Publié le 29 Mars 2009

Parmi les commentateurs non blogueurs de qualité,  quelques noms me viennent en tête: Vhp, Denis I,
et bien sûr, un intervenant qui se fait régulièrement remarquer pour la qualité de ses interventions, Robert Marchenoir. Or ce dernier vient d'intégrer la fine équipe d'ILYS et c'est une bonne nouvelle. Tous ses billets sont réunis ici.

Voici ce qu'est capable de pondre le personnage, ce sont des textes extrêmement bien ficelés, j'en suis, pour ma part, très admiratif. XP avait commencé avec ce commentaire remarquable, on pourrait en trouver bien d'autres. Il est dommage de laisser des textes pareils dans l'obscurité des commentaires.

Tel est le cas du logement social en France:

La situation du logement dit social en France est aberrante, indépendamment de l’immigration. Les vrais chiffres qui permettent de la comprendre ne sont pratiquement jamais évoqués dans les médias. Ils sont pourtant disponibles pour qui s’en donne la peine.

Je n’ai pas le temps de vous les retrouver un par un, mais la synthèse du problème est la suivante (en 23 points — eh oui, ce commentaire va être long; il y a des problèmes complexes qui ne s’expliquent pas en deux-trois slogans…).undefined

1. Il y a beaucoup trop de logements sociaux en France. Je répète, au cas où certains auraient cru à une erreur: on ne manque pas de logements sociaux; bien au contraire, il y en a trop.

2. Le pourcentage des locataires, en France, qui habitent dans un logement communiste (c’est à dire qui sont logés par l’Etat, c’est à dire qui habitent un logement social) est absolument effarant (de l’ordre de 40%, si je me souviens bien).

3. La vocation normale du logement social, si tant est qu’il doive exister dans un pays, est de loger la petite minorité de gens qui ont tellement peu de revenus qu’ils ne peuvent s’en sortir par eux-mêmes; et de le faire temporairement (un an, deux ans), le temps que ces personnes puissent sortir la tête de l’eau et réintégrer le secteur privé.

4. Ces deux conditions sont à l’opposé de la situation française, où être logé par l’Etat est considéré comme un drouadlôm, au point que cela a été inscrit dans la loi par un gouvernement prétendu de droite.

5. Comme cela a été indiqué par Moi Mad, sur le papier, la majorité des Français a droit à un logement social. Cela seul devrait mettre la puce à l’oreille, et faire comprendre que le système tel qu’il est conçu est aberrant: on ne peut pas concevoir qu’une majorité de Français soit “pauvre” au point qu’elle doive être secourue par l’Etat pour se loger.

6. Les locataires de logements sociaux ont, en majorité, des revenus corrects. Ce ne sont pas forcément des riches, mais ce ne sont pas des pauvres non plus. En revanche, les vrais pauvres, ceux auxquels les logements sociaux devraient être destinés, en principe, sont sous-représentés.

7. Les gens restent très longtemps dans un logement social — beaucoup trop longtemps. Le taux de rotation est très faible. Normal: on ne renonce pas aisément au privilège d’un loyer deux ou trois fois inférieur au prix du marché.

8. Les locataires dont le revenu a dépassé le seuil admissible pour avoir droit à un logement social restent en place. Les surloyers, prévus en pareil cas, sont très rarement appliqués.

9. Les frais de gestion des logements sociaux sont bien plus élevés que ceux des logements privés. C’est aberrant sur le papier, puisque des logements “de pauvres” devraient coûter nettement moins cher (en entretien, en parties communes…) que les logements “de riches”.

Mais on retrouve là une loi qui se vérifie partout: le secteur privé est plus efficace, moins gaspilleur, que le secteur public. La différence s’explique, entre autres, par la corruption: un organisme HLM, n’étant pas soumis à la loi du marché, sert à fournir des postes (bien) rémunérés à des amis politiques.

L’argent de la corruption est de l’argent volé à tous les citoyens, et en particulier aux plus pauvres.

10. Il existe une incitation, pour les organismes de HLM, consubstantielle au système, à favoriser les locataires les plus aisés, et à fermer les yeux sur le non-respect des règles d’attribution et de maintien dans les lieux. Un “pauvre” a plus de chances d’être un mauvais payeur.

Or, il est très difficile d’expulser un mauvais payeur d’un HLM, encore plus que dans le secteur privé: son dossier se retrouverait aussitôt devant le maire… qui fait tout pour être être réélu.

11. On connaît des cas (région parisienne, mairie communiste), où des “locataires” de HLM ont cessé de payer leur loyer pendant dix ans et plus. Expulser des “pauvres” étant fâchiiisse, ce genre de situation est presque inévitable.

12. Le logement locatif privé est rare, cher, et régi par des pratiques ultra-sélectives. Puisque la loi rend extrêmement difficile et coûteuse l’expulsion d’un mauvais payeur — et interdit, sauf rares exceptions, de se débarrasser d’un locataire une fois qu’un bail a été signé — cet état de fait est inévitable.

13. Par conséquent, la demande de logement locatif qui ne peut être satisfaite dans le privé se reporte sur le logement pseudo-social — qui n’est autre qu’un logement d’Etat. L’écart de prix étant énorme, la demande de logement social est, et restera, infinie par rapport à l’offre.

Aucun programme de “construction de logements sociaux”, aussi massif soit-il, aucun “plan Marshall” ou autres rodomondates politiciennes et revendicatives ne saurait remédier à ce déséquilibre de la demande par rapport à l’offre.

14. Ceux qui vivent dans des logements massivement subventionnés, et qui ont été formatés par un siècle de propagande à tout attendre de l’Etat, n’ont naturellement pas tendance à se considérer responsables du lieu où ils vivent. D’où négligences, incivilités, dégradations, actes anti-sociaux, qui pourrissent la vie de tous.

En réaction, les stato-gauchistes prétendent éternellement que l’Etat “n’en fait pas assez”, et la boucle est bouclée. Le puits sans fonds de la dépense publique inefficace se creuse toujours plus.

15. Comme le marché du logement social ne peut être régulé par le prix, il est régulé par la corruption et la magouille. Pour se faire loger en HLM, il faut être bien vu de la mairie, de l’assoce qui est dans les petits papiers du maire, connaître Chose ou Machin, etc.

Cela détruit le “lien social” et le “vivre-ensemble” — expressions que je déteste vu l’usage qui en est fait par la gauche, mais qui correspondent néanmoins à une réalité.

16. Comme dans tous les cas où un Etat socialiste prétend s’affranchir massivement des lois du marché, ce dernier se venge par des pratiques illégales.

Moi Mad a cité le cas d’un locataire en HLM propriétaire de trois appartement de rapport. De tels contournements sont multiples et inévitables. Grâce à la géniale politique gauchiste de “mixité sociale”, je connais un locataire de HLM dans un quartier chic de Paris qui arrondit ses fins de mois en louant son logement à des visiteurs étrangers, au noir, à la semaine, aux prix du marché touristique.

Quand on prétend aider les pauvres en créant des déséquilibres énormes par rapport aux prix du marché, ce ne sont pas les pauvres qui en profitent: ce sont les petits malins qui détournent le système, et qui volent l’argent public — c’est à dire celui des pauvres.

17. Comme l’Etat s’arroge le monopole du marché du logement locatif courant (le prétendu logement social), les promoteurs privés, victimes de concurrence déloyale, se désintéressent de ce marché, et se concentrent sur l’habitation haut de gamme. Cela aggrave la pénurie de logements locatifs privés, qui à son tour amplifie la pénurie de logement d’Etat, etc. Cercle vicieux.

