Publié le 27 Septembre 2007


Après la Vie des Autres, voici un autre film sur les horreurs communistes, cette fois durant la seconde guerre mondiale. C'est la première fois, à ma connaissance, que le cinéma ose s'attaquer à cette icône que représente l'Armée Rouge de la Seconde Guerre Mondiale. Je n'ai pas encore trouvé de date de sortie en France. En attendant, voici la bande-annonce.




Voici l'article que le Monde a publié sur le sujet.
Ce film, le cinéaste polonais Andrzej Wajda l'appréhendait autant qu'il le désirait. Il s'était fait la promesse intime de le réaliser, il y a des années. A 81 ans, il vient enfin d'accomplir ce qu'il appelle "un devoir" : porter à l'écran l'histoire de sa vie et un pan de la mémoire polonaise contemporaine, le massacre de Katyn.

En septembre 1939, 22 000 officiers polonais sont faits prisonniers par l'Armée rouge, qui vient d'envahir la Pologne, en vertu du pacte de non-agression germano-soviétique Ribbentrop-Molotov. En mars 1940, Staline donne l'ordre de les fusiller : 4 410 d'entre eux disparaissent dans la forêt de Katyn, près de Smolensk, dans l'Ouest russe. D'autres charniers seront découverts ailleurs. Cette hécatombe à huis clos a longtemps été maintenue secrète.

Andrzej Wajda a dédié Katyn à ses parents. A son père, Jakub, capitaine au 72e régiment d'infanterie, mort à Katyn. A sa mère, Aniela, qui "s'est nourrie d'illusions jusqu'à sa mort, car le nom de mon père figurait avec un autre prénom sur la liste des officiers massacrés", a-t-il confié, mercredi 12 septembre, à l'avant-première de son film, à Varsovie. Pourtant, ce long métrage n'est "ni une quête personnelle de la vérité ni une bougie funéraire posée sur la tombe du capitaine Jakub Wajda", se défend le cinéaste. (C'est un point de vue que je trouve étonnant, comme si en faisant ce film, il ne souhaitait pas qu'on se rappelle de son père, j'ai un peu l'impression qu'il craint de remettre clairement en cause les communistes)

Le film s'ouvre la journée du 17 septembre 1939. Sur un pont, deux foules de civils polonais se croisent, s'entrechoquent en sens inverse : l'une fuit l'Armée rouge, l'autre la Wehrmacht. Dès les premiers plans, Andrzej Wajda donne le ton en cadrant une femme paniquée, à la recherche de son mari, un officier de l'armée polonaise.

Car, à la surprise générale, Katyn n'est pas un film sur les officiers, mais sur leurs épouses, leurs mères ou leurs soeurs restées en Pologne, coupées de la vérité puis soumises à la censure. Les personnages centraux ne sont pas à chercher parmi les gradés en uniforme, mais chez leurs femmes, à travers le drame qu'elles vivent dans leur foyer de Cracovie. D'ailleurs, Wajda n'a pas attribué de nom de famille à ses officiers. Le capitaine de cavalerie Andrzej, le lieutenant Jerzy, le lieutenant "Pilot" ne sont au final que des archétypes.

Le film est pétri de métaphores, qui portent la griffe d'Andrzej Wajda, celles qui l'ont fait connaître dès Kanal (1957) ou Cendres et diamants (1958) : un christ baroque couché à terre, parmi les blessés de guerre, et caché sous la cape d'un officier ; deux soldats de l'Armée rouge qui déchirent le drapeau national polonais bicolore et se servent de la moitié rouge en guise de fanion soviétique ; une plaque funéraire brisée pour avoir affiché l'indicible sous le régime communiste : "Tué à Katyn en avril 1940."

Il y a surtout cette scène finale, une apothéose de réalisme, détaillée sans jamais virer au pathos. On y voit l'exécution méthodique, à la chaîne, minutieusement orchestrée par le NKVD, la police secrète de Staline, des 4 410 officiers de l'armée polonaise en avril 1940, dans la forêt de Katyn. Des agents soviétiques tirent machinalement, à une cadence soutenue, une balle de revolver Walther dans la tête des officiers. Les victimes s'effondrent, leurs corps jetés dans les fosses communes. Puis vient le ballet des bulldozers qui défoncent le sol et recouvrent les cadavres.

