Publié le 29 Mars 2009

Parmi les commentateurs non blogueurs de qualité,  quelques noms me viennent en tête: Vhp, Denis I,
et bien sûr, un intervenant qui se fait régulièrement remarquer pour la qualité de ses interventions, Robert Marchenoir. Or ce dernier vient d'intégrer la fine équipe d'ILYS et c'est une bonne nouvelle. Tous ses billets sont réunis ici.

Voici ce qu'est capable de pondre le personnage, ce sont des textes extrêmement bien ficelés, j'en suis, pour ma part, très admiratif. XP avait commencé avec ce commentaire remarquable, on pourrait en trouver bien d'autres. Il est dommage de laisser des textes pareils dans l'obscurité des commentaires.

Tel est le cas du logement social en France:

La situation du logement dit social en France est aberrante, indépendamment de l’immigration. Les vrais chiffres qui permettent de la comprendre ne sont pratiquement jamais évoqués dans les médias. Ils sont pourtant disponibles pour qui s’en donne la peine.

Je n’ai pas le temps de vous les retrouver un par un, mais la synthèse du problème est la suivante (en 23 points — eh oui, ce commentaire va être long; il y a des problèmes complexes qui ne s’expliquent pas en deux-trois slogans…).undefined

1. Il y a beaucoup trop de logements sociaux en France. Je répète, au cas où certains auraient cru à une erreur: on ne manque pas de logements sociaux; bien au contraire, il y en a trop.

2. Le pourcentage des locataires, en France, qui habitent dans un logement communiste (c’est à dire qui sont logés par l’Etat, c’est à dire qui habitent un logement social) est absolument effarant (de l’ordre de 40%, si je me souviens bien).

3. La vocation normale du logement social, si tant est qu’il doive exister dans un pays, est de loger la petite minorité de gens qui ont tellement peu de revenus qu’ils ne peuvent s’en sortir par eux-mêmes; et de le faire temporairement (un an, deux ans), le temps que ces personnes puissent sortir la tête de l’eau et réintégrer le secteur privé.

4. Ces deux conditions sont à l’opposé de la situation française, où être logé par l’Etat est considéré comme un drouadlôm, au point que cela a été inscrit dans la loi par un gouvernement prétendu de droite.

5. Comme cela a été indiqué par Moi Mad, sur le papier, la majorité des Français a droit à un logement social. Cela seul devrait mettre la puce à l’oreille, et faire comprendre que le système tel qu’il est conçu est aberrant: on ne peut pas concevoir qu’une majorité de Français soit “pauvre” au point qu’elle doive être secourue par l’Etat pour se loger.

6. Les locataires de logements sociaux ont, en majorité, des revenus corrects. Ce ne sont pas forcément des riches, mais ce ne sont pas des pauvres non plus. En revanche, les vrais pauvres, ceux auxquels les logements sociaux devraient être destinés, en principe, sont sous-représentés.

7. Les gens restent très longtemps dans un logement social — beaucoup trop longtemps. Le taux de rotation est très faible. Normal: on ne renonce pas aisément au privilège d’un loyer deux ou trois fois inférieur au prix du marché.

8. Les locataires dont le revenu a dépassé le seuil admissible pour avoir droit à un logement social restent en place. Les surloyers, prévus en pareil cas, sont très rarement appliqués.

9. Les frais de gestion des logements sociaux sont bien plus élevés que ceux des logements privés. C’est aberrant sur le papier, puisque des logements “de pauvres” devraient coûter nettement moins cher (en entretien, en parties communes…) que les logements “de riches”.

Mais on retrouve là une loi qui se vérifie partout: le secteur privé est plus efficace, moins gaspilleur, que le secteur public. La différence s’explique, entre autres, par la corruption: un organisme HLM, n’étant pas soumis à la loi du marché, sert à fournir des postes (bien) rémunérés à des amis politiques.

L’argent de la corruption est de l’argent volé à tous les citoyens, et en particulier aux plus pauvres.

10. Il existe une incitation, pour les organismes de HLM, consubstantielle au système, à favoriser les locataires les plus aisés, et à fermer les yeux sur le non-respect des règles d’attribution et de maintien dans les lieux. Un “pauvre” a plus de chances d’être un mauvais payeur.