Or, il n’y a aucune raison pour que des promoteurs privés et des propriétaires privés ne puissent pas gagner de l’argent en construisant, puis en louant des logements à des “pauvres”, à un loyer que ces derniers puissent payer. De nombreux exemples étrangers le prouvent. Au Canada, aux Etats-Unis, en Belgique, de nombreux “pauvres” sont logés ainsi, à la satisfaction et des propriétaires et des locataires. Pourquoi cela ne serait-il pas possible en France?

18. Parce que, par ailleurs, la France est étouffée par des réglementations qui interdisent de construire des logements sur la quasi-totalité du territoire — sauf exception et autorisations spéciales, difficiles, longues et coûteuses à obtenir. Ce point, fondamental, est le plus méconnu. C’est lui qui fait grimper de façon artificielle le coût du logement — qu’il s’agisse de la location ou de l’achat.

Les réglementations extrêmement restrictives qui régissent les permis de construire, les plans d’occupation des sols conçus sous prétexte de protection de l’environnement, donnent en réalité une prime injuste aux propriétaires existants (dont le bien s’apprécie, dont la vue est préservée), au détriment des candidats à la propriété et à la location.

La pénurie de logements artificielle qui en résulte, et qui fait monter les prix, a été démontrée aux Etats-Unis, où des situations opposées existent, selon les Etats. Dans les zones à la fois peu réglementées et économiquement dynamiques (c’est à dire attractives), les prix de l’immobilier ont très peu monté.

19. Cette situation ahurissante existe en France presque sans interruption depuis… 1918. Sous prétexte d’aider “momentanément” les victimes de la guerre à se loger, la France a mis en place des lois pro-locataires et anti-propriétaires qui aboutissent à une semi-nationalisation de fait du logement locatif privé, à une semi-expropriation des propriétaires.

Etonnez-vous, après cela, que les propriétaires soient réticents à louer, et mettent des barrières infranchissables à l’entrée dans les lieux.

20. Les mesures de blocage des loyers de 1918 ont été reconduites après la Seconde guerre mondiale, avec la fameuse loi de 1948. Conçue pour les veuves de guerre, elle subsiste jusqu’à nos jours, longtemps après la mort des derniers survivants.

Dans l’immeuble privé où j’habite, une vieille dame est décédée l’année dernière. Elle était entrée dans les lieux en… 1947. Bénéficiant de la loi de 1948, elle n’avait pas de bail et ne payait pas de loyer, mais une “indemnité d’occupation”, devenue, au fil des ans, massivement inférieure au loyer des autres occupants de l’immeuble, pour un appartement exactement semblable. Depuis 1948, ses propriétaires successifs (eux aussi décédés, au fil des années, et suivis par leurs héritiers), avaient interdiction de l’expulser, de par les sages édits de l’Union des Républiques Socialistes Françaises.

21. Depuis 1954, l’idéologie officielle de la France, en matière de logement, est celle de l’abbé Pierre. De l’extrême-gauche à l’extrême-droite, tout le monde est abbépierriste, ce qui se résume à ceci: les pauvres sont gentils, les pauvres ont du mal à se loger, et c’est mal; les riches sont méchants, ils sont pourris de pognon, ils n’en donnent pas assez aux pauvres pour se loger, et c’est mal; s’il y a la crise du logement, c’est parce que l’Etat ne donne pas assez de pognon pour loger les pauvres, ne construit pas assez de HLM, ne fait pas assez de “grandes lois” et de “plans Marshall”, et ça c’est crès crès mal.

Depuis 1954, les politiciens se font photographier aux côtés de l’abbé Pierre (maintenant, aux côtés de “Don Quichotte”, version hargneuse et laïque de son prédécesseur), parce que c’est électoralement payant.

Ils font, ensuite, plus ou moins ce qu’il leur a dit de faire (ce qui s’est vérifié avec Monsieur Don Quichotte et l’inapplicable loi sur le droit au logement): résultat, les mêmes causes produisent les mêmes effets, c’est à dire qu’on s’obstine à patauger dans la même merde depuis 1954.

L’effroyable vérité est que la pénurie de logements est créée et entretenue par les mesures mêmes qui prétendent l’éliminer — comme souvent en matière économique.


22. Inutile de dire que la politique immigrationniste de la France aggrave ce cercle vicieux. Les preuves abondent sur ce site, tout le monde en est convaincu ici, je n’y reviens donc pas.

Mais ce qui est important, c’est de comprendre que l’immigration n’est pas à l’origine de la crise du logement. Les mécanismes pervers qui l’entretiennent depuis près d’un siècle lui préexistent.

23. Je ne saurai trop vous encourager à lire le petit livre intitulé “Logement: crise publique, remèdes privés” de Vincent Bénard, d’où sont tirés la plupart des faits et analyses mentionnés ici.

Je conseille à 30% des lecteurs de FDS de saisir auparavant le sac à vomi qui se trouve sous leur siège, car Vincent Bénard, président de l’Institut Hayek de Bruxelles, est un horrible ultra-libérâââl qui ne s’en cache même pas (le salopard).

Toutefois, après avoir rendu leur cassoulet ou leur choucroute, ils découvriront une enquête à la fois unique et honnête, qui leur fournira matière à réflexion.

Et si vous n’avez vraiment pas de quoi acheter son livre pour l’encourager dans son travail d’intérêt public (ce qui serait dommage), vous pouvez lire son blog, où il présente l’essentiel de ses recherches gratuitement:

http://www.crisepublique.fr/


Trouvé sur le best-of des commentaires de FDS.

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Rédigé par Polydamas

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Publié le 23 Mars 2009

L'hystérie médiatique française est telle que je me demande si elle ne va pas avoir l'effet inverse de celui recherché. Car, au moins ces polémiques ont-t-elles le mérite de clarifier les positions. La vérité nous rend libre, disait le Christ, c'est exactement ce qu'il est possible d'observer, les positions se découvrent pour tous. A l'issue de ces deux mois de controverses, plusieurs enseignements sont à tirer, même s'il est évidemment un peu tôt pour des conclusions définitives.

Jamais auparavant les catholiques n'avaient lu autant de droit canon, de textes du Concile, ou ne se sont autant informés sur les subtilités de l'Eglise catholique, sur le magistère extraordinaire ou ordinaire dans le cadre de l'infaillibilité pontificale. Pour les personnes un peu curieuses, l'excommunication ou le site du Vatican n'a plus aucun secret. Pour beaucoup d'entre eux, le web a représenté le moyen unique de s'informer vraiment sur la suite des événements, comme par exemple, ce communiqué sur l'affaire brésilienne, qui vient éclairer de nombreux points (dont notamment celui que la vie de la petite fille n'était pas en danger). Il y a un droit de suite sur le web, qu'on ne trouve pas ou plus ailleurs.

Les médias, comprenant que les catholiques n'ont pas à faire de compromis,  n'en sont que plus virulents contre les remarques dont ils font l'objet, à l'instar de l'Express, dont les billets ont été abondemment commentés par des catholiques en colère, à tel point qu'ils se sont permis d'imaginer on ne sait quel scénario à la Da Vinci Code:

Nous dénonçons, nous, un travail de ‘communication’ concerté (dans laquelle l’église est passée maître), une stratégie de contre-attaque, dont le déclenchement et l’origine nous laisse, comme vous dites, un arrière-goût désagréable.

Difficile de ne pas s'esclaffer devant de tels propos parce que si l'Eglise était vraiment un maitre en communication, elle n'aurait probablement pas eu autant de problèmes depuis deux mois. Impossible pour ce journaliste d'imaginer qu'ils puissent blesser des catholiques par ses propos biaisés et mensongers, et donc, qui réagissent (au passage, les commentaires, c'est justement fait pour ça). A l'instar des réactions courroucées de quelques catholiques sur le parvis de Notre Dame, ce qui étonne même l'instigateur de la manifestation (le pauvre chéri). Les cathos répliquent, contre-attaquent et c'est heureux.

