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22 décembre 2008 1 22 /12 /décembre /2008 15:11
Je sais qu'il ne faut pas que je m'attache à lire les aberrations sur la finance que certains répètent incessamment, mais il n'y a rien à faire, je m'accroche. Dernière en date, la note de Plunkett sur le scandale Madoff, dont la connaissance en finance est, on le constate tous les jours, embryonnaire, pour ne pas dire complètement erronée.

Extrait:

Un lecteur nous signalait cet après-midi la prestation télévisée d’un « expert » (en fait, le patron d’une agence d’audit anti-risques)  affirmant qu’il fallait abolir les dernières règles légales et mettre les enquêtes de sécurité entièrement à la charge des investisseurs : à ceux-ci de payer (cher) les agences d’audit

Devant une immense escroquerie, venant aggraver une énorme catastrophe économique, due elle-même à la finance pirate, tout ce que nos joyeux quadras de la finance trouvent à proposer, c’est encore un peu plus de dérégulation… au profit de leur propre business. Comme disait l’un des personnages de Vivement dimanche : « Y en a qui disent : vaut mieux entendre ça que d’être sourd ; moi je dis : vaut mieux vaut être sourd que d’entendre ça. » Plus sérieusement, j’indique que j’ai moi-même vu l’émission. L’ « expert » en question est un garçon du meilleur monde, comme disait ma grand’mère : famille catho depuis avant Jésus-Christ, avec colonels à volonté et châteaux dans l’Ouest.  Voilà pourquoi je fais cette note : pour que le microcosme se réveille de son coma éthique.


J'ai rarement lu autant de bêtises en aussi peu de lignes. En préambule, je dois avouer ne pas avoir vu l'émission. Mais point n'est besoin de l'avoir vue pour démonter ces sornettes. Par contre, effectivement, je fais partie des catholiques travaillant en finance, je vais donc m'efforcer de faire une petite explication de texte sur ces thématiques.

M. de Plunkett n'ignore pas, ou fait semblant d'ignorer, que l'une des raisons principales de la chute d'Enron, Worldcom, Madoff, et autres scandales, était un problème de fiabilité des comptes. Andersen, cabinet d'audit majeur, a fait faillite à la suite d' Enron, l'enquête ayant révélée que les équipes du cabinet avaient non seulement camouflé et truqué tous les comptes présentés aux investissseurs, mais également tenté de détruire toutes les preuves de ces agissements.

Mais tout d'abord, reprenons les définitions, qu'est ce que l'audit, que nous dit Wikipédia ?

L'audit comptable et financier est un examen des états financiers de l'entreprise, visant à vérifier leur sincérité, leur régularité, leur conformité et leur aptitude à refléter l'image fidèle de l'entreprise. Cet examen est effectué par un professionnel indépendant appelé « auditeur », ancien terme français qui se retrouve en France par exemple dans les grades d'auditeur de la Cour des comptes ou du Conseil d'État.

L’audit comptable et financier est la forme moderne de contrôle, de vérification, d’inspection, de surveillance des comptes, en apportant une dimension critique. L’audit peut être interne ou externe. L’audit peut être financier. Il peut faire l'objet de missions contractuelles ou légales. L’audit est souvent plus large que la notion de révision et dépasse le domaine comptable et financier.


Ainsi chaque entreprise est dans la situation ubuesque où les cabinets d'audit sont payés et mandatés par les gens dont ils sont chargés de vérifier les comptes. On comprend vite que le rapport de force n'est pas toujours du côté de l'auditeur, surtout si l'entreprise auditée est de taille importante et représente une partie importante du chiffre d'affaire du cabinet. Un auditeur qui souhaiterait déclarer que les comptes de son client ne sont ni fiables, ni sincères, ni fidèles, se verrait instantanément rappeler à l'ordre par son client, qui lui rappellerait le gros chèque qu'il est censé lui signer à la fin de la mission. Dans ce cadre, les auditeurs sont régulièrement amenés à porter des réserves sur des comptes qu'ils n'ont pu examiner, manière discrète de dire qu'ils n'avalisent pas intégralement les comptes réalisés par l'entreprise.

Un cabinet d'audit travaille par extraction aléatoire des flux financiers et vérifie ensuite leur bon enregistrement dans les livres comptables. Autant dire que la plupart du temps, les auditeurs ne voient pas grand-chose dans les grosses structures, le petit jeu des directeurs financiers, et autres contrôleurs de gestion, étant justement de camoufler toute la poussière sous le tapis, en d'autres termes, de ne pas laisser auditer les données considérées, à tort ou à raison, comme sensibles. Quand on a découvert tous les charmes de la comptabilité dite "créative", on comprend vite qu'un bilan comptable est un outil  de communication de l'entreprise à destination de l'environnement, et non pas un état fidèle de la réalité, ce en quoi je rejoins la critique de la finance qu'en fait une journaliste comme Aliocha (avec qui je suis rarement d'accord, mais qui, sur ce point tout du moins, n'a pas tort).

