fait revendiqué de communautariste le haut du pavé, dicte ses volontés au ministre de la Justice et déploie son hystérie sans limites sous forme de lois imposées, via les médias amplificateurs, au nom de la tolérance et de la liberté.

Et lorsque les nouvelles sanctions qu'il aura exigées seront votées, ce n'est plus seulement l'expression de ce qui lui déplaît dont il réclamera la répression accrue, mais même sa manifestation potentielle ou virtuelle. Ainsi se constituera un nouveau délit non prévu par Orwell : le crime d'arrière-pensée (ou de sous-pensée, ou de non-pensée, ou de pensée in statu nascendi). L'annonce de cette répression nouvelle et prévisible réjouit déjà les belles âmes officielles, et on a pu lire dans Le Monde un éditorial où, après quelques hypocrites bouffonneries (« Trop de loi tue peut-être la loi, comme le dit l'adage. Mais dans notre société – même si l'on peut regretter cette dérive légaliste –, sans doute faut-il un texte pour arrêter le sexisme ordinaire, celui qui fait mal et peut tuer », etc.), on s'empressait de désigner à la vengeance un journaliste de province coupable d'avoir parlé de « lynchage » ou d'«Inquisition» à propos de ce début de croisade contre l'homophobie. Et il était aisé de deviner qu'on regrettait de ne pouvoir encore le traîner devant un tribunal.

Chez les plus logiques des communautaristes, la persécution emprunte d'ores et déjà les voies du principe de précaution, et implique qu'on abatte tout le troupeau avant même qu'il ait fait la preuve de sa nocivité : pourquoi se gêneraient-ils puisque les ministres se couchent devant eux et s'empressent de transposer en mesures législatives leur délire ? Bien d'autres maîtres chanteurs, également groupés en associations de malfaisance patentée, piaffent déjà derrière la porte, avec à la main leurs innombrables pétitions qui se résument pour la plupart à exiger des pouvoirs publics un accroissement de l'arsenal répressif, ainsi qu'une politique enfin efficace de prévention, dans des domaines variés : contre les actes et propos handiphobes, contre les actes et propos féminophobes, contre les actes et propos islamophobes, contre les actes et propos jeunophobes, contre les actes et propos zoophobes, etc. Dans l'apocalypse communautariste où nous nous enfonçons, chaque groupe de pression particulier peut bien être en guerre avec les autres, ou faire semblant de l'être ; ils n'ont ensemble qu'un seul ennemi : la liberté. Du moins le peu qui en reste. Et ils sont décidés à l'achever.

Le communautarisme est un monstre. Par là, il reflète bien notre époque monstrueuse qui semble n'avoir plus d'énergie que pour en terminer de toutes les manières possibles avec la définition fondamentale de l'être humain. Et c'est bien à cela que l'on travaille lorsqu'en exigeant, par exemple, que les grands singes bénéficient des droits de l'homme on contribue à faire disparaître la barrière qui se dresse encore entre l'humanité et le monde animal ; et c'est à cela aussi que l'on s'adonne lorsque, à l'occasion d'un crime, on fait ressortir que la victime était homosexuelle avant d'être une personne humaine. D'un côté comme de l'autre, c'est l'anthropos en général qui est nié ou en passe de l'être. Le communautarisme n'est certes pas un humanisme. Il ressemblerait plutôt à ces maladies qu'on appelle auto-immunes où le système immunitaire, brusquement, ne reconnaît plus comme siens certains constituants de l'organisme et s'attaque à eux. Dans un cas comme dans l'autre, la destruction est aussi et d'abord une autodestruction.

Ce n'est pas seulement jouer sur les mots que de remarquer qu'entre communisme et communautarisme il n'y a que quelques lettres de différence, et que tous deux ont la même origine latine, communis. Ce n'est pas non plus se laisser aller à des abus historicistes que de noter le parfait synchronisme avec lequel on a vu finir le communisme et, presque aussitôt, apparaître les délires des communautarismes et leurs premières actions d'éclat. Comme si, des ruines de l'un, avaient émergé les autres. Et comme si le dogme de la dictature du prolétariat n'avait attendu que l'occasion de se transformer en despotisme des minorités dans un monde décentralisé, désorbité, où le centralisme démocratique de jadis accouche finalement d'un décentralisme frénétique tout aussi ennemi de la démocratie, bien sûr, que l'ancien centralisme. Dans le même temps, est rétablie la vieille notion bolchévique de « suspects », indispensable dans toute situation de terreur, et sont désignés de nouveaux « ennemis du peuple » (les homophobes, les sexistes, les islamophobes, etc.). La nuisance a horreur du vide. Les espoirs d'égalité illimitée que l'ancienne idéologie avait donné à l'homme, même s'il ne vivait pas en régime communiste, et même si ces espoirs avaient été rapidement bafoués, loin de disparaître avec cette idéologie, se reconstituent mais par morceaux, de manière éclatée, en poussière de néo-soviets ou de milices vigilantes qui exercent d'abord et comme de juste leur tyrannie sur ceux qui appartiennent au groupe, puis répercutent cette tyrannie et l'étendent à l'ensemble de la société, contrainte dès lors de s'incliner devant leurs exigences particulières et de les reconnaître comme autant de bienfaits. Tous les droits à la différence additionnés débouchent alors sur l'unique droit qui reste à l'individu ordinaire, celui qui ne peut se réclamer d'aucun particularisme : le droit à la déférence.

Ces exigences, d'ailleurs, se chantent sur l'air du Bien absolu et de la positivité la plus irréfutable. Les « offres » communautaristes sont de celles qu'on ne peut pas refuser puisqu'elles parlent de justice, de tolérance, d'amour, d'équité, de métissage et d'ouverture à l'autre. Ce qui se traduit aussitôt en demandes insatiables de lois répressives. Car c'est bien sûr le Mal, ce Mal que l'on entend éradiquer (sous les divers masques du « phobe »), qui est d'ores et déjà passé avec armes et bagages dans le charabia du Bien. Il habite tout entier là même où se rabâche sa dénonciation. Il est la maladie qui parle de remède, il est la contention qui s'intitule liberté, et la haine qui tremble d'amour. Il est la mort qui vit une vie humaine et qui lui emprunte sa force. Il est la perversion qui se nomme Loi. Sous son action, les lois elles-mêmes, par principe protectrices, deviennent meurtrières. Un programme total, pour ne pas dire totalitaire, constitue l'unité cachée de mille programmes communautaristes en apparence ennemis. C'est ainsi qu'aux militantes qui affirment vouloir « imposer la défense des revendications féministes à l'ensemble du mouvement altermondialiste », fait curieusement écho l'islamiste radical qui dit sans jamais vraiment le dire qu'il veut l'islamisation de la modernité.

Le démoniaque, un nouveau démoniaque, un démoniaque moderne, n'est pas loin. Si la définition du démon est de manquer d'être, et donc de se venger de ce manque en nuisant, il est à noter que le communautariste, par manque d'être aussi, empoisonne tout le monde. Cette ancienne victime (mais le diable, « celui à qui on a fait du tort », en est une aussi) se sent menacée de disparition par intégration. La certitude de ne plus être persécutée s'échange pour elle contre le risque de mourir d'inexistence. C'est alors qu'elle se met à hurler à la discrimination et qu'elle transforme un fait-divers criminel en marchepied de ses nouvelles conquêtes. L'homme communautariste, l'homme des associations est l'homme du ressentiment sous sa figure contemporaine. Son impuissance à être l'a conduit vers les officines où bout l'esprit de vengeance. Il lui faut sans cesse des combats, des revendications, des pressions pour se sentir être parce qu'il ne peut plus éprouver l'excitation vitale que sous la forme de la persécution : celles dont il se dit menacé justifiant celles dont il demande la mise en œuvre.