Or, il est très difficile d’expulser un mauvais payeur d’un HLM, encore plus que dans le secteur privé: son dossier se retrouverait aussitôt devant le maire… qui fait tout pour être être réélu.

11. On connaît des cas (région parisienne, mairie communiste), où des “locataires” de HLM ont cessé de payer leur loyer pendant dix ans et plus. Expulser des “pauvres” étant fâchiiisse, ce genre de situation est presque inévitable.

12. Le logement locatif privé est rare, cher, et régi par des pratiques ultra-sélectives. Puisque la loi rend extrêmement difficile et coûteuse l’expulsion d’un mauvais payeur — et interdit, sauf rares exceptions, de se débarrasser d’un locataire une fois qu’un bail a été signé — cet état de fait est inévitable.

13. Par conséquent, la demande de logement locatif qui ne peut être satisfaite dans le privé se reporte sur le logement pseudo-social — qui n’est autre qu’un logement d’Etat. L’écart de prix étant énorme, la demande de logement social est, et restera, infinie par rapport à l’offre.

Aucun programme de “construction de logements sociaux”, aussi massif soit-il, aucun “plan Marshall” ou autres rodomondates politiciennes et revendicatives ne saurait remédier à ce déséquilibre de la demande par rapport à l’offre.

14. Ceux qui vivent dans des logements massivement subventionnés, et qui ont été formatés par un siècle de propagande à tout attendre de l’Etat, n’ont naturellement pas tendance à se considérer responsables du lieu où ils vivent. D’où négligences, incivilités, dégradations, actes anti-sociaux, qui pourrissent la vie de tous.

En réaction, les stato-gauchistes prétendent éternellement que l’Etat “n’en fait pas assez”, et la boucle est bouclée. Le puits sans fonds de la dépense publique inefficace se creuse toujours plus.

15. Comme le marché du logement social ne peut être régulé par le prix, il est régulé par la corruption et la magouille. Pour se faire loger en HLM, il faut être bien vu de la mairie, de l’assoce qui est dans les petits papiers du maire, connaître Chose ou Machin, etc.

Cela détruit le “lien social” et le “vivre-ensemble” — expressions que je déteste vu l’usage qui en est fait par la gauche, mais qui correspondent néanmoins à une réalité.

16. Comme dans tous les cas où un Etat socialiste prétend s’affranchir massivement des lois du marché, ce dernier se venge par des pratiques illégales.

Moi Mad a cité le cas d’un locataire en HLM propriétaire de trois appartement de rapport. De tels contournements sont multiples et inévitables. Grâce à la géniale politique gauchiste de “mixité sociale”, je connais un locataire de HLM dans un quartier chic de Paris qui arrondit ses fins de mois en louant son logement à des visiteurs étrangers, au noir, à la semaine, aux prix du marché touristique.

Quand on prétend aider les pauvres en créant des déséquilibres énormes par rapport aux prix du marché, ce ne sont pas les pauvres qui en profitent: ce sont les petits malins qui détournent le système, et qui volent l’argent public — c’est à dire celui des pauvres.

17. Comme l’Etat s’arroge le monopole du marché du logement locatif courant (le prétendu logement social), les promoteurs privés, victimes de concurrence déloyale, se désintéressent de ce marché, et se concentrent sur l’habitation haut de gamme. Cela aggrave la pénurie de logements locatifs privés, qui à son tour amplifie la pénurie de logement d’Etat, etc. Cercle vicieux.

Or, il n’y a aucune raison pour que des promoteurs privés et des propriétaires privés ne puissent pas gagner de l’argent en construisant, puis en louant des logements à des “pauvres”, à un loyer que ces derniers puissent payer. De nombreux exemples étrangers le prouvent. Au Canada, aux Etats-Unis, en Belgique, de nombreux “pauvres” sont logés ainsi, à la satisfaction et des propriétaires et des locataires. Pourquoi cela ne serait-il pas possible en France?

18. Parce que, par ailleurs, la France est étouffée par des réglementations qui interdisent de construire des logements sur la quasi-totalité du territoire — sauf exception et autorisations spéciales, difficiles, longues et coûteuses à obtenir. Ce point, fondamental, est le plus méconnu. C’est lui qui fait grimper de façon artificielle le coût du logement — qu’il s’agisse de la location ou de l’achat.

