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Publié le 16 Juin 2011

Découverte de ce texte de Péguy à l'occasion d'une petite balade entre Paris et Chartres.

 

Il y a quelque chose de pire que d’avoir une mauvaise pensée. C’est d’avoir une pensée toute faite.

Il y a quelque chose de pire que d’avoir une mauvaise âme et même de se faire une mauvaise âme. C’est d’avoir une âme toute faite.

Il y a quelque chose de pire que d’avoir une âme même perverse. C’est d’avoir une âme habituée.

On a vu les jeux incroyables de la grâce pénétrer une mauvaise âme et même une âme perverse et on a vu sauver ce qui paraissait perdu. Mais on n’a pas vu mouiller ce qui était verni, on n’a pas vu traverser ce qui était imperméable, on n’a pas vu tremper ce qui était habitué… Les « honnêtes gens » ne mouillent pas à la grâce.

C’est que précisément les plus honnêtes gens, ou simplement les honnêtes gens, ou enfin ceux qu’on nomme tels, et qui aiment à se nommer tels, n’ont point de défauts eux-mêmes dans l’armure. Ils ne sont pas blessés. Leur peau de morale, constamment intacte, leur fait un cuir et une cuirasse sans faute.

Ils ne présentent point cette ouverture que fait une affreuse blessure, une inoubliable détresse, un regret invincible, un point de suture éternellement mal joint, une mortelle inquiétude, une invincible arrière-anxiété, une amertume secrète, un effondrement perpétuellement masqué une cicatrice éternellement mal fermée. Ils ne présentent pas cette entrée à la grâce qu’est essentiellement le péché.

Parce qu’ils ne sont pas blessés, ils ne sont pas vulnérables. Parce qu’ils ne manquent de rien, on ne leur apporte rien. Parce qu’ils ne manquent de rien, on ne leur apporte pas ce qui est tout. La charité même de Dieu ne panse point celui qui n’a pas de plaies.

C’est parce qu’un homme était par terre que le Samaritain le ramassa.

C’est parce que la face de Jésus était sale que Véronique l’essuya d’un mouchoir. Or celui qui n’est pas tombé ne sera jamais ramassé ; et celui qui n’est pas sale ne sera pas essuyé.

 

Charles Péguy, Note conjointe sur M. Descartes et la philosophie cartésienne in Œuvres en prose, 1909-1914, Paris,  Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1959, p. 1397.

 

Grâce à mon ami Google, je constate que Baroque et Fatigué en a aussi publié un extrait il y a quelques mois, davantage axé sur la morale. A lire également ici.

 

Il semblerait que l'intégrale de ce texte soit disponible sur Wikisource.

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Rédigé par Polydamas

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Publié le 22 Novembre 2009

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Publié le 2 Novembre 2008


C'est tellement vrai.

Les âmes supérieures s'égorgent silencieusement et invisiblement elles-mêmes dans l'obscurité quasi-sépulcrale de leurs combats intérieurs. Il se livre là, dans cet atome vivant de leur coeur, de fières batailles, des batailles plus grandes qu'Arbelles et Austerlitz, où tombent des empires et se perdent des provinces, où décampent des multitudes et se signent parfois de honteux traités. Quels yeux de la terre seraient capables de contempler cette Cité des coeurs, où combattent d'un combat spirituel, sans repos ni trêve, la vraie vie et la vraie mort !

Léon Bloy, Propos d'un entrepreneur de démolitions.

Via Eymeric.

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