Mais tout cet enfer est si bien emballé dans le pathos de l'empathie qu'on l'entend à peine crépiter. En tout cas, ce serait une erreur de croire que le bruit qui s'en élève est la mélodie du bonheur.


------------------------------
Ce texte a été publié sous le titre "Le communautarisme ? Un monstre" dans Marianne (15/03/2004, pages 34-35).

*Philippe Muray est l'auteur de nombreux ouvrages, dont L'Empire du Bien, Belles Lettres, 1998.

Voir les commentaires

Rédigé par Polydamas

Publié dans #Argumentaires

Repost0

Publié le 21 Juin 2007

Ce long article décrit par le menu l'opération du Rainbow Warrior, qui s'est révélée proprement hallucinante dans sa mise en oeuvre. Il montre bien toute l'étendue de l'impéritie et de la gabegie des services de renseignement français de l'époque.

Espérons qu'ils se soient un peu professionnalisés depuis.

Via les PF, et merci à VV, qui l'a trouvé ici.


La VRAIE histoire de l’attentat contre le Rainbow Warrior I

Incompétence, bureaucratie et avarice sont les vraies raisons d’un scandale qui retentit dans le monde en 1985

par Alex W. du PREL

Le 10 juillet 1985, la DGSE (Direction générale de la sécurité extérieure- les services secrets français) coulait le navire écologiste Rainbow Warrior dans le port d’Auckland à l’aide de deux bombes magnétiques, attentat qui tua un photographe portugais. Vingt années plus tard, après des centaines d’articles, de livres - et de désinformations - consacrée à l’évènement, il est temps de faire un bilan final de cette affaire dans laquelle la Polynésie française est très impliquée.

L’organisation internationale Greenpeace, créée en 1971 par des écologistes canadiens, des objecteurs de conscience américains et des pacifistes de toutes nationalités, base son existence sur une légitimité écologique, abstraite et supranationale, alors que la légitimité des Etats est basée sur des lois précises dans des contextes nationaux. Que ces deux conceptions portent à conflit est certain. L’affaire "Rainbow Warrior" est l’un de ces conflits.

Ainsi, le 7 juillet 1985, le Rainbow Warrior, navire amiral de Greenpeace arriva à Auckland et s’amarra au quai Marsden. Dans la nuit du 10 juillet 1985, peu avant minuit, deux engins hautement explosifs qui avaient été attachés à la coque du Rainbow Warrior détonnèrent à quelques minutes d’intervalle. La force de l’explosion fut telle qu’un trou de trois mètres de large fut ouvert dans la salle des machines sous la ligne de flottaison. Le navire coula en quelques minutes. Plus tôt, environ 30 personnes avaient célébré à bord un anniversaire et au moment de l’explosion, 12 personnes, capitaine compris, étaient encore à bord. Onze d’entre eux parvinrent à atteindre le quai. Fernando Pereira, membre d’équipage et photographe officiel fut tué par la seconde explosion alors qu’il tentait de récupérer de l’équipement photographique dans sa cabine. L’affaire a été immédiatement traité comme une enquête pour homicide sous la direction du détective principal Allan Galbraith. C’est ainsi qu’allait commencer une des enquêtes les plus vastes que la Nouvelle-Zélande aie jamais connue. La découverte d’un Zodiac en caoutchouc abandonné avec un moteur hors bord et la vue d’un mobile home bleu et blanc conduisit la Police à interroger un couple francophone deux jours plus tard, puis à les arrêter le 15 juillet.. Le Rainbow Warrior préparait alors une campagne de protestation contre les essais nucléaires français dans les Tuamotu. L’enquête de la police néo-zélandaise conduit à l’arrestation et l’inculpation, le 19 juillet 1985, des "faux époux Turenge", le capitaine Dominique Prieur et le commandant Alain Mafart, tous deux agents de la DGSE.

En août 1985, puis en mars 1986, la Nouvelle-Zélande émit des mandats d’arrêt internationaux contre trois autres officiers français, Gérald Andriès, Roland Verge et Jean-Michel Bartelo, nageurs de combat de la base d’Aspretto en Corse, accusés d’avoir transporté les engins explosifs de Nouméa en Nouvelle-Zélande à bord de l’Ouvéa, un voilier loué à Nouméa.

A la suite d’articles de presse parus en France et à l’étranger mettant en cause les services secrets, le Président Mitterrand demande le 8 août à Laurent Fabius, Premier ministre à l’époque, une enquête qu’il confia à Bernard Tricot. Le 25 août, celui-ci présenta un rapport qui "tricotait" un scénario qui mettait hors de cause le gouvernement français et la DGSE, dont le seul objectif, déclarait-il, aurait été « l’infiltration de Greenpeace ». De révélations en démentis, la crise politique culmina le 20 septembre 1985 lorsque le ministre de la Défense Charles Hernu fut contraint de démissionner, le patron de la DGSE, l’amiral Pierre Lacoste étant limogé le même jour. Deux jours plus tard, le Premier ministre Laurent Fabius, dans une déclaration inattendue et spectaculaire à l’hôtel Matignon, révéla « la vérité cruelle : Ce sont des agents de la DGSE qui ont coulé le Rainbow Warrior, ils ont agi sur ordre » et que ces faits avaient été cachés à M. Tricot.

Condamnés le 22 novembre 1985 par la justice de Nouvelle-Zélande à 10 et 7 années de prison ferme chacun, les faux époux Turenge furent confiés en juillet 1986 à la France pour être transférés sur l’atoll d’Hao en Polynésie française ; ceci en échange de l’engagement de l’Etat français de les garder sur cette île en résidence surveillée pendant trois années.

Politique débile, opération bâclée

Débile sur le plan politique car c’était bien du terrorisme d’Etat, contestable dans sa conception, l’opération contre le Rainbow Warrior aura été d’un bout à l’autre un modèle de préparation bâclée, d’organisation approximative avec des effectifs pléthoriques conçus par de vrais amateurs qui devaient se prendre pour des "pros". Ce qui est souvent la norme dans le monde des services secrets qui attire des personnes dangereusement immatures et autres casses cou qui ne grandissent jamais. Cette opération « Satanic », alias « Oxygène » était aussi une extension de la volonté politique de continuer d’effectuer des essais nucléaires dans le Pacifique malgré l’hostilité de la Nouvelle-Zélande, de l’Australie et des "méchants écologistes" de Greenpeace qui mettaient « en danger la souveraineté, l’indépendance et la grandeur de la France ».

Analysons en détail les stupidités commises lors de ce terrible fiasco :

Selon diverses sources, l’idée aurait germé fin 1984 ou début 1985 au quartier général du Centre d’expérimentation du Pacifique (CEP) à Pirae, Tahiti, où le COMSUP, le vice amiral Hugues, s’inquiétait auprès du DIRCEN(Directeur du centre des essais nucléaires), l’amiral Fages, de la nouvelle campagne contre les essais nucléaires à Moruroa annoncée par Greenpeace. Certainement voulait-on éviter un nouveau remue-ménage médiatique comme celui qui eut lieu lors de la « campagne de tirs » de 1973. Avisé, Charles Hernu interrogea l’amiral Lacoste sur les possibilités d’une opération de sabotage du Rainbow Warrior. Le ministre de la Défense avait été impressionné par une précédente mission réussie du SDECE en octobre 1980 : une petite équipe du "service Action" avait réussi à couler le Dat-Assawari, navire amiral de la flottille libyenne en plein milieu du port de Gênes. Aussi les ordres donnés à l’amiral Lacoste furent-ils clairs : « il faut envoyer le Rainbow Warrior par le fond ». L’amiral Lacoste prit tout de même ses précautions et se fit reconfirmer l’ordre par le chef d’état-major particulier du président de la République, le général Saulnier.