Ainsi, il me semble que dans leur majorité, les catholiques ont pris certainement conscience du biais malveillant des médias, à peine camouflé lors des visites pontificales en France. Autant auparavant, on pouvait avoir quelques incertitudes, du fait du charisme du précédent pape (et encore, Jean-Paul II à son époque, se faisait traiter de tous les noms), autant aujourd'hui, le doute n'est plus permis.

Oui, dans la France d'aujourd'hui, les cathos sont en environnement hostile. Confirmant ainsi la formule de Girard, "la compassion obligatoire dans notre société autorise de nouvelles formes de cruauté".

Les réacs, tradis, et anti-conformistes de tout poils, le savaient depuis longtemps, cette idée commence maintenant à se propager bien au-delà de ces milieux. La preuve étant qu'un curé que j'ai croisé, peu suspect de complaisance vis à vis de la droite un peu ferme, m'a affirmé s'être documenté sur le Salon Beige pour la première fois, et m'a assuré de son dégoût de la classe politique, se jurant qu'il ne voterait plus jamais. La déception de voir les plus hauts responsables de l'Etat, sur lesquels il fondait encore quelques espoirs, emboiter le pas des chacals, l'a traumatisé. D'autres réactions vont dans le même sens, les yeux se dessillent.

Parmi les blogueurs catholiques, l'effet a été également rude, expliquant mon retrait sur la dernière polémique en date (votre serviteur ayant largement participé aux précédentes). Nombre de commentateurs sont intervenus pour la première fois à l'occasion de ces affaires, disant soit leur satisfaction, soit leur déception par rapport aux positions exposées. Les forums étaient en ébullition, chacun se sentait autorisé à donner son avis, le ton des commentaires est rapidement monté, je n'ai pas été non plus le dernier à me lâcher. Chez les tradis, également, le débat a été intense, obligeant chacun à se positionner par rapport aux futures négociations doctrinales entre la fraternité St Pie X et le Vatican, les précisions ont été bienvenues.

Par ailleurs, les catholiques sont de facto contraints de prendre parti, et tout ceux qui, parmi eux, attaquent le pape se grillent définitivement auprès de leurs frères dans la foi, pendant que leurs opposants se serrent les coudes. Ce n'est pas rien, les couvertures tombent, les loups se mettent à découvert. A l'instar de Nadine Morano, soi-disante catholique pratiquante, qui se targue de penser par elle-même, et donc oppose Jean-Paul II à Benoit XVI sans voir que leurs discours sont parfaitement similaires sur le fond. Il faudrait lui dire qu'elle n'a RIEN d'une catholique (je me demande si elle va monter une enquête si je dis ça ici), que ce n'est pas parce que l'on a reçu les sacrements que l'on est pour autant dans l'Eglise, il y a une mentalité, une foi, une soumission à l'autorité pontificale, qui va avec et que l'on ne peut détacher de la pratique. Christine Boutin a elle fait face du mieux qu'elle pouvait à son poste. Ce n'était pas parfait, mais dans sa position, je me vois mal la juger.

Ajoutons que certains journaux catholiques se sont pris à leur propre jeu. Très hostiles aux décisions pontificales au début de ces deux mois, ils sont désormais réduits à défendre le pape, avec la dernière polémique en date, et de casser tout ce qu'ils s'étaient efforcés de construire ces deux derniers mois, à savoir la circonspection et la vigilance sur les actes de Benoit XVI, les faisant basculer, bien involontairement dans le camp des réacs. Les mêmes catholiques qui contestaient ouvertement Benoit XVI il y a deux mois, comme dans l'histoire de la nomination de Linz, n'ont désormais plus d'autre choix que de la mettre en veilleuse. Et encore, je ne parle pas de ceux qui, fidèles à leurs habitudes, cassent les initiatives de leurs frères dans la foi. Sans parler des journaux gauchistes qui se réclament encore du catholicisme, dont les pétitions, propos hyper-violents et commentaires outranciers à l'égard de Rome auront éclairé tous les catholiques de bonne volonté.

Enfin, dans l'univers médiatiques, il faut signaler qu'il y a des réactions inattendues, qu'il faut saluer, si on est un tant soit peu attaché à l'honnêteté. Témoin, ce surprenant article d'Henri Tincq, étonnant à bien des égards, dont on notera ces paragraphes, qu'on pourrait attribuer sans difficultés à un journaliste d'extreme-droite:

Mais les plus prompts à s'emporter sont ceux qui ignorent tout de l'Eglise, de ses mécanismes de fonctionnement, du substrat de ses décisions, de son histoire et de son droit. Sans doute tout observateur, même sans culture catholique, a t-il le droit de se faire une opinion, et de l'exprimer, sur des personnalités qui - pape ou président - assure un pouvoir politique ou moral.

Mais le désaveu sans nuance et l'exécution sommaire sont des méthodes d'autant plus insupportables que la connaissance des dossiers est médiocre, l'information incomplète, partiale et biaisée, l'interprétation expéditive, la répétition des mêmes mots abusive. C'est le règne de la doxa - c'est-à-dire d'une opinion médiatique dominante contre laquelle, au nom du «politiquement correct», personne n'ose s'insurger - ; celui de l'amalgame qui, pour entretenir les fonds de commerce de la polémique, mélangent des affaires qui n'ont pas toujours à voir entre elles.


Ou encore cette remise en question intéressante d'Aliocha, qui n'hésite pas à se demander, puisque par définition, les valeurs d'une société évoluent, si il ne faudrait pas se poser la question de la pertinence des valeurs catholiques, eu égard à leur stabilité et à leur permanence dans le temps:

Et si notre vision du progrès en matière de droits de l’homme était imparfaite ? Et s’il advenait en effet qu’un jour nous estimions que le droit à la vie est supérieur à notre conception actuelle des droits et des libertés ?

Rappelons qu’à la révolution française nous avons écrit que la propriété était un droit inaliénable et sacré (article 17), je ne suis pas sûre que nous écririons la même chose aujourd’hui. Chaque société adhère à un instant donné à un certain nombre de valeurs qu’elle juge incontestables et supérieures à celles qui l’ont précédée. Ce qui nous permet d’affirmer sans craindre de beaucoup se tromper que demain, nous penserons différemment d’hier. Face à nos consensus changeants, la permanence des convictions défendues par l’Eglise nous propose un exercice intellectuel salutaire : sommes-nous bien sûrs de détenir la vérité  ?

Ce n'est probablement qu'un exercice de remise en cause salutaire, reste qu'il me semble devoir être salué, tant ce geste est rare. Et on pourrait multiplier les exemples de textes écrits par des gens qui ne sont pas spécialement catholiques, mais qui défendent vigoureusement la position pontificale, que ce soit Miclo, H16, et bien d'autres. Ailleurs encore, j'ai pu lire que certains agnostiques, furieux devant l'unanimisme médiatique, envisagent même de se convertir. Même si j'en suis très heureux, j'ai tout de même quelques doutes sur la perennité de cette conversion...

Enfin, il me semble qu'il ne faut pas oublier une chose : les catholiques ne sont pas sur terre pour avoir la vie facile, le repos éternel, ce n'est pas ici, mais de l'autre côté. Le Christ a dit lui-même qu'il n'était pas là pour apporter la paix, mais l'épée, qu'il fallait être prêt à subir toutes les avanies pour le suivre. En ce sens, l'hostilité médiatique est un bon indicateur de la permanence de l'Eglise en tant que signe de contradiction, en tant que signe d'espérance pour une autre vision de l'homme.

Ce qui, à voir la pratique catholique déclinante en France, demeure une bonne nouvelle.

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Rédigé par Polydamas

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Publié le 21 Mars 2009

Il faut lire ce texte. Et notamment, tout ceux qui critiquent l'anonymat et la virtualisation du marché.

