Publié le 27 Juillet 2009

Rédigé par Polydamas

Publié dans #Entracte

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Publié le 20 Juillet 2009


En ces heures de relâche estivale, il peut être opportun de se (re)mettre en tête quelques chiffres à propos de l'Eglise de France. C'est un blog espagnol qui se charge de tirer le bilan, plutôt peu glorieux, on s'en doute.


" La situation présente du catholicisme français présente deux spécificités qui pèsent énormément sur le moral de l’épiscopat :

1. Les 93 diocèses de la France métropolitaine sont en général dans un état catastrophique.

- Du point de vue des fidèles : la chute de la pratique religieuse, considérable dans les années 70, continue inexorablement. Les pratiquants sont très rares (4 % si « pratiquer » veut dire aller à la messe une fois par mois) et relativement âgés. Les jeunes et les familles nombreuses – les « forces vives » se portent bien dans les églises desservies par les communautés (mouvements) (Emmanuel, Frères de Saint-Jean, Communauté Saint-Martin, etc.) ou chez les traditionalistes. Les uniques endroits où la pratique se maintient de manière acceptable (malgré un nombre de messes qui a diminué d’au moins un tiers depuis les années 60) sont les quartiers bourgeois des villes. Le catholicisme français post-conciliaire est bourgeois, ayant perdu l’essentiel de la population rurale, atteinte par le modernisme ambiant.

- Par conséquent, les finances diocésaines sont extrêmement appauvries (on peut citer les cas de véritables faillites, comme celui du diocèse de Montpellier qui n’arrive même plus à payer ses prêtres). En France, depuis la séparation de l’Église et de l’État, le clergé vit uniquement de ce que donnent les fidèles (quêtes des messes, rentes, legs). Mais les rentes ont fondu et les legs qui constituaient la source la plus importante de financement pour les diocèses et les ordres religieux ont disparu dans les faits. Seuls en bénéficient les communautés et les traditionalistes. D’autre part, les charges ont considérablement augmenté (disparition du personnel gratuit, constitué de religieuses, le grand coût des mises aux normes exigées par la réglementation en vigueur pour les édifices). C’est pourquoi, sauf à Paris, le capital immobilier fond comme neige au soleil.

Le nombre de prêtres diocésains est seulement de 15.000 et son âge moyen dépasse les 75 ans. Chaque année, environ 800 disparaissent puisque que 100 sont ordonnés contre 900 qui meurent ou abandonnent. Pour quelques diocèses (Digne : 25 prêtres, Nevers 38, Auch, Saint-Claude, Gap, Pamiers, etc.), en dix ans, le nombre de prêtres en activité sera d’une dizaine tout au plus. Actuellement, les paroisses se regroupent en « paroisses regroupées » (il n’est pas rare qu’un prêtre unique ait à s’occuper de 10, 20 voire 40 églises, avec une aide minime de fidèles, des célébrations sans prêtre appelées ADAP, en particulier les enterrements presque toujours confiés à des laïcs). Pour prendre l’exemple d’un diocèse moyen, celui de Nîmes, il y a seulement 107 prêtres en activité, avec une moyenne d’âge élevée et 3 séminaristes.

- Les séminaristes. Ils étaient 4536 en 1966, 784 en 2005, 764 en 2006, 756 en 2007 et 740 en 2008. Des diocèses comme Pamiers, Belfort, Agen, Perpignan, etc., n’ont plus aucun séminariste. Les ordinations : Depuis la chute brutale dans les années suivant le Concile* (825 ordinations diocésaines en 1956 et 99 en 1977), il y en eut dernièrement 90 en 2004, 98 en 2005, 94 en 2006, 101 en 2007 et 98 en 2008. Les séminaires [séminaristes ?] diocésains sont majoritairement très « classiques » et environ un quart des séminaristes proches du traditionalisme. Beaucoup de vocations sortent des Scouts d’Europe devenus les rivaux « de droite » des Scouts de France.
L’exception parisienne est en train de disparaître. Elle existait, dans les années 80 et jusqu’au début des années 90, grâce à la conjonction des charismes Jean-Paul II/Jean-Marie Lustiger. Le clergé était plus jeune, plus nombreux et l’économie prospère. Le nombre de séminaristes arrivait à 100. Mais aujourd’hui le nombre de prêtres descend dangereusement, les legs ont disparu et il y a seulement 52 séminaristes. Les ordinations parisiennes étaient 10 cette année (dont deux pour la communauté de l’Emmanuel). On en prévoit 7 pour 2010 et 4 pour 2011.
De fait, les diocèses français pour la plupart, s’ils étaient des administrations apostoliques en « pays de mission » n’auraient plus le nombre de prêtres suffisants pour pouvoir être érigés en diocèses. Logiquement un tiers d’entre eux devraient disparaître pour être regroupés dans les 15 prochaines années.

