Panorama de l'Eglise de France

Publié le 20 Juillet 2009


En ces heures de relâche estivale, il peut être opportun de se (re)mettre en tête quelques chiffres à propos de l'Eglise de France. C'est un blog espagnol qui se charge de tirer le bilan, plutôt peu glorieux, on s'en doute.


" La situation présente du catholicisme français présente deux spécificités qui pèsent énormément sur le moral de l’épiscopat :

1. Les 93 diocèses de la France métropolitaine sont en général dans un état catastrophique.

- Du point de vue des fidèles : la chute de la pratique religieuse, considérable dans les années 70, continue inexorablement. Les pratiquants sont très rares (4 % si « pratiquer » veut dire aller à la messe une fois par mois) et relativement âgés. Les jeunes et les familles nombreuses – les « forces vives » se portent bien dans les églises desservies par les communautés (mouvements) (Emmanuel, Frères de Saint-Jean, Communauté Saint-Martin, etc.) ou chez les traditionalistes. Les uniques endroits où la pratique se maintient de manière acceptable (malgré un nombre de messes qui a diminué d’au moins un tiers depuis les années 60) sont les quartiers bourgeois des villes. Le catholicisme français post-conciliaire est bourgeois, ayant perdu l’essentiel de la population rurale, atteinte par le modernisme ambiant.

- Par conséquent, les finances diocésaines sont extrêmement appauvries (on peut citer les cas de véritables faillites, comme celui du diocèse de Montpellier qui n’arrive même plus à payer ses prêtres). En France, depuis la séparation de l’Église et de l’État, le clergé vit uniquement de ce que donnent les fidèles (quêtes des messes, rentes, legs). Mais les rentes ont fondu et les legs qui constituaient la source la plus importante de financement pour les diocèses et les ordres religieux ont disparu dans les faits. Seuls en bénéficient les communautés et les traditionalistes. D’autre part, les charges ont considérablement augmenté (disparition du personnel gratuit, constitué de religieuses, le grand coût des mises aux normes exigées par la réglementation en vigueur pour les édifices). C’est pourquoi, sauf à Paris, le capital immobilier fond comme neige au soleil.

Le nombre de prêtres diocésains est seulement de 15.000 et son âge moyen dépasse les 75 ans. Chaque année, environ 800 disparaissent puisque que 100 sont ordonnés contre 900 qui meurent ou abandonnent. Pour quelques diocèses (Digne : 25 prêtres, Nevers 38, Auch, Saint-Claude, Gap, Pamiers, etc.), en dix ans, le nombre de prêtres en activité sera d’une dizaine tout au plus. Actuellement, les paroisses se regroupent en « paroisses regroupées » (il n’est pas rare qu’un prêtre unique ait à s’occuper de 10, 20 voire 40 églises, avec une aide minime de fidèles, des célébrations sans prêtre appelées ADAP, en particulier les enterrements presque toujours confiés à des laïcs). Pour prendre l’exemple d’un diocèse moyen, celui de Nîmes, il y a seulement 107 prêtres en activité, avec une moyenne d’âge élevée et 3 séminaristes.

- Les séminaristes. Ils étaient 4536 en 1966, 784 en 2005, 764 en 2006, 756 en 2007 et 740 en 2008. Des diocèses comme Pamiers, Belfort, Agen, Perpignan, etc., n’ont plus aucun séminariste. Les ordinations : Depuis la chute brutale dans les années suivant le Concile* (825 ordinations diocésaines en 1956 et 99 en 1977), il y en eut dernièrement 90 en 2004, 98 en 2005, 94 en 2006, 101 en 2007 et 98 en 2008. Les séminaires [séminaristes ?] diocésains sont majoritairement très « classiques » et environ un quart des séminaristes proches du traditionalisme. Beaucoup de vocations sortent des Scouts d’Europe devenus les rivaux « de droite » des Scouts de France.
L’exception parisienne est en train de disparaître. Elle existait, dans les années 80 et jusqu’au début des années 90, grâce à la conjonction des charismes Jean-Paul II/Jean-Marie Lustiger. Le clergé était plus jeune, plus nombreux et l’économie prospère. Le nombre de séminaristes arrivait à 100. Mais aujourd’hui le nombre de prêtres descend dangereusement, les legs ont disparu et il y a seulement 52 séminaristes. Les ordinations parisiennes étaient 10 cette année (dont deux pour la communauté de l’Emmanuel). On en prévoit 7 pour 2010 et 4 pour 2011.
De fait, les diocèses français pour la plupart, s’ils étaient des administrations apostoliques en « pays de mission » n’auraient plus le nombre de prêtres suffisants pour pouvoir être érigés en diocèses. Logiquement un tiers d’entre eux devraient disparaître pour être regroupés dans les 15 prochaines années.

2. Le poids moral du traditionalisme est très important en France.
Avec 388 lieux de culte le dimanche, c’est-à-dire plus de 4 par diocèses (204 « autorisés » et 184 desservis par la Fraternité Saint-Pie X et ses communautés amies (lefebvristes), la sensibilité tridentine, toutes tendances confondues, représente l’équivalent de deux diocèses français de moyenne importance. En plus des lieux de culte, elle dispose d’un réseau important d’écoles hors contrat (sans subvention) qui sont un vivier de vocations. Les prêtres qui célèbrent la messe de Saint-Pie V sont entre 250 et 300 (150 de la FSSPX) dont l’âge moyen est très inférieur à celui des prêtres en activité.

Les séminaristes pour la forme extraordinaire étaient 160 (dont environ quarante de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X) en 2008-2009 pour 740 séminaristes diocésains. Dans un ou deux ans, un séminariste sur quatre sera voué à la forme extraordinaire. Ordinations : en 2009, 15 prêtres français ont été ordonnés pour la forme extraordinaire (dont 6 pour la FSSPX). Le « taux de fécondité sacerdotal » du milieu traditionaliste est identique à celui du catholicisme français d’avant le Concile.

L’exception de Fréjus-Toulon : l’évêque, Mgr Rey, issu de la communauté de l’Emmanuel, profitant du fait qu’il succède à deux évêques très classiques, Mgr Barthe et Mgr Madec, tente une certaine fusion entre le monde traditionaliste et celui des communautés, qui arrivent du monde entier, notamment du Brésil. Ainsi a-t-il obtenu que son diocèse soit le mieux pourvu en prêtres (un par paroisse). Il compte 80 séminaristes (plus de 10 % des séminaristes français), dont une dizaine suit la forme extraordinaire. Quant à la vie religieuse, il y a un nombre croissant de communautés, toutes très jeunes, qui vont du charismatisme le plus débridé au traditionalisme le plus rigide. "

* Note de Polydamas: L'honnêteté oblige de dire que la chute des vocations a été entamée après-guerre, avec la sécularisation et la laïcisation de la société, ce que le concile n'a pas pu enrayer, alors qu'il s'agissait de son objectif avoué.


A lire également, sur le blog espagnol, la suite de sa série française, avec une description approfondie des évêques et des luttes de pouvoir au sein de la CEF, notamment au moment des nominations épiscopales. Intéressant pour mieux comprendre le paysage français.

Via le FC, merci à Ennemond.

Rédigé par Polydamas

Publié dans #Religion

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Kapome de Sarcosi 27/08/2009 09:20

@ Polydamas (21/08 à 22:47)Ce que vous appelez avancer (« ceux qui tentent d’avancer »), je l'appellerais volontiers reculer. Et ce n'est pas là simple querelle sur les mots.Cela étant, au rythme où progresse (inéluctablement) la démographie, cette science admirable qui est paraît-il « au cœur de [votre] métier », l'Église de France ne sera bientôt plus qu'une secte parmi d'autres, ni plus ni moins que les Hare Krishna, l'« église » de scientologie ou celle du révérend Moon.Dès lors, la question que vous agitez s'en trouvera ipso facto réglée. De mon point de vue tout au moins… 

Polydamas 27/08/2009 18:32


Ouais, sauf que les Hare Krishna, et autres joyeusetés n'ont pas baigné la civilisation occidentale de leurs valeurs et de leur histoire, c'est là toute la différence.


Hopfrog 16/08/2009 13:48

À la date éminemment mariale du 15 août 2009, le site LeMonde.fr confirmait le sombre bilan de votre confrère espagnol. L'article, intitulé « Les catholiques de France, une population vieillissante ». Extraits choisis (les soulignements sont de votre humble serviteur) : « […] Si 64 % des Français se déclarent catholiques (28 % se disent "sans religion"), cette communauté religieuse s'affaiblit depuis quarante ans, quels que soient les évolutions théologiques et les papes qui les portent.
Après une chute brutale à partir de 1972, qui voit la proportion des catholiques passer de 87 % à 76 % en quatre ans, puis une relative stabilisation durant dix ans, le mouvement de baisse reprend dès 1987, relativisant l'impact du pontificat de Jean-Paul II, note l'étude. Ce déclin est particulièrement marqué parmi les catholiques pratiquants, ceux qui déclarent se rendre à la messe tous les dimanches, (les "messalisants", comme les appelle l'IFOP) : ils passent de 20 % en 1972 à 14 % en 1978, année de l'élection de Jean Paul II, à 4,5 % aujourd'hui.
Cette érosion paraît trouver une de ses causes dans la pyramide des âges de la communauté catholique et sa composition sociologique. Seulement 23 % des Français se reconnaissant comme catholiques ont moins de 35 ans, contre 30 % dans la population française. Inversement, les plus de 50 ans représentent 50 % de l'échantillon, contre 42 % dans la population totale. Pour le noyau dur, les pratiquants, la différence est encore plus marquée : 65 % ont plus de 50 ans. […]
La carte du catholicisme a toujours recoupé la géographie du vote de droite. Cette évolution semble s'être renforcée ces dernières années. Ce tropisme conservateur se traduit par une proximité pour les partis de droite plus marquée que chez l'ensemble des Français : 30,6 % se sentent proches de l'UMP (39 % chez les pratiquants), contre 25 % des Français. Au sein de la famille conservatrice, la droite souverainiste et l'extrême droite bénéficient d'une prime, souligne l'étude de l'IFOP : FN et MPF (de Villiers) confondus emportent 11,8 % de leur préférence (13, 8 % chez les "messalisants"), contre 10,3 % pour l'ensemble des Français.
La proportion des catholiques pratiquants dans l'électorat FN s'est notablement renforcée. Alors que la "droite catho" fut longtemps un des segments de l'électorat le plus réfractaire aux discours d'extrême droite, elle a amorcé un virage en 2002. "L'électorat catholique vieillit, se droitise et se radicalise", souligne Jérôme Fourquet, directeur adjoint de l'IFOP. […] »
De votre point de vue, la bonne nouvelle, c'est que les signifiants catholique et [vieux con] réac de droite, qui longtemps furent nettement distincts, sont en passe de devenir d'exacts synonymes.
Et la mauvaise, c'est que cette Église de France objet de toutes vos convoitises ne sera plus qu'une coquille vide au moment tant espéré où vos pareils en prendront enfin le contrôle. Tout ça pour ça…
Quant à la patiente reconquête dont vous vous croyez les héros, elle n'est que la conséquence très secondaire d'une évolution quasi impossible à infléchir ou à contrôler, puisqu'elle relève tout bêtement des lois de la démographie.
P.-S. : Je ne résiste pas à la tentation de reproduire ici une délicieuse fable express trouvée dans Le Canard enchaîné :
« Le pape Benoît XVI s'est cassé le poignet dans sa chambre. Moralité : Onan soit qui mal y pense. »

Polydamas 21/08/2009 22:47


Je ne convoite pas grand chose dans l'Eglise de France, je souhaite juste qu'elle cesse de mettre des batons dans les roues de ceux qui tentent d'avancer. Sur la démographie, ne vous inquiétez pas
je suis au courant, c'est même au coeur de mon métier... :)


do 05/08/2009 13:14

oui, en général je fais comme vous; mais là, Marthe Robin, Lourdes, je fais une exception  ...tout en restant prudente, au moins dans les interprétations que je pourrais en faire. On n'a pas de dates, ça ne change rien à ce qu'on a à vivre, et la grâce n'est donnée qu'au moment où on a à vivre quoi que ce soit, donc ça ne change rien à ma vie; mais il se trouve que ça m'aide à ne pas devenir aussi sombre que j'aurais tendance...

do 04/08/2009 16:57

Marthe Robin avait dit en 1936 (c'est sur une image, il n'y a pas plus de références) :"Le France tombera très bas. Plus bas que les autres nations, à cause de son orgueil[...]. Il n'y aura plus rien. Mais dans sa détresse, elle se souviendra de Dieu et criera vers Lui, et c'est la Sainte Vierge qui viendra la sauver. La France retrouvera alors sa vocation de Fille aînée de l'Eglise, elle sera lelieu de la plus grande effusion de l'Esprit Saint, et elle enverra à nouveau des missionnaires dans le monde entier."alors je prie pour que les gens souffrent le moins possible, et je patiente en attendant... Mais ça m'aide à patienter...J'ai aussi entendu un moine [très] sérieux faire un enseignement à la radio sur un "5 ème message" de Marie à Ste Bernadette, dont je n'ai pas retrouvé la trace (c'était sur une revue épuisée qu'il l'avait pris), comme quoi dans les années 2000 (on y est), il y aurait un grand choc entre les musulmans et les chrétiens (ou "et les autres") avec beaucoup de morts (je crois qu'il y avait le nombre de 5000... moi ça me paraît pas si grand que ça, mais peut-être que c'était symbolique, ou alors c'est déjà passé...) et qu'après les musulmans se convertiraient massivement. Et aussi que les scientifiques finiraient par créer des êtres mi-animaux mi-hommes, et qu'à ce moment là, les gens se révolteraient contre les scientifiques et les "chasseraient" . (je ne suis pas sûre des mots, c'est de mémoire, mais l'idée est là; et la première "chimère" a vu le jour en Angleterre cette année! enfin, comme embryon...). Je ne pense pas que ce moine ait relayé une info dont il n'aurait pas été sûr.si quelqu'un a des infos, d'ailleurs, je suis preneuse!En somme, c'est pas étonnant que ça aille de plus en plus mal, mais il y a tellement à purger en France que le Seigneur doit attendre qu'il ne reste plus de ce levain avant de pétrir une nouvelle pâte... perso, j'étais athée il y a 13 ans: Dieu est grand!Les communautés nouvelles nous donnent un avant goût de ce qui se prépare, et je crois qu'on n'a encore rien vu: je pense qu'il y a une partie de la 3ème vague qui est en train de former ce qui sera la réunification des chrétiens. Ils me semblent très justes, ils prennent le meilleur dans tout, avec la charité et l'unité comme règles, et ils sont très proches du renouveau charismatique sous certains points, mais en plus percutants encore... à suivre!

Polydamas 05/08/2009 09:55


Sur les prophéties à caractère apocalyptique, j'avoue ny accorder qu'un intérêt limité. Même s'il y a des infos intéressantes, je ne suis pas sûr qu'il faille tout prendre au pied de la lettre. Par
exemple, on nous rabache les oreilles dans le milieu tradi des prophéties de la Salette, mais on a encore peu de faits qui se sont réalisés.


Hopfrog 30/07/2009 07:29

« …Les institutions tiennent encore. Elles sont grandes et imposantes. Mais sans que rien de visible soit altéré en elles, elles n'ont guère plus que cette belle présence ; leurs vertus se sont toutes produites ; leur avenir est secrètement épuisé ; leur caractère n'est plus sacré, ou bien il n'est plus que sacré… »Ah, qu'en termes galants ces choses-là sont dites…