Il faut lire ce texte parce qu'il explique très concrètement combien un marché répond naturellement aux necessités d'une communauté. On pourrait même dire qu'une fois satisfait les besoins fondamentaux, l'échange est le principe autour duquel s'articule une vie au quotidien. Cet article décrit par le menu comment, à partir du troc, une économie se crée de toutes pièces dans l'environnement fermé qu'est un camp de concentration de prisonniers militaires.

Cet univers, simple à priori, connait pourtant toutes les mêmes lois que l'économie réelle. Tout y est, monnaie, marché, offre, demande, crédit, marchés à terme, inflation, déflation, bulles, krachs, salaire, sans oublier tous les désagréments que peuvent causer les monopoles ou le contrôle des prix. On y retrouve même l'hostilité classique envers les spéculateurs, même si leur utilité est là bien plus apparente. Une chose est sûre, même pour ceux qui vivent le pire, le marché est le meilleur moyen d'améliorer le quotidien.

On y constate également la pertinence de quelques principes célèbres d'économie, la mauvaise monnaie chasse la bonne, il n'y a pas de juste valeur des choses, uniquement de l'offre et la demande, etc. Ce texte est la traduction d'un article paru dans la revue Economica, au sortir de la guerre.

Quelques extraits ci-dessous pour vous mettre en bouche.

L’étude de l’organisation économique d’un camp de prisonniers de guerre est d’un grand intérêt sociologique. Elle permet de saisir le caractère universel et spontané de la vie économique, qui se développe, non par imitation consciente, mais en réponse à la pression des besoins et des circonstances. Si l'organisation économique du camp paraît calquée sur celle de la société civile, cela tient au fait que les mêmes incitations suscitent des réponses similaires.
(...)


Le marché

Heureusement, ce bruyant système de colportage fut bientôt remplacé par l’institution d’une bourse d’échanges dans chaque baraquement : sous les rubriques "nom", "numéro de chambre", "demandé" et "offert", chacun pouvait publier son annonce sur le tableau des échanges. Quand une affaire était conclue, l’annonce était effacée. En raison du caractère public et permanent des transactions, les prix en cigarettes étaient bien connus de tous, ce qui mettait tout le monde sur un pied d’égalité -- même s’il y avait toujours moyen pour un commerçant astucieux de tirer profit d'une possibilité résiduelle d'arbitrage. Tous, y compris les non-fumeurs, acceptaient les cigarettes en paiement, car on pouvait tout acheter avec.
(...)


Le travail salarié

En fait, il y avait un embryon de marché du travail. Même en période d’abondance, il y avait toujours un malchanceux prêt à vendre ses services pour quelques cigarettes. On pouvait faire laver sa chemise pour deux cigarettes. Un uniforme était nettoyé et repassé, un autre prêté en attendant, pour douze cigarettes. Un beau portrait au pastel coûtait trente cigarettes. De même, la couture et d'autres travaux avaient un prix.
(...)


Le spéculateur

Un négociant en denrées alimentaires et cigarettes, opérant dans une période de pénurie, jouissait d'une haute réputation. Fort d'un capital de 50 cigarettes, patiemment épargné, il achetait des rations le jour de leur distribution, et les revendait à bon prix dans les jours qui suivaient. Il tirait aussi parti des possibilités d'arbitrage, en étudiant plusieurs fois par jour les annonces affichées sur le tableau des échanges, à l’affût du moindre écart entre les prix acheteurs et les prix vendeurs. Sa connaissance des prix, des marchés et des noms de ceux qui avaient reçu des colis de cigarettes, était phénoménale. Comme il était gros fumeur, il pouvait ainsi fumer son bénéfice sans toucher à son capital.
(...)


La monnaie

En dépit de sa spécificité, la monnaie cigarette remplissait toutes les fonctions d'une monnaie métallique –- comme unité de compte, moyen de paiement et réserve de valeur --, et partageait la plupart de ses caractéristiques : un bien homogène, raisonnablement durable, et divisible -- en unités ou en paquets, selon l’importance des transactions. Incidemment, et comme la monnaie de métal, elle pouvait être altérée, ou allégée, par exemple en la roulant entre ses doigts pour en sortir un peu de tabac.
Les cigarettes étaient également soumises à la loi de Gresham. Comme monnaie, une cigarette en valait une autre, mais, chez les fumeurs, certaines marques étaient plus populaires que d’autres. Les gens payaient avec les cigarettes les moins prisées et fumaient les autres. Ainsi, la boutique ne recevait que rarement les cigarettes les plus populaires, comme les Churchman n°1.
(...)


La fluctuation des prix

De nombreux facteurs affectaient les prix, les plus importants et les plus notables étant les phases successives d'inflation et de déflation monétaires. Le cycle des prix dépendait de l’offre de cigarettes et, dans une bien moindre mesure, des livraisons de nourriture. Dans les premiers jours au camp, avant qu’arrivent les premiers colis privés et que les prisonniers aient pu constituer des stocks, la distribution hebdomadaire des rations de cigarettes et des rations alimentaires avait lieu le lundi. (...) D'autres facteurs affectaient le niveau général des prix. Un afflux de nouveaux prisonniers, proverbialement affamés, était générateur d’inflation. Des bombardements aériens massifs aux environs du camp augmentaient probablement la demande non monétaire de cigarettes, aggravant la déflation. Les bonnes et les mauvaises nouvelles du front avaient certainement de tels effets, et les grandes vagues d'optimisme et de pessimisme, qui balayaient périodiquement le camp, se reflétaient dans les prix. Un matin de mars 1945, peu avant le petit déjeuner, la rumeur circula d’un arrivage imminent de colis et de cigarettes. Dans les dix minutes, je vendis une ration de sirop de canne pour quatre cigarettes, alors que j’en demandais en vain trois cigarettes jusque-là. De nombreuses transactions du même genre furent rapidement conclues. Las ! vers 10 heures, la rumeur était démentie, et le sirop de canne ne trouvait plus preneur même à deux cigarettes.
(...)


Je vous laisse découvrir la suite. A lire d'urgence pour tout ceux qui sont sceptiques sur les marchés, et leur organisation.

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Rédigé par Polydamas

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Publié le 18 Mars 2009

Je me contenterais d'une rapide revue de presse sur le sujet du Sida en Afrique.

Donc, je vous recommande la lecture de :
- Woland ainsi que de ce commentaires ici, ou du mien là, avec la réponse de B&F, qui vit sur place.
- du billet de Koztoujours, très complet, me semble-t-il sur  le sujet, sachant que les commentaires sont à lire, vu que des connaisseurs de la question y interviennent.
- des éléments donnés par le Cénacle Bistre*

Par ailleurs, l'évêque de Recife, dans la précédente affaire concernant l'IVG au Brésil, s'est exprimé dans un communiqué, venant confirmer mes suppositions sur l'affaire. Et Jeanne Smits en rajoute une couche qui vient clôturer l'affaire, à mon sens définitivement.

* Merci à l'auteur de la formule... :)


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Rédigé par Polydamas

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Publié le 16 Mars 2009


- Encore une manipulation à la française ? Il semblerait que Florence Cassez, Française emprisonné au Mexique, dont on ne cesse de rappeler l'innocence, ne soit pas si pure que cela. Elle savait parfaitement ce qu'elle faisait et et qu'elle a collaboré activement aux enlèvements et séquestrations de son amant, tout du moins, d'après cet article.


- On pourrait faire une liste de toutes les interventions de proches du Vatican sur le cas de l'excommunication de la Brésilienne. On se contentera donc d'en rappeler deux, le texte de Mgr Fisichella, dans l'Osservatore Romano, qui clôt l'affaire et le commentaire de Mgr Rey.