2. Le poids moral du traditionalisme est très important en France.
Avec 388 lieux de culte le dimanche, c’est-à-dire plus de 4 par diocèses (204 « autorisés » et 184 desservis par la Fraternité Saint-Pie X et ses communautés amies (lefebvristes), la sensibilité tridentine, toutes tendances confondues, représente l’équivalent de deux diocèses français de moyenne importance. En plus des lieux de culte, elle dispose d’un réseau important d’écoles hors contrat (sans subvention) qui sont un vivier de vocations. Les prêtres qui célèbrent la messe de Saint-Pie V sont entre 250 et 300 (150 de la FSSPX) dont l’âge moyen est très inférieur à celui des prêtres en activité.

Les séminaristes pour la forme extraordinaire étaient 160 (dont environ quarante de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X) en 2008-2009 pour 740 séminaristes diocésains. Dans un ou deux ans, un séminariste sur quatre sera voué à la forme extraordinaire. Ordinations : en 2009, 15 prêtres français ont été ordonnés pour la forme extraordinaire (dont 6 pour la FSSPX). Le « taux de fécondité sacerdotal » du milieu traditionaliste est identique à celui du catholicisme français d’avant le Concile.

L’exception de Fréjus-Toulon : l’évêque, Mgr Rey, issu de la communauté de l’Emmanuel, profitant du fait qu’il succède à deux évêques très classiques, Mgr Barthe et Mgr Madec, tente une certaine fusion entre le monde traditionaliste et celui des communautés, qui arrivent du monde entier, notamment du Brésil. Ainsi a-t-il obtenu que son diocèse soit le mieux pourvu en prêtres (un par paroisse). Il compte 80 séminaristes (plus de 10 % des séminaristes français), dont une dizaine suit la forme extraordinaire. Quant à la vie religieuse, il y a un nombre croissant de communautés, toutes très jeunes, qui vont du charismatisme le plus débridé au traditionalisme le plus rigide. "

* Note de Polydamas: L'honnêteté oblige de dire que la chute des vocations a été entamée après-guerre, avec la sécularisation et la laïcisation de la société, ce que le concile n'a pas pu enrayer, alors qu'il s'agissait de son objectif avoué.


A lire également, sur le blog espagnol, la suite de sa série française, avec une description approfondie des évêques et des luttes de pouvoir au sein de la CEF, notamment au moment des nominations épiscopales. Intéressant pour mieux comprendre le paysage français.

Via le FC, merci à Ennemond.

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Rédigé par Polydamas

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Publié le 18 Juillet 2009

- Fromage + se lâche , et il a bien raison.

Ce que vient confirmer cet article de Slate sur l'immigration chinoise en Afrique.

Le ressentiment populaire se nourrit aussi de la particularité de cette immigration. D'Alger au Cap, les Chinois ouvrent des commerces petits et grands. «Ils cassent les prix pour tuer la concurrence» affirme une commerçante congolaise, qui approuve les mouvements de colère des marchandes kinoises. A Kinshasa, des Chinois sont régulièrement molestés ou pris à parti. Car plus aucun métier n'est à l'abri de cette «compétition». «Même les vendeuses de beignets sont concurrencées par les Chinoises. Et les prostituées ne sont plus à l'abri» se lamente une fonctionnaire Camerounaise. Chaque année, leurs commerces gagnent du terrain. A Dakar, «de grandes avenues ont été colonisées», note Le Quotidien. Interrogé par ce journal sénégalais, un habitant du quartier où ils se sont installés en masse déclare : «On ne sait rien d'eux. Au début, il y a eu un ou deux magasins, mais, en un temps record, ils ont colonisé les deux côtés de l'allée. Ils sont très fermés et froids. Ils ne parlent qu'entre eux».

