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Publié le 9 Août 2011

 

Les Etats-Unis ont donc été dégradés par l'agence de notation Standard & Poor's. La notation AAA accordée à la dette américaine, depuis la création des agences en 1941, a été réduite à AA+, avec une perspective négative, un événement sans précédent dans l'histoire financière. En Europe, les marchés actions se sont repliés de 4% en moyenne, tandis que sur les marchés obligataires, la BCE initiait des programmes massifs d'achat de dettes publiques, dans le but de faire baisser les inquiétudes, et d'empêcher ces mêmes dettes de s'effondrer. Outre Atlantique le constat est plus sévère, le marché actions s'effondrant de 6.60% au moment du discours d'Obama. En revanche, l'emprunt d'Etat américain n'a pas bougé, contrairement à ce qu'on pourrait penser, vu que la qualité de ce titre a été dégradée.

 

La dégradation de S&P a conclu deux semaines folles de baisse prononcée des marchés, inquiets de la tournure que prenaient les négociations concernant le relèvement du plafond de la dette américaine (actuellement à 15 000 milliards de dollars). C'est donc une conséquence logique des atermoiements sans fin concernant la dette américaine, S&P ayant dit et répété que le montant n'était pas la cause principale de la dégradation (d'autant qu'une erreur de 2 000 milliards de dollars s'est glissée dans leurs calculs), mais bien l'échec de la gouvernance américaine, qui doit beaucoup à l'intransigeance des minoritaires du Tea Party.

 

Ainsi, les américains doivent-ils, pour la première fois, faire face au coup de semonce des agences à propos de la dette publique, qui a augmenté de plus de 10 000 milliards de dollars depuis dix ans, sous l'effet conjugué des guerres et du sauvetage de l'économie en 2008. Encore ne parle-t-on pas des engagements futurs de retraite, et des passifs divers à financer, dont le total est très largement supérieur aux chiffres évoqués précédemment. Le dilemme est cornélien : soit se serrer la ceinture pour arrêter le déficit, ce qui implique une austérité sans précédent, mais qui réduit ensuite les rentrées fiscales, donc la diminution de la dette, soit continuer à soutenir l'économie, en espérant que l'inflation ou que la croissance permette d'augmenter les rentrées fiscales, ce qui demeure hautement aléatoire, et dans un premier temps, ne se traduira que par une hausse de la dette. On peut souhaiter bon courage au président Obama.

 

En parallèle, la Chine a fait un commentaire peu amène, rappelant le devoir des Etats Unis de réduire leur dette. Ils ne vont pas évidemment pas se faire prier pour rappeler qu'ils sont les premiers détenteurs étrangers de la dette américaine, et qu'ils se déclarent prêts à prendre la suite du leadership mondial (bien qu'ils soient encore beaucoup trop immatures pour cela, et que cela ne pourra pas se faire avant de longues années).

 

L'Europe, quant à elle, n'est pas en meilleure forme. A long terme, fautes de réformes structurelles suffisamment fortes, la situation de l'euro parait bien compromise. On peut résumer les choses de manière assez simple. Soit nos politiques se résolvent à abandonner leurs prérogatives nationales, pour mettre en place le fédéralisme budgétaire d'ici quelques années, soit la monnaie unique explose. (Pour de plus amples détails, il faut lire cette étude ou ces billets d'Econoclaste, et notamment celui-ci ou celui-là.)

 

Si le fédéralisme européen s'impose, c'est la mise en place du pan-germanisme tels que les expansionnistes allemands l'ont toujours rêvé. En effet, le fédéralisme budgétaire nécessite des transferts de fonds entre les régions économiques les plus fortes vers les plus faibles (de la même façon qu'en France, la région parisienne finance abondemment la Creuse, la Bavière devra financer la Grèce et le Portugal). Ce qui implique une prise de pouvoir de la part des zones les plus fortes. Même si l'Allemagne commence à montrer qu'elle est fatiguée de payer, la construction européenne impose qu'elle prenne le leadership de la zone, que ça lui plaise ou pas. Là encore, nous en sommes très loin.

 

Que penser de tout cela ? Sauf réforme d'envergure, inflation d'importance ou cure d'austérité massive avec plan de réduction des dettes, je ne donne plus très cher, d'ici une décennie ou deux, du système capitaliste occidental, vieillissant et à bout de souffle. 

 

Alors, que faut-il faire, pour les rares qui souhaiteraient (encore) investir ?

 

Dans ce contexte morose, les entreprises affichent des bénéfices et des bilans particulièrement sains, jamais vus auparavant. Ce qui est bien la moindre des choses, vu que les entreprises et les banques ont transféré leur dettes, il y a deux ans et demi, aux Etats. Il n'empêche, les perspectives de croissance ne sont pas au beau fixe et les actions, et autres obligations, sont profondément dépendantes des informations concernant les Etats. Par exemple, acheter l'action Total, ce n'est pas seulement acheter l'action d'une entreprise française vendant du pétrole, avec des bénéfices gigantesques, c'est également acheter 15% de l'indice actions français, représentatif de l'anticipation des acteurs sur le devenir économique de la France, elle-même dépendante de la santé de l'Etat français, et de l'Europe. Sauf histoires particulières ou reprise conjoncturelle de quelques mois, je suis globalement négatif à long terme sur les marchés occidentaux.

 

Peut-être l'investissement sur des fonds émergents est-il approprié. Les zones émergentes connaissent une correction boursière violente depuis le début de l'année dont les spécialistes ont du mal à anticiper la fin. Les bulles boursières y sont très présentes, les prix encore chers, les marchés y sont peu mûrs, mais l'avenir est clairement là-bas.

 

Achat d'or. Même si l'or vole de record en record, il n'est pas forcément aussi sur-évalué qu'on pourrait le penser. Preuve en est cette étude (en anglais) qui montre, par rapport aux indicateurs monétaires et macro-économiques classiques, que l'or pourrait même être sous-évalué. Inutile de dire qu'en cas de vacillement du système économique mondial, l'or physique deviendrait l'investissement refuge par excellence, et que sa valeur devrait monter au ciel. Il n'a d'ailleurs pas cessé de grimper, puisqu'il a pris plus de 20% en un mois (en euros). N'oublions pas non plus le cash, tout garder en liquidités en attendant des jours meilleurs peut être une idée. Vous ne gagnez rien, mais vous ne perdez rien, ce qui, par les temps qui courent, est presque une bonne affaire.

 

Plus globalement, on peut se demander ce qu'il faudrait faire pour éviter qu'une telle crise se reproduise.

 

Il m'est arrivé d'écrire sur ces question, où je répondais par l'étalon-or. Aujourd'hui, j'arrive à une conclusion un peu différente. Il me semble que le problème n'est pas tant le système monétaire ou capitaliste que la mentalité avec laquelle chacun remplit sa tâche. Les financiers sont peut-être hautement critiquables, reste qu'ils ne sont pas plus cupides que l'homme de la rue. Si ce dernier se trouvait à la même place, avec les mêmes avantages et mêmes techniques, il ferait les mêmes bêtises, et les mêmes profits. Me semble-t-il, la réponse à cette crise n'est peut-être pas une réponse de système (quoi qu'un système comme le distributisme, sans être un adepte de la décroissance, me parait être une voie sur laquelle réfléchir), mais une réponse de personnes. Ce qui importe est la façon dont chacun remplit sa tâche.

 

Comme le disait Emmanuel Faber (actuel directeur général de Danone, qui a passé le début de sa carrière en banque d'investissement) en conférence, la relation que la société entretient avec la finance est un juste retour de la relation que la société entretient avec ses ainés. Dans le sens où la finance étant un monde d'argent, c'est à dire majoritairement détenu par les générations les plus agées, la pression financière est un parallèle à la pression que la société met sur ses ainés pour les faire disparaitre de sa vue. Bien évidemment, la comparaison a ses limites, vu que la finance est un monde beaucoup plus large et international qu'une simple génération. Mais tout de même, il me semble qu'elle est pertinente, en ce qu'elle pose la question de la relation personnelle que chacun entretient avec son prochain. Il faut bien comprendre que nous avons les politiques, les dirigeants économiques, les financiers, les journalistes, ou même les chinois, que nous méritons collectivement. Le comportement des uns a un impact évident et clair sur le comportements des autres. Si l'on est dur, cupide, âpre au gain, et violent, alors il est on ne peut plus normal d'avoir des intervenants sur cette même longueur d'onde. Il n'aura échappé à personne que peu de gens se soucient du bien commun, que la majorité se préoccupe de tirer ses marrons du feu, sans penser aux conséquences induites sur le système. Après moi, le déluge ! A force de servir sur la bête, il est normal qu'elle soit à bout de souffle.

 

A l'heure des changements d'empire, on peut se poser la question de la responsabilité collective et personnelle. Problèmatique que l'Eglise n'a pas cessé de mettre en relief, en pointant l'impératif de personnalisation des relations économiques. Il serait peut-être temps de s'y pencher sérieusement.

 

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Rédigé par Polydamas

Publié dans #Finance

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Publié le 18 Novembre 2009

Contrairement à ce qu'on pourrait croire intuitivement, le système économique actuel ne respecte pas les fondements économiques du libéralisme. Le capitalisme mondialisé, les hedge funds, les banques gigantesques, les bonus outranciers, tout ceci s'explique davantage par des positions à caractère monopolistique ou oligopolistique, par l'histoire, que par la doctrine libérale.

Pour rappel, la doctrine libérale en matière économique tend à limiter au minimum le rôle de l'Etat, et à laisser la concurrence, ainsi que le cours normal du marché, réguler l'économie. Et surtout, le principe de base est que l'Etat ne peut pas être le régulateur de la masse monétaire. En d'autres termes, il ne peut utiliser la masse monétaire à son service, en vue de ses différentes politiques. Tout l'inverse d'aujourd'hui, où les autorités, qu'elles soient européennes ou américaines, interviennent sans cesse dans le marché, et où les oligopoles sont légions.

On assiste ainsi à des aberrations. Un exemple, les programmes exceptionnels d'achat de dettes américaines par la Réserve Fédérale. Sur les 1000 milliards de dollars de bons du Trésor émis par le gouvernement américain en 2009, la Fed en a finalement acheté plus de 300, c'est à dire près d'un tiers. Des banques centrales qui rachètent des emprunts d'Etat, c'est un peu comme si un arbitre se mettait à jouer et à marquer des buts, lors d'une partie de football, et que le match était considéré comme valide.