Les réglementations extrêmement restrictives qui régissent les permis de construire, les plans d’occupation des sols conçus sous prétexte de protection de l’environnement, donnent en réalité une prime injuste aux propriétaires existants (dont le bien s’apprécie, dont la vue est préservée), au détriment des candidats à la propriété et à la location.

La pénurie de logements artificielle qui en résulte, et qui fait monter les prix, a été démontrée aux Etats-Unis, où des situations opposées existent, selon les Etats. Dans les zones à la fois peu réglementées et économiquement dynamiques (c’est à dire attractives), les prix de l’immobilier ont très peu monté.

19. Cette situation ahurissante existe en France presque sans interruption depuis… 1918. Sous prétexte d’aider “momentanément” les victimes de la guerre à se loger, la France a mis en place des lois pro-locataires et anti-propriétaires qui aboutissent à une semi-nationalisation de fait du logement locatif privé, à une semi-expropriation des propriétaires.

Etonnez-vous, après cela, que les propriétaires soient réticents à louer, et mettent des barrières infranchissables à l’entrée dans les lieux.

20. Les mesures de blocage des loyers de 1918 ont été reconduites après la Seconde guerre mondiale, avec la fameuse loi de 1948. Conçue pour les veuves de guerre, elle subsiste jusqu’à nos jours, longtemps après la mort des derniers survivants.

Dans l’immeuble privé où j’habite, une vieille dame est décédée l’année dernière. Elle était entrée dans les lieux en… 1947. Bénéficiant de la loi de 1948, elle n’avait pas de bail et ne payait pas de loyer, mais une “indemnité d’occupation”, devenue, au fil des ans, massivement inférieure au loyer des autres occupants de l’immeuble, pour un appartement exactement semblable. Depuis 1948, ses propriétaires successifs (eux aussi décédés, au fil des années, et suivis par leurs héritiers), avaient interdiction de l’expulser, de par les sages édits de l’Union des Républiques Socialistes Françaises.

21. Depuis 1954, l’idéologie officielle de la France, en matière de logement, est celle de l’abbé Pierre. De l’extrême-gauche à l’extrême-droite, tout le monde est abbépierriste, ce qui se résume à ceci: les pauvres sont gentils, les pauvres ont du mal à se loger, et c’est mal; les riches sont méchants, ils sont pourris de pognon, ils n’en donnent pas assez aux pauvres pour se loger, et c’est mal; s’il y a la crise du logement, c’est parce que l’Etat ne donne pas assez de pognon pour loger les pauvres, ne construit pas assez de HLM, ne fait pas assez de “grandes lois” et de “plans Marshall”, et ça c’est crès crès mal.

Depuis 1954, les politiciens se font photographier aux côtés de l’abbé Pierre (maintenant, aux côtés de “Don Quichotte”, version hargneuse et laïque de son prédécesseur), parce que c’est électoralement payant.

Ils font, ensuite, plus ou moins ce qu’il leur a dit de faire (ce qui s’est vérifié avec Monsieur Don Quichotte et l’inapplicable loi sur le droit au logement): résultat, les mêmes causes produisent les mêmes effets, c’est à dire qu’on s’obstine à patauger dans la même merde depuis 1954.

L’effroyable vérité est que la pénurie de logements est créée et entretenue par les mesures mêmes qui prétendent l’éliminer — comme souvent en matière économique.


22. Inutile de dire que la politique immigrationniste de la France aggrave ce cercle vicieux. Les preuves abondent sur ce site, tout le monde en est convaincu ici, je n’y reviens donc pas.

Mais ce qui est important, c’est de comprendre que l’immigration n’est pas à l’origine de la crise du logement. Les mécanismes pervers qui l’entretiennent depuis près d’un siècle lui préexistent.

23. Je ne saurai trop vous encourager à lire le petit livre intitulé “Logement: crise publique, remèdes privés” de Vincent Bénard, d’où sont tirés la plupart des faits et analyses mentionnés ici.

Je conseille à 30% des lecteurs de FDS de saisir auparavant le sac à vomi qui se trouve sous leur siège, car Vincent Bénard, président de l’Institut Hayek de Bruxelles, est un horrible ultra-libérâââl qui ne s’en cache même pas (le salopard).