- Sur les excommunications, j'aime beaucoup ce trait d'humeur de Philarète. Mais également son billet qui décrit par le menu, ce qu'est une excommunication. Très complet.


- J'ai du mal à trouver crédible l'histoire du visage du Christ sur le coussin, à la Réunion. C'est très bien si ça calme les foules qui meurent d'envie de réediter les exploits de la Guadeloupe, mais au-delà de ça, j'avoue mon scepticisme. Au fait, concernant la Martinique, ce texte de Raphaël Confiant (je connais lecaractère éminemment sulfureux du personnage), me semble dire des choses assez sensées sur la situation de l'ile.  Attention, tout le monde en prend pour son grade...


- A propos de la crise, j'ai beaucoup aimé cet article sur l'impossibilité d'établir une bonne et saine mesure du risque. Et oui, l'économie est une science sociale, impossible à mesurer aussi précisèment que n'importe quelle autre science "dure".


- On saluera l'arrivée officielle de Robert Marchenoir sur ILYS. Le meilleur commentateur que je connaisse (oui, rien que ça) va enfin publier des billets. J'envisage d'ailleurs de récupérer certains de ses commentaires ici et là, qui ne sont rien de moins que des petits chefs d'oeuvre. A moins qu'il ne le fasse lui-même, pour les mettre en exergue. C'est dommage que seuls les commentateurs en profitent, les lecteurs de billets ont droit, eux aussi, au talent.


- Aujourd'hui, ça fait trois ans. Avec le recul, j'étais très optimiste sur la diversité des sujets que je comptais aborder, ça pourrait être une bonne idée que je tente de varier davantage les plaisirs, au lieu de rester focalisé sur mes monomanies. Par contre, je n'éprouve toujours pas de lassitude, le blog est un exutoire fantastique pour expurger sa rage, et son énergie.

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Rédigé par Polydamas

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Publié le 13 Mars 2009

Vu chez The Hank nest:

Nous ne sommes ni des héros, ni des rebelles. Nous ne sommes ni des guerriers, ni des conquérants. Pour la plupart, nous n'imaginons même pas pouvoir tuer pour nous défendre. Pour la plupart, nous nous contentons de nous arrêter au bord du chemin pour mieux observer le troupeau qui défile. Nous ne prétendons incarner aucun idéal de perfection. Nous ne donnons pas de leçons.

Nous sommes païens, chrétiens, athées ou agnostiques, mais ce qui nous unit au-delà de nos - nombreux - points de divergence, c'est la conscience aigüe que notre peuple est programmé pour la disparition.

(...)

Nous ne reprochons à aucun peuple de vouloir s'imposer, à aucune culture de souhaiter s'étendre. Nous ne dénions à aucun peuple le droit, sinon le devoir, de prospérer et de bâtir sa légende par le sabre ou le livre.

En revanche, nous reprochons à notre propre peuple d'avoir renoncé à sa propre survie.

(...)

Nous ne croyons pas nécessairement à la supériorité intrinsèque de notre culture, mais réclamons le droit d'y croire, à l'instar de tous ces Autres qui portent des cultures auxquelles, par leur foi, leur vigueur, leur labeur ou leur détermination, ils insufflent la vie.

Nous réclamons à notre époque, à nos parents, à nos contemporains, que soit reconnue notre volonté de rentrer dans l'Histoire, en tant que membres d'un peuple distinct, porteurs d'une culture distincte née de racines distinctes.

(...)

Et si d'aventure il se trouve un historien pour prendre notre défense ou se passionner pour les œuvres de nos anciens, il se trouvera aussitôt un million, un milliard d'âmes pour lui rappeler que nous étions les méchants, et que nous avons mérité la mort.

Car c'est ainsi que les autres nous voient. Et c'est ainsi que la soldatesque du système nous présente à nous-mêmes et présente nos ancêtres aux jeunes générations. Comme les méchants coupables de tous les crimes de l'histoire. Colons, esclavagistes, génocidaires, collabos, fascistes, racistes, la liste est longue ; voilà ce que nous sommes. Voilà tout ce que nous sommes, prétend le système.

(...)

Aussi ne croirons-nous plus ceux qui prétendent dresser un portrait accablant de notre peuple en cent cinquante pages à peine.

Et c'est pourquoi, humblement, nous écrivons ce que nous écrivons. Pas par plaisir. Pas par égotisme, mais parce que nous sentons que cela doit être fait. Ce n'est pas une mission divine, ce n'est pas une gageure, c'est simplement ce que nous faisons dans l'espoir qu'un jour, nous n'ayons plus à le faire.

(...)

Mais puisque nous souhaitons rentrer dans l'Histoire, nous savons au fond de nous que cela ne se fera pas sans sacrifices. Nous en sommes effrayés, bien entendu ; ils mentent ceux qui prétendent qu'ils sont prêts à monter à l'assaut dès demain. Et puis, à l'assaut de quoi ? Nul ne saurait le dire avec précision. C'est bien pour ça qu'il est si facile de se prendre pour un combattant sur internet : ça n'engage à rien.

Il n'est pas à exclure, cependant, que le courage naisse au fond des estomacs les plus incertains ; face au choix entre la soumission et le combat, l'instinct de survie nous poussera peut-être à des extrémités que nous n'imaginions pas jusqu'alors...

Long est le chemin, mais si nous l'arpentons, c'est pour ceux qui viendront après nous.


Je sais bien qu'il est complétement ridicule de penser qu'il puisse y avoir un manifeste, qui parviendrait à regrouper toutes les franges de ceux qu'on appelle réacs, il n'empêche, j'ai rarement lu un billet qui les décrivait aussi bien...

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Rédigé par Polydamas

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Publié le 12 Mars 2009

Vu sur Dici.org

Communiqué du Supérieur Général de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X


Le pape Benoît XVI a adressé une lettre aux évêques de l’Eglise catholique, en date du 10 mars 2009, dans laquelle il leur fait savoir les intentions qui l’ont guidé dans ce pas important que constitue le Décret du 21 janvier 2009.


Après le récent « déchaînement d’un flot de protestations », nous remercions vivement le Saint Père d’avoir replacé le débat à la hauteur où il doit se tenir, celle de la foi. Nous partageons pleinement son souci prioritaire de la prédication « à notre époque où dans de vastes régions de la terre la foi risque de s’éteindre comme une flamme qui ne trouve plus à s’alimenter ».


L’Eglise traverse, en effet, une crise majeure qui ne pourra être résolue que par un retour intégral à la pureté de la foi. Avec saint Athanase, nous professons que « Quiconque veut être sauvé, doit avant tout tenir la foi catholique : celui qui ne la garde pas intègre et inviolée ira, sans aucun doute, à sa perte éternelle » (Symbole Quicumque).


Loin de vouloir arrêter la Tradition en 1962, nous souhaitons considérer le Concile Vatican II et l’enseignement post-conciliaire à la lumière de cette Tradition que saint Vincent de Lérins a définie comme « ce qui a été cru toujours, partout et par tous » (Commonitorium), sans rupture et dans un développement parfaitement homogène. C’est ainsi que nous pourrons contribuer efficacement à l’évangélisation demandée par le Sauveur. (cf. Matthieu 28,19-20)


La Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X assure Benoît XVI de sa volonté d’aborder les entretiens doctrinaux reconnus comme « nécessaires » par le Décret du 21 janvier, avec le désir de servir la Vérité révélée qui est la première charité à manifester à l’égard de tous les hommes, chrétiens ou pas. Elle l’assure de sa prière afin que sa foi ne défaille pas et qu’il puisse confirmer tous ses frères. (cf. Luc 22,32)


Nous plaçons ces entretiens doctrinaux sous la protection de Notre Dame de Toute Confiance, avec l’assurance qu’elle nous obtiendra la grâce de transmettre fidèlement ce que nous avons reçu, « tradidi quod et accepi » (I Cor. 15,3).