Pourquoi ces programmes ? Parce que les Banques Centrales, que ce soit la Réserve Fédérale ou la BCE, sont les seuls acteurs à avoir les reins suffisamment solides pour continuer à acheter des obligations d'Etat dont personne ne veut en réalité, mais qui sont la contrepartie de l'injection fantastique de liquidités nécessaires pour relancer l'économie. L'idée est d'éviter une hausse des taux longs, c'est à dire une baisse rapide du prix des emprunts d'Etat (on appelle cela un krach obligataire) qui entamerait la confiance des intervenants dans l'action des Etats, et aurait aggravé encore davantage la crise. Même si c'est nécessaire, la relance est donc financée de manière artificielle, faite avec un argent qui n'existe pas, ou plutôt qui provient de la planche à billets.

Ainsi, on creuse encore davantage le trou de la dette, dans une fuite en avant perpétuelle. Je n'en suis pas un ayatollah, puisqu'en regard d'une dette, il faut toujours évaluer les actifs que celle-ci a financés. Ce qui est inquiétant, si on prend le cas de la France, ce n'est pas tant le niveau en valeur absolue de la dette, moindre qu'ailleurs (enfin, cela peut varier considérablement selon le mode de calcul), que le rythme d'accélération de celle-ci, ce que la crise ne vient pas arranger, et l'incapacité des politiques à renverser le mouvement.

C'est d'ailleurs ce que sont incapables de voir les antilibéraux, où on peut inclure certains catholiques, l'Etat a toujours plus ou moins gardé la main sur l'économie, via les politiques monétaires ou dirigistes. Parfois pour de très bonnes raisons, on ne peut le nier. La privatisation des profits et la socialisation des pertes, qu'ils fustigent à raison, n'a pas commencé avec la crise. L'Etat a eu parfois la main malheureuse comme le très subventionné programme des subprimes, initié par les démocrates américains durant les années Clinton, et qui s'est terminé de la manière dont on sait, les populations insolvables ne pouvant à la fois consommer et devenir propriétaires, il n'y a pas de miracles. A la rigueur, on peut comprendre l'interventionnisme étatique dans certaines situations très ponctuelles, mais la réalité est tout autre, à chaque fois que l'Etat s'engage dans une politique donnée, il ne s'en désengage ensuite que trop rarement.

Or il existe un système qui permet d'éviter ce genre de dérapages, et de mieux réguler l'action de l'Etat, c'est celui de l'étalon-or. Le principe très sain de l'étalon-or est que toute opération de crédit doit être lié à une réserve d'or physique placée en dépôt auprès de la Banque Centrale et que chaque unité monétaire émise peut être convertie en or, à un taux fixé. Avec ce système, la demande de crédit est limitée, les emprunteurs se font concurrence les uns les autres pour opérer, ce qui a tendance à faire grimper le taux du crédit, et à accroître, dans certaines situations, la déflation. Si la croissance est de facto plus stable, elle est moins volatile, donc moins importante. Le cours des monnaies est ensuite plus conforme à la réalité des échanges entre les pays.

Il ne faut pas se leurrer, comme dans tout système, il y a des crises, l'étalon-or n'y échappe pas. Du fait de l'incapacité des gouvernements à pouvoir réinjecter des flux dans l'économie, les crises y seront certainement plus dures que celles qu'on a pu connaitre dans le système de changes actuel. C'est l'une des raisons pour lequel il avait été abandonné, l'Etat n'ayant justement pas de marges de manoeuvre pour redresser ou diriger l'économie à sa convenance. Mais au moins ce système a-t-il le mérite de limiter les montants de dette accumulées par les Etats, de valoriser le cout de l'emprunt à un taux plus conforme à la réalité de la concurrence. Autre avantage, si l'étalon-or ne supprimera ni les hedge funds, ni les bonus, il les rendra probablement plus raisonnables, le recours au crédit étant beaucoup plus cher, ce qui permet de limiter les risques. En outre, l'Etat n'ayant plus les moyens de protéger les banquiers contre eux-mêmes, ceux-ci s'auto-réguleraient pour éviter de périr dans des opérations trop risquées.  Le problème de l'aléa moral serait donc résolu.

Pour de plus amples explications, on pourra se rapporter à cet article d'Alan Greenspan, qui en vante les bienfaits, les mérites et la stabilité dans une économie. Oui, c'est le même Alan Greenspan, ancien président de la Fed, qui a eu, à ce titre, une politique monétaire des plus souples, cause de la crise des subprimes. Même si, sur le moment, il avait de très bonnes raisons d'agir ainsi, on a pu constater récemment à quel point sa politique fut mal adaptée, parce que trop à l'écoute des desiderata des marchés financiers, et finalement en contradiction avec ce qu'il évoque de l'étalon-or.

Ce système, mis en pratique dans le monde à la fin du XIXe avait à peu près fonctionné correctement, avec bien sûr, les crises inhérentes au capitalisme. Les guerres mondiales en ont signé l'arrêt brutal. Certains antilibéraux considèrent que c'est justement l'étalon-or qui explique ces guerres mondiales, les nations se faisant compétition pour accroître leur stock d'or, croyant augmenter leur richesses. Mon avis est quelque peu sceptique sur la question, l'humain n'ayant pas besoin de motivations financières pour se battre avec son voisin, les motivations nationalistes, ethniques, politiques ou historiques expliquant déjà largement les choses, l'économie n'est clairement pas la priorité.

Reste que le plus grand défaut de ce système est qu'il oblige tous les acteurs, et notamment l'empire dominant, à une discipline forte pour éviter de creuser sa balance des paiements. Ce qui est du ressort du voeu pieux. C'est ce qu'on a pu constater dans les années 60, avec le système de Bretton Woods, et l'étalon de change-or (seul le dollar est convertible, les autres monnaies mondiales étant indexées à celui-ci). La forte croissance des USA a creusé leur déficit des paiements; certains de leurs créanciers, comme la France du Général de Gaulle, ont alors demandé la conversion de leurs dollars en or. Voyant les réserves d'or de Fort Knox baisser à grande vitesse, le président Nixon décide unilatéralement le 15 Août 1971 de suspendre la convertibilité en or de la monnaie américaine. L'étalon-dollar, gagé non plus sur l'or, mais sur l'emprunt d'Etat américain, était né.

Le système que l'on connait actuellement, ce ne sera une surprise pour personne, est donc fondé sur la puissance industrielle, militaire et culturelle américaine. Problème: la dette des Etats-Unis, s'accroissant de manière exponentielle, sous l'effet conjugué des guerres, de la consommation et des plans de crise, tend à faire chuter la valeur de la monnaie américaine, ce qui pousse à la hausse la valeur de l'or qui, en parallèle, ne cesse de briser des records. Le dilemme est simple : soit les américains continuent à s'endetter sur des niveaux inconnus jusque-là (si ce n'est au Japon), ce qui aura des conséquences systémiques et dévastatrices à long terme, notamment en termes d'inflation mondiale, soit ils restructurent leur endettement, ce qui aura nécessairement pour effet de réduire la consommation américaine, et donc d'empêcher le retour de la croissance mondiale, et de perpétuer la crise. Priorité est donnée pour le moment à la résolution de la crise. Mais pour combien de temps ? C'est tout l'enjeu de ce qu'on appelle les stratégies de sortie de crise de la part des banques centrales.

Pour le moment, la Chine joue son rôle de premier partenaire américain, et achète, secondée en cela par les autres banques centrales, les emprunts d'outre-atlantique, histoire de ne pas voir péricliter ses actifs libellés en dollars. Le premier producteur du monde (la Chine) achète les obligations émises par le premier consommateur du monde (les Etats-Unis) afin de payer ses achats à l'Empire du Milieu (vous pouvez prendre un aspirine). Ce petit jeu ne continuera pas éternellement. Même si c'est la condition nécessaire pour pouvoir exporter ses produit, la Chine sera probablement lassée d'être payée en monnaie de singe. Etant donné qu'il lui prend des velléités de leadership mondial, dès qu'elle aura les moyens de s'appuyer sur sa consommation interne, elle s'arrachera de la tutelle américaine en vendant sa dette. Par exemple, on sait que la Chine tend à réduire le plus possible la durée de vie des emprunts américains qu'elle détient, laissant le soin à d'autres de porter les plus longues échéances. Ça peut vouloir dire que la Chine arbitre les différences de rémunération entre les échéances, ou, dans une vision plus pessimiste, qu'elle n'a plus confiance dans l'Etat US pour assurer le remboursement à long terme de sa dette, et qu'elle préfère donc se rabattre sur des obligations à échéance courte.

L'étalon-or aurait l'avantage d'empêcher ces excès, de les limiter dès le début. A titre personnel, je pensais que l'étalon-or était une fausse bonne idée, globalement inapplicable, et surannée, parce que trop dépendante des stocks d'or. La crise actuelle, dont les racines proviennent de piètres ajustement monétaires, d'un interventionnisme court-termiste de la part des Etats, me pousse à jeter un regard différent sur ce système, et à revoir mes a priori, malgré ses défauts. Ironie de l'histoire, certains conservateurs demandent désormais l'application de l'étalon-or, conscients de la problèmatique posée par un Etat qui maitrise la diffusion monétaire. Ce faisant, ils se rangent aux côtés des économistes les plus libéraux, qui critiquent violemment le système étato-capitaliste que l'on connait aujourd'hui. Parce qu'il ne faut pas croire que les montants de dette gigantesques, notamment aux Etats-Unis ou au Japon, pourraient être réglés d'un coup de baguette magique, en excluant tout scénario catastrophe comme la faillite d'un Etat.

Mais la véritable difficulté de ce débat n'est pas là, sur les bénéfices comparés de tel ou tel système. Car si c'est la solution de beaucoup de difficultés globales, il est illusoire de penser que les empires dominants, que ce soit les Etats-Unis, ou bientôt la Chine, décident de revenir d'eux-mêmes à l'étalon-or. D'un point de vue politique, la monnaie est une arme beaucoup trop importante pour être abandonnée. Et pourtant, c'est ce qu'il faudrait peut-être réaliser pour avoir un capitalisme plus sain, plus régulé, plus équilibré, plus conforme à la nature des choses.

Chez les professionnels, c'est une hypothèse dont on discute désormais ouvertement. Conscient que le dollar a perdu 99% de sa valeur depuis un siècle, certains, notamment au Brésil ou en Inde, commencent à s'interroger sur l'étalon qui le remplacera d'ici quelques décennies. On parle de DTS, de droits de tirages spéciaux, à savoir une monnaie de réserve, synthèse de plusieurs monnaies différentes, pour les échanges bancaires. Mais une monnaie s'articule toujours sur un pays en particulier, un pouvoir, un Etat, et cette monnaie mondialiste est complètement désincarnée, donc peu séduisante. L'étalon-yuan est l'hypothèse la plus crédible, mais il est encore trop tôt pour y passer, la Chine n'ayant pas encore les ressources financières, logistiques et humaines pour prendre le leadership, même si elle ne se prive pas de faire ses emplettes partout sur le globe. Tant que Shanghaï demeurera une place financière de casino, ce qui est le cas pour le moment, Wall Street peut continuer à spéculer tranquillement. Avec du dollar dont la valeur ne cesse de plonger...