De Dakar à Kinshasa, les sentiments antichinois s'affichent ouvertement. Un jeune magistrat sénégalais m'a ainsi confessé sa «haine des Chinois». «On ne peut pas les supporter. Ils n'ont aucun contact avec les populations locales. Ils sont incroyablement racistes. Ils ne nous aiment pas. Ils n'aiment pas les noirs. Et on le leur rend bien».

Est-ce que ça ne serait d'ailleurs pas une forme de racisme ou tout du moins, de paternalisme bon teint, tout aussi condamnable, certes, de tolérer de la part des Africains des actes qu'il est absolument impossible d'admettre de la part du moindre Français de souche ?

- Tiens, on apprend que les otages français en Somalie vont être jugés selon la tradition "ancestrale et respectable"TM de la Chariah. Etant donné qu'ils sont considérés comme des ennemis de l'islam, on leur souhaite bon courage, ils ont de la chance, s'ils s'en tirent vivant.

- Plus j'y réfléchis, plus je me dis qu'il n'y a rien de plus franchouillard que de se dire citoyen du monde. Ce que vient confirmer Philarète, dans un billet qui montre bien que l'universalisme à la française n'existe nulle part ailleurs.

- Et ce passage collector, dans un article sur les policiers face aux violences:

Entre les gens qui nous soutiennent et ceux qui nous détestent, on ne sait où se placer. Je me sens écrasé entre ma citoyenneté et mon travail. C'est pas facile à vivre. Comment être un bon flic, dans ce climat de violence intérieure, de haine rentrée ? Ce que je veux, moi, c'est que les gens vivent en paix, et je conçois mon travail comme un règlement de ces rapports. Nous sommes nécessaires, et tous ceux qui ne veulent pas de nous sont des anarchistes. Je ne dis pas que Sarkozy fait du bon boulot (j'ai personnellement voté Besancenot), mais il faut être sincère avec soi-même : si nous n'étions pas là, la France, ce serait vraiment le désordre. Qui peut vouloir le désordre pour son pays ? Certainement pas moi.


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Rédigé par Polydamas

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Publié le 11 Juillet 2009

L'encyclique fait donc parler d'elle dans le microcosme catholique. Et comme c'était prévisible, chacun la lit avec les lunettes qu'il chaussait déjà auparavant. Les anti-libéraux considèrent que cette encyclique est violemment anti-libérale, les distributistes qu'il s'agit d'une encyclique distributiste, les catholiques à tendance libérale, au niveau économique s'entend, dont votre serviteur fait partie, ont un avis mitigé, mais ne se sentent nullement remis en cause par ce texte. Enfin, on voit même des critiques de la part de libéraux, pour qui le pape n'est rien d'autre que le chef communiste suprême.

Les anti-libéraux se réjouissent de ce que le pape appelle à une autre dimension du marché, à un peu plus de sens éthique dans les opérations économiques. Ils oublient juste de rappeler que le marché est irremplacable pour le pape (celui-ci parle de justice commutative), que toutes les solutions socialistes, voire même protectionnistes, sont exclues par le souverain pontife dans le même texte. On a déjà connu plus anti-libéral, même dans l'Eglise. Toujours la même histoire du verre à moitié vide ou à moitié plein. Chacun prend les passages qui l'arrangent pour réaménager le texte à sa sauce.

Le libéralisme est à mon sens un système qui laisse la possibilité à chacun de faire ce que bon lui semble tant qu'il ne va pas n'interdit pas de saines corporations, qui ne prohibe pas un sens éthique aux investissements. Au contraire de bien des catholiques, je ne considère pas que le système économique qui est le notre aujourd'hui, soit un paradis libéral, bien au contraire, jamais la règlementation étatique n'a été aussi forte. Notre système est un mélange entre du libéralisme mal compris et un interventionnisme mal-placé. Système qui n'a rien à voir avec le libéralisme théorique que j'évoque.

Or je l'ai rappellé dans mon précédent billet, le pape parle dans le même temps de la liberté, irremplacable dans une société de responsabilité. Partant, il faudrait que les anti-libéraux m'expliquent concrètement comment on peut obliger quelqu'un à tenir compte de la moralité de ses actes économiques tout en lui laissant sa liberté d'action. A mon sens, c'est là que réside leur aporie.