L’opération fut supervisée au cabinet d’Hernu par les colonels Heinrich et Fresnel du bureau des affaires réservées. A Matignon, le chargé de mission de Fabius auprès de la DGSE était le préfet Zilberzahn. A la "Piscine" (QG de la DGSE), le chef du service Action (SA) était le colonel Lesquer. L’auteur du plan fut le chef du bureau des opérations, le lieutenant-colonel Fabron, qui effectua personnellement des reconnaissances à Auckland.

L’équipe opérationnelle était constituée de 12 personnes. Les effectifs étaient si disproportionnés que des sous-officiers étaient persuadés qu’il s’agissait d’un exercice. Quant aux officiers, choqués par une riposte sans mesure avec la menace, ils renvoyèrent le plan à la hiérarchie pour confirmation de l’objectif. L’ordre d’opération fut alors signé par l’amiral Lacoste, et le financement des "frais de mission"(1,2 million de FF de 1985) débloqué par Matignon sur les fameux "fonds spéciaux".

Espionne lesbienne

A cette époque les services secrets français n’avaient pas d’agent "résident" en Nouvelle-Zélande bien que ce pays et son gouvernement travailliste (socialiste) était l’opposant le plus acharné contre les essais nucléaires de Moruroa et Fangataufa, éléments clé de la défense française. Le dernier "honorable correspondant" avait dû quitter le pays quelques années auparavant après la faillite de son entreprise de conserves de pâte d’huîtres. La DGSE envoya donc un agent en avril et mai 1985 afin d’effectuer la reconnaissance des lieux et infiltrer Greenpeace. Le choix de cet agent fut judicieux : comme les militants de Greenpeace Nouvelle-Zélande étaient essentiellement des femmes célibataires, ceci impliquait qu’inévitablement il y aurait des lesbiennes dans le groupe. Suivant cette logique, l’agent choisi fut le lieutenant Christine Cabon, alias Frédérique Bonlieu, lesbienne avouée, une "spécificité" qu’elle dévoila même à l’anthropologue Bengt Danielsson, auteur du livre anti-nucléaire "Mururoa mon amour", qu’elle visita lors de son passage à Tahiti. Ceci et une lettre de recommandation lui permit d’être acceptée au sein du groupe écologiste d’Auckland où, malgré une mauvaise humeur constante, elle se mit en ménage avec une journaliste écologiste d’un quotidien local. Elle loua aussi à plusieurs reprises une voiture pour bien reconnaître les sites qui serviront de lieux de rendez-vous de l’équipage de le yacht Ouvéa et du couple "Turenge". Sa mission terminée, elle prit l’avion pour Tahiti où, lors du colloque sur les récifs coralliens à Tahiti et à Moorea, elle se fit remarquer par son ignorance sur le sujet et un comportement étrange.

Les "yachtsmen" chassent la femme

L’équipe chargée de livrer les explosifs avait loué à Nouméa le yacht Ouvéa, un sloop de 12 mètres. Elle se composait de trois militaires de carrière, l’adjudant-chef Verges (Velche), les adjudants Andriès (Audrenc) et Bartolo (Barthelo) et d’un civil, le Dr Maniguet, lequel avait organisé la "croisière" par le biais d’une agence de voyage de la rue du Ranelagh à Paris. Dès le début, Châtelain, le directeur de Nouméa Yacht Charter, "sentait" que quelque chose ne tournait pas rond. Au moment de l’appareillage de son yacht avec les barbouzes à bord, il déclarait à son voisin : « L’Ouvéa, on ne le reverra plus ! »

Rarement un groupe de "yachtsmen" se fera autant remarquer. D’abord, faire de la plaisance sur ces côtes venteuses de la Nouvelle-Zélande en plein hiver austral est bien étrange et du genre masochiste. Ensuite, les braves barbouzes se trompèrent de baie en faisant leur entrée en Nouvelle-Zélande, risquant leur voilier et se mettant en exergue vis-à-vis des services d’immigration néo-zélandais. Bien qu’on doit admirer leurs talents de marins dans ces moments difficiles, on ne peut que s’étonner de leur comportement si peu discret par la suite. En effet, une fois passé les formalités avec la police du port, nos agents très secrets devinrent exubérants et flambeurs et se mirent à draguer tout ce qui portait une jupe dans les bars, cafés et restaurants des différents petits ports du North Island. Parmi l’une de leurs conquêtes figurait même l’épouse d’un officier de police du port de Whangarei, une dame coiffeuse.

Certainement le plus formidable consommateur de dames kiwi fut le Dr Xavier Maniguet, agent civil "freelance" de la mission. Selon un journaliste australien, les enquêteurs découvrirent qu’il réussit à coucher avec huit femmes différentes en l’espace de sept jours. Flambant sans compter, le capitaine de l’Ouvéa louait les plus luxueuses voitures, logeait dans les meilleurs hôtels pour chasser la gent féminine, sa grande passion. Il manqua d’ailleurs de se faire "flinguer" sur l’île du Sud lorsqu’il séduisit l’épouse d’un chasseur d’opossum ; il dut s’enfuir par la fenêtre après que le mari fut rentré à l’improviste, lequel tira des coups de feu sur le séducteur en fuite. Coureur de jupons incorrigible, il trouva à l’hôtel Sheraton d’Auckland une compagne moins d’une heure après son arrivée. Une autre dame, conquise dans un bar, fut si excitée qu’elle emmena Maniguet à l’hôtel Regent et paya même la note de la chambre. Le lendemain, la cousine de celle-ci accepta à son tour de subir avec plaisir les mêmes honneurs par le docteur français. Si la réputation mondiale de la DGSE prit un sévère coup dans cette affaire, par contre depuis, chez les Kiwis, la réputation du « French lover » vit sa cote grimper.

"Charlots" aux antipodes

Comme les agents français ne passaient pas inaperçus - c’est le moins que l’on puisse dire - leurs traces furent par la suite faciles à remonter pour les enquêteurs, tant elles étaient larges et leurs comportements voyants gravés dans les mémoires. Dans un restaurant de Whangarei, l’équipe signa même le livre d’or de l’établissement, Raymond Velche avec un croquis de plongeur et un cryptique « Peut-être y a-t-il autre chose en N.-Z. »

Mais les agents les plus lamentables de cette équipe ont certainement été les "Turenge", le commandant Alain Mafart (alias Alain Turenge) et le capitaine Dominique Prieur (alias Sophie Turenge). Supposé être en lune de miel, le couple se fera remarquer partout car Mme Turenge "faisait toujours la gueule" et parce que leur comportement entre eux étant glacial, tout comme envers les autres, une attitude très peu en phase avec leur rôle de nouveaux mariés. Dès le départ, les deux espions étaient déjà handicapés par une grossière erreur dans la préparation de leurs faux passeports suisses : bien que supposés être "délivrés" à des années différentes, les numéros des deux passeports se suivaient presque, 3024838 et 3024840, mais ce ne fut qu’une erreur mineure face aux autres bourdes.