                             & Menzingen, le 12 mars 2009

         + Bernard Fellay


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Rédigé par Polydamas

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Publié le 12 Mars 2009


LETTRE DE SA SAINTETÉ BENOÎT XVI AUX ÉVÊQUES DE L’ÉGLISE CATHOLIQUE

au sujet de la levée de l’excommunication
des quatre Évêques consacrés par Mgr Lefebvre


Chers Confrères dans le ministère épiscopal !

La levée de l’excommunication des quatre Évêques, consacrés en 1988 par Mgr Lefebvre sans mandat du Saint-Siège, a suscité, pour de multiples raisons, au sein et en dehors de l’Église catholique une discussion d’une véhémence telle qu’on n’en avait plus connue depuis très longtemps. Cet événement, survenu à l’improviste et difficile à situer positivement dans les questions et dans les tâches de l’Église d’aujourd’hui, a laissé perplexes de nombreux Évêques. Même si beaucoup d’Évêques et de fidèles étaient disposés, à priori, à considérer positivement la disposition du Pape à la réconciliation, néanmoins la question de l’opportunité d’un tel geste face aux vraies urgences d’une vie de foi à notre époque s’y opposait. Inversement, certains groupes accusaient ouvertement le Pape de vouloir revenir en arrière, au temps d’avant le Concile : d’où le déchaînement d’un flot de protestations, dont l’amertume révélait des blessures remontant au-delà de l’instant présent. C’est pourquoi je suis amené, chers Confrères, à vous fournir quelques éclaircissements, qui doivent aider à comprendre les intentions qui m’ont guidé moi-même ainsi que les organes compétents du Saint-Siège à faire ce pas. J’espère contribuer ainsi à la paix dans l’Église.

Le fait que le cas Williamson se soit superposé à la levée de l’excommunication a été pour moi un incident fâcheux imprévisible. Le geste discret de miséricorde envers quatre Évêques, ordonnés validement mais non légitimement, est apparu tout à coup comme totalement différent : comme le démenti de la réconciliation entre chrétiens et juifs, et donc comme la révocation de ce que le Concile avait clarifié en cette matière pour le cheminement de l’Église. Une invitation à la réconciliation avec un groupe ecclésial impliqué dans un processus de séparation se transforma ainsi en son contraire : un apparent retour en arrière par rapport à tous les pas de réconciliation entre chrétiens et juifs faits à partir du Concile – pas dont le partage et la promotion avaient été dès le début un objectif de mon travail théologique personnel. Que cette superposition de deux processus opposés soit advenue et qu’elle ait troublé un moment la paix entre chrétiens et juifs ainsi que la paix à l’intérieur de l’Église, est une chose que je ne peux que déplorer profondément. Il m’a été dit que suivre avec attention les informations auxquelles on peut accéder par internet aurait permis d’avoir rapidement connaissance du problème. J’en tire la leçon qu’à l’avenir au Saint-Siège nous devrons prêter davantage attention à cette source d’informations. J’ai été peiné du fait que même des catholiques, qui au fond auraient pu mieux savoir ce qu’il en était, aient pensé devoir m’offenser avec une hostilité prête à se manifester. C’est justement pour cela que je remercie d’autant plus les amis juifs qui ont aidé à dissiper rapidement le malentendu et à rétablir l’atmosphère d’amitié et de confiance, qui – comme du temps du Pape Jean-Paul II – comme aussi durant toute la période de mon pontificat a existé et, grâce à Dieu, continue à exister.

Une autre erreur, qui m’attriste sincèrement, réside dans le fait que la portée et les limites de la mesure du 21 janvier 2009 n’ont pas été commentées de façon suffisamment claire au moment de sa publication. L’excommunication touche des personnes, non des institutions. Une ordination épiscopale sans le mandat pontifical signifie le danger d’un schisme, parce qu’elle remet en question l’unité du collège épiscopal avec le Pape. C’est pourquoi l’Église doit réagir par la punition la plus dure, l’excommunication, dans le but d’appeler les personnes punies de cette façon au repentir et au retour à l’unité. Vingt ans après les ordinations, cet objectif n’a malheureusement pas encore été atteint. La levée de l’excommunication vise le même but auquel sert la punition : inviter encore une fois les quatre Évêques au retour. Ce geste était possible une fois que les intéressés avaient exprimé leur reconnaissance de principe du Pape et de son autorité de Pasteur, bien qu’avec des réserves en matière d’obéissance à son autorité doctrinale et à celle du Concile. Je reviens par là à la distinction entre personne et institution. La levée de l’excommunication était une mesure dans le domaine de la discipline ecclésiastique : les personnes étaient libérées du poids de conscience que constitue la punition ecclésiastique la plus grave. Il faut distinguer ce niveau disciplinaire du domaine doctrinal. Le fait que la Fraternité Saint-Pie X n’ait pas de position canonique dans l’Église, ne se base pas en fin de comptes sur des raisons disciplinaires mais doctrinales. Tant que la Fraternité n’a pas une position canonique dans l’Église, ses ministres non plus n’exercent pas de ministères légitimes dans l’Église. Il faut ensuite distinguer entre le niveau disciplinaire, qui concerne les personnes en tant que telles, et le niveau doctrinal où sont en question le ministère et l’institution. Pour le préciser encore une fois : tant que les questions concernant la doctrine ne sont pas éclaircies, la Fraternité n’a aucun statut canonique dans l’Église, et ses ministres – même s’ils ont été libérés de la punition ecclésiastique – n’exercent de façon légitime aucun ministère dans l’Église.

À la lumière de cette situation, j’ai l’intention de rattacher à l’avenir la Commission pontificale “ Ecclesia Dei ” – institution compétente, depuis 1988, pour les communautés et les personnes qui, provenant de la Fraternité Saint-Pie X ou de regroupements semblables, veulent revenir à la pleine communion avec le Pape – à la Congrégation pour la Doctrine de la Foi. Il devient clair ainsi que les problèmes qui doivent être traités à présent sont de nature essentiellement doctrinale et regardent surtout l’acceptation du Concile Vatican II et du magistère post-conciliaire des Papes. Les organismes collégiaux avec lesquels la Congrégation étudie les questions qui se présentent (spécialement la réunion habituelle des Cardinaux le mercredi et l’Assemblée plénière annuelle ou biennale) garantissent l’engagement des Préfets des diverses Congrégations romaines et des représentants de l’Épiscopat mondial dans les décisions à prendre. On ne peut geler l’autorité magistérielle de l’Église à l’année 1962 – ceci doit être bien clair pour la Fraternité. Cependant, à certains de ceux qui se proclament comme de grands défenseurs du Concile, il doit aussi être rappelé que Vatican II renferme l’entière histoire doctrinale de l’Église. Celui qui veut obéir au Concile, doit accepter la foi professée au cours des siècles et il ne peut couper les racines dont l’arbre vit.