Certains pourfendeurs du libéralisme se réjouissent de ce que le pape évoque la gratuité, les ONG. Mais le domaine de la gratuité ne pose de problèmes à personne, ça fait longtemps que les libéraux estiment que les ONG ont leur rôle à jouer pour tempérer les carences capitalistes. Pareil pour le commerce équitable, ou la décroissance, le fait que ces courants existent prouve que le libéralisme fonctionne, il y a des gens prêts à payer plus chers pour avoir la conscience tranquille. On lit également que le marché doit envisager d'autre chose que lui-même. C'est un non-sens complet sur la définition d'un marché, un marché est un fait, on ne peut pas exiger qu'un échange libre entre deux parties tiennent compte d'autres facteurs que ce dont les parties ont convenu précédemment. Il est impensable, si on se tient à l'écart des envies totalitaires, de s'immiscer dans la vie des acteurs à ce point-là. Sur le rôle de l'Etat, pas non plus de changements majeurs, si ce n'est sur son rôle dans la crise.

D'autres renchérissent en citant Paul VI :

 Aussi le chrétien qui veut vivre sa foi dans une action politique conçue comme un service, ne peut-il, sans se contre-dire, adhérer à des systèmes idéologiques qui s’opposent radicalement, ou sur des points substantiels, à sa foi et à sa conception de l’homme :(...)ni à l’idéologie libérale, qui croit exalter la liberté individuelle en la soustrayant à toute limitation, en la stimulant par la recherche exclusive de l’intérêt et de la puissance, et en considérant les solidarités sociales comme des conséquences plus ou moins automatiques des initiatives individuelles et non pas comme un but et un critère majeur de la valeur de l’organisation sociale."

Mais le libéralisme, c'est justement l'idéologie qui laisse la possibilité et la liberté à chacun de mettre les solidarités sociales, ou plutôt ses solidarités au centre de sa vie. Pour être plus concret, soit on voit l'entreprise comme un centre de profits, nourris par les clients, vision matérialiste et pauvre des choses, soit on la voit comme une partie prenante entre des clients, des salariés, des actionnaires, dont l'indicateur de bonne santé est le profit. Dans les deux cas, la logique, les décisions, les enjeux économiques, et les problèmatiques (On licencie très rarement pour le plaisir d'augmenter les bénéfices, on le fait généralement sous la contrainte) sont les mêmes.  Seul le postulat de base est différent. D'autant que la liberté de pouvoir choisir sa propre vision de l'économie est elle-même permise par le libéralisme. C'est là sa force.

Ma vision est plutôt celle-ci : le pape dit tout simplement que le système capitaliste n'est pas parfait, mais qu'on n'a rien trouvé d'aussi efficace pour la prospérité et la hausse du niveau de vie des pays. Rien qu'avec ça, il fait un constat qui a généralement du mal à passer pour certains anti-libéraux. Ce n'est pas vraiment une nouvelle d'estimer que le capitalisme peut être perfectionné. Or le pape donne la solution, qui n'a rien de libérale ou d'anti-libérale, il appelle à plus de sens moral de la part de tous les intervenants, quelqu'ils soient, il plaide pour davantage de responsabilité et de conscience du monde qui nous entoure. Il faudra m'expliquer en quoi ce serait soit libéral, soit anti-libéral, il ne parle pas de solutions, il parle de regard, de vision, de conscience avec laquelle il faut aborder ces problèmatiques. C'est son droit le plus strict, il a tout à fait raison d'appeler à ça, si lui ne le fait pas, personne d'autre ne se chargera de cette tâche. Ça ne remet pas en cause le libéralisme et ça ne fait pas de lui un dirigeant nord-coréen. Peut-être peut-on finasser sur les propos qu'il tient à propos de la spéculation dont j'ai montré l'utilité, mais cela me semble assez mineur.

Par contre, ce qui pose question, ce sont les conséquences de l'encyclique au niveau politique, et sur la fameuse autorité mondiale, débat qui repose sur l'interprétation du concept de subsidiarité et la notion de bien commun. Le pape rappelle que les organismes internationaux doivent s'efforcer de suivre ces principes inscrits dans la doctrine sociale de l'Eglise. On comprend sa logique, qui rappelle d'ailleurs la structure de l'Eglise catholique, l'universalisme catholique étant en effet, une forme de mondialisation, osons la comparaison : à problèmes et déséquilibres globaux, tentons d'apporter une réponse globale capable d'intervenir partout et à tout moment. Puisqu'il y a des autorités des marchés financiers dans tous les pays, pourquoi ne pas toutes les fusionner afin de mieux uniformiser la régulation ? Cette vision est compréhensible et séduisante intellectuellement.