Structure rigide

L’armée (dont fait partie la DGSE, aujourd’hui nommée DGE) était une administration de fonctionnaires régie par des fonctionnaires. Un monde de carrières où seul le diplôme prime, car seule preuve de capacité acceptée par les textes administratifs. Le capitaine Prieur fut donc choisie pour son agrégation d’anglais. Le fait qu’elle parlait à peine la langue (elle dut même mettre des écouteurs lors du procès afin d’écouter le traducteur pour comprendre les débats !) n’avait donc aucune importance puisqu’elle avait le diplôme requis. Un Français ayant grandi et vécu en Nouvelle-Zélande, qui parlerait donc comme les Kiwis et se fonderait ainsi dans la population comme un autochtone car intime avec leurs us et mœurs, ne pourrait pas être choisi pour cette mission par un tel système car il n’aurait pas les diplômes français exigés par l’administration ! La DGSE était donc piégée par son propre carcan régulatoire. La connaissance acquise par la vie et le hasard, l’hors de l’ordinaire et l’exceptionnel n’y ont pas de place puisque ces connaissances et atouts indispensables pour un travail discret à l’étranger ne peuvent s’exprimer par un quelconque diplôme français, seules valeurs reconnues par l’armée. Parmi les participants à la mission "Oxygène" seuls Mafart (qui parle avec un accent américain), Maniguet et certainement Cabon, bien qu’elle prétendait le contraire, parlaient un anglais correct acquis après des années de vie à l’étranger. Pour les autres, leur anglais donnait à rire s’il n’était carrément incompréhensible.

Pas de confiance

Pis encore, les petits rond-de-cuir du service comptabilité de la DGSE ne semblaient alors ne pas faire confiance aux agents secrets qu’ils expédiaient à l’autre bout du monde. Incroyable mais vrai, pour justifier leurs frais, les James Bond et autre Mata Hari de la "Piscine" devaient rapporter de leurs missions factures, reçus et autres justificatifs des dépenses. Même les plongeurs de l’Ouvéa exigeaient partout des reçus pour leurs achats, acte bien incohérent avec leur rôle de plaisanciers supposés être en vacances. Cette mesquine et minable paperasse fut ce qui confondit de suite les "Turenge" : lors de leur première arrestation, la police néo-zélandaise retrouvant dans le camping-car loué par le couple un paquet de reçus détaillant toutes leurs dépenses effectuées en Nouvelle-Zélande. Avec les dates et localités de ces talons, les enquêteurs purent ainsi reconstituer en moins d’une heure deux semaines d’itinéraires, donc toutes les étapes des Turenge, même apprendre les numéros de téléphone appelés depuis les hôtels... dont celui de la DGSE ! C’est ce qui leur permit de vite remonter la filière et faire la connexion avec la DGSE et l’Ouvéa, et nullement par une hypothétique trahison ou grâce à l’aide des services secrets anglais comme on a par la suite tenté de le faire croire.

Pis encore, les "époux Turenge" étaient aussi des agents "grappilleurs" et mesquins. La police découvrit avec amusement que certaines des factures avaient été falsifiées : un zéro rajouté à une note d’hôtel de 35 dollars devenait 350 dollars ; chaque petit profit était recherché pour nos minables OSS !  Ce n’est donc pas uniquement la bureaucratie tatillonne qui aura trahi Mafart et Prieur, mais surtout l’avarice et la bêtise.

Leur parcours ressemble d’ailleurs à une vraie comédie digne des films de Laurel et Hardy. Leur comportement était tellement bizarre qu’ils se firent remarquer à tous les moments cruciaux de leur mission, à tel point que le numéro de la plaque d’immatriculation de leur caravane fut constamment relevé par des témoins.

La reconnaissance du terrain était tellement bâclée que des rendez-vous furent ratés. A cause de cette mauvaise préparation, même le plongeur plastiqueur du Rainbow Warrior dut faire un détour, se débarrasser de son hors-bord et ainsi se faire repérer.

Pour 130 dollars de plus

Après l’attentat contre le Rainbow Warrior, alors que tous les autres agents de la DGSE avaient réussi à quitter la Nouvelle -Zélande sans être pris, les "Turenge" eurent le comportement le plus incroyable et impardonnable : au lieu d’abandonner leur caravane sur le parking de l’aéroport et quitter immédiatement le pays par le prochain vol, ces espions se présentèrent au bureau de la compagnie de location de leur véhicule pour récupérer un trop perçu de... 130 dollars NZ (80 euros !!!). Comme des témoins avaient déjà donné le numéro d’immatriculation du camping-car à la police en effervescence depuis l’explosion, l’agence de location avait été avisée de la recherche des Turenge depuis la veille. Voyant les Turenge arriver, la jeune fille de l’agence réussit à appeler la police et faire patienter les espions, en prétextant que le directeur arrivait pour leur rendre les 130 dollars, pendant les 20 minutes nécessaires aux forces de police pour arriver et coffrer le couple. C’est bien cette tentative mesquine de récupérer 80 euros qui permit la capture des Turenge et qui coûta par la suite à la France des dizaines de millions d’euros, ainsi qu’une atteinte terrible à son image.

La bêtise ne s’arrêta pas là

Lors des interrogatoires, Dominique Prieur s’effondra et se mit à pleurer. Le couple ne se rendit même pas compte qu’à un moment on avait introduit dans la cellule de détention un "mouton", à savoir un policier comprenant le français. Il put entendre des brides de leur conversation :

Mafart à Prieur : « Sois comme une montagne ! Ne bouge pas d’un pouce ! »

Prieur à Mafart : « Si on nous envoie en prison, est-ce qu’ils paieront toujours nos salaires et pensions à Paris ? ». On voit quelles étaient les préoccupations patriotiques de nos "James Bond" !


La Nouvelle-Zélande est un Etat de droit. Comme la police n’avait toujours pas d’évidence solide - et qu’elle n’avait surtout pas de réponse de Suisse quant à l’authenticité des passeports (c’était le week-end) -, elle dut relâcher les Turenge au bout de 24 heures et les dirigea vers un motel d’où ils avaient une totale liberté de circuler. Cette fois-ci encore, au lieu de disparaître dans la nature, ils restèrent plus de 36 heures dans leur chambre d’hôtel d’où ils appelèrent la DGSE à Paris ( !), Alain Mafart partant uniquement acheter de nouveaux billets d’avion dans une agence de voyage et prenant contact avec un avocat.

Puis le télex d’Interpol arriva de Berne. Incroyable : les passeports étaient des vulgaires faux, même pas des "vrais-faux". La police retourna à l’hôtel cueillir les Turenge pour les écrouer.

Le lendemain 16 juillet, le tribunal inculpa les deux espions et décréta qu’ils seraient libres en échange d’une caution de 2000 dollars (1200¤) chacun. Ils n’avaient pas l’argent et sur intervention de leur avocat, le tribunal revint sur la décision du bail. Incroyable mais vrai, ils se retrouvaient libres une seconde fois, normalement jusqu’au procès prévu le 27 juillet. Mais la police était consternée par la décision de justice et décida de vite trouver un nouveau chef d’inculpation : importation en Nouvelle-Zélande d’objets acquis par des moyens frauduleux (les faux passeports). Là encore, entre-temps les Turenge ne profitèrent pas de l’occasion pour s’échapper et leur troisième arrestation, pour de bon, eut lieu tard dans la soirée dans les bureaux de leur avocat à Auckland.

Deux fois libérés, les agents secrets n’avaient pas une seule fois tenté de s’enfuir, de quitter le pays par une autre voie que l’avion régulier. Aucun plan alternatif n’avait été prévu, aucune "maison sûre" n’avait été préparée, aucun réseau de secours n’avait été organisé. Rien ! De l’amateurisme de A à Z. Le président Mitterrand ne s’y trompa pas et déclara : « Deux agents qui sont pris et qui téléphonent au ministre de la Défense. Des espions qui signent un livre d’or. Quels crasseux ! » (Attali, in "Verbatim".)