Toutefois, après avoir rendu leur cassoulet ou leur choucroute, ils découvriront une enquête à la fois unique et honnête, qui leur fournira matière à réflexion.

Et si vous n’avez vraiment pas de quoi acheter son livre pour l’encourager dans son travail d’intérêt public (ce qui serait dommage), vous pouvez lire son blog, où il présente l’essentiel de ses recherches gratuitement:

http://www.crisepublique.fr/


Trouvé sur le best-of des commentaires de FDS.

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Rédigé par Polydamas

Publié dans #Finance

Publié le 23 Mars 2009

L'hystérie médiatique française est telle que je me demande si elle ne va pas avoir l'effet inverse de celui recherché. Car, au moins ces polémiques ont-t-elles le mérite de clarifier les positions. La vérité nous rend libre, disait le Christ, c'est exactement ce qu'il est possible d'observer, les positions se découvrent pour tous. A l'issue de ces deux mois de controverses, plusieurs enseignements sont à tirer, même s'il est évidemment un peu tôt pour des conclusions définitives.

Jamais auparavant les catholiques n'avaient lu autant de droit canon, de textes du Concile, ou ne se sont autant informés sur les subtilités de l'Eglise catholique, sur le magistère extraordinaire ou ordinaire dans le cadre de l'infaillibilité pontificale. Pour les personnes un peu curieuses, l'excommunication ou le site du Vatican n'a plus aucun secret. Pour beaucoup d'entre eux, le web a représenté le moyen unique de s'informer vraiment sur la suite des événements, comme par exemple, ce communiqué sur l'affaire brésilienne, qui vient éclairer de nombreux points (dont notamment celui que la vie de la petite fille n'était pas en danger). Il y a un droit de suite sur le web, qu'on ne trouve pas ou plus ailleurs.

Les médias, comprenant que les catholiques n'ont pas à faire de compromis,  n'en sont que plus virulents contre les remarques dont ils font l'objet, à l'instar de l'Express, dont les billets ont été abondemment commentés par des catholiques en colère, à tel point qu'ils se sont permis d'imaginer on ne sait quel scénario à la Da Vinci Code:

Nous dénonçons, nous, un travail de ‘communication’ concerté (dans laquelle l’église est passée maître), une stratégie de contre-attaque, dont le déclenchement et l’origine nous laisse, comme vous dites, un arrière-goût désagréable.

Difficile de ne pas s'esclaffer devant de tels propos parce que si l'Eglise était vraiment un maitre en communication, elle n'aurait probablement pas eu autant de problèmes depuis deux mois. Impossible pour ce journaliste d'imaginer qu'ils puissent blesser des catholiques par ses propos biaisés et mensongers, et donc, qui réagissent (au passage, les commentaires, c'est justement fait pour ça). A l'instar des réactions courroucées de quelques catholiques sur le parvis de Notre Dame, ce qui étonne même l'instigateur de la manifestation (le pauvre chéri). Les cathos répliquent, contre-attaquent et c'est heureux.

Ainsi, il me semble que dans leur majorité, les catholiques ont pris certainement conscience du biais malveillant des médias, à peine camouflé lors des visites pontificales en France. Autant auparavant, on pouvait avoir quelques incertitudes, du fait du charisme du précédent pape (et encore, Jean-Paul II à son époque, se faisait traiter de tous les noms), autant aujourd'hui, le doute n'est plus permis.

Oui, dans la France d'aujourd'hui, les cathos sont en environnement hostile. Confirmant ainsi la formule de Girard, "la compassion obligatoire dans notre société autorise de nouvelles formes de cruauté".

Les réacs, tradis, et anti-conformistes de tout poils, le savaient depuis longtemps, cette idée commence maintenant à se propager bien au-delà de ces milieux. La preuve étant qu'un curé que j'ai croisé, peu suspect de complaisance vis à vis de la droite un peu ferme, m'a affirmé s'être documenté sur le Salon Beige pour la première fois, et m'a assuré de son dégoût de la classe politique, se jurant qu'il ne voterait plus jamais. La déception de voir les plus hauts responsables de l'Etat, sur lesquels il fondait encore quelques espoirs, emboiter le pas des chacals, l'a traumatisé. D'autres réactions vont dans le même sens, les yeux se dessillent.