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Rédigé par Polydamas

Publié dans #Finance

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Publié le 29 Mars 2009

Parmi les commentateurs non blogueurs de qualité,  quelques noms me viennent en tête: Vhp, Denis I,
et bien sûr, un intervenant qui se fait régulièrement remarquer pour la qualité de ses interventions, Robert Marchenoir. Or ce dernier vient d'intégrer la fine équipe d'ILYS et c'est une bonne nouvelle. Tous ses billets sont réunis ici.

Voici ce qu'est capable de pondre le personnage, ce sont des textes extrêmement bien ficelés, j'en suis, pour ma part, très admiratif. XP avait commencé avec ce commentaire remarquable, on pourrait en trouver bien d'autres. Il est dommage de laisser des textes pareils dans l'obscurité des commentaires.

Tel est le cas du logement social en France:

La situation du logement dit social en France est aberrante, indépendamment de l’immigration. Les vrais chiffres qui permettent de la comprendre ne sont pratiquement jamais évoqués dans les médias. Ils sont pourtant disponibles pour qui s’en donne la peine.

Je n’ai pas le temps de vous les retrouver un par un, mais la synthèse du problème est la suivante (en 23 points — eh oui, ce commentaire va être long; il y a des problèmes complexes qui ne s’expliquent pas en deux-trois slogans…).undefined

1. Il y a beaucoup trop de logements sociaux en France. Je répète, au cas où certains auraient cru à une erreur: on ne manque pas de logements sociaux; bien au contraire, il y en a trop.

2. Le pourcentage des locataires, en France, qui habitent dans un logement communiste (c’est à dire qui sont logés par l’Etat, c’est à dire qui habitent un logement social) est absolument effarant (de l’ordre de 40%, si je me souviens bien).

3. La vocation normale du logement social, si tant est qu’il doive exister dans un pays, est de loger la petite minorité de gens qui ont tellement peu de revenus qu’ils ne peuvent s’en sortir par eux-mêmes; et de le faire temporairement (un an, deux ans), le temps que ces personnes puissent sortir la tête de l’eau et réintégrer le secteur privé.

4. Ces deux conditions sont à l’opposé de la situation française, où être logé par l’Etat est considéré comme un drouadlôm, au point que cela a été inscrit dans la loi par un gouvernement prétendu de droite.

5. Comme cela a été indiqué par Moi Mad, sur le papier, la majorité des Français a droit à un logement social. Cela seul devrait mettre la puce à l’oreille, et faire comprendre que le système tel qu’il est conçu est aberrant: on ne peut pas concevoir qu’une majorité de Français soit “pauvre” au point qu’elle doive être secourue par l’Etat pour se loger.

6. Les locataires de logements sociaux ont, en majorité, des revenus corrects. Ce ne sont pas forcément des riches, mais ce ne sont pas des pauvres non plus. En revanche, les vrais pauvres, ceux auxquels les logements sociaux devraient être destinés, en principe, sont sous-représentés.

7. Les gens restent très longtemps dans un logement social — beaucoup trop longtemps. Le taux de rotation est très faible. Normal: on ne renonce pas aisément au privilège d’un loyer deux ou trois fois inférieur au prix du marché.

8. Les locataires dont le revenu a dépassé le seuil admissible pour avoir droit à un logement social restent en place. Les surloyers, prévus en pareil cas, sont très rarement appliqués.

9. Les frais de gestion des logements sociaux sont bien plus élevés que ceux des logements privés. C’est aberrant sur le papier, puisque des logements “de pauvres” devraient coûter nettement moins cher (en entretien, en parties communes…) que les logements “de riches”.

Mais on retrouve là une loi qui se vérifie partout: le secteur privé est plus efficace, moins gaspilleur, que le secteur public. La différence s’explique, entre autres, par la corruption: un organisme HLM, n’étant pas soumis à la loi du marché, sert à fournir des postes (bien) rémunérés à des amis politiques.

L’argent de la corruption est de l’argent volé à tous les citoyens, et en particulier aux plus pauvres.

10. Il existe une incitation, pour les organismes de HLM, consubstantielle au système, à favoriser les locataires les plus aisés, et à fermer les yeux sur le non-respect des règles d’attribution et de maintien dans les lieux. Un “pauvre” a plus de chances d’être un mauvais payeur.

Or, il est très difficile d’expulser un mauvais payeur d’un HLM, encore plus que dans le secteur privé: son dossier se retrouverait aussitôt devant le maire… qui fait tout pour être être réélu.

11. On connaît des cas (région parisienne, mairie communiste), où des “locataires” de HLM ont cessé de payer leur loyer pendant dix ans et plus. Expulser des “pauvres” étant fâchiiisse, ce genre de situation est presque inévitable.

12. Le logement locatif privé est rare, cher, et régi par des pratiques ultra-sélectives. Puisque la loi rend extrêmement difficile et coûteuse l’expulsion d’un mauvais payeur — et interdit, sauf rares exceptions, de se débarrasser d’un locataire une fois qu’un bail a été signé — cet état de fait est inévitable.

13. Par conséquent, la demande de logement locatif qui ne peut être satisfaite dans le privé se reporte sur le logement pseudo-social — qui n’est autre qu’un logement d’Etat. L’écart de prix étant énorme, la demande de logement social est, et restera, infinie par rapport à l’offre.

Aucun programme de “construction de logements sociaux”, aussi massif soit-il, aucun “plan Marshall” ou autres rodomondates politiciennes et revendicatives ne saurait remédier à ce déséquilibre de la demande par rapport à l’offre.

14. Ceux qui vivent dans des logements massivement subventionnés, et qui ont été formatés par un siècle de propagande à tout attendre de l’Etat, n’ont naturellement pas tendance à se considérer responsables du lieu où ils vivent. D’où négligences, incivilités, dégradations, actes anti-sociaux, qui pourrissent la vie de tous.

En réaction, les stato-gauchistes prétendent éternellement que l’Etat “n’en fait pas assez”, et la boucle est bouclée. Le puits sans fonds de la dépense publique inefficace se creuse toujours plus.

15. Comme le marché du logement social ne peut être régulé par le prix, il est régulé par la corruption et la magouille. Pour se faire loger en HLM, il faut être bien vu de la mairie, de l’assoce qui est dans les petits papiers du maire, connaître Chose ou Machin, etc.

Cela détruit le “lien social” et le “vivre-ensemble” — expressions que je déteste vu l’usage qui en est fait par la gauche, mais qui correspondent néanmoins à une réalité.

16. Comme dans tous les cas où un Etat socialiste prétend s’affranchir massivement des lois du marché, ce dernier se venge par des pratiques illégales.

Moi Mad a cité le cas d’un locataire en HLM propriétaire de trois appartement de rapport. De tels contournements sont multiples et inévitables. Grâce à la géniale politique gauchiste de “mixité sociale”, je connais un locataire de HLM dans un quartier chic de Paris qui arrondit ses fins de mois en louant son logement à des visiteurs étrangers, au noir, à la semaine, aux prix du marché touristique.

Quand on prétend aider les pauvres en créant des déséquilibres énormes par rapport aux prix du marché, ce ne sont pas les pauvres qui en profitent: ce sont les petits malins qui détournent le système, et qui volent l’argent public — c’est à dire celui des pauvres.

17. Comme l’Etat s’arroge le monopole du marché du logement locatif courant (le prétendu logement social), les promoteurs privés, victimes de concurrence déloyale, se désintéressent de ce marché, et se concentrent sur l’habitation haut de gamme. Cela aggrave la pénurie de logements locatifs privés, qui à son tour amplifie la pénurie de logement d’Etat, etc. Cercle vicieux.

Or, il n’y a aucune raison pour que des promoteurs privés et des propriétaires privés ne puissent pas gagner de l’argent en construisant, puis en louant des logements à des “pauvres”, à un loyer que ces derniers puissent payer. De nombreux exemples étrangers le prouvent. Au Canada, aux Etats-Unis, en Belgique, de nombreux “pauvres” sont logés ainsi, à la satisfaction et des propriétaires et des locataires. Pourquoi cela ne serait-il pas possible en France?

18. Parce que, par ailleurs, la France est étouffée par des réglementations qui interdisent de construire des logements sur la quasi-totalité du territoire — sauf exception et autorisations spéciales, difficiles, longues et coûteuses à obtenir. Ce point, fondamental, est le plus méconnu. C’est lui qui fait grimper de façon artificielle le coût du logement — qu’il s’agisse de la location ou de l’achat.

Les réglementations extrêmement restrictives qui régissent les permis de construire, les plans d’occupation des sols conçus sous prétexte de protection de l’environnement, donnent en réalité une prime injuste aux propriétaires existants (dont le bien s’apprécie, dont la vue est préservée), au détriment des candidats à la propriété et à la location.

La pénurie de logements artificielle qui en résulte, et qui fait monter les prix, a été démontrée aux Etats-Unis, où des situations opposées existent, selon les Etats. Dans les zones à la fois peu réglementées et économiquement dynamiques (c’est à dire attractives), les prix de l’immobilier ont très peu monté.

19. Cette situation ahurissante existe en France presque sans interruption depuis… 1918. Sous prétexte d’aider “momentanément” les victimes de la guerre à se loger, la France a mis en place des lois pro-locataires et anti-propriétaires qui aboutissent à une semi-nationalisation de fait du logement locatif privé, à une semi-expropriation des propriétaires.

Etonnez-vous, après cela, que les propriétaires soient réticents à louer, et mettent des barrières infranchissables à l’entrée dans les lieux.

20. Les mesures de blocage des loyers de 1918 ont été reconduites après la Seconde guerre mondiale, avec la fameuse loi de 1948. Conçue pour les veuves de guerre, elle subsiste jusqu’à nos jours, longtemps après la mort des derniers survivants.

Dans l’immeuble privé où j’habite, une vieille dame est décédée l’année dernière. Elle était entrée dans les lieux en… 1947. Bénéficiant de la loi de 1948, elle n’avait pas de bail et ne payait pas de loyer, mais une “indemnité d’occupation”, devenue, au fil des ans, massivement inférieure au loyer des autres occupants de l’immeuble, pour un appartement exactement semblable. Depuis 1948, ses propriétaires successifs (eux aussi décédés, au fil des années, et suivis par leurs héritiers), avaient interdiction de l’expulser, de par les sages édits de l’Union des Républiques Socialistes Françaises.

21. Depuis 1954, l’idéologie officielle de la France, en matière de logement, est celle de l’abbé Pierre. De l’extrême-gauche à l’extrême-droite, tout le monde est abbépierriste, ce qui se résume à ceci: les pauvres sont gentils, les pauvres ont du mal à se loger, et c’est mal; les riches sont méchants, ils sont pourris de pognon, ils n’en donnent pas assez aux pauvres pour se loger, et c’est mal; s’il y a la crise du logement, c’est parce que l’Etat ne donne pas assez de pognon pour loger les pauvres, ne construit pas assez de HLM, ne fait pas assez de “grandes lois” et de “plans Marshall”, et ça c’est crès crès mal.