J’espère, chers Confrères, qu’ainsi a été éclaircie la signification positive ainsi que les limites de la mesure du 21 janvier 2009. Cependant demeure à présent la question : cette mesure était-elle nécessaire ? Constituait-elle vraiment une priorité ? N’y a-t-il pas des choses beaucoup plus importantes ? Il y a certainement des choses plus importantes et plus urgentes. Je pense avoir souligné les priorités de mon Pontificat dans les discours que j’ai prononcés à son début. Ce que j’ai dit alors demeure de façon inaltérée ma ligne directive. La première priorité pour le Successeur de Pierre a été fixée sans équivoque par le Seigneur au Cénacle : « Toi… affermis tes frères » (Lc 22,32). Pierre lui-même a formulé de façon nouvelle cette priorité dans sa première Lettre : « Vous devez toujours être prêts à vous expliquer devant tous ceux qui vous demandent de rendre compte de l’espérance qui est en vous » (I P 3, 15). À notre époque où dans de vastes régions de la terre la foi risque de s’éteindre comme une flamme qui ne trouve plus à s’alimenter, la priorité qui prédomine est de rendre Dieu présent dans ce monde et d’ouvrir aux hommes l’accès à Dieu. Non pas à un dieu quelconque, mais à ce Dieu qui a parlé sur le Sinaï ; à ce Dieu dont nous reconnaissons le visage dans l’amour poussé jusqu’au bout (cf. Jn 13, 1) – en Jésus Christ crucifié et ressuscité. En ce moment de notre histoire, le vrai problème est que Dieu disparaît de l’horizon des hommes et que tandis que s’éteint la lumière provenant de Dieu, l’humanité manque d’orientation, et les effets destructeurs s’en manifestent toujours plus en son sein.

Conduire les hommes vers Dieu, vers le Dieu qui parle dans la Bible : c’est la priorité suprême et fondamentale de l’Église et du Successeur de Pierre aujourd’hui. D’où découle, comme conséquence logique, que nous devons avoir à coeur l’unité des croyants. En effet, leur discorde, leur opposition interne met en doute la crédibilité de ce qu’ils disent de Dieu. C’est pourquoi l’effort en vue du témoignage commun de foi des chrétiens – par l’oecuménisme – est inclus dans la priorité suprême. À cela s’ajoute la nécessité que tous ceux qui croient en Dieu recherchent ensemble la paix, tentent de se rapprocher les uns des autres, pour aller ensemble, même si leurs images de Dieu sont diverses, vers la source de la Lumière – c’est là le dialogue interreligieux. Qui annonce Dieu comme Amour “jusqu’au bout” doit donner le témoignage de l’amour : se consacrer avec amour à ceux qui souffrent, repousser la haine et l’inimitié – c’est la dimension sociale de la foi chrétienne, dont j’ai parlé dans l’encyclique Deus caritas est.

Si donc l’engagement ardu pour la foi, pour l’espérance et pour l’amour dans le monde constitue en ce moment (et, dans des formes diverses, toujours) la vraie priorité pour l’Église, alors les réconciliations petites et grandes en font aussi partie. Que l’humble geste d’une main tendue soit à l’origine d’un grand tapage, devenant ainsi le contraire d’une réconciliation, est un fait dont nous devons prendre acte. Mais maintenant je demande : Était-il et est-il vraiment erroné d’aller dans ce cas aussi à la rencontre du frère qui “a quelque chose contre toi” (cf. Mt 5, 23 s.) et de chercher la réconciliation ? La société civile aussi ne doit-elle pas tenter de prévenir les radicalisations et de réintégrer – autant que possible – leurs éventuels adhérents dans les grandes forces qui façonnent la vie sociale, pour en éviter la ségrégation avec toutes ses conséquences ? Le fait de s’engager à réduire les durcissements et les rétrécissements, pour donner ainsi une place à ce qu’il y a de positif et de récupérable pour l’ensemble, peut-il être totalement erroné ? Moi-même j’ai vu, dans les années qui ont suivi 1988, que, grâce au retour de communautés auparavant séparées de Rome, leur climat interne a changé ; que le retour dans la grande et vaste Église commune a fait dépasser des positions unilatérales et a atténué des durcissements de sorte qu’ensuite en ont émergé des forces positives pour l’ensemble. Une communauté dans laquelle se trouvent 491 prêtres, 215séminaristes, 6 séminaires, 88 écoles, 2 instituts universitaires, 117 frères, 164 soeurs et des milliers de fidèles peut-elle nous laisser totalement indifférents ? Devons-nous impassiblement les laisser aller à la dérive loin de l’Église ? Je pense par exemple aux 491 prêtres. Nous ne pouvons pas connaître l’enchevêtrement de leurs motivations. Je pense toutefois qu’ils ne se seraient pas décidés pour le sacerdoce si, à côté de différents éléments déformés et malades, il n’y avait pas eu l’amour pour le Christ et la volonté de L’annoncer et avec lui le Dieu vivant. Pouvons-nous simplement les exclure, comme représentants d’un groupe marginal radical, de la recherche de la réconciliation et de l’unité ? Qu’en sera-t-il ensuite ?

Certainement, depuis longtemps, et puis à nouveau en cette occasion concrète, nous avons entendu de la part de représentants de cette communauté beaucoup de choses discordantes – suffisance et présomption, fixation sur des unilatéralismes etc. Par amour de la vérité je dois ajouter que j’ai reçu aussi une série de témoignages émouvants de gratitude, dans lesquels était perceptible une ouverture des coeurs. Mais la grande Église ne devrait-elle pas se permettre d’être aussi généreuse, consciente de la grande envergure qu’elle possède ; consciente de la promesse qui lui a été faite ? Ne devrionsnous pas, comme de bons éducateurs, être aussi capables de ne pas prêter attention à différentes choses qui ne sont pas bonnes et nous préoccuper de sortir des étroitesses ? Et ne devrions-nous pas admettre que dans le milieu ecclésial aussi sont ressorties quelques discordances ? Parfois on a l’impression que notre société a besoin d’un groupe au moins, auquel ne réserver aucune tolérance ; contre lequel pouvoir tranquillement se lancer avec haine. Et si quelqu’un ose s’en rapprocher – dans le cas présent le Pape – il perd lui aussi le droit à la tolérance et peut lui aussi être traité avec haine sans crainte ni réserve.

Chers Confrères, durant les jours où il m’est venu à l’esprit d’écrire cette lettre, par hasard, au Séminaire romain, j’ai dû interpréter et commenter le passage de Ga 5, 13-15. J’ai noté avec surprise la rapidité avec laquelle ces phrases nous parlent du moment présent : “Que cette liberté ne soit pas un prétexte pour satisfaire votre égoïsme ; au contraire mettez-vous, par amour, au service les uns des autres. Car toute la Loi atteint sa perfection dans un seul commandement, et le voici : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Si vous vous mordez et vous dévorez les uns les autres, prenez garde : vous allez vous détruire les uns les autres !” J’ai toujours été porté à considérer cette phrase comme une des exagérations rhétoriques qui parfois se trouvent chez saint Paul. Sous certains aspects, il peut en être ainsi. Mais malheureusement ce “mordre et dévorer” existe aussi aujourd’hui dans l’Église comme expression d’une liberté mal interprétée. Est-ce une surprise que nous aussi nous ne soyons pas meilleurs que les Galates ? Que tout au moins nous soyons menacés par les mêmes tentations ? Que nous devions toujours apprendre de nouveau le juste usage de la liberté ? Et que toujours de nouveau nous devions apprendre la priorité suprême : l’amour ? Le jour où j’en ai parlé au grand Séminaire, à Rome, on célébrait la fête de la Vierge de la Confiance. De fait : Marie nous enseigne la confiance. Elle nous conduit à son Fils, auquel nous pouvons tous nous fier. Il nous guidera – même en des temps agités. Je voudrais ainsi remercier de tout coeur tous ces nombreux Évêques, qui en cette période m’ont donné des signes émouvants de confiance et d’affection et surtout m’ont assuré de leur prière. Ce remerciement vaut aussi pour tous les fidèles qui ces jours-ci m’ont donné un témoignage de leur fidélité immuable envers le Successeur de saint Pierre. Que le Seigneur nous protège tous et nous conduise sur le chemin de la paix ! C’est un souhait qui jaillit spontanément du coeur en ce début du Carême, qui est un temps liturgique particulièrement favorable à la purification intérieure et qui nous invite tous à regarder avec une espérance renouvelée vers l’objectif lumineux de Pâques.