Parmi les blogueurs catholiques, l'effet a été également rude, expliquant mon retrait sur la dernière polémique en date (votre serviteur ayant largement participé aux précédentes). Nombre de commentateurs sont intervenus pour la première fois à l'occasion de ces affaires, disant soit leur satisfaction, soit leur déception par rapport aux positions exposées. Les forums étaient en ébullition, chacun se sentait autorisé à donner son avis, le ton des commentaires est rapidement monté, je n'ai pas été non plus le dernier à me lâcher. Chez les tradis, également, le débat a été intense, obligeant chacun à se positionner par rapport aux futures négociations doctrinales entre la fraternité St Pie X et le Vatican, les précisions ont été bienvenues.

Par ailleurs, les catholiques sont de facto contraints de prendre parti, et tout ceux qui, parmi eux, attaquent le pape se grillent définitivement auprès de leurs frères dans la foi, pendant que leurs opposants se serrent les coudes. Ce n'est pas rien, les couvertures tombent, les loups se mettent à découvert. A l'instar de Nadine Morano, soi-disante catholique pratiquante, qui se targue de penser par elle-même, et donc oppose Jean-Paul II à Benoit XVI sans voir que leurs discours sont parfaitement similaires sur le fond. Il faudrait lui dire qu'elle n'a RIEN d'une catholique (je me demande si elle va monter une enquête si je dis ça ici), que ce n'est pas parce que l'on a reçu les sacrements que l'on est pour autant dans l'Eglise, il y a une mentalité, une foi, une soumission à l'autorité pontificale, qui va avec et que l'on ne peut détacher de la pratique. Christine Boutin a elle fait face du mieux qu'elle pouvait à son poste. Ce n'était pas parfait, mais dans sa position, je me vois mal la juger.

Ajoutons que certains journaux catholiques se sont pris à leur propre jeu. Très hostiles aux décisions pontificales au début de ces deux mois, ils sont désormais réduits à défendre le pape, avec la dernière polémique en date, et de casser tout ce qu'ils s'étaient efforcés de construire ces deux derniers mois, à savoir la circonspection et la vigilance sur les actes de Benoit XVI, les faisant basculer, bien involontairement dans le camp des réacs. Les mêmes catholiques qui contestaient ouvertement Benoit XVI il y a deux mois, comme dans l'histoire de la nomination de Linz, n'ont désormais plus d'autre choix que de la mettre en veilleuse. Et encore, je ne parle pas de ceux qui, fidèles à leurs habitudes, cassent les initiatives de leurs frères dans la foi. Sans parler des journaux gauchistes qui se réclament encore du catholicisme, dont les pétitions, propos hyper-violents et commentaires outranciers à l'égard de Rome auront éclairé tous les catholiques de bonne volonté.

Enfin, dans l'univers médiatiques, il faut signaler qu'il y a des réactions inattendues, qu'il faut saluer, si on est un tant soit peu attaché à l'honnêteté. Témoin, ce surprenant article d'Henri Tincq, étonnant à bien des égards, dont on notera ces paragraphes, qu'on pourrait attribuer sans difficultés à un journaliste d'extreme-droite:

Mais les plus prompts à s'emporter sont ceux qui ignorent tout de l'Eglise, de ses mécanismes de fonctionnement, du substrat de ses décisions, de son histoire et de son droit. Sans doute tout observateur, même sans culture catholique, a t-il le droit de se faire une opinion, et de l'exprimer, sur des personnalités qui - pape ou président - assure un pouvoir politique ou moral.

Mais le désaveu sans nuance et l'exécution sommaire sont des méthodes d'autant plus insupportables que la connaissance des dossiers est médiocre, l'information incomplète, partiale et biaisée, l'interprétation expéditive, la répétition des mêmes mots abusive. C'est le règne de la doxa - c'est-à-dire d'une opinion médiatique dominante contre laquelle, au nom du «politiquement correct», personne n'ose s'insurger - ; celui de l'amalgame qui, pour entretenir les fonds de commerce de la polémique, mélangent des affaires qui n'ont pas toujours à voir entre elles.