Or beaucoup de catholiques considèrent à raison que les différents organisatons internationales ne respectent pas ce principe fondamental, même si elles s'en revendiquent, comme l'Union Européenne. Le souci est qu'il y a une faible probabilité pour que les gens disposant de cette autorité sur l'humanité aient véritablement le souci du bien commun à l'instar de l'Eglise Catholique. A tout prendre, il est probable que la situation actuelle, de rivalités entre les nations, est préférable à une autorité mondiale mise aux services d'intérêts ou d'idéologies qui ne soient pas orientées vers le bien commun. C'est là tout le problème, et la réserve qu'on peut avoir sur ce projet pontifical, qui continuera certainement à faire débat.

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Rédigé par Polydamas

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Publié le 7 Juillet 2009

L'encyclique sociale de Benoit XVI est donc sortie ce 7 Juillet, anniversaire du Motu Proprio. Elle est disponible ici dans son intégralité. Longue et pointue, l'encyclique rappelle la doctrine catholique sur de nombreux points polémiques. Un peu trop peut-être, on peut se demander si la place d'un pape est de s'abaisser à rappeler de telles évidences, de traiter des sujets aussi communs. Mais ne boudons pas notre plaisir, et examinons les points importants de ce texte.

L'introduction est consacrée par Benoit XVI à rappeler l'impératif de l'amour dans une société. Impératif qui réconcilie dans un même mouvement, vérité et charité. Ce qui nous donne quelques phrases bien ajustées:

"Dépourvu de vérité, l’amour bascule dans le sentimentalisme. L’amour devient une coque vide susceptible d’être arbitrairement remplie. C’est le risque mortifère qu’affronte l’amour dans une culture sans vérité. Il est la proie des émotions et de l’opinion contingente des êtres humains ; il devient un terme galvaudé et déformé, jusqu’à signifier son contraire. La vérité libère l’amour des étroitesses de l’émotivité qui le prive de contenus relationnels et sociaux, et d’un fidéisme qui le prive d’un souffle humain et universel. Dans la vérité, l’amour reflète en même temps la dimension personnelle et publique de la foi au Dieu biblique qui est à la fois « Agapè » et « Lógos »: Charité et Vérité, Amour et Parole." (§ 3) (...)
"Un Christianisme de charité sans vérité peut facilement être confondu avec un réservoir de bons sentiments, utiles pour la coexistence sociale, mais n’ayant qu’une incidence marginale. Compris ainsi, Dieu n’aurait plus une place propre et authentique dans le monde. Sans la vérité, la charité est reléguée dans un espace restreint et relationnellement appauvri. Dans le dialogue entre les connaissances et leur mise en œuvre, elle est exclue des projets et des processus de construction d’un développement humain d’envergure universelle." (§ 4)

Utile rappel pour certains qui oublient régulièrement, dès qu'on parle du catholicisme, à rappeler les sujets qui fâchent. La doctrine catholique est discriminante, tout le monde n'ira pas au paradis.

Ensuite, le pape fait ensuite le lien entre la justice, la charité et le bien commun,  qu'il s'attache à redéfinir. Loin d'être une somme d'intérêts particuliers et égoïstes à l'instar de l'intérêt général démocratique, le bien commun est le bien de la communauté. Et c'est une exigence de la justice et de la charité que de le rechercher.

Après cette introduction, le pape rappelle l'encyclique de Paul VI sur le même sujet. Il souligne  l'importance de la responsabilité et de la liberté dans le développement spirituel et matériel.

Le développement humain intégral suppose la liberté responsable de la personne et des peuples: aucune structure ne peut garantir ce développement en dehors et au-dessus de la responsabilité humaine. Les « messianismes prometteurs, mais bâtisseurs d’illusions » fondent toujours leurs propositions sur la négation de la dimension transcendante du développement, étant certains de l’avoir tout entier à leur disposition. Cette fausse sécurité se change en faiblesse, parce qu’elle entraîne l’asservissement de l’homme, réduit à n’être qu’un moyen en vue du développement, tandis que l’humilité de celui qui accueille une vocation se transforme en autonomie véritable, parce qu’elle libère la personne. Paul VI ne doute pas que des obstacles et des conditionnements freinent le développement, mais il reste certain que « chacun demeure, quelles que soient les influences qui s’exercent sur lui, l’artisan principal de sa réussite ou de son échec ».