Avec une particulière Bénédiction Apostolique, je me redis
Vôtre dans le Seigneur
[Benedictus PP. XVI]
Du Vatican, le 10 mars 2009.

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Rédigé par Polydamas

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Publié le 10 Mars 2009

L'histoire de cette petite fille de 9 ans qui a subi un avortement des jumeaux qu'elle attendait, après avoir été violée par son beau-père, fait les gros titres. Surtout parce que la mère, qui a obligé sa fille à avorter a été excommuniée par l'Eglise, ainsi que l'équipe médicale ayant pratiqué l'avortement. Rien de bien neuf là-dedans, l'évêque brésilien de Recife s'étant contenté de rappeler la règle, certes de manière peut-être un peu maladroite, alors que le gouvernement brésilien tente de le légaliser. Rappelons également qu'il s'agit ici d'une sanction morale, personne n'a eu à subir de coercition ou de répression à cause de l'Eglise.

Evidemment, encore une fois, les amalgames vont bon train. Pour la faire courte, une petite fille violée est excommuniée, et de l'autre, on enlève l'excommunication d'un négationniste. Je comprends que ça choque. Sauf que la réalité, comme toujours avec l'Eglise, est plus complexe. D'abord, il faut retenir que la petite fille n'est pas excommuniée. Car que nous dit le droit Canon au sujet de l'IVG ?

La chose suivante:

Can. 1397 - Qui commet un homicide, ou enlève quelqu'un avec violence ou par ruse, le retient, le mutile, ou le blesse gravement, sera puni, selon la gravité du délit, des privations et interdictions prévues au can. 1336; quant au meurtre des personnes dont il s'agit au can. 1370, il sera puni des peines établies par ce même canon.
Can. 1398 - Qui procure un avortement, si l'effet s'en suit, encourt l'excommunication latae sententiae

OK, à vue de nez, on pourrait croire que la petite fille est excommuniée également. C'est méconnaitre les règles catholiques, car pour encourir une excommunication latae sententiae, il faut des conditions qui sont décrites ici:

 

Can. 1323 - N'est punissable d'aucune peine la personne qui, lorsqu'elle a violé une loi ou un précepte:

1 n'avait pas encore seize ans accomplis;
2 ignorait, sans faute de sa part, qu'elle violait une loi ou un précepte;quant à l'inadvertance et l'erreur, elles sont équiparées à l'ignorance;

3 a agi sous la contrainte d'une violence physique ou à la suite d'une circonstance fortuite qu'elle n'a pas pu prévoir, ou bien, si elle l'a prévue, à laquelle elle n'a pas pu s'opposer;

4 a agi forcée par une crainte grave, même si elle ne l'était que relativement, ou bien poussée par la nécessité, ou pour éviter un grave inconvénient, à moins cependant que l'acte ne soit intrinsèquement mauvais ou qu'il ne porte préjudice aux âmes;

(...)


Il est évident que la petite fille n'a eu aucunement le choix, et qu'elle n'a pas la maturité pour prendre une telle décision. Elle n'est aucunement responsable de cet avortement, et n'est donc pas excommuniée. Soyons clairs, les raccourcis journalistiques n'ont aucun sens.

Par contre, effectivement, la mère de la petite, qui l'a poussée à avorter, elle, est bien excommuniée. C'est d'ailleurs ce qui parait nouveau dans cette affaire, toute personne catholique (évidemment, l'excommunication ne touche que des gens qui se revendiquent comme catholiques) faisant pression pour des IVG sur qui que ce soit, encoure l'excommunication automatique. Pareil pour l'équipe médicale, mais si ce n'est pas la première fois, ce n'est aucunement une nouvelle pour eux. Si la gravité de la peine est plus importante que pour un violeur, c'est parce que, concernant les avortements, il y a une vie qui disparait, dans un cas, et que dans le cas du viol, la vie de la victime est certainement détruite, mais ne disparait pas pour autant. C'est toute la différence.

Cela dit, cela n'absout pas pour autant le violeur. Faut-il rappeler les simples propos du Christ, qui me semblent parfaitement clairs:

Mt 18:6 Mais si quelqu’un doit scandaliser l’un de ces petits qui croient en moi, il serait préférable pour lui de se voir suspendre autour du cou une de ces meules que tournent les ânes et d’être englouti en pleine mer.

Et pourtant, on sait que le Christ a rarement tenu des propos vindicatifs durant son évangélisation. Rappelons que le viol, s'il n'encoure effectivement pas la peine de l'excommunication, est tout de même une faute importante qui nécessite un repentir fervent, et une pénitence proportionnée, donnée par un prêtre, pour être lavée. Et ce n'est qu'après cette procédure qu'un ancien violeur pourra accéder à la table de communion, les choses sont tout de même un peu plus compliquées que "excommunication = pas de communion ; pas d'excommunication = communion".

PS: Comme je l'avais supposé ailleurs, il semble que le canon 1324 puisse s'appliquer en ce cas-là, canon qui exonère de la peine d'excommunication, sous certaines conditions.

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Rédigé par Polydamas

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Publié le 6 Mars 2009

- Et voilà un parti qui se dit populaire. Je crois que tout est dit...

- Artemus est en verve en ce moment. Woland également, sur un autre sujet, et même Econoclaste est d'accord. Tant qu'on y est, encore une autre aberration, juridique celle-là.

- Koz se lache sur Carla Sarkozy, et la "pureté" de la maternité. Rien à ajouter.

- Hoplite et l'identité. C'est vrai que j'ai du mal à comprendre pourquoi on parle de génocide de substitution en Guadeloupe par les blancs, sans que ça ne choque personne, pourquoi on défend et on promeut l'idée que les Occidentaux démolissent toutes les cultures qu'ils rencontrent, ALORS que dans le même temps, le premier blanc venu qui parle d'identité en Europe est vu comme un raciste forcené. Pourquoi seules les populations non-occidentales auraient le droit de défendre leurs terres, à l'inverse des occidentaux ? Pourquoi seuls les non-occidentaux auraient le droit de contrôler leur immigration ? D'autant qu'il me semble que c'est une forme de racisme que de considérer que les règles qui s'appliquent pour nous n'ont pas à être subies par ces populations.

- Une considération intéressante sur le statut et la vision de Vatican II. Je partage tout à fait son point de vue. Sur le même site, j'ai beaucoup aimé cette description des différentes communautés catholiques (on notera le jugement lapidaire sur les jésuites), et on n'oubliera pas cette sentence: "Nous somes tous des fous, et le pape est notre garde-fou". Très vrai.  Visiblement, l'auteur n'a pas l'air de connaitre les tradis, j'aurais bien aimé lire son avis aigre-doux à ce sujet.
 
 - Au fait, l'abbé Barthe, spécialiste du Vatican, donnera une conférence (le blog est à lire) mardi prochain sur le thème "Les oppositions romaines au pape". Je pense en faire un résumé qui viendra compléter ce que j'ai déjà pu évoquer récemment sur le sujet. Ça va probablement encore ruer dans les brancards...
 
- Il est dommageable, à mon sens, que Mgr Vingt-Trois ait répondu à ces abruties de Chiennes de garde. Leur répondre, c'est leur donner une légitimité, les considérer comme des interlocuteurs valables, ce qu'elles ne sont pas. Quel est ce souci, bien-pensant au possible, de correspondre à tous les critères de notre société, même les plus aberrants ? Ce n'est pas moi qui apprendrait au cardinal qu'être catholique, c'est de toute façon être en contradiction avec la société, un peu de respect de sa fonction, que diable ! Il Sorpasso a tout dit, peut-être un peu violemment, certes, mais ça me parait vrai.

Allez, sur ce, je m'arrête là, il faut tout de même que vous profitiez de votre week-end.

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Rédigé par Polydamas

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