Petite précision tout de même, ces méthodes ne concernent pas les petites structures dont la taille et l'ampleur sont trop faibles pour camoufler quoi que ce soit. A noter également que les choix de classification comptable sont beaucoup moins nombreux que dans les grosses entreprises. La très grande majorité des comptes réalisés en France sont donc fiables, qu'on ne se méprenne pas sur mes propos. Mais dans les très grosses structures, la tâche est toute autre, il y a un jeu complexe de pouvoirs et de négociations autour de la validité des comptes. Même si globalement, il est de l'intérêt de l'entreprise de présenter des comptes à peu près conformes avec la réalité, et je pense que ceux de la majorité des grosses entreprises le sont, il est toujours possible de camoufler des chiffres sensibles dans telle ou telle filiale de filiale à l'étranger, ou en paradis offshore, bien à l'écart du regard des auditeurs. Ça peut être illégal, sans être forcèment immoral, si des armées entières de fiscalistes sont payés pour diminuer l'impôt sur les sociétés au minimum, ce n'est pas pour rien.

Alors, puisque l'on sait que les comptes sont nécessairement peu fiables, dus à la trop grande quantité d'informations, et à l'incapacité de les réunir correctement, que faire ?

Et bien, et c'est là où l'expert a raison, on peut commencer par clarifier les choses. Donc, de transférer la responsabilité, et par conséquent, le coût de l'audit, à ceux à qui l'audit profite vraiment, c'est à dire les propriétaires de l'entreprise. Contrairement à ce que M. de Plunkett raconte, cela n'a rien à voir avec du libéralisme. Il faut tout simplement lever l'ambigüité sur la hiérarchie des pouvoirs, que les auditeurs soient libérés de toute pression financière et contractuelle par rapport aux gens auprès de qui ils sont missionnés, qu'ils puissent parler librement aux actionnaires, et évoluer librement dans l'entreprise. D'où l'idée de faire payer les investisseurs, les premiers interessés avec les salariés, de l'état réel de la compagnie dont ils sont propriétaires.

Cette mesure aurait pu être une très bonne idée dans le cas de Madoff puisqu'il a été rapidement révélé que la tenue des comptes était validée par un cabinet très proche de l'escroc, et qui ne comportait que trois collaborateurs. Ce fait a mis la puce à l'oreille de nombreux investisseurs qui s'en sont ecartés, d'autres investisseurs, probablement moins professionnels, oubliant cette règle élémentaire, et faisant confiance à la brillante renommée du financier, consulté régulièrement par la SEC. Madoff n'était pas tenu de faire valider ses comptes par une institution renommée, sa clientèle comptant en direct moins de 50 clients. Il suffisait de faire investir ses clients par un fonds nourricier, c'est à dire un fonds intermédiaire entre ses clients et le fonds crapuleux, pour rester en-dessous de cette limite.

A ce sujet, on lira avec profit ce très bon article qui liste la somme des irrégularités qui auraient du attirer l'attention des clients de Madoff, et notamment, son refus catégorique de laisser les investisseurs contacter son cabinet d'audit. Petite réserve néanmoins, il est aisé de refaire le match après-coup, en regardant le passé à la lumière de ce qu'on connait aujourd'hui. D'autres éléments, à l'époque, étaient certainement nombreux en faveur d'un investissement chez Madoff, et notamment, son implication avec les autorités de régulation ou sa bonne réputation dans la communauté financière. Crier haro sur le baudet est facile quand on sait ce qu'il s'est passé.

undefined Toujours est-il que si les investisseurs de Madoff, avaient eux-mêmes choisi, mandaté, et payé le cabinet d'audit qui aurait vérifié les comptes de Madoff, il est hautement probable qu'il n'aurait jamais prospéré tranquillement à l'abri des soupçons, l'auditeur n'ayant, dans ce cas, aucun intérêt à camoufler la mauvaise santé de la société auditée.

Ceci posé, en-dehors du problème de la faisabilité, il est évident également que cette mesure risque de chambouler quelque peu les vieilles habitudes financières et entrepreneuriales, qu'elle risque d'être peu ou mal appliquée, et que beaucoup d'actionnaires ne souhaiteront certainement pas faire cette dépense. D'autant qu'il est probable que les conseils d'administration, et autres conseils de surveillance, voient d'un mauvais oeil cette mesure qui viendrait jeter la suspicion sur les relations qu'ils peuvent entretenir avec le management d'une société qu'ils ont eux-mêmes nommé. Il est évident ensuite que cette mesure ne peut se concevoir sans une hausse du dividende, le budget accordé à l'audit devant être intégralement reversé en-sus du dividende initial.