Depuis 1954, les politiciens se font photographier aux côtés de l’abbé Pierre (maintenant, aux côtés de “Don Quichotte”, version hargneuse et laïque de son prédécesseur), parce que c’est électoralement payant.

Ils font, ensuite, plus ou moins ce qu’il leur a dit de faire (ce qui s’est vérifié avec Monsieur Don Quichotte et l’inapplicable loi sur le droit au logement): résultat, les mêmes causes produisent les mêmes effets, c’est à dire qu’on s’obstine à patauger dans la même merde depuis 1954.

L’effroyable vérité est que la pénurie de logements est créée et entretenue par les mesures mêmes qui prétendent l’éliminer — comme souvent en matière économique.


22. Inutile de dire que la politique immigrationniste de la France aggrave ce cercle vicieux. Les preuves abondent sur ce site, tout le monde en est convaincu ici, je n’y reviens donc pas.

Mais ce qui est important, c’est de comprendre que l’immigration n’est pas à l’origine de la crise du logement. Les mécanismes pervers qui l’entretiennent depuis près d’un siècle lui préexistent.

23. Je ne saurai trop vous encourager à lire le petit livre intitulé “Logement: crise publique, remèdes privés” de Vincent Bénard, d’où sont tirés la plupart des faits et analyses mentionnés ici.

Je conseille à 30% des lecteurs de FDS de saisir auparavant le sac à vomi qui se trouve sous leur siège, car Vincent Bénard, président de l’Institut Hayek de Bruxelles, est un horrible ultra-libérâââl qui ne s’en cache même pas (le salopard).

Toutefois, après avoir rendu leur cassoulet ou leur choucroute, ils découvriront une enquête à la fois unique et honnête, qui leur fournira matière à réflexion.

Et si vous n’avez vraiment pas de quoi acheter son livre pour l’encourager dans son travail d’intérêt public (ce qui serait dommage), vous pouvez lire son blog, où il présente l’essentiel de ses recherches gratuitement:

http://www.crisepublique.fr/


Trouvé sur le best-of des commentaires de FDS.

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Rédigé par Polydamas

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Publié le 21 Mars 2009

Il faut lire ce texte. Et notamment, tout ceux qui critiquent l'anonymat et la virtualisation du marché.

Il faut lire ce texte parce qu'il explique très concrètement combien un marché répond naturellement aux necessités d'une communauté. On pourrait même dire qu'une fois satisfait les besoins fondamentaux, l'échange est le principe autour duquel s'articule une vie au quotidien. Cet article décrit par le menu comment, à partir du troc, une économie se crée de toutes pièces dans l'environnement fermé qu'est un camp de concentration de prisonniers militaires.

Cet univers, simple à priori, connait pourtant toutes les mêmes lois que l'économie réelle. Tout y est, monnaie, marché, offre, demande, crédit, marchés à terme, inflation, déflation, bulles, krachs, salaire, sans oublier tous les désagréments que peuvent causer les monopoles ou le contrôle des prix. On y retrouve même l'hostilité classique envers les spéculateurs, même si leur utilité est là bien plus apparente. Une chose est sûre, même pour ceux qui vivent le pire, le marché est le meilleur moyen d'améliorer le quotidien.

On y constate également la pertinence de quelques principes célèbres d'économie, la mauvaise monnaie chasse la bonne, il n'y a pas de juste valeur des choses, uniquement de l'offre et la demande, etc. Ce texte est la traduction d'un article paru dans la revue Economica, au sortir de la guerre.

Quelques extraits ci-dessous pour vous mettre en bouche.

L’étude de l’organisation économique d’un camp de prisonniers de guerre est d’un grand intérêt sociologique. Elle permet de saisir le caractère universel et spontané de la vie économique, qui se développe, non par imitation consciente, mais en réponse à la pression des besoins et des circonstances. Si l'organisation économique du camp paraît calquée sur celle de la société civile, cela tient au fait que les mêmes incitations suscitent des réponses similaires.
(...)


Le marché

Heureusement, ce bruyant système de colportage fut bientôt remplacé par l’institution d’une bourse d’échanges dans chaque baraquement : sous les rubriques "nom", "numéro de chambre", "demandé" et "offert", chacun pouvait publier son annonce sur le tableau des échanges. Quand une affaire était conclue, l’annonce était effacée. En raison du caractère public et permanent des transactions, les prix en cigarettes étaient bien connus de tous, ce qui mettait tout le monde sur un pied d’égalité -- même s’il y avait toujours moyen pour un commerçant astucieux de tirer profit d'une possibilité résiduelle d'arbitrage. Tous, y compris les non-fumeurs, acceptaient les cigarettes en paiement, car on pouvait tout acheter avec.
(...)


Le travail salarié

En fait, il y avait un embryon de marché du travail. Même en période d’abondance, il y avait toujours un malchanceux prêt à vendre ses services pour quelques cigarettes. On pouvait faire laver sa chemise pour deux cigarettes. Un uniforme était nettoyé et repassé, un autre prêté en attendant, pour douze cigarettes. Un beau portrait au pastel coûtait trente cigarettes. De même, la couture et d'autres travaux avaient un prix.
(...)


Le spéculateur

Un négociant en denrées alimentaires et cigarettes, opérant dans une période de pénurie, jouissait d'une haute réputation. Fort d'un capital de 50 cigarettes, patiemment épargné, il achetait des rations le jour de leur distribution, et les revendait à bon prix dans les jours qui suivaient. Il tirait aussi parti des possibilités d'arbitrage, en étudiant plusieurs fois par jour les annonces affichées sur le tableau des échanges, à l’affût du moindre écart entre les prix acheteurs et les prix vendeurs. Sa connaissance des prix, des marchés et des noms de ceux qui avaient reçu des colis de cigarettes, était phénoménale. Comme il était gros fumeur, il pouvait ainsi fumer son bénéfice sans toucher à son capital.
(...)


La monnaie

En dépit de sa spécificité, la monnaie cigarette remplissait toutes les fonctions d'une monnaie métallique –- comme unité de compte, moyen de paiement et réserve de valeur --, et partageait la plupart de ses caractéristiques : un bien homogène, raisonnablement durable, et divisible -- en unités ou en paquets, selon l’importance des transactions. Incidemment, et comme la monnaie de métal, elle pouvait être altérée, ou allégée, par exemple en la roulant entre ses doigts pour en sortir un peu de tabac.
Les cigarettes étaient également soumises à la loi de Gresham. Comme monnaie, une cigarette en valait une autre, mais, chez les fumeurs, certaines marques étaient plus populaires que d’autres. Les gens payaient avec les cigarettes les moins prisées et fumaient les autres. Ainsi, la boutique ne recevait que rarement les cigarettes les plus populaires, comme les Churchman n°1.
(...)


La fluctuation des prix

De nombreux facteurs affectaient les prix, les plus importants et les plus notables étant les phases successives d'inflation et de déflation monétaires. Le cycle des prix dépendait de l’offre de cigarettes et, dans une bien moindre mesure, des livraisons de nourriture. Dans les premiers jours au camp, avant qu’arrivent les premiers colis privés et que les prisonniers aient pu constituer des stocks, la distribution hebdomadaire des rations de cigarettes et des rations alimentaires avait lieu le lundi. (...) D'autres facteurs affectaient le niveau général des prix. Un afflux de nouveaux prisonniers, proverbialement affamés, était générateur d’inflation. Des bombardements aériens massifs aux environs du camp augmentaient probablement la demande non monétaire de cigarettes, aggravant la déflation. Les bonnes et les mauvaises nouvelles du front avaient certainement de tels effets, et les grandes vagues d'optimisme et de pessimisme, qui balayaient périodiquement le camp, se reflétaient dans les prix. Un matin de mars 1945, peu avant le petit déjeuner, la rumeur circula d’un arrivage imminent de colis et de cigarettes. Dans les dix minutes, je vendis une ration de sirop de canne pour quatre cigarettes, alors que j’en demandais en vain trois cigarettes jusque-là. De nombreuses transactions du même genre furent rapidement conclues. Las ! vers 10 heures, la rumeur était démentie, et le sirop de canne ne trouvait plus preneur même à deux cigarettes.
(...)


Je vous laisse découvrir la suite. A lire d'urgence pour tout ceux qui sont sceptiques sur les marchés, et leur organisation.

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Rédigé par Polydamas

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Publié le 14 Février 2009

Pour une fois, je vais changer de monomanie, on va discuter finance. Econoclaste me fait l'honneur de me citer dans son article sur la gestion de patrimoine que je vous invite à parcourir. Pour résumer en quelques mots son argumentation, il se demande comment il est possible que la finance ne soit pas capable de garantir la sécurité des investissements, des avoirs du client, de se préserver de toute affaire Madoff. C'est intéressant qu'il se pose la question, parce que c'est désormais toute la problématique de mon (nouveau) métier, qui consiste à sélectionner les meilleurs OPCVM pour le compte d'une institution.

Contrairement à ce que l'on pourrait croire, il est possible d'avoir une information claire sur les fonds. En effet, la réglementation française oblige les fonds d'investissement à publier un "prospectus", une sorte de fiche d'explication ou de mode d'emploi du fonds. Celle-ci donne les principales performances du fonds par rapport à son indice de référence, ses attributions et sa nature, ou même les outils que se permet d'utiliser le gérant. Or, si mes souvenirs sont exacts, ces prospectus ont valeur contractuelle ce qui veut dire qu'il est possible d'attaquer une société de gestion devant la justice, et de se faire rembourser s'il est prouvé qu'elle ne respecte pas les consignes publiées dans la notice.

Ces prospectus sont librement disponibles, généralement sur Internet, avant la souscription, à toute personne souhaitant les consulter. Le langage employé n'est globalement pas plus compliqué que les pages saumon du Figaro. Un investisseur qui montrerait qu'un gérant est sorti de ses attributions, en investissant par exemple dans des fonds crapuleux, se verrait normalement remboursé.

D'autant qu'aujourd'hui, un client, s'il a suffisamment de patrimoine investi, peut demander l'inventaire complet des positions du fonds qu'il a acheté. Seul souci, ce n'est pas parce qu'à cette date, le portefeuille ne compte pas d'investissements risqués, qu'il n'en a pas compté ou qu'il n'en comptera pas. L'asymétrie d'informations qu'évoque Econoclaste existe toujours, un investisseur, même professionnel, ne saura jamais ce qu'il y a dans la tête du gérant. C'est pour cela qu'il est important de rencontrer la société de gestion, afin de se faire une idée sur la question.