Et plus loin:

 Le développement ne peut être intégralement humain que s'il est libre; seul un régime de liberté responsable lui permet de se développer de façon juste.

Dans le second chapitre, le pape n'hésite pas à tacler vigoureusement tous les responsables du sous-développement, qu'ils soient ici ou là-bas:

La corruption et le non respect des lois existent malheureusement aussi bien dans le comportement des acteurs économiques et politiques des pays riches, anciens et nouveaux, que dans les pays pauvres. Ceux qui ne respectent pas les droits humains des travailleurs dans les différents pays sont aussi bien de grandes entreprises multinationale que des groupes de production locale. Les aides internationales ont souvent été détournées de leur destination, en raison d’irresponsabilités qui se situent aussi bien dans la chaîne des donateurs que des bénéficiaires. Nous pouvons aussi identifier le même enchainement de responsabilités dans les causes immatérielles et culturelles du développement et du sous-développement. Il existe des formes excessives de protection des connaissances de la part des pays riches à travers l’utilisation trop stricte du droit à la propriété intellectuelle, particulièrement dans le domaine de la santé. En même temps, dans certains pays pauvres, subsistent des modèles culturels et des normes sociales de comportement qui ralentissent le processus de développement.

Il rappelle la nécesssité que le développement soit intégral, et orienté sur toutes les facettes de l'homme. Sortir de la pauvreté, et accèder à un meilleur niveau de vie ne suffit pas. La dimension morale ne peut pas être omise, ce qui lui donne l'occasion de faire une mise au point sur le relativisme :

Aujourd’hui, les occasions d’interaction entre les cultures ont singulièrement augmenté ouvrant de nouvelles perspectives au dialogue interculturel; un dialogue qui, pour être réel, doit avoir pour point de départ la conscience profonde de l’identité spécifique des différents interlocuteurs. On ne doit toutefois pas négliger le fait que la marchandisation accrue des échanges culturels favorise aujourd’hui un double danger. On note, en premier lieu, un éclectisme culturel assumé souvent de façon non-critique: les cultures sont simplement mises côte à côte et considérées comme substantiellement équivalentes et interchangeables entre elles. Cela favorise un glissement vers un relativisme qui n’encourage pas le vrai dialogue interculturel; sur le plan social, le relativisme culturel conduit effectivement les groupes culturels à se rapprocher et à coexister, mais sans dialogue authentique et, donc, sans véritable intégration. En second lieu, il existe un danger constitué par le nivellement culturel et par l’uniformisation des comportements et des styles de vie.
De cette manière, la signification profonde de la culture des différentes nations, des traditions des divers peuples, à l’intérieur desquelles la personne affronte les questions fondamentales de l’existence en vient à disparaître. Eclectisme et nivellement culturel ont en commun de séparer la culture de la nature humaine.

Abordant l'économie, le pape classe le marché dans la justice commutative. Et il continue, par quelques passages qui seront certainement problèmatiques pour certains catholiques sociaux. Le pape profite de ce texte pour réhabiliter l'investissement, le risque et la responsabilité que ce métier comporte.

Il ne s’agit pas seulement de corriger des dysfonctionnements par l’assistance. Les pauvres ne sont pas à considérer comme un « fardeau », mais au contraire comme une ressource, même du point de vue strictement économique. Il faut considérer comme erronée la conception de certains qui pensent que l’économie de marché a structurellement besoin d’un quota de pauvreté et de sous-développement pour pouvoir fonctionner au mieux. L’intérêt du marché est de promouvoir l’émancipation, mais pour le faire vraiment il ne peut pas compter seulement sur luimême, car il n’est pas en mesure de produire de lui-même ce qui est au-delà de ses possibilités. Il doit puiser des énergies morales auprès d’autres sujets, qui sont capables de les faire naître.
(...)
La société ne doit pas se protéger du marché, comme si le développement de ce dernier comportait ipso facto l’extinction des relations authentiquement humaines. Il est certainement vrai que le marché peut être orienté de façon négative, non parce que c’est là sa nature, mais parce qu’une certaine idéologie peut l’orienter en ce sens. Il ne faut pas oublier que le marché n’existe pas à l’état pur. Il tire sa forme des configurations culturelles qui le caractérisentn et l’orientent. En effet, l’économie et la finance, en tant qu’instruments, peuvent être mal utilisées quand celui qui les gère n’a comme point de référence que des intérêts égoïstes. Ainsi peut-on arriver à transformer des instruments bons en eux mêmes en instruments nuisibles. Mais c’est la raison obscurcie de l’homme qui produit ces conséquences, non l’instrument luimême. C’est pourquoi, ce n’est pas l’instrument qui doit être mis en cause mais l’homme, sa conscience morale et sa responsabilité personnelle et sociale.