Ou encore cette remise en question intéressante d'Aliocha, qui n'hésite pas à se demander, puisque par définition, les valeurs d'une société évoluent, si il ne faudrait pas se poser la question de la pertinence des valeurs catholiques, eu égard à leur stabilité et à leur permanence dans le temps:

Et si notre vision du progrès en matière de droits de l’homme était imparfaite ? Et s’il advenait en effet qu’un jour nous estimions que le droit à la vie est supérieur à notre conception actuelle des droits et des libertés ?

Rappelons qu’à la révolution française nous avons écrit que la propriété était un droit inaliénable et sacré (article 17), je ne suis pas sûre que nous écririons la même chose aujourd’hui. Chaque société adhère à un instant donné à un certain nombre de valeurs qu’elle juge incontestables et supérieures à celles qui l’ont précédée. Ce qui nous permet d’affirmer sans craindre de beaucoup se tromper que demain, nous penserons différemment d’hier. Face à nos consensus changeants, la permanence des convictions défendues par l’Eglise nous propose un exercice intellectuel salutaire : sommes-nous bien sûrs de détenir la vérité  ?

Ce n'est probablement qu'un exercice de remise en cause salutaire, reste qu'il me semble devoir être salué, tant ce geste est rare. Et on pourrait multiplier les exemples de textes écrits par des gens qui ne sont pas spécialement catholiques, mais qui défendent vigoureusement la position pontificale, que ce soit Miclo, H16, et bien d'autres. Ailleurs encore, j'ai pu lire que certains agnostiques, furieux devant l'unanimisme médiatique, envisagent même de se convertir. Même si j'en suis très heureux, j'ai tout de même quelques doutes sur la perennité de cette conversion...

Enfin, il me semble qu'il ne faut pas oublier une chose : les catholiques ne sont pas sur terre pour avoir la vie facile, le repos éternel, ce n'est pas ici, mais de l'autre côté. Le Christ a dit lui-même qu'il n'était pas là pour apporter la paix, mais l'épée, qu'il fallait être prêt à subir toutes les avanies pour le suivre. En ce sens, l'hostilité médiatique est un bon indicateur de la permanence de l'Eglise en tant que signe de contradiction, en tant que signe d'espérance pour une autre vision de l'homme.

Ce qui, à voir la pratique catholique déclinante en France, demeure une bonne nouvelle.

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Rédigé par Polydamas

Publié dans #Médias

Publié le 21 Mars 2009

Il faut lire ce texte. Et notamment, tout ceux qui critiquent l'anonymat et la virtualisation du marché.

Il faut lire ce texte parce qu'il explique très concrètement combien un marché répond naturellement aux necessités d'une communauté. On pourrait même dire qu'une fois satisfait les besoins fondamentaux, l'échange est le principe autour duquel s'articule une vie au quotidien. Cet article décrit par le menu comment, à partir du troc, une économie se crée de toutes pièces dans l'environnement fermé qu'est un camp de concentration de prisonniers militaires.

Cet univers, simple à priori, connait pourtant toutes les mêmes lois que l'économie réelle. Tout y est, monnaie, marché, offre, demande, crédit, marchés à terme, inflation, déflation, bulles, krachs, salaire, sans oublier tous les désagréments que peuvent causer les monopoles ou le contrôle des prix. On y retrouve même l'hostilité classique envers les spéculateurs, même si leur utilité est là bien plus apparente. Une chose est sûre, même pour ceux qui vivent le pire, le marché est le meilleur moyen d'améliorer le quotidien.

On y constate également la pertinence de quelques principes célèbres d'économie, la mauvaise monnaie chasse la bonne, il n'y a pas de juste valeur des choses, uniquement de l'offre et la demande, etc. Ce texte est la traduction d'un article paru dans la revue Economica, au sortir de la guerre.

Quelques extraits ci-dessous pour vous mettre en bouche.

L’étude de l’organisation économique d’un camp de prisonniers de guerre est d’un grand intérêt sociologique. Elle permet de saisir le caractère universel et spontané de la vie économique, qui se développe, non par imitation consciente, mais en réponse à la pression des besoins et des circonstances. Si l'organisation économique du camp paraît calquée sur celle de la société civile, cela tient au fait que les mêmes incitations suscitent des réponses similaires.
(...)