Dans les salles polonaises à partir du 17 septembre, date toute symbolique - celle du début de l'invasion de la Pologne en 1939 par les troupes soviétiques, seize jours après la Wehrmacht -, la dernière oeuvre de Wajda est une première. Aucun metteur en scène polonais n'avait réussi à porter ce chapitre sombre de l'histoire à l'écran. Pour s'assurer du succès, Andrzej Wajda a confié les images à Pawel Edelman, chef opérateur du Pianiste, de Roman Polanski, et la musique au compositeur Krzysztof Penderecki. Le scénario s'appuie sur le roman d'Andrzej Mularczyk, Post mortem.

Salué par une grande partie de la presse, le dernier film de Wajda n'échappe pas à la critique. On lui reproche d'escamoter l'Histoire en ne faisant que survoler le destin des officiers polonais qui ont pu survivre à Katyn par la promesse, imagine-t-on, de servir la propagande soviétique. Il y a aussi la critique mordante de l'hebdomadaire Newsweek qui, dans son dernier numéro, fustige "la sortie la plus attendue de la saison" comme "la célébration d'un mythe national et un échec artistique".

Sans oublier la réaction d'un spectateur, mercredi lors de l'avant-première, apostrophant Andrzej Wajda : "Avec Katyn, vous laissez entendre que si vous n'aviez pas menti sur la mort de votre père à Katyn, vous n'auriez pas pu entrer à l'université sous le régime communiste et que l'école polonaise du film n'aurait jamais existé ?" Agacé, le cinéaste s'est dérobé. "Permettez, monsieur, que je confesse mes péchés plus tard, et devant une autre audience", a-t-il sèchement répondu.

Le film relance surtout le débat public sur le massacre des officiers, à un moment où la Pologne tente toujours de recomposer son passé. A ce jour, on ignore toujours le sort de 7 000 soldats et officiers polonais disparus après avoir été faits prisonniers par l'Armée rouge en 1939. L'Allemagne nazie avait mis au jour certains charniers après la rupture du pacte Ribbentrop-Molotov et l'invasion de l'URSS en 1941. Mais les noms des premiers officiers retrouvés dans le charnier de Katyn n'avaient pas été révélés avant 1943.

Quant au massacre lui-même, il avait été récupéré par la propagande nazie, qui accusait Moscou de ce massacre, puis par les Soviétiques, qui en rejetaient la faute sur Berlin. Il fournit l'occasion de rompre les relations diplomatiques de l'URSS avec le gouvernement polonais en exil à Londres.

Il a fallu attendre 1990 pour que le régime soviétique finissant admette, par la bouche de Mikhaïl Gorbatchev, sa responsabilité, tout en évitant de parler de "crime contre l'humanité, imprescriptible", comme le demandait Varsovie. En 1992, Boris Eltsine avait remis aux autorités polonaises un document d'archives prouvant formellement l'implication des autorités soviétiques dans le massacre. Aujourd'hui, le travail de mémoire est inachevé : il bute sur la décision, prise par Moscou, en 2005, d'interdire l'accès aux dossiers concernés.

De son côté, la Pologne aura attendu soixante-sept ans pour voir le massacre de Katyn porté à l'écran. "Ce film n'aurait pas pu voir le jour avant. Ni en Pologne communiste, soumise à la censure, ni à l'étranger, qui s'est désintéressé du sujet", a conclu le réalisateur.

Avec Andrzej Wajda, Katyn vient enfin de prendre place dans le septième art. "Ce n'est que le premier. D'autres films suivront", a prédit le metteur en scène.

On l'espère bien...

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Rédigé par Polydamas

Publié dans #Histoire

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Publié le 23 Septembre 2007

Réalisé par la fondation Jérome Lejeune, le DVD "La Vie est en nous" reprend tout ce qu'il faut savoir sur l'avortement et les problèmes connexes. Ce DVD, dont vous trouverez ici l'intégralité des bandes-annonces, est disponible ici. Plus d'infos à cette adresse mail.

A voir, que l'on soit pour ou contre, pour prendre conscience du traumatisme que représente l'avortement.













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Rédigé par Polydamas

Publié dans #Pro-vie

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Publié le 20 Septembre 2007


Petite semaine off.

Il faut vraiment que je me repose.

Je vais tâcher de me ressourcer, revenir aux bouquins, à la littérature, quitter les forums, les flux RSS, les commentaires, les engueulades, les marchés financiers, les cours de bourse, les blogs.

Et pour cela, rien de mieux que l'Italie...