Condamnation

Le lundi 4 novembre 1985, le colonel Alain Mafart et le capitaine Dominique Prieur comparurent devant la cour d’Auckland pour les premières auditions après avoir plaidé non coupable aux accusations d’incendie criminel, de complot en vue d’incendie, et meurtre. Récemment restauré, le vieux bâtiment de la Haute Court d’Auckland a été choisi pour le procès. Face à une assemblée de journalistes venus du monde entier, Mafart et Prieur modifièrent subitement leur façon de plaider. Stupéfaits, l’assistance les écouta finalement plaider coupable d’incendie criminel et d’homicide involontaire. Le procès du siècle, que l’on croyait devoir durer des mois et coûter des milliers de dollars, était terminé en une demi-heure. L’avocat général expliqua au président de la cour que l’accusation était prête à accepter une condamnation pour homicide involontaire, étant donné qu’il n’était pas prouvé que Mafart et Prieur étaient personnellement responsable de la pose des bombes, ni qu’ils avaient volontairement voulu blesser ou tuer. Le 22 novembre, Mafart et Prieur comparurent à nouveau devant la haute cour d’Auckland et furent condamnés à 10 ans de prison pour homicide involontaire et 7 ans pour incendie criminel. En rendant son verdict, le juge Davison donna clairement son avis sur la possibilité d’une expulsion rapide : « Ceux qui viennent dans ce pays et commettent des activités terroristes ne peuvent espérer avoir de petites vacances et retourner chez eux en héros ». Pourtant, tel sera le cas...

Vins fins pour prisonniers

En mars 2001, le quotidien New Zealand Herald révéla qu’en 1985 le ministre de Affaires étrangères Roland Dumas et un député français (Charles Pasqua ?) avaient tenté de faire parvenir une caisse de vins fins de Bordeaux et une bouteille du meilleur cognac aux prisonniers Alain Mafart et Dominique Prieur, quelques semaines après leur emprisonnement. Une mini bataille diplomatique avait éclaté à ce sujet, les fonctionnaires des prisons de Nouvelle-Zélande ayant refusé de faire suivre les cadeaux de Noël envoyés de Paris. M.Dumas protesta en janvier 1986 par la voie de l’ambassade de la Nouvelle-Zélande à Paris et reçut une réponse laconique l’informant que l’on ne donnerait pas de traitement spécial au couple prisonnier : « Les boissons alcoolisées sont strictement prohibées dans des prisons de la Nouvelle-Zélande (...) nos autorités ne peuvent se permettre de faire une exception dans une question qui est si sensible en Nouvelle-Zélande ». L’incident fut révélé par des documents du ministère de la Justice kiwi, "déclassifiés" après 15 ans, conformément à l’Acte officiel d’information de N-Z.

Echec = récompense

Pour libérer les "Turenge", le gouvernement français négocia par trois fois. En échange de la promesse de les garder trois ans en résidence surveillée à Hao, la France accepta de :
-  faire des excuses formelles et non qualifiées pour l’attaque contre le Rainbow Warrior dans le port d’Auckland en 1985,
-  payer à la Nlle-Zélande la somme de 7 millions de dollars US en compensation des dommages subits ;
-  ne pas s’opposer à l’importation de beurre néo-zélandais vers le Royaume Uni en 1987 et 1988 ;
-  verser 2 millions de dollars US à la famille du photographe tué dans l’explosion ;
-  payer 9 millions de dollars US au Fonds d’amitié avec la Nouvelle-Zélande ;
-  payer 6 millions de dollars à Greenpeace.
-  ne pas s’opposer aux accords entre la NIle-Zélande et la CEE concernant l’importation de viande de mouton, d’agneau et de cabris.

En plus le gouvernement de Paris accepta, sans faire de difficulté, de payer à la société Nouméa Yacht Charter 105.000 euros pour le voilier Ouvéa sabordé en mer.

Les bourdes et comportements de Mafart et Prieur ne méritaient pas de récompenses. Pourtant les guignols des services secrets de cette affaire sortirent plutôt très bien lotis de ce fiasco. Touchant leurs soldes indexées (barème de l’ambassade de France) pendant leur emprisonnement en Nouvelle-Zélande, dès leur transfert sur la base militaire de l’atoll de Hao Mafart et Prieur verront celles-ci multipliées par 2,05 (comme tous les militaires en poste sur les "sites" dans l’archipel des Tuamotu), salaires exonérés d’IRPP auxquels se rajoutent les multiples primes octroyées à ces postes.

Sous-marin nucléaire utilisé

Le sort du voilier Ouvéa et la manière dont l’équipage est rentré en France sont longtemps restés un mystère. Quelques désinformations ou inventions avançaient cette théorie de la fin de l’Ouvéa : « La DGSE n’avait aucun moyen de prévenir l’équipage de l’Ouvéa - chargé de convoyer les explosifs jusqu’en Nouvelle-Zélande - pour les empêcher de revenir en Nouvelle-Calédonie. Le bateau n’avait pas de radio protégée à bord. Un Breguet-Atlantique les aurait repérés et un ancien du service prêta son yacht afin de recueillir l’équipage après le sabordage du bateau ».

Une dépêche de l’AFP du 26/11/91, non signée, avançait que le 23 juillet, l’Ouvéa arrivait à Papeete, d’où les agents prirent l’avion pour Paris par l’une des liaisons hebdomadaires du COTAM [vol militaire en DC-8) ». Tout à fait impossible car l’Ouvéa avait quitté l’île de Norfolk le 15 juillet et aurait ainsi dû voguer contre les alizés et parcourir 5000 kilomètres en huit jours, parfaitement impossible pour n’importe quel voilier !

Par contre, la date du 23 juillet de l’AFP se combine parfaitement avec une autre théorie diffusée par les médias anglo-saxons, mais aussi par l’organisation Greenpeace : le sous-marin d’attaque nucléaire Rubis, en « visite de présence » dans le Pacifique Sud (cas unique pour un sous-marin nucléaire français !) fit escale à Nouméa pour y déposer le ministre Charles Hernu à bord. Le Rubis quitta la Nouvelle-Calédonie le 5 juillet, attendit au large de l’île Norfolk. Le 16, il se dirigea vers une balise radio émettrice déclenchée par l’Ouvéa (truffé d’antennes) au nord de l’île de Norfolk, fit monter à bord les membres de l’équipage qui sabordèrent le voilier en ouvrant les vannes, puis prit la route directe vers Tahiti où il arriva le 22 juillet. Après son arrivée fortement médiatisée à Papeete, le capitaine du Rubis fit des déclarations étonnantes face à la presse et aux caméras de RFO (alors FR 3) télévision (nous citons de mémoire) :

« Oui, nous faisons un voyage de présence dans le Pacifique... mais aussi quelques autres missions. »

Reporter de FR 3 : « Quel genre de mission ? »
Capitaine du Rubis : « Des missions secrètes... très secrètes ! » (Rires).
Mon Dieu, que les marins peuvent parfois être bavards !
Le lendemain, comme annoncé par l’AFP, l’équipage de l’Ouvéa prenait l’avion de Tahiti vers Paris.

Destination Club Hao

Après avoir passé moins d’un an dans les geôles néo-zélandaises, Dominique Prieur et Alain Mafart, arrivèrent le 22 juillet 1986 sur leur lieu français de détention, l’atoll de Hao.

Le mercredi 23 juillet à 2h30 (heure locale), un avion P3 Orion "turboprop" de la Royal New Zealand Air Force (RNZAF) décolla de Wellington en direction du territoire français de Wallis avec à son bord Mafart et Prieur. De son côté, le 22 juillet (heure de Tahiti, un jour en retard sur Wallis et Auckland, ligne de changement de date oblige), un jet Gardian, version militaire du Falcon Dassault, de l’escadrille 12S décolla dans la nuit de l’aéroport de Tahiti Faa’a pour une destination « inconnue ». En fait, l’appareil, avec à son bord Gaston Flosse alors sous-secrétaire d’Etat au Pacifique Sud, faisait aussi route vers Wallis où il se posa vers 9 heures du matin, une heure avant l’arrivée de l’appareil de la RNZAF.

Les faux époux Turenge furent accueillis à l’aéroport de Hihifo par Gaston Flosse (qui menait là une mission demandée par le Premier ministre Jacques Chirac), mais aussi par le préfet Clauzel, directeur de cabinet du ministre de la Défense. Les poignées de mains et les embrassades furent filmées par un cameraman amateur qui fut immédiatement arrêté par les gendarmes de Wallis qui lui saisirent son matériel.

Alors que l’avion kiwi décollait vers son pays, le Gardian, terminait ses pleins et quittait Wallis pour un vol sans escale jusqu’à l’atoll de Hao. L’on apprendra que le vol s’est effectué sans problèmes et que l’ambiance à bord du Gardian était des plus détendue. « Prieur et Mafart n’étaient pas particulièrement affectés, mais visiblement heureux de quitter la Nouvelle-Zélande » confia l’un des participants à ce vol mémorable. Vers 14 heures, alors que le Gardian passait à 8000 mètres à la verticale de Tahiti, le champagne coulait à flot dans la cabine. Vers 16 heures l’appareil se posait sur la piste de Hao où Mafart et Prieur étaient accueillis par le lieutenant colonel Belli, commandant de la base. Après une prise de carburant, le Gardian de la 12S quittait Hao pour Tahiti avec à son bord Gaston Flosse. Mission accomplie.

Atoll secret et... shopping à Tahiti

L’arrivée des deux agents à Hao suscita, comme on s’en doute, un vif intérêt des journalistes et surtout des photographes qui espéraient prendre des clichés des deux « détenus » de Hao. L’armée, scrupuleuse du secret, mit en place un dispositif impressionnant destiné à protéger Alain Mafart et Dominique Prieur. Les photos furent interdites sur le site militaire et même les appelés durent laisser leurs appareils photos sagement dans leur housse. Par ailleurs la population civile fit, elle aussi, l’objet de contrôles, plus discrets toutefois mais tout aussi efficaces de la part des services de la sécurité militaire et tous les vols d’Air Tahiti pour Hao furent sévèrement contrôlés pour éviter l’intrusion sur le site de journalistes ou de curieux. Il est vrai que les photos des deux agents se seraient alors négociées une petite fortune. Le secrétaire général de l’ONU par lequel l’accord entre la France et la Nouvelle-Zélande était intervenu, avait demandé et obtenu du gouvernement l’engagement qu’aucune publicité, interview ou commentaire ne serait fait autour de la vie des faux époux Turenge.

Ainsi, Hao avait soudain supplanté Moruroa en devenant le nouvel « atoll du grand secret ». Seul appareil photo habilité sur le site, celui du photographe de l’armée qui, un an après l’arrivée des deux agents, effectua des prises de vues d’une cérémonie de passation de commandement. Ces clichés - sur lesquels apparaissait Dominique Prieur - trompèrent la vigilance des autorités militaires et furent remis aux quotidiens de Papeete afin d’illustrer cette manifestation.

Quoi qu’il en soit, la vie s’écoulait paisiblement sur l’atoll où le commandant Mafart partait faire de grandes virées en planche à voile, passant même quelques fois la nuit sur un des motu du lagon. Soleil, cocotiers et lagon valaient assurément bien mieux que les geôles néo-zélandaises. Alain Mafart fut aussitôt promu "adjoint terre" et Dominique Prieur "officier adjoint au commandant de la base". Le mari de Dominique Prieur, alors capitaine du génie commandant les sapeurs-pompiers de la caserne de la rue du Vieux Colombier à Paris, fut muté à Hao en étant promu commandant de la base. En avril 1996, on apprenait que c’est Jacques Chirac en personne qui avait suggéré en 1986 à Dominique Prieur de tomber enceinte afin de pouvoir quitter l’atoll de Hao. Selon Le Canard Enchaîné, elle resta néanmoins désespérément infertile malgré la présence sur l’île de son époux et plusieurs célèbres gynécologues de Paris durent alors faire le déplacement vers l’atoll auprès de Mme Prieur.

Mafart mit à profit son séjour pour préparer l’Ecole de Guerre, quant à Dominique Prieur, elle n’avait pas à se plaindre non plus de son séjour sur l’atoll, puisque outre son (léger) travail et ses loisirs, elle partait assez fréquemment et dans la discrétion la plus absolue à Tahiti, en infraction patente avec l’engagement fait par la France devant l’ONU. Le cérémonial de ces voyages était immuable : Dominique Prieur était transportée depuis Hao (en Gardian la plupart du temps) et à son arrivée à Tahiti-Faa’a l’attendait une voiture avec chauffeur. Perruque vissée sur la tête, lunettes noires sur le nez, elle s’engouffrait dans la voiture puis prenait ses quartiers au laorana Villa, l’hôtel militaire pour gradés de Punaauia. Ses sorties en ville étaient étroitement surveillées par les agents de la sécurité militaire, mais aucun incident n’a jamais émaillé ces escapades. Une seule fois, dans un magasin de vêtements du centre Vaima, elle fut reconnue, ce qui lui fit quitter prestement la boutique avant l’arrivée de la presse locale. Le soir même elle regagnait Hao...

Aucun des deux agents ne termina ses trois années de séjour à Hao, comme promis par la France devant l’ONU. Le 11 décembre 1987, un certain Serge Quillan, menuisier de profession, embarquait à Tahiti à bord du vol UTA UT 508 en direction de Paris. M. Quillian, en réalité Alain Mafart, quittait la Polynésie au grand dam des Néo-Zélandais avec un autre vrai-faux passeport, après un séjour de 17 mois seulement sur l’atoll. Des raisons de santé étaient alors invoquées pour justifier son « rapatriement sanitaire » mais elles s’avérèrent fausses et la France fut encore condamnée. En mai 1988, Dominique Prieur, enfin enceinte, partit à son tour vers Paris, par avion spécial dans un grand tamtam médiatique, juste à la veille des élections présidentielles, ultime mais vain effort pour promouvoir le candidat Jacques Chirac. Elle est restée en tout 22 mois sur l’atoll, et pas toujours, puisqu’elle fut plusieurs fois aperçue en train de faire son "shopping" à Tahiti. A l’hôtel militaire "Iaorana Villa" de Tahiti, réservé aux gradés, on donna même discrètement le sobriquet de "suite Prieur" au bungalow que cette dame utilisait. Le non respect de la parole donnée par les autorités françaises eut, là encore, un certain effet médiatique en Nouvelle-Zélande. La solitude pesant tout de même, Dominique Prieur accueillait avec joie son mari Joël, capitaine des sapeurs-pompiers muté à Hao où il arriva le 23 août 1986.

Et après ?

Le Rainbow Warrior fut renfloué le 21 août 1985. Après expertise, Greenpeace dut se résoudre à saborder le navire, les dégâts étant trop importants pour être réparés. Il fut coulé dans la baie de Matauri Bay, au nord d’Auckland, où un mémorial fut érigé. C’est dorénavant une destination touristique prisée de Nouvelle-Zélande.

Le capitaine Prieur fut par la suite "planquée" au service statistique du ministère de la Défense à Paris et le colonel Mafart entra à l’Ecole de Guerre. En 1989, le commandant Mafart fut promu lieutenant-colonel, mais aussi chevalier dans l’ordre national du Mérite en mai 1991, puis promu colonel en 1994. En juillet 1993, le colonel Louis-Pierre Dillais, commandant de l’opération "Satanic - Oxygène", fut nommé chef du bureau des affaires dites "réservées" au ministère de la Défense.

L’affaire du Rainbow Warrior resurgit brièvement dans l’actualité en novembre 1991 lors de l’arrestation par la police helvétique de Gérald Andriès, l’un des nageurs de combat de l’Ouvéa. Lors de la conclusion des accords de compensation, le gouvernement français avait tout simplement oublié d’exiger de la Nouvelle-Zélande la levée des mandats d’arrêts internationaux.

Le 18 avril 1995, lors de l’émission « Foreign Correspondant » diffusée sur la chaîne nationale australienne ABC, le directeur du contre-espionnage français (la DST) de l’époque, Yves Bonnet, interviewé par Justin Murphy, précisait que l’ordre de la mission contre le Rainbow Warrior avait été donné par le président François Mitterrand en personne...

Une semaine après la publication du premier dossier de TPM en mai 1995, la presse métropolitaine s’extasiait sur le livre "Agent secrète" de Madame "Turenge", bouquin dans lequel l’ex capitaine Prieur, promue commandant depuis et aidée par un journaliste, racontait "sa vérité". Plus intéressantes étaient ses interviews. A France-Inter, la Mata Hari nationale déclarait : « C’était difficile. Nous n’avions pas l’expérience d’utiliser des passeports étrangers... » , On se demande où peut se trouver cette difficulté. Pis encore, interviewée pour le journal télévisé de France 2, elle donna plus de détails sur la "difficulté" de sa mission : « C’était une opération dans un pays lointain. donc difficile ». Pitié ! Quel triste spectacle que cette femme trop banale, fade, sans éclat ni panache, tentant de justifier l’injustifiable sur le banc d’un parc parisien. Ça, un agent secret ? En effet, ignares que nous sommes, nous croyions que les agents secrets du monde entier avaient deux grands impératifs, règles immuables de cette ancienne profession :

1) Ne pas se faire prendre.

2) Et surtout savoir se taire. Après avoir misérablement failli à la première règle, Madame Prieur venait donc de violer aussi médiocrement la seconde. Dans son livre, elle explique en détail comment elle savait très bien que leur camping-car avait été repéré et le numéro noté à Auckland. Malgré cela, elle a quand même été à l’agence de location attendre une demi-heure pour tenter de récupérer les 130 dollars NZ et ainsi se faire prendre !!! Ça, hélas, elle ne l’explique pas !

En mai 1999, ce fut au tour d’Alain Mafart de publier un bouquin sur son désastreux rôle dans le plus grand fiasco de l’histoire de l’espionnage français. ("Carnets secrets d’un nageur de combat", par Alain Mafart. Albin Michel, Paris, 1999.) Dans une des pages, il répond à notre dossier : « nous n’avions pas à conserver les fameuses P.J. (pièces justificatives) qui sont le fardeau bureaucratique des opérations usuelles. Donc, quand nous avons été arrêtés, la police n’a rien découvert sur nous, si ce n’est un portefeuille bien garni, qui ne sera saisi que lorsque nous serons inculpés. » Mensonge puisque c’est grâce à ces notes de frais que la police néo-zélandaise (c’est dans le rapport de police) a de suite réussi à reconstituer l’itinéraire des "Turenge". Et s’ils avaient eu un « portefeuille bien garni » comme M. Mafart le prétend, comment se fait-il qu’ils n’ont pas pu poster la caution de 2000 dollars N.Z. et disparaître ?

Second mensonge : « Nous pensions abandonner le camping-car. Mais à la réflexion, cette décision pourrait se révéler néfaste : si nous sommes recherchés, nous serons attendus à l’aéroport. (...) Donc, nous ne pouvons courir le risque d’être ennuyés pour une banale grivèlerie, que les policiers mettraient à profit pour nous retenir et nous faire rater l’avion. Et de toute manière, s’ils nous attendent déjà chez notre loueur, ils sont aussi à l’aéroport. »

Mais comment pouvait-il y avoir une grivèlerie puisque la location du camping-car était prépayée et encore valide pendant deux jours ? Ils auraient donc pu le garer n’importe où et filer.

« L’arrivée à l’agence de location se passe bien. Une jeune femme commence à traiter aimablement notre dossier. Mais au bout de quelques instants, elle se fige et quitte soudainement sa place en bredouillant quelques mots. Elle s’éclipse dans un bureau et revient, pâle comme un linge, s’occuper tant bien que mal de nous (...) Le numéro du camping-car a bien été noté et fourni à la police. Le suspense ne dure pas : quelques minutes après, crissement de pneus, claquements de portières, un petit groupe de policiers, en civil et en uniforme, envahit en trombe l’agence. »

Pourtant les Turenge sont bien allés à l’agence pour récupérer la caution de 130 dollars NZ et, comme le spécifie très clairement les rapports de police, ils attendirent pendant plus de 20 minutes, et non « quelques minutes ». Minable ! A cause de cela la France à été la risée du monde et a été obligée de payer des dizaines de millions de dollars, à la Nouvelle-Zélande comme à Greenpeace. D’ailleurs, rien que pour obtenir le transfert de Mafart et Prieur vers l’atoll de Hao, la France a payé 50 millions FF (un milliard de francs Pacifique), comme Mafart l’écrit lui-même.

Ni gratitude, ni sens du devoir

Y a-t-il eu par la suite la moindre gratitude de la part cet "OSS" raté envers ceux qui l’ont sorti des geôles néo-zélandaises ? Hélas non, bien au contraire, comme il l’écrit lui-même dans son bouquin : Môssieur s’indigne lorsqu’on lui demande de travailler à Hao (sa solde y est pourtant multipliée par 2,05) car il ne veut faire que de la voile et de la plongée. Ensuite, après avoir quitté avant l’heure Hao sous prétexte de « séquelles de problèmes de santé d’adolescent » et après qu’un médecin désigné par la Nouvelle-Zélande constate sa pleine forme, il « reste pantois » que le Premier ministre Michel Rocard ose lui demander de retourner sur l’atoll afin de respecter l’accord signé par la France... et refuse net. Là encore, la France devra payer des compensations à cause de cet homme qui n’accepte pas ses responsabilités : « L’Etat porte dans l’affaire du Rainbow Warrior des responsabilités écrasantes. Il est hors de question que je serve de victime expiatoire ». Aussi, plonger et bronzer dans nos atolls bleus des Tuamotu était pour lui une punition insupportable ! (Quelle "promotion" pour notre tourisme !)

Enfin, pour couronner le tout, Mafart explique tout fièrement dans son livre comment il obtint, contre l’avis du gouvernement, sa promotion au grade de colonel grâce à une exploitation tatillonne des textes, alors que Rocard avait tenté de lui expliquer : « Comprenez qu’on peut difficilement opposer des dispositions administratives aux intérêts de l’Etat ». Et pour couronner notre indignation, le colonel nouvellement promu nous raconte fièrement comment en 1994, à l’âge de 43 ans seulement, il prit sa retraite. Ce qui était, certes, un soulagement pour « le bras secret de la France » qui se débarrassa là d’un nul qui avait amplement démontré la justesse de cette qualification, mais ce qui était moins réjouissant pour le contribuable qui va devoir lui payer une belle rente à vie. Certainement une longue vie de repos et de plaisir car, soudainement et miraculeusement en très bonne santé, le Mafart se balade depuis en kayak « des glaces de l’Arctique au soleil de l’hémisphère Sud » car il est devenu, affirme-t-il, un « écologiste authentique ». Peut-être va-t-il bientôt rejoindre l’organisation Greenpeace ?