Le marché

Heureusement, ce bruyant système de colportage fut bientôt remplacé par l’institution d’une bourse d’échanges dans chaque baraquement : sous les rubriques "nom", "numéro de chambre", "demandé" et "offert", chacun pouvait publier son annonce sur le tableau des échanges. Quand une affaire était conclue, l’annonce était effacée. En raison du caractère public et permanent des transactions, les prix en cigarettes étaient bien connus de tous, ce qui mettait tout le monde sur un pied d’égalité -- même s’il y avait toujours moyen pour un commerçant astucieux de tirer profit d'une possibilité résiduelle d'arbitrage. Tous, y compris les non-fumeurs, acceptaient les cigarettes en paiement, car on pouvait tout acheter avec.
(...)


Le travail salarié

En fait, il y avait un embryon de marché du travail. Même en période d’abondance, il y avait toujours un malchanceux prêt à vendre ses services pour quelques cigarettes. On pouvait faire laver sa chemise pour deux cigarettes. Un uniforme était nettoyé et repassé, un autre prêté en attendant, pour douze cigarettes. Un beau portrait au pastel coûtait trente cigarettes. De même, la couture et d'autres travaux avaient un prix.
(...)


Le spéculateur

Un négociant en denrées alimentaires et cigarettes, opérant dans une période de pénurie, jouissait d'une haute réputation. Fort d'un capital de 50 cigarettes, patiemment épargné, il achetait des rations le jour de leur distribution, et les revendait à bon prix dans les jours qui suivaient. Il tirait aussi parti des possibilités d'arbitrage, en étudiant plusieurs fois par jour les annonces affichées sur le tableau des échanges, à l’affût du moindre écart entre les prix acheteurs et les prix vendeurs. Sa connaissance des prix, des marchés et des noms de ceux qui avaient reçu des colis de cigarettes, était phénoménale. Comme il était gros fumeur, il pouvait ainsi fumer son bénéfice sans toucher à son capital.
(...)


La monnaie

En dépit de sa spécificité, la monnaie cigarette remplissait toutes les fonctions d'une monnaie métallique –- comme unité de compte, moyen de paiement et réserve de valeur --, et partageait la plupart de ses caractéristiques : un bien homogène, raisonnablement durable, et divisible -- en unités ou en paquets, selon l’importance des transactions. Incidemment, et comme la monnaie de métal, elle pouvait être altérée, ou allégée, par exemple en la roulant entre ses doigts pour en sortir un peu de tabac.
Les cigarettes étaient également soumises à la loi de Gresham. Comme monnaie, une cigarette en valait une autre, mais, chez les fumeurs, certaines marques étaient plus populaires que d’autres. Les gens payaient avec les cigarettes les moins prisées et fumaient les autres. Ainsi, la boutique ne recevait que rarement les cigarettes les plus populaires, comme les Churchman n°1.
(...)


La fluctuation des prix

De nombreux facteurs affectaient les prix, les plus importants et les plus notables étant les phases successives d'inflation et de déflation monétaires. Le cycle des prix dépendait de l’offre de cigarettes et, dans une bien moindre mesure, des livraisons de nourriture. Dans les premiers jours au camp, avant qu’arrivent les premiers colis privés et que les prisonniers aient pu constituer des stocks, la distribution hebdomadaire des rations de cigarettes et des rations alimentaires avait lieu le lundi. (...) D'autres facteurs affectaient le niveau général des prix. Un afflux de nouveaux prisonniers, proverbialement affamés, était générateur d’inflation. Des bombardements aériens massifs aux environs du camp augmentaient probablement la demande non monétaire de cigarettes, aggravant la déflation. Les bonnes et les mauvaises nouvelles du front avaient certainement de tels effets, et les grandes vagues d'optimisme et de pessimisme, qui balayaient périodiquement le camp, se reflétaient dans les prix. Un matin de mars 1945, peu avant le petit déjeuner, la rumeur circula d’un arrivage imminent de colis et de cigarettes. Dans les dix minutes, je vendis une ration de sirop de canne pour quatre cigarettes, alors que j’en demandais en vain trois cigarettes jusque-là. De nombreuses transactions du même genre furent rapidement conclues. Las ! vers 10 heures, la rumeur était démentie, et le sirop de canne ne trouvait plus preneur même à deux cigarettes.
(...)


Je vous laisse découvrir la suite. A lire d'urgence pour tout ceux qui sont sceptiques sur les marchés, et leur organisation.

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Rédigé par Polydamas

Publié dans #Finance