J'ai beau lire, mais il n'y a là nulle remise en cause de la finance, nulle remise en cause du prêt à intérêt, nulle remise en cause du capitalisme, juste un appel à davantage de responsabilisation et de sens moral. Par contre, dans la droite ligne de la doctrine sociale de l'Eglise, le pape rappelle l'importance des corps intermédiaires.

Mon prédécesseur Jean-Paul II avait signalé cette problématique quand, dans Centesimus annus, il avait relevé la nécessité d’un système impliquant trois sujets: le marché, l’État et la société civile  Il avait identifié la société civile comme le cadre le plus approprié pour une économie de la gratuité et de la fraternité, mais il ne voulait pas l’exclure des deux autres domaines. Aujourd’hui, nous pouvons dire que la vie économique doit être comprise comme une réalité à plusieurs dimensions: en chacune d’elles, à divers degrés et selon des modalités spécifiques, l’aspect de la réciprocité fraternelle doit être présent. À l’époque de la mondialisation, l’activité économique ne peut faire abstraction de la gratuité, qui répand et alimente la solidarité et la responsabilité pour la justice et pour le bien commun auprès de ses différents sujets et acteurs. Il s’agit, en réalité, d’une forme concrète et profonde de démocratie économique.

Les libéraux ne disent rien d'autre.

Je vous fais grâce des passages sur la culture de mort, sur la laïcité, sur la bioéthique, sur l'euthanasie, sur la partialité des médias, sur la contradiction entre le souci écologique, et l'égoïsme sur le plan personnel, sur la technique, il n'y a rien de nouveau dans ces paragraphes, que j'évoque régulièrement.

Non, par contre, la véritable nouveauté, et qui pose problème, est le voeu de la création d'une autorité mondiale. Cet appel s'inscrit dans la logique de l'interdépendance sans cesse approfondie qu'est la mondialisation. Au lieu de la remettre en cause, comme pourraient le croire certains catholiques, Benoit XVI décide d'en prendre acte, et d'utiliser les moyens disponibles pour pouvoir mieux la réguler. Une autorité qui serait dotée des mêmes compétences que les Etats et qui aurait un pouvoir de sanction. En gros, le projet de l'Union Européenne à l'échelle de la planète.

Pour le gouvernement de l’économie mondiale, pour assainir les économies frappées par la crise, pour prévenir son aggravation et de plus grands déséquilibres, pour procéder à un souhaitable désarmement intégral, pour arriver à la sécurité alimentaire et à la paix, pour assurer la protection de l’environnement et pour réguler les flux migratoires, il est urgent que soit mise en place une véritable Autorité politique mondiale telle qu’elle a déjà été esquissée par mon Prédécesseur, le bienheureux Jean XXIII. Une telle Autorité devra être réglée par le droit, se conformer de manière cohérente aux principes de subsidiarité et de solidarité, être ordonnée à la réalisation du bien commun, s’engager pour la promotion d’un authentique développement humain intégral qui s’inspire des valeurs de l’amour et de la vérité. Cette Autorité devra en outre être reconnue par tous, jouir d’un pouvoir effectif pour assurer à chacun la sécurité, le respect de la justice et des droits. Elle devra évidemment posséder la faculté de faire respecter ses décisions par les différentes parties, ainsi que les mesures coordonnées adoptées par les divers forums internationaux.
En l’absence de ces conditions, le droit international, malgré les grands progrès accomplis dans divers domaines, risquerait en fait d’être conditionné par les équilibres de pouvoir entre les plus puissants.

Inutile de dire que cela va faire jaser, car si c'est un projet très noble, sur le papier, on peut se demander comment est-il possible de l'appliquer concrètement, surtout avec les niveaux de subsidiarité nécessaires. Enfin comment faire pour que cette instance ne soit pas elle-même corrompue et serve réellement le bien commun mondial ?


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Rédigé par Polydamas

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Publié le 30 Juin 2009

Rédigé par Polydamas

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