Ailleurs dans le billet, Econoclaste évoque les investissements de défiscalisation. On le voit avec Madoff, on pourrait faire le même constat avec les institutions financières situées dans les paradis fiscaux qui disposent d'une rente naturelle ne les incitant guère à fournir un service vraiment utile à leur client, autre que de la simple gestion basique. Pour l'évadé fiscal amateur, ce n'est pas une bonne idée de confier ses fonds à un gérant dans un paradis, ce dernier n'est pas incité à produire de la performance, et de la qualité de gestion (faible volatilité des cours, transparence vis à vis du client, suivi des performances), c'est tout le problème de ce qu'on constate aujourd'hui au Luxembourg avec l'affaire Madoff.

Sentiment qui est confirmé par les différents témoignages que j'ai pu entendre, les institutions financières placées dans les paradis fiscaux ne sont clairement pas réputées pour leur efficacité. Même UBS, leader suisse de la gestion de patrimoine, n'affiche pas des performances extraordinaires. Pour rappel, UBS vient de publier, il y a quelques jours, une perte de 13 milliards d'euros. Et encore, je ne parle pas d'autres paradis, où la corruption des gérants est généralisée et fait partie de la culture maison. Non, si vous souhaitez vraiment faire de l'évasion fiscale, il vaut mieux ouvrir un compte titres à l'étranger et le gérer seul par Internet.

Econoclaste affirme ensuite:

Dans son récent livre consacré aux finances personnelles, John Kay décrit bien l'expérience typique de l'épargnant qui va voir son conseiller de clientèle à la banque; le plus souvent, le conseiller n'en sait pas plus que lui, ne cherche pas tellement à connaître les besoins de son client,

Là je me permettrai d'être en désaccord avec Econoclaste. Car c'est justement là qu'interviennent les petites boutiques de gestion. Dans celle-ci, les gérants et les "ingénieurs patrimoniaux" sont beaucoup plus à même de saisir et de comprendre, la finalité, les besoins, les ressources de chaque client, et de construire une stratégie adaptée en vue de ces objectifs. Bien évidemment, un particulier se verra proposer, dans une société de gestion, les fonds de la maison. Mais rien ne l'empêche, s'il n'en est pas satisfait, d'ordonner la souscription dans d'autres fonds, qui lui paraissent plus performants. Le coût ne sera pas le même qu'une grande institution, mais il y a beaucoup de chances pour que le service soit plus personnalisé, et plus adapté à la situation du particulier.

En outre, comme je le rappelais dans mon commentaire qu'il cite, les sociétés de gestion peuvent développer des compétences sur tel créneau qui vont aiguiller le particulier vers tel investissement plutôt qu'un autre. Ces marchés où l'information est peu disponible, représentent des opportunités pour les particuliers uniquement s'ils y sont correctement guidés.

Cela dit, sur les "fonds classiques", il est vrai que peu de gérants parviennent à battre leurs indices de manière régulière. Sauf à ce qu'il ait une compétence particulière, prouvée par un historique impressionnant, l'ensemble des contraintes pesant sur les OPCVM sont telles (je vous rappelle que nous sommes en France, pays surreglementé) la plupart des gérants affichent des performances en ligne avec leur indice. Donc si on ajoute les frais de gestion, au final, il vaut mieux que les particuliers investissent dans des trackers ou ETF, la performance correspondra à l'indice, et les frais seront minimes. Par contre, il faut noter la très grande qualité de certains noms, qui parviennent régulièrement depuis des années, à avoir une meilleure qualité de gestion que leurs collègues. C'est peut être le fruit du hasard, mais sur des périodes aussi longues, ça peut être suffisant pour justifier un début d'étude sur ces fonds.

Lorsque j'achète un paquet de céréales au supermarché, il n'y a pas de différence entre ce que décrit l'emballage et le contenu de la boîte, et je ne dois pas lire de petites lignes m'indiquant que le fait d'avoir toujours eu des pétales de mais glacés au sucre dans ces boîtes ne me garantit en aucun cas d'en avoir cette fois-ci.

J'ai l'impression, et c'est ça qui fait tout le charme de la finance, que celle-ci n'a rien à voir avec de la technique, mais plutôt de l'art. Personne ne sait ce qui est dans la tête du gérant, du décideur. Personne ne connait les évolutions à moyen terme des marchés financiers. Comme le note un commentateur du billet très justement, un investissement est un pari sur l'avenir, l'achat d'une voiture ou d'un paquet de céréales est un pari sur le passé. D'où la glorieuse incertitude de l'investissement qui explique pourquoi des épargnants ont pu confier toutes leurs économies à Madoff uniquement du fait de son bon relationnel.


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Rédigé par Polydamas

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Publié le 22 Décembre 2008

Je sais qu'il ne faut pas que je m'attache à lire les aberrations sur la finance que certains répètent incessamment, mais il n'y a rien à faire, je m'accroche. Dernière en date, la note de Plunkett sur le scandale Madoff, dont la connaissance en finance est, on le constate tous les jours, embryonnaire, pour ne pas dire complètement erronée.

Extrait:

Un lecteur nous signalait cet après-midi la prestation télévisée d’un « expert » (en fait, le patron d’une agence d’audit anti-risques)  affirmant qu’il fallait abolir les dernières règles légales et mettre les enquêtes de sécurité entièrement à la charge des investisseurs : à ceux-ci de payer (cher) les agences d’audit

Devant une immense escroquerie, venant aggraver une énorme catastrophe économique, due elle-même à la finance pirate, tout ce que nos joyeux quadras de la finance trouvent à proposer, c’est encore un peu plus de dérégulation… au profit de leur propre business. Comme disait l’un des personnages de Vivement dimanche : « Y en a qui disent : vaut mieux entendre ça que d’être sourd ; moi je dis : vaut mieux vaut être sourd que d’entendre ça. » Plus sérieusement, j’indique que j’ai moi-même vu l’émission. L’ « expert » en question est un garçon du meilleur monde, comme disait ma grand’mère : famille catho depuis avant Jésus-Christ, avec colonels à volonté et châteaux dans l’Ouest.  Voilà pourquoi je fais cette note : pour que le microcosme se réveille de son coma éthique.


J'ai rarement lu autant de bêtises en aussi peu de lignes. En préambule, je dois avouer ne pas avoir vu l'émission. Mais point n'est besoin de l'avoir vue pour démonter ces sornettes. Par contre, effectivement, je fais partie des catholiques travaillant en finance, je vais donc m'efforcer de faire une petite explication de texte sur ces thématiques.

M. de Plunkett n'ignore pas, ou fait semblant d'ignorer, que l'une des raisons principales de la chute d'Enron, Worldcom, Madoff, et autres scandales, était un problème de fiabilité des comptes. Andersen, cabinet d'audit majeur, a fait faillite à la suite d' Enron, l'enquête ayant révélée que les équipes du cabinet avaient non seulement camouflé et truqué tous les comptes présentés aux investissseurs, mais également tenté de détruire toutes les preuves de ces agissements.

Mais tout d'abord, reprenons les définitions, qu'est ce que l'audit, que nous dit Wikipédia ?

L'audit comptable et financier est un examen des états financiers de l'entreprise, visant à vérifier leur sincérité, leur régularité, leur conformité et leur aptitude à refléter l'image fidèle de l'entreprise. Cet examen est effectué par un professionnel indépendant appelé « auditeur », ancien terme français qui se retrouve en France par exemple dans les grades d'auditeur de la Cour des comptes ou du Conseil d'État.

L’audit comptable et financier est la forme moderne de contrôle, de vérification, d’inspection, de surveillance des comptes, en apportant une dimension critique. L’audit peut être interne ou externe. L’audit peut être financier. Il peut faire l'objet de missions contractuelles ou légales. L’audit est souvent plus large que la notion de révision et dépasse le domaine comptable et financier.


Ainsi chaque entreprise est dans la situation ubuesque où les cabinets d'audit sont payés et mandatés par les gens dont ils sont chargés de vérifier les comptes. On comprend vite que le rapport de force n'est pas toujours du côté de l'auditeur, surtout si l'entreprise auditée est de taille importante et représente une partie importante du chiffre d'affaire du cabinet. Un auditeur qui souhaiterait déclarer que les comptes de son client ne sont ni fiables, ni sincères, ni fidèles, se verrait instantanément rappeler à l'ordre par son client, qui lui rappellerait le gros chèque qu'il est censé lui signer à la fin de la mission. Dans ce cadre, les auditeurs sont régulièrement amenés à porter des réserves sur des comptes qu'ils n'ont pu examiner, manière discrète de dire qu'ils n'avalisent pas intégralement les comptes réalisés par l'entreprise.

Un cabinet d'audit travaille par extraction aléatoire des flux financiers et vérifie ensuite leur bon enregistrement dans les livres comptables. Autant dire que la plupart du temps, les auditeurs ne voient pas grand-chose dans les grosses structures, le petit jeu des directeurs financiers, et autres contrôleurs de gestion, étant justement de camoufler toute la poussière sous le tapis, en d'autres termes, de ne pas laisser auditer les données considérées, à tort ou à raison, comme sensibles. Quand on a découvert tous les charmes de la comptabilité dite "créative", on comprend vite qu'un bilan comptable est un outil  de communication de l'entreprise à destination de l'environnement, et non pas un état fidèle de la réalité, ce en quoi je rejoins la critique de la finance qu'en fait une journaliste comme Aliocha (avec qui je suis rarement d'accord, mais qui, sur ce point tout du moins, n'a pas tort).

Petite précision tout de même, ces méthodes ne concernent pas les petites structures dont la taille et l'ampleur sont trop faibles pour camoufler quoi que ce soit. A noter également que les choix de classification comptable sont beaucoup moins nombreux que dans les grosses entreprises. La très grande majorité des comptes réalisés en France sont donc fiables, qu'on ne se méprenne pas sur mes propos. Mais dans les très grosses structures, la tâche est toute autre, il y a un jeu complexe de pouvoirs et de négociations autour de la validité des comptes. Même si globalement, il est de l'intérêt de l'entreprise de présenter des comptes à peu près conformes avec la réalité, et je pense que ceux de la majorité des grosses entreprises le sont, il est toujours possible de camoufler des chiffres sensibles dans telle ou telle filiale de filiale à l'étranger, ou en paradis offshore, bien à l'écart du regard des auditeurs. Ça peut être illégal, sans être forcèment immoral, si des armées entières de fiscalistes sont payés pour diminuer l'impôt sur les sociétés au minimum, ce n'est pas pour rien.

Alors, puisque l'on sait que les comptes sont nécessairement peu fiables, dus à la trop grande quantité d'informations, et à l'incapacité de les réunir correctement, que faire ?

Et bien, et c'est là où l'expert a raison, on peut commencer par clarifier les choses. Donc, de transférer la responsabilité, et par conséquent, le coût de l'audit, à ceux à qui l'audit profite vraiment, c'est à dire les propriétaires de l'entreprise. Contrairement à ce que M. de Plunkett raconte, cela n'a rien à voir avec du libéralisme. Il faut tout simplement lever l'ambigüité sur la hiérarchie des pouvoirs, que les auditeurs soient libérés de toute pression financière et contractuelle par rapport aux gens auprès de qui ils sont missionnés, qu'ils puissent parler librement aux actionnaires, et évoluer librement dans l'entreprise. D'où l'idée de faire payer les investisseurs, les premiers interessés avec les salariés, de l'état réel de la compagnie dont ils sont propriétaires.

Cette mesure aurait pu être une très bonne idée dans le cas de Madoff puisqu'il a été rapidement révélé que la tenue des comptes était validée par un cabinet très proche de l'escroc, et qui ne comportait que trois collaborateurs. Ce fait a mis la puce à l'oreille de nombreux investisseurs qui s'en sont ecartés, d'autres investisseurs, probablement moins professionnels, oubliant cette règle élémentaire, et faisant confiance à la brillante renommée du financier, consulté régulièrement par la SEC. Madoff n'était pas tenu de faire valider ses comptes par une institution renommée, sa clientèle comptant en direct moins de 50 clients. Il suffisait de faire investir ses clients par un fonds nourricier, c'est à dire un fonds intermédiaire entre ses clients et le fonds crapuleux, pour rester en-dessous de cette limite.

A ce sujet, on lira avec profit ce très bon article qui liste la somme des irrégularités qui auraient du attirer l'attention des clients de Madoff, et notamment, son refus catégorique de laisser les investisseurs contacter son cabinet d'audit. Petite réserve néanmoins, il est aisé de refaire le match après-coup, en regardant le passé à la lumière de ce qu'on connait aujourd'hui. D'autres éléments, à l'époque, étaient certainement nombreux en faveur d'un investissement chez Madoff, et notamment, son implication avec les autorités de régulation ou sa bonne réputation dans la communauté financière. Crier haro sur le baudet est facile quand on sait ce qu'il s'est passé.

undefined Toujours est-il que si les investisseurs de Madoff, avaient eux-mêmes choisi, mandaté, et payé le cabinet d'audit qui aurait vérifié les comptes de Madoff, il est hautement probable qu'il n'aurait jamais prospéré tranquillement à l'abri des soupçons, l'auditeur n'ayant, dans ce cas, aucun intérêt à camoufler la mauvaise santé de la société auditée.

Ceci posé, en-dehors du problème de la faisabilité, il est évident également que cette mesure risque de chambouler quelque peu les vieilles habitudes financières et entrepreneuriales, qu'elle risque d'être peu ou mal appliquée, et que beaucoup d'actionnaires ne souhaiteront certainement pas faire cette dépense. D'autant qu'il est probable que les conseils d'administration, et autres conseils de surveillance, voient d'un mauvais oeil cette mesure qui viendrait jeter la suspicion sur les relations qu'ils peuvent entretenir avec le management d'une société qu'ils ont eux-mêmes nommé. Il est évident ensuite que cette mesure ne peut se concevoir sans une hausse du dividende, le budget accordé à l'audit devant être intégralement reversé en-sus du dividende initial.

Il est évident enfin que, sans faire de miracles (je doute que l'instauration d'une règle de ce type bannissent les scandales financiers à tout jamais, ceux-ci sont aussi vieux que le capitalisme), cette mesure va restaurer l'autorité des conseils d'administration, et le rôle de l'actionnaire aux dépens du PDG tout-puissant, système dans lequel nous évoluons actuellement. Aujourd'hui, du fait de leur morcellement, du grand nombre de petits porteurs, les actionnaires se contentent de suivre, hors-cas exceptionnels, les recommandations du PDG. Cette mesure permettrait tout simplement d'enlever un peu de pouvoir au PDG, en l'excluant d'une partie des décisions concernant la validité des comptes de l'entreprise.  Cela permettrait aux actionnaires d'abandonner ce rôle passif, de leur redonner un peu de pouvoir, eux, les seules personnes légitimes pour l'exercer.

Donc, dans cette proposition, j'ai beau l'examiner sous toutes ses coutures, je ne vois nul coma éthique, par contre, je constate une magnifique ignorance du monde de l'entreprise de la part de certains. Et il parait que ce sont les mecs comme moi qui ne lisent pas les journaux, allez comprendre...

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Rédigé par Polydamas

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Publié le 10 Octobre 2008

Chez Koz, le billet de Liberal sur la crise des subprimes. C'est tout à fait ça.

J'ai tout de même quelques réserves sur l'asymétrie de rémunérations, vu qu'on ne peut pas être sanctionné, dans le Code du Travail, pour des fautes de gestion.

De Liberal également, j'avais bien aimé ce commentaire à propos de Rouillan:

«Françoise Besse a des comptes à régler avec Action directe», réplique Besancenot.

Ca m’avait échappé. On pense à la blague de Desproges :

On ne peut pas nier que les juifs ont eu une attitude franchement hostile à l’égard du 3e reich.

Avec Desproges, c’était drôle…


PS: Lisez également le dernier billet d'Econoclaste...



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Rédigé par Polydamas

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Publié le 6 Octobre 2008

Après les records à la hausse, c'est le record à la baisse. Le Cac 40, par rapport à la clôture de vendredi soir, s'est ecroulé de 9,04%. La contamination européenne de la crise, la mise en faillite des banques islandaises, le rachat par BNP Paribas de Fortis, l'annonce d'une possible fusion entre les Banques Populaires et les Caisses d'Epargne, ainsi que l'annonce des plans de sauvetage concernés ont fait chuter l'indice parisien. On assiste à des chutes incroyables. Mittal, par exemple, entreprise au parcous boursier exceptionnel, s'est faite allumer, à tel point qu'elle a perdu aujourd'hui plus de 15%. Elle était il y a peu, la meilleure performance de l'indice depuis le début de l'année. Sa descente aux enfers n'a été ralentie à aucun moment. Il faut voir le graphique sur la semaine +3%, -4%, - 9,3%, + 9,7% et pour finir, -15%, on a connu des périodes moins volatiles.

Et je ne parlerais pas de Dexia, Natixis, Vallourec ou d'Ubisoft qui s'effondrent toutes de plus de 15 %. Si il y en a qui ont du cran, c'est le moment d'investir dans quelques valeurs, sachant qu'il est bien évident que ça peut encore plonger. Pour ceux qui ne savaient pas à quoi ressemblait un marché financier en panique, ils en ont un bel exemplaire sous les yeux

Les causes de ce marasme sont multiples. Entre les subprimes, le laxisme (a posteriori) des banques centrales, l'échec des agences de notation, le trop plein et le manque de régulation, et c'est tout le système qui vacille. Mais en soi, le principe d'assurance, par répartition des risques a été ultra-bénéfique depuis que le capitalisme existe. Et ce n'est pas une crise violente, fût-elle systèmique, qui me fera changer d'avis, le problème n'est pas la répartition de tous ces fonds chez tous les acteurs, mais le fait que plus personne ne sache ce qu'il y a VRAIMENT en-dessous.

Même si la foule, et l'opinion publique ont besoin d'un bouc émissaire, comme d'habitude, crier haro sur les patrons me parait pour le moins irresponsable. J'ai toujours trouvé qu'un patron, comme un homme politique, ne pouvait pas être déclaré coupable de tout ce qui se faisait sous son autorité, partant du principe qu'il est impossible de tout contrôler. Par conséquent, les parachutes dorés sont un faux problème. Ce n'est rien d'autre qu'un gadget que les politiques donnent à leurs opinions publiques comme os à ronger. Mais ça ne va pas changer grand-chose à la situation. Un contrat est un contrat, et le manque de candidats pour les postes à très haute responsabilité implique une rémunération hors de proportion, je ne vois rien de choquant là-dedans, mais je sais, je suis un infâme capitaliste...

Alors, quelles sont les solutions ?

Soyons clairs, je n'en ai pas la moindre idée, c'est le flou total, personne ne sait où l'on va, les foules, de moutons ou d'investisseurs (mais dans la panique, les réactions sont les mêmes) sont parfaitement capables de se suicider en coeur...

En simplifiant, deux tendances se dégagent. La première réclame plus d'intervention de la part de l'Etat, une prise de contrôle du capitalisme par l'Etat. A voir la mauvaise gestion dont l'Etat est responsable, je ne suis pas sûr que cela soit une bonne idée. Autant je suis favorable à une aide, l'Etat jouant le rôle de prêteur en dernier ressort, autant je ne pense pas que des régulations encore plus nombreuses soient la solution. Qu'il faille mieux réguler, c'est certain, mais je ne pense qu'il faille plus réguler, on l'a dit et répété, les secteurs financiers et bancaires sont déjà les plus régulés qui soient. Réglementer encore davantage ne me parait pas être la solution miracle.

Pour autant, la seconde solution, celle du libéralisme à tout crins, ne me semble pas forcèment plus réaliste. Je comprends qu'on puisse être hostile à l'intervention de l'Etat dans l'économie, mais je pense qu'il faut savoir faire des exceptions. Il y a des moments où il est très avantageux que l'Etat intervienne, pour lui et pour le système économique. S'il n'était pas nécessaire de sauver Lehman Brothers, ne pas sauver AIG, premier assureur mondial, aurait entraîné des faillites en chaine ébranlant le capitalisme mondial. Les solutions libérales, voire anarcho-capitalistes, telles que le retour à l'étalon-or et aux monnaies privées, la suppression des banques centrales, me paraissent être de très belles constructions intellectuelles, très séduisantes sur le papier, mais ces solutions n'arrivent jamais à m'ôter l'idée qu'elles sont difficilement applicables, et probablement irréalistes. D'autant plus qu'elles partent du présupposé que les USA renonceraient à la puissance du dollar, chose qui ne me semble pas concevable, sauf cataclysme économique de grande ampleur.

Donc, il me semble que la seule chose à faire pour le moment est de colmater les brèches, de faire face, autant que faire se peut, aux faillites en chaine, quitte, je le sais bien à créer les conditions d'une autre bulle financière. Mais il sera toujours temps, une fois la tempête apaisée, de restreindre la politique monétaire, de mettre en place une meilleure régulation des banques.

PS : Au fait, dans la journée d'hier, l'action Vokswagen a pris plus de 50% avant de redescendre à son point de départ à la clôture. Quand on vous dit que les marchés ne ressemlent plus à rien...

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Rédigé par Polydamas

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Publié le 19 Septembre 2008

A l'heure où j'écris, l'indice phare des valeurs parisiennes se reprend de plus de 9% depuis la clôture de la séance d'hier. L'annonce d'un plan de sauvetage de la part des autorités américaines, et la suspension des opérations de vente à découvert a obligé tous les parieurs à la baisse à clôturer leurs positions créant un mouvement massif de rachat, mouvement qui est la cause de cette hausse impressionnante, et probablement la première de toute l'histoire.

Je n'ai pas grand-chose à rajouter par rapport à mes précédents billets sur la question de la crise, on est désormais face à une restructuration de grande ampleur de la finance mondiale. Lehman Brothers qui avait, semble-t-il tardé à épurer ses comptes, en a payé le prix lourd, personne ne souhaitant la racheter, au plus fort de la crise. AIG, premier assureur mondial, aurait, par sa chute, facilement déclenché un krach systèmique, le gouvernement américain a décidé de le nationaliser en catastrophe. Oui, c'est une forme de privatisation des bénéfices et de socialisation des pertes (quoi que cette phrase demanderait à être relativisée, il n'est pas interdit que l'Etat fasse du bénéfice sur la revente d'AIG lorsque la situation se sera calmée).

L'interprétation la plus classique de cette crise consiste à dire que les intervenants n'ont pas été assez contrôlés, qu'ils étaient livrés à eux-mêmes dans la plus grande anarchie. C'est une vision qui se défend, mais qui oublie certaines fautes de la part des régulateurs.

En effet, une tribune, dans les Echos, rappelle la problèmatique de la "fair value", dont on a beaucoup parlé lors de son introduction, il y a de cela quelques années. En résumé, la fair value, c'est la valorisation des actifs dans un bilan comptable au prix du marché, c'est à dire au prix traité à l'instant de l'arrêté comptable. Ce qui suppose, pour la majorité des outils et produits dérivés, qu'il y ait eu au moins une transaction au moment de cet arrêté.

Or, sur les produits spécialisés, très peu liquides, il arrive, dans le type de situations exceptionnelles qu'on vit actuellement, qu'il n'y ait plus une seule transaction pendant plusieurs semaines ou plusieurs mois. La valorisation de ces produits est donc très difficile, voire impossible, à réaliser. Pourtant l'actif sous-jacent ne vaut pas rien, il n'est pas sans valeur, c'est juste que l'on est incapable d'en avoir une valeur représentative.

On s'en doutait, et les auteurs de l'article l'affichent sans crainte, la notion de fair value n'a pas été introduite en pensant aux mouvements excessifs de marchés (ce qui dénote une méconnaissance grave du fonctionnement des marchés, qui sont toujours, quoi qu'il arrive, toujours excessifs, à la hausse comme à la baisse):

Il est vrai que les méthodes envisagées par le document de consultation de l'IASB (« Discussion Paper - Fair Value Measurements », publié en novembre 2006), reprenant la norme américaine FAS 157, n'ont pas prévu cette situation de stress extrême causé par une chaîne de comportements inhabituels des acteurs du marché. Pour autant, la solution ne peut être de refuser l'exercice d'évaluation, la révélation des risques, ou la comptabilisation au bilan d'actifs dont l'établissement assume tout ou partie du risque, même s'ils ont été logés dans des véhicules supposés « déconsolidants ».

Non, la solution n'est pas de refuser l'évaluation, mais est-elle pour autant de renvoyer la valeur d'un marché en train de paniquer ? Même si la valeur d'acquisition n'est pas optimale, ne peut-on imaginer une sorte de moyenne des derniers prix observés, sur plus ou moins longue période pour valoriser tous les actifs ? L'impératif de fidélité de la comptabilité justifie-t-il qu'on intègre les valeurs les plus aberrantes ?

On peut lire également:

Les pertes définitives, pour partie encore non localisées, ne seront connues que plus tard. Cela ne justifie pas de créer une opposition entre « pertes comptables » et « pertes réelles ». Mais il est bien sûr nécessaire de communiquer sur les méthodes de valorisation retenues, leurs incertitudes et la sensibilité des estimations qui en résultent.

Je me marre, je me gausse, je m'esclaffe, je hurle de rire. Comme si les investisseurs, lors de publications catastrophiques de résultats, regardaient la manière dont on avait valorisé tous les produits exotiques et dérivés. Ils n'en ont rien à cirer, ils font ce qu'ils ont à faire, ils vendent, point barre. Il est intéressant de constater la profonde méconnaissance du marché de ceux en charge des normes comptables.

On voit resurgir à propos de cette crise les critiques sur la comptabilisation à la juste valeur, accusée de créer de la volatilité et d'engendrer un risque systémique. Il convient tout d'abord de rappeler que l'évaluation d'un instrument financier à sa valeur - par opposition à son coût historique figé, souvent nul s'agissant de dérivés - est un révélateur, et non un facteur, de volatilité.


Effectivement, au prime abord, la "fair value" comptable n'est qu'un révélateur. Mais dans un second temps, elle peut accentuer la volatilité sur les titres des entreprises affichant cette fair value. Et si l'on combine cela avec les ratios prudentiels s'appliquant aux institutions financières, obligeant celle-ci à se recapitaliser, à retrouver de l'argent au cas où elle constaterait des pertes affectant ces ratios, on obtient une spirale vicieuse, due pour une bonne part à la régulation.

Lorsque les intervenants, en ce moment en pleine panique, regardent les comptes des institutions financières, qui reflètent leur propre détresse, puisqu'ils intègrent des valorisations excessives à la baisse, ils paniquent encore davantage, d'autant qu'ils savent que ces institutions devront faire appel à eux pour obtenir de l'argent frais. Le prix retenu pour la valorisation des actifs étant déjà frappé par les excès des intervenants, on les accroit en leur présentant des comptes reflètant cette panique. On comprend donc qu'en les analysant, les acteurs, n'ayant pas la sagesse et la volonté de comprendre cet enchainement, se précipite donc sur la vente des titres.

Pour rappel, l'affaire Executive Life avait mise aux prises les Français et les Américains parce qu'une filiale de Pinault avait racheté pour une bouchée de pain en 1991, des montants importants de "junk bonds", d'obligations pourries dont personne ne voulait, mais qui quelques années plus tard, ont été revendues avec un profit pharaonique. Nul doute que certains vont se faire un plaisir de racheter pour rien nombre de fonds subprimes, qui, bien que connaissant un taux de défaut important, vont servir à leurs propriétaires un rendement des plus intéressants. C'est au pire des crises que l'on fait les meilleures affaires, ceux qui ont acheté des actions hier se frottent certainement les mains de constater l'évolution du marché aujourd'hui. Cela montre aussi qu'une valorisation instantanée n'a pas grand sens sur certains produits.

Je ne cherche pas à exonérer les fautes de certaines institutions financières américaines, qui n'ont eu que ce qu'elles méritaient. Il faut être cinglé pour corréler le montant d'un emprunt immobilier, puis de consommation, à la valeur d'un bien immobilier en hausse. Ce système fonctionne tant que le prix monte mais se grippe sérieusement lorsque le prix baisse. Cependant, ces produits ne représentant qu'une faible part des crédits totaux engagés dans le monde, il a fallu bien d'autres facteurs pour aggraver la situation. Et parmi ceux-ci, il ne faut pas oublier la "fair value".

PS : A noter tout de même que la réaction de la FED fut exemplaire, évitant un nouveau 1929.

PS2 : Enfin, philosophiquement, plus j'y réfléchis, plus j'estime que les régulateurs font comme si les intervenants étaient complètement rationnels. Or, la moindre journée de bourse vous démontre le contraire, les acteurs, surtout en matière d'argent sont complètement irrationnels.

PS3 : Si vous ne savez pas quoi faire avec votre argent, il faut lire Econoclaste. Même si je ne partage pas vraiment son avis sur les gérants de patrimoine. :-)

PS4: Je ne suis pas tout seul à penser que c'est aussi une crise de la surréglementation.


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Rédigé par Polydamas

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Publié le 10 Avril 2008

Et c'est le patron de l'Institut français du pétrole, Nicolas Appert, dans un entretien à la Tribune, qui le dit. Oui, je sais, je radote, mais la pédagogie, n'est-ce pas de la répétition ?

 


Le prix du baril de pétrole évolue autour des 100 dollars. À quoi attribuez-vous la hausse de ces derniers mois ?

Depuis 2004, on a assisté à un changement de paradigme sur le marché pétrolier, déclenché par la forte croissance de la demande de pétrole, en particulier de la Chine et de l'Inde, mais aussi de la demande de gaz naturel, de matières premières agricoles et de ressources naturelles. L'offre a eu du mal à suivre car durant les dix à quinze années précédentes, les prix n'avaient pas été très rémunérateurs pour réaliser des investissements. Dans un premier temps, la hausse de la demande a été satisfaite par les pays de l'Opep. Cette situation a permis aux stocks de rester à peu près au même niveau. Mais, l'an dernier, l'offre des pays producteurs n'a pas pu suivre l'augmentation de la demande. La satisfaction de la demande s'est faite par un déstockage. Pour maintenir le niveau des stocks, il faudrait une augmentation de l'ordre de 0,8 million de barils par jour...

 

D'aucuns estiment que la hausse du prix du baril s'explique par la spéculation intense sur les marchés pétroliers...

Il n'y a pas beaucoup d'études convaincantes sur ce sujet. Dès qu'on parle de spéculation, on aborde un sujet très passionnel. Ce n'est pas moral de spéculer. Aussi il faut s'en tenir strictement aux faits. Le marché pétrolier compte un marché physique et un marché papier. Il y a eu une augmentation importante des transactions sur le marché papier ces dernières années et une hausse du prix du baril. Y a-t-il une relation de causalité entre les deux ? Deux thèses s'opposent. Certains vont jusqu'à prétendre que la spéculation représente 20 à 30 dollars sur un prix du baril de 100 dollars. D'autres considèrent — j'en fais partie — qu'en fait la spéculation — qui est l'intervention d'opérateurs non commerciaux sur le marché papier — a tendance à augmenter la volatilité du marché mais pas forcément le niveau des prix.

 

Pourquoi y a-t-il un attrait pour le marché papier du pétrole ?

Les statistiques montrent une corrélation étroite entre le prix du pétrole et la parité euro/dollar. Mais aussi une corrélation étroite entre le prix du pétrole et les indices boursiers, entre le prix du pétrole et la croissance économique. Ce qui signifie que, dans un monde incertain — comme c'est le cas aujourd'hui —, le pétrole représente une valeur refuge, au même titre que l'or. Le parallélisme de l'augmentation des prix du pétrole et du cours de l'or est intéressant à observer sans qu'on puisse dire bien entendu que le cours de l'or augmente à cause du pétrole, ou que le cours du pétrole augmente parce que l'or augmente. Comme le pétrole dépend aussi de facteurs géopolitiques, c'est un marché volatil. Les intervenants sur les marchés apprécient la volatilité
 
 

Comment interprétez-vous le silence de l'Opep face à cette hausse du prix du baril ?