Il est évident enfin que, sans faire de miracles (je doute que l'instauration d'une règle de ce type bannissent les scandales financiers à tout jamais, ceux-ci sont aussi vieux que le capitalisme), cette mesure va restaurer l'autorité des conseils d'administration, et le rôle de l'actionnaire aux dépens du PDG tout-puissant, système dans lequel nous évoluons actuellement. Aujourd'hui, du fait de leur morcellement, du grand nombre de petits porteurs, les actionnaires se contentent de suivre, hors-cas exceptionnels, les recommandations du PDG. Cette mesure permettrait tout simplement d'enlever un peu de pouvoir au PDG, en l'excluant d'une partie des décisions concernant la validité des comptes de l'entreprise.  Cela permettrait aux actionnaires d'abandonner ce rôle passif, de leur redonner un peu de pouvoir, eux, les seules personnes légitimes pour l'exercer.

Donc, dans cette proposition, j'ai beau l'examiner sous toutes ses coutures, je ne vois nul coma éthique, par contre, je constate une magnifique ignorance du monde de l'entreprise de la part de certains. Et il parait que ce sont les mecs comme moi qui ne lisent pas les journaux, allez comprendre...

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Published by Polydamas - dans Finance
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commentaires

artémis 23/12/2008

je viens maintenant regarder vos billets et vous remercie de la clarté et la précision de cet article vous etes également lecteur d'éolas et d'aliocha j'aime bien la manière dont aliocha répond à ses lecteurs par certaines réactions d' eolas et son ton péremptoire me gènent mais l'intéret c'est de partager bone soirée

pulp 23/12/2008

Merci pour ce billet très pertinent. Je vois bien tous les avantages de votre proposition de rattacher directement les auditeurs aux actionnaires. Il reste à savoir si elle est réalisable. Prenons un grand groupe avec un actionnariat éclaté. Comment se ferait le choix de l'auditeur ? Si c'est par l'assemblée générale des actionnaires, le risque est grand qu'elle ne puisse que valider la sélection faite par les dirigeants, qui présenteront les candidats de leur choix. Si c'est par le comité d'audit, on retrouvera toutes les craintes de servilité des administrateurs à l'égard des dirigeants. En sortant des considérations juridico-institutionnelles, on peut penser que la puissance de la volonté, ou la volonté de puissance des dirigeants, sont trop déterminées pour que les forces de contrôle soient efficaces. Vous le montrez bien dans le passage où vous évoquez la comptabilité créative et la négociation entre la direction financnière et les commissaires aux comptes. C'est encore plus vrai quand cette volonté est sous-tendue par une fraude. C'est alors que l'arrogance dissimulatrice (comme dans Enron) ou la cauteleuse bénévolence (comme pour Madoff) donnent toute leur mesure pour duper les contrôleurs. On peut alors se poser une question personnelle: étant auditeur de ces fraudeurs, aurais-je su résister à leurs manipulations? J'aimerais être certain que oui pour ce qui me concerne. J'ai une question s'agissant de Madoff: est-il vrai qu'une telle fraudde (schéma de Ponzi) serait impossible en France grâce à la séparation des fonctions de gestionnaire et de dépositaire dans les OPCVM ? Le contrôle du dépositaire ne suffit-il pas pour empêcher la simple évaporation des fonds ? Et qu'en est-il pour les fonds de droit Luxembourgeois qui sont impliqués ?Bien à vous 

Mad jurist 23/12/2008

..."coma éthique"...curieux terme...le mot morale est-il tabou ???

Ulpien 26/12/2008

Merci de prendre le temps de nous faire partager cette intéressante réflexion. Joyeux Noël et bon courage pour les semaines qui viennent.

pulp 29/12/2008

Merci pour votre réponse.Je trouve que parler d'"acoquinage" est beaucoup trop fort. On ne peut pas mettre en doute de manière générale la valeur ou la bonne foi des administrateurs. Mais il est clair qu'il y a un problème de sélection, de proximité et de communauté d'intérêts au sein des conseils d'administration et de leurs comités. Nous sommes d'accord pour penser que les fraudeurs sauront toujours contourner les règles et les contrôles. C'est pourquoi il faut maintenir un système de sanction, avec une composante pénale pour les cas graves et une responsabilité civile sérieuse (c'est-à-dire coûteuse)pour les fautes de gestion et les négligences inexcusables. Je crois que la beauté de la séparation des fonctions de dépositaire et de gérant (à la française), c'est qu'ils doivent être indépendants l'un de l'autre: le système Madoff qui permet au gérant d'être aussi broker et de contrôler jusqu'à son commissaire aux comptes est clairement fautif.La question est: est-ce que le système français fait assez savoir qu'il est mieux contrôlé, plus fiable et plus transparent ? Cela doit devenir un argument des investisseurs / limited partners pour exiger soit que le fonds soit localisé en France (plutôt par exemple qu'au Luxembourg ou aux iles Cayman), soit que le régulateur européen aligne les règles prudentielles sur le système français pour la délivrance du passeport.En effet, en tant qu'investisseur, il faut savoir résister aux pressions des gestionnaires qui expliquent que l'on peut parfaitement passer par des systèmes exotiques, qui certes peuvent offrir des traitements fiscaux favorables, mais qui ne savent pas garantir le niveau de contrôle et de sécurité adéquat.