Enfin, début mai 2005, Alain Mafart et Dominique Prieur déposaient à Wellington un référé en justice demandant à interdire la chaîne publique Television New Zealand (TVNZ) de diffuser des extraits des films tournés lors des interrogatoires et du procès des agents français car cela « porte atteinte à leur vie privée ». Dans un jugement du 7 mai TVNZ fut autorisée par la Haute Cour à diffuser des images du procès des "faux époux Turenge". Le procès avait été filmé pendant deux semaines, mais aucune image n’avait été rendue publique. Le 13 mai, Mafart et Prieur déposèrent un recours en appel de cette décision de justice, on les comprend : la triste et minable vérité sera exposée. Selon l’avocat de la chaîne TVNZ, les "Turenge" ont renoncé à un quelconque droit de restreinte dans cette affaire en publiant chacun un livre sur le sujet et que les films sont un « enregistrement public d’un événement important de l’histoire de la Nouvelle-Zélande ».

Une enquête d’Alex W. du PREL

avec divers correspondants de Tahiti-Pacifique , dont D.H.

Sources : J.-M. Caraclec’h, L’Express 27/11/1993 ; Insight Rainbow Warrior", Sunday Times, 1986, Londres ; J. Chesneaux "Transpacifiques", La découverte, Paris 1987 ; C. Lecomte "Coulez le Rainbow Warrior", Messidor, Paris 1985 ; DAT, « ’La Dépêche de Tahiti" ; M. King, "Death of the Rainbow Warrior", Auckland 1986 ; "Nouvelles de Tahiti" ; documents Greenpeace ; J. Derogy & J.M. Pontaut, "L’Express" 16/9/85, Caron, "Fri Alert", Dunedin 1974, Mémorial Calédonien, Nouméa 1994, Dyson, "Sink the Rainbow Warrior »’, Auckland 1986, New Zealand Herald, 4/7/86 ; documents Greenpeace, archives TPM et de nombreux, nombreux interviews.

A lire également les décisions juridiques qui clôturé l'affaire, à la suite de l'article.

On a atteint le sommet du ridicule dans cette histoire.

Voir les commentaires

Rédigé par Polydamas

Publié dans #Relations internationales

Repost0

Publié le 19 Juin 2007

Ça y est, cette fois, c'est bel et bien terminé, Arrêt sur Images, c'est fini. Le directeur de l'émission, Daniel Schneidermann, qu'il m'était arrivé d'épingler par le passé, vient d'être proprement débarqué par la direction de France 5. Déjà, l'année dernière, des rumeurs avaient suggéré que l'émission ne serait pas reconduite. L'émission remplissait parfaitement l'une des missions dévolues à France 5 selon lesquelles "les programmes contribuent à l'éducation à l'audiovisuel et aux médias". D'ailleurs même Acrimed, qui ne cessait pas d'éreinter Schneidermann, par le passé, prend désormais sa défense.

Bien sûr, on pouvait s'interroger sur la légitimité d'un Schneidermann pour se poser en bonne conscience du PAF tous les dimanches matin (qui crispait jusqu'à certains reporters de France 5). Certes, Judith Bernard avait des accents de bobo parisienne, de pasionaria, de pétroleuse, qui en agaçaient plus d'un, moi y compris. Certes, David Abiker n'était pas non plus exempt de tous reproches, mais globalement l'émission formait un ensemble cohérent que j'avais plaisir à retrouver chaque semaine.

On regrettera également les yeux bleux cristallins d'une Ioulia Kapustina, les analyses neuro-scientifiques, plus ou moins tirées par les cheveux, de Sébastien Bollaert, les interventions impertinentes de Chloé, la forumancière. L'année dernière, la version du net était disponible sans montage ce qui laissait souvent apparaitre de croustillants moments de télévision. L'envers du décor y était montré à nu, pour notre plus grand plaisir.

Or ce rôle est nécessaire et vital. Qu'il y ait une émission à peu près indépendante qui s'interroge sur ce qu'il nous est donné à voir à la télévision est un impératif. Ce n'était d'ailleurs pas que cela. Cette saison, une émission sur les origines des inspirations de Walt Disney, basée sur une exposition parisienne, m'avait émerveillé.

Alors oui, le plateau avait certainement besoin d'un coup de jeune, les rubriques d'un petit lifting. Oui, le dernier numéro fut à la limite de l'indécence, s'interrogeant sur les émissions de décryptage à l'étranger, et s'attardant sur les risques de censure de la part des pouvoirs en place,  allusion évidente à la situation présente d'ASI. Oui, ces dernières semaines, la défense de Schneidermann fut un peu limite, et ces derniers propos quasi-injurieux, mais tout de même, il s'agissait d'une émission qui fonctionnait bien, et dont les parti-pris n'étaient pas aussi évidents que dans d'autres programmes. ASI a été une émission qui a jeté les premières pierres d'une éducation à l'image pour tous, et rien que pour cela, on peut ici l'en remercier..

Toute la question est désormais de savoir si elle sera remplacée, et si oui, comment ? Pour les premiers échos qu'on en a, ce n'est guère encourageant. Que l'on change les personnes, je peux tout à fait le comprendre, mais la disparition du concept pour le remplacer par un énième talk-show serait des plus dommageables. Mais bon, les chaines ne sont plus à une outrance près...

Ce qui importe vraiment est que ce concept perdure. Où qu'il soit. C'est maintenant que Schneidermann doit faire preuve d'innovation afin de rebondir. Ne prédisait-il pas le grand Big Bang des médias ? C'est le moment de le mettre en oeuvre et d'y participer, Daniel. Internet, et les chaines de la TNT n'offrent-ils pas des possibilités jamais vues ?

A toi de jouer, et d'utiliser toutes ces ressources à bon escient.
  

Voir les commentaires

Rédigé par Polydamas

Publié dans #Médias

Repost0

Publié le 16 Juin 2007

Extrait des Poèmes de Fresnes, de Brasillach:


MON PAYS ME FAIT MAL

Mon pays m'a fait mal par ses routes trop pleines,
Par ses enfants jetés sous les aigles de sang,
Par ses soldats tirant dans les déroutes vaines,
Et par le ciel de juin sous le soleil brûlant.

Mon pays m'a fait mal sous les sombres années,
Par les serments jurés que l'on ne tenait pas,
Par son harassement et par sa destinée,
Et par les lourds fardeaux qui pesaient sur ses pas.

Mon pays m'a fait mal par tous ses doubles jeux,
Par l'océan ouvert aux noirs vaisseaux chargés,
Par ses marins tombés pour apaiser les dieux,
Par ses liens tranchés d'un ciseau trop léger.

Mon pays m'a fait mal par tous ses exilés,
Par ses cachots trop pleins, par ses enfants perdus,
Ses prisonniers parqués entre les barbelés,
Et tous ceux qui sont loin et qu'on ne connaît plus.

Mon pays m'a fait mal par ses villes en flammes,
Mal sous ses ennemis et mal sous ses alliés,
Mon pays m'a fait mal dans son corps et son âme,
Sous les carcans de fer dont il était lié.

Mon pays m'a fait mal par toute sa jeunesse
Sous des draps étrangers jetée aux quatre vents,
Perdant son jeune sang pour tenir les promesses
Dont ceux qui les faisaient restaient insouciants,

Mon pays m'a fait mal par ses fosses creusées
Par ses fusils levés à l'épaule des frères,
Et par ceux qui comptaient dans leurs mains méprisées
Le prix des reniements au plus juste salaire.

Mon pays m'a fait mal par ses fables d'esclave,
Par ses bourreaux d'hier et par ceux d'aujourd'hui,
Mon pays m'a fait mal par le sang qui le lave,
Mon pays me fait mal. Quand sera-t-il guéri ?

 

Voir les commentaires

Rédigé par Polydamas

Publié dans #Littérature

Repost0