L'Opep a toujours été tiraillée. Derrière l'unanimité de façade, il y a toujours eu une opposition entre les colombes et les faucons. Les traders à Londres avaient coutume de dire que l'Opep était comme une théière, qui donne du bon thé lorsque l'eau est bouillante. L'Opep a joué un rôle important en 1998-1999 quand les prix du pétrole se sont effondrés jusqu'à 10 dollars le baril. Aujourd'hui, l'Opep n'a plus les moyens de contrôler le marché car ses capacites de production disponibles sont extrêmement faibles. Les spares capacities, les capacités de production pouvant être mobilisées pour faire face à un aléa sur le marché, que ce soit un aléa climatique, comme les cyclones Katrina ou Rita, ou géopolitique, comme la guerre du Golfe, sont extrêmement réduites. Elles sont de l'ordre de 2 à 3 millions de barils/jour, alors qu'elles étaient trois fois supérieures il y a dix ans. En 1990-1991, lors de la première guerre du Golfe, les 6 millions de barils/jour de la production irakienne et de la production koweïtienne ont été retirés du marché du jour au lendemain. Les capacités disponibles dans le reste des pays de l'Opep étaient suffisantes pour qu'après une période d'adaptation d'un à deux mois le marché soit convenablement équilibré. Aujourd'hui, la capacité disponible de l'Opep a été absorbée par la croissance de la demande chinoise et indienne.

 

Cela signifie-t-il que l'Opep n'a plus de marge de manoeuvre ?

L'Opep conserve la capacité de limiter la baisse des prix. Ses membres apprécient la source de profits que représente un prix élevé du baril. Ils s'y habituent, considérant que c'est un bon niveau. L'Opep nourrit cependant des inquiétudes. En 1998-1999, la chute des prix avait été liée à une décision malencontreuse d'augmenter à contretemps les quotas, et donc la production, au moment où se déclenchait la crise économique asiatique. Aujourd'hui, d'aucuns prédisent une récession aux États-Unis, la plus grave depuis 1930. Cette crise liée aux subprimes va-t-elle s'étendre à l'ensemble des pays. Ces incertitudes sur l'évolution de la demande expliquent la prudence actuelle des pays membres de l'Opep.

 

Certains membres de l'Opep nationalisent l'ensemble des ressources naturelles de leur pays. Quelles conséquences faut-il en attendre ?

L'augmentation du prix du pétrole a eu des effets tout à fait surprenants sur l'équilibre de l'offre et de la demande. Dans un marché normal, lorsque les prix augmentent, l'offre augmente, et la demande diminue. Dans le cas du marché du pétrole, l'augmentation des prix depuis 2003 s'est traduite par une réduction de l'offre, liée au développement du nationalisme pétrolier, mais aussi par une stagnation au niveau de la demande, qui n'a pas baissé, voire qui a augmenté dans certains pays. La demande de pétrole est soutenue par les pays émergents, par les pays producteurs - les pays de l'Opep représentent environ 20 % de la croissance de la demande de pétrole - et par les pays consommateurs. A cause de la taxation dans certains pays et des subventions dans d'autres, l'augmentation du prix du pétrole brut ne se constate que très partiellement au niveau du consommateur final. Entre 1995 et 2005, le doublement du prix du brut s'est traduit en moyenne au niveau mondial par une augmentation de 20 % en monnaie constante du prix à la pompe et par une baisse de 3 % à 4 % de la demande. Il y a donc eu absence de rééquilibrage entre l'offre et la demande. D'autant que le domaine minier, dans les pays producteurs, a tendance à se refermer progressivement. L'exemple de la Russie est caractéristique. En Arabie Saoudite, il y a une ouverture tout à fait limitée. L'Iran s'était ouvert, mais elle offre des contrats de partage de production peu attractifs. Les compagnies pétrolières internationales sont un peu dans la situation de l'individu qui cherche ses clés sous le lampadaire parce que c'est là qu'il y a de la lumière. Les compagnies n'ont pas la possibilité d'investir là où se trouvent les réserves. Elles investissent dans des domaines déjà très largement explorés, ou à très haute technologie.

 

Ce que vous dites là tempère la théorie du « peak oil », qui voudrait que l'on soit proche d'une limite des capacités de production...

Il y a un fait totalement incontestable. Les énergies fossiles par nature ne sont pas renouvelables. Cela étant, la notion de réserves est une notion technico-économique. Un gisement de pétrole n'est pas un lac sur lequel on peut faire du canoë ou une baignoire qui se vide et qui ne se remplit pas. C'est plutôt une éponge qu'on presse, dans laquelle il reste toujours un peu de liquide. Quelle est la pression que l'on met sur l'éponge ? C'est le niveau de prix et la technologie. En 1973, on considérait avoir trente ans de réserves devant nous. Or en 2003, on avait consommé environ 150 % des réserves que l'on estimait en 1973. On a, désormais, quarante ans de réserves devant nous. Les deux chocs pétroliers ont justifié, par exemple, les investissements en mer du Nord. Et les progrès technologiques ont permis d'investir là où ce n'était pas envisagé, notamment dans les bassins sédimentaires qui nécessitaient des forages profonds. Certains horizons géographiques n'ont toujours pas été prospectés. Les pays de l'Opep ont été largement sous-explorés. La production pétrolière risque d'atteindre un plateau, non par manque de réserves — car il en reste — mais par manque d'investissements. Le problème aujourd'hui n'est pas ce qu'il y a dans le sol, mais les difficultés économiques, financières et géopolitiques pour amener ce pétrole jusqu'au consommateur final.

 

Où en sont les recherches sur les substituts au pétrole ?

Il faut rappeler que 60 % à 70 % du pétrole est consommé dans les transports. Et que la consommation d'énergie dans les transports provient à 97 % de produits pétroliers. Dans les 3 % restants, en gros, il y a 1 % de biocarburants et 1 % à 2 % de gaz naturel. La diversification reste très faible malgré les efforts accomplis depuis des années. Qu'un secteur stratégique pour l'économie nationale et mondiale puisse dépendre d'une seule source d'énergie pose problème. Au risque d'être très politiquement incorrect, la première diversification du pétrole se trouve dans les biocarburants de première génération qu'il est de bon ton de décrier...



Outre leur manque d'inefficience, ils sont accusés de faire augmenter les prix des denrées de base, de mettre en péril l'approvisionnement alimentaire et de favoriser un déboisement accru de la planète...

Toute source d'énergie alternative a sa place. Mais la première diversification pour les transports, ce sont les biocarburants... à partir du moment où ils sont exploités de façon raisonnée, que leur bilan énergétique et environnemental est positif. En liaison avec l'Ademe, l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie, nous avons mené une étude sur les analyses de cycle de vie « du puits à la roue ». Quand on dit que le bilan environnemental des biocarburants est une catastrophe, encore faut-il savoir comment on mesure ce bilan... Ce n'est pas évident car il y a plusieurs intrants : la matière première, les engrais, l'énergie, etc. On produit des biocarburants, mais aussi des co-pro-duits utilisés dans l'alimentation animale ou delà glycérine. Comment affecte-t-on les intrants aux biocarburants ? C'est une question clé. Si on veut faire de l'éthanol comme cela se fait parfois, avec une distillation qui fonctionne au charbon, il est évident que le bilan environnemental sera négatif. Si la production de biocarburants entraîne une déforestation massive, le bilan est négatif. Tout excès est condamnable. Notre étude montre qu'en France, où il y a encore des espaces disponibles, le bilan des biocarburants est positif. Il subsiste une incertitude par rapport aux émissions de N2O (protoxyde d'azote). Le prix Nobel de chimie Crutzen estime que le N2O tiré des engrais a un effet de gaz à effet de serre important. Cela dépend des pratiques culturales. Il y a des travaux de recherche, mais le consensus, pour l'instant, est que les émissions de N2O sont relativement limitées.

 

A vous entendre, il faudrait réserver la production de biocarburants à l'Europe...

Je ne pense pas que la façon dont les biocarburants se développent en Europe conduise à des excès. Les biocarburants de première génération se heurteront à terme à une limite du fait de la concurrence entre les usages alimentaires et non alimentaires. cas de l'Europe, des études montrent que, au-delà de 5 %-7 % de biocarburants dans la consommation totale de carburants, on risque d'être confronté à cette concurrence alimentaire-non alimentaire.

Plutôt que d'exporter du blé pour fabriquer du pain, on risque alors de produire du blé pour produire des biocarburants,.. Pour aller au-delà, il est nécessaire de développer des biocarburants de deuxième génération qui permettent d'utiliser, soit la totalité de la plante, soit des matières premières agricoles non alimentaires (ce que les spécialistes appellent les matières ligno-cellulosiques : du bois, des décbets de bois, de la paille, etc.). Deux voies sont suivies en Europe et aux États-Unis : l'une est biochimique, qui consiste à traiter cette matière première par voie enzymatique, pour en produire de l'éthanol, après transformation en sucre, l'autre est la voie thermochimique, on gazéifie la matière première pour ensuite, avec des procédés pétroliers de conversion, produire un diesel de bonne qualité. Des projets sont en cours de montage en France sur ces deux voies.

 

Cela peut se faire à quel horizon ?

Un projet utilisant la voie biochimique devrait être prochainement lancé. Il faudra deux ans pour construire une unité. Après, il faudra la faire tourner pendant trois à cinq ans. Si on ne perd pas de temps, on saura en 2015 si l'on dispose d'un procédé opérationnel compétitif et s'il est possible de réaliser une première unité industrielle. Il faudra alors qu'un industriel prenne le risque de déployer le procédé. Les biocarburants de deuxième génération sont une voie prometteuse. Mais en tant que président d'un organisme de recherche, je me dois de rappeler tout le monde à la modestie. Nous ne sommes pas certains de réussir à développer un procédé compétitif. Survendre les biocarburants de deuxième génération peut nuire aux carburants de première génération... Il y a place pour les deux.

 

Vous explorez la piste des moteurs optimisés et des voitures hybrides. Ne partez-vous pas en retard par rapport aux constructeurs japonais ?

Il est courant de dire que les constructeurs automobiles français manquent d'imagination, qu'ils sont en retard au plan technologique et qu'un seul constructeur a une vision d'avenir, Toyota. Toyota a réussi à convaincre que véhicule hybride égale Prius, égale Toyota. Ce qui n'est pas tout à fait vrai, car le système de la Prius est semble-t-il coûteux. Alors que l'hybridation comporte toute une gamme qui va du tout-hybride - qui est le système de Toyota -à une hybridation réduite, par exemple le système stop-and-start développé par Valeo. Avec le stop-and-start, le moteur se coupe à l'arrêt. Ce qui permet de réduire de 15 % la consommation en ville. À terme, on peut aussi penser à des véhicules hybrides qui seraient rechargeables sur le réseau électrique.

 

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Rédigé par Polydamas

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