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Rédigé par Polydamas

Publié dans #Ab Imo Pectore

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Publié le 19 Septembre 2007


La réserve fédérale vient de baisser les taux de 0.5%, pour calmer les craintes de récession sur les marchés financiers. Via les PF, je tombe sur cet article de Liberté Politique, très éclairant.



LA CRISE FINANCIERE semble se calmer. N’était-ce qu’un coup de tabac un peu violent comme on en connaît régulièrement tous les quatre ou cinq ans ? Ou bien l’accalmie précède-t-elle une tempête majeure à l’échelle de la planète ? Impossible à dire. En revanche, les mécanismes d’une éventuelle propagation de la crise sont connus : la question est de savoir si et à quelle échelle ils peuvent enclencher une spirale infernale.


1/ LES INGREDIENTS : SURCHAUFFE DE L’IMMOBILIER AUX USA ET INGENIERIE FINANCIERE

Le financement du marché immobilier américain présente plusieurs particularités.

    * Les emprunteurs y sont très largement classés en fonction de leur qualité ; c’est ainsi que les ménages aux revenus les plus faibles ou les plus fragiles, qui constituent donc des emprunteurs de mauvaise qualité (d’où l’appellation subprime), paient des taux d’intérêt sensiblement plus élevés que les autres, en compensation du risque plus grand qu’ils font courir au prêteur.
    * Cependant, pour emprunter à bon compte pendant la période de taux d’intérêts très bas que nous venons de vivre, beaucoup sinon la plupart se sont endettés à taux variable : ils pouvaient ainsi accéder au crédit mais en assumant le risque de hausse des taux en cas d’inversion de tendance.
    * Il est habituel que l’emprunteur ne paie que les intérêts, ce qui diminue d’autant la charge qui pèse sur ses revenus, et que le capital ne soit pas amorti au fil du temps : celui-ci est remboursé par la revente de la maison, hypothéquée au profit du prêteur, occurrence fréquente dans une société très mobile ; la hausse continue des prix de l’immobilier depuis 10 ans facilitait évidemment les choses.
    * Les prêteurs ne sont pas des banques, mais des institutions spécialisées, elles-mêmes segmentées selon la clientèle à laquelle elles s’adressent. Ces institutions ne disposent pas de ressources propres ; elles se refinancent en revendant leurs portefeuilles de crédits hypothécaires à des investisseurs sous forme de titres obligataires (c’est ce que l’on appelle la « titrisation » des créances).

Ainsi caractérisé, l’encours de crédits subprime s’élève à environ 2 000 milliards de dollars et représente près de 15% de l’ensemble des crédits immobiliers du marché américain.

Avec la titrisation, apparaît une première technique d’ingénierie financière, d’ailleurs ancienne puisqu’elle est utilisée depuis au moins vingt ans. D’autres, beaucoup plus risquées, s’y sont ajoutées, que l’on regroupe sous le terme générique d’« effet de levier ». De quoi s’agit-il ?

Un investisseur peut n’engager que son épargne : il dispose de 10, investit 10 et est rémunéré pour 10. Pour accroître sa rémunération, il lui faut prendre davantage de risques, selon une loi de proportionnalité qui, sur longue période, ne souffre pas d’exception. Quand l’argent est abondant et peu coûteux grâce à la faiblesse des taux d’intérêts, il est tentant d’investir plus que son épargne en empruntant. Si aux 10 d’épargne dont il dispose, notre investisseur ajoute 10 de fonds empruntés, il peut investir 20 ; il sera rémunéré pour les 20 investis, et le rendement de son épargne initiale sera augmenté de la différence entre le surcroît de rémunération qu’il encaissera et le coût de son emprunt. Dans cet exemple, le levier est de 2. Les fonds d’investissement ont fréquemment recours à des leviers bien supérieurs, de 3, voire de 5… Qui leur prête ? Les banques, notamment celles qui patronnent de tels fonds placés auprès de leur clientèle. Ce faisant, elles prennent au moins deux risques : direct sur le véhicule qu’elles financent, et indirect sur les investissements qui y sont réalisés ; voire un troisième si la durée des prêts qu’elles lui consentent est plus longue que celle de leurs propres refinancements. Cela s’appelle de la « transformation », base du métier bancaire, en principe soigneusement encadrée pour éviter que l’impasse ne mette l’établissement en danger.

On peut aller plus loin. Plutôt que d’investir en immobilisant une liquidité qui coûte quand même un peu, on prend position, non en acquérant directement le produit-cible, mais en souscrivant des options sur ce produit (promesses de l’acheter ou de le vendre) et d’autres formes d’engagements futurs. En général, ces options ne sont pas levées, mais reconduites, revendues, arbitrées, retournées, etc., en fonction de l’évolution du marché. Les garanties demandées par les intermédiaires sous forme de dépôts sont modestes mais ajustées au fur et à mesure. C’est ainsi qu’avec une mise de fonds initiale de 10 notre investisseur peut s’engager sur 100 ou davantage. Tant que les évolutions de marché demeurent d’ampleur raisonnable, le système fonctionne bien et il encaissera un résultat sur 100 alors qu’il n’a facialement déboursé que 10 (les 90 de position constituent ce que l’on appelle un engagement hors-bilan dont le coût est faible et la comptabilisation souvent imparfaite).
Le rendement obtenu par l’investisseur peut être alors très élevé ; mais, parfois à son insu, souvent en se laissant griser par de premiers succès, il a pris un risque considérable. Malheur à qui se fait coincer les doigts dans la porte quand elle se referme.


II/ LE DEROULEMENT : UNE SERIE DE REACTIONS EN CHAINE

La hausse des taux d’intérêt a mis à mal ces mécanismes. Depuis trois ans, pour empêcher le retour de l’inflation et la surchauffe de l’économie, notamment du marché immobilier, la FED (banque centrale américaine) les a fortement et rapidement relevés : aujourd’hui, le taux de référence des emprunts à 1 mois (FED Funds) dépasse 5% alors qu’il était à 1% en décembre 2003. L’effet recherché a été obtenu : le marché immobilier s’est assagi, les prix ayant même esquissé une baisse. Mais les dommages collatéraux s’avèrent importants.

Les ménages qui s’étaient endettés à taux variable ont subi le risque qu’ils avaient pris : ils se sont trouvés en difficulté de sorte que les défaillances ont fait un bond de près de 30% au cours du premier semestre 2007 par rapport au premier semestre 2006 ; et ce, au moment où la revente du bien qui servait de gage devenait plus difficile.

C’est alors que s’enclenche le mécanisme de la crise.

Les portefeuilles de crédits hypothécaires titrisés enregistrent des pertes supérieures à celles qui étaient prévues lorsqu’ils ont été vendus aux investisseurs. Or ceux-ci en ont été friands : ces produits leur garantissaient une rémunération sensiblement plus élevée que les produits classiques. Comme aucune titrisation ne pouvait intervenir sans une note de crédit décernée par une agence de notation, les investisseurs se sont dispensés d’analyser le risque qu’ils prenaient. Les notes n’étaient certes pas les meilleures, mais suffisantes pour y investir en confiance. Certains en ont abusé.

Les conséquences s’enchaînent ensuite de façon implacable :

    * le marché des titres subprime décote vite et fortement, puis se bloque faute d’acheteurs ;
    * ne pouvant plus titriser les nouvelles créances hypothécaires qu’elles continuent de produire, les institutions spécialisées se heurtent à une impossibilité de refinancement au point que plusieurs font faillite, d’abord les plus fragiles dès le début de l’année, puis de plus importantes en juin et juillet ;
    * les fonds d’investissement qui étaient placés en titres subprime avec d’importants effets de levier enregistrent des pertes dont l’ampleur dépasse leurs marges de sécurité ;
    * les souscripteurs de ces fonds prennent peur et cherchent à se dégager : si le fonds a fait faillite, ils ne le peuvent pas et perdent leur investissement ; si le fonds n’a investi qu’une partie de ses ressources en subprime, il commence par vendre les actifs vendables pour faire face aux premiers retraits ; mais très vite la part relative des actifs peu ou pas liquides qu’il est contraint de conserver devient trop importante et l’empêche de rembourser les investisseurs, piégeant en son sein ceux qui n’ont pas été assez rapides ou prévoyants (cas de certains OPCVM de la BNP) ;
    * les banques sont piégées à leur tour, de deux côtés : en tant que prêteurs aux fonds investis en subprime, comme beaucoup de banques d’affaires américaines ; et en tant qu’investisseurs dans ces fonds comme de nombreuses banques asiatiques et de plusieurs banques allemandes : deux de ces dernières, confrontées à des pertes latentes excessives au regard de leurs fonds propres et à l’impossibilité de se refinancer, ont dû faire l’objet d’un sauvetage d’urgence organisé en plein mois d’août par la Bundesbank ;
    * en effet, dès que ces errements se révèlent et avant qu’on ne dispose d’informations plus précises, toutes les banques deviennent suspectes ; d’où une baisse brutale de la valeur de leurs actions qui entraine l’ensemble des bourses ; d’où surtout une réticence à leur prêter les liquidités à court terme dont elles ont besoin de la part des institutions collectrices (fonds d’épargne, compagnies d’assurance, etc.), mettant en péril leur fonction de transformation ;
    * c’est à ce moment que surgit le spectre d’un blocage général du marché interbancaire, sur lequel les banques ajustent leurs besoins de financement au jour le jour, et que les banques centrales ouvrent leurs guichets en grand afin d’assurer le refinancement du système bancaire (330 milliards de dollars prêtés aux banques en deux jours).

Ces quatre dernières étapes se sont déroulées en quelques semaines, voire quelques jours, tant il vrai qu’une crise de liquidité est toujours brutale !

Deux constats s’imposent immédiatement. D’abord l’emploi de techniques financières innovantes mais complexes a pour conséquence ultime non pas de faire disparaître les risques intrinsèques à une activité, mais de les diffuser à grande échelle ; si la dispersion a un effet dilutif positif en temps normal, quand la crise dépasse les prévisions c’est alors l’ensemble des acteurs qui est atteint. Ensuite, la mondialisation des marchés financiers a favorisé une propagation très rapide du phénomène au-delà du secteur concerné et au-delà des frontières.


III/ ET LA SUITE ?

Nous entrons dans le domaine des conjectures. Comme la prévision est un art difficile, surtout lorsqu’elle concerne l’avenir, avançons avec prudence et par degrés de certitude décroissante.

a/ Les effets certains

Des pertes vont apparaître dans les bilans des investisseurs.

On estime aujourd’hui les pertes directes et moins values latentes sur les subprime à un minimum de 200 milliards de dollars (10% de l’encours) ; estimation incertaine à cause de la disparition du marché et des doutes sur la solvabilité des emprunteurs, qu’il faudra sans doute rehausser sensiblement. A l’échelle mondiale, c’est quand même peu : moins d’une demi-journée de transactions boursières dans le monde. Si l’on doit en rester là, les marchés financiers sont de taille à absorber rapidement les pertes directes, grâce à la dispersion des risques. Sous réserve de l’existence de grumeaux ici ou là qui pourraient mettre en péril telle ou telle institution, mais non l’ensemble du système.

En revanche, il n’est pas possible d’estimer les pertes indirectes qui se révèleront plus tard, notamment du fait des leviers qui ont été engagés sur les subprime. On en ignore l’ampleur. S’ils sont aussi importants que certains analystes le suggèrent (on parle de facteurs supérieurs à 10, jusqu’à 25), le multiplicateur de pertes peut être considérable et ses effets se propager très loin, d’abord dans les banques, puis dans l’ensemble de l’économie : ne dit-on pas que les banques et fonds asiatiques ou proche-orientaux, qui portent de très gros encours en dollars, seraient aussi les principaux investisseurs finaux de ces produits ?

Sur le plan institutionnel et réglementaire, il ne se passera pas grand chose.

Les systèmes de régulation et de contrôle des banques ont été taillés pour secourir les établissements qui viendraient à défaillir, comme ils l’ont déjà fait lors de crises antérieures autrement plus graves : ils ont fonctionné correctement en Allemagne et rien ne permet de penser qu’ils se laisseront déborder.

Les agences de notation se trouvent à nouveau dans le collimateur. Elles ont beau jeu d’expliquer que les notes de crédit qu’elles attribuent ont une valeur relative et ne dispensent personne d’analyser les risques qu’il prend. En outre, ces notes sont déterminées à partir de statistiques de défaillances passées et de scénarios élaborés sur des séries historiques ; mais elles appréhendent mal les situations nouvelles. Enfin, les agences dépendent complètement de l’information que leur fournissent les émetteurs. Il n’en reste pas moins qu’elles ont tardé à réviser les notes des subprime titrisés et celles des établissements financiers qui les émettaient, n’anticipant ni assez tôt ni suffisamment le retournement de l’immobilier américain. Ensuite elles ont procédé brutalement à des dégradations massives et indiscriminées qui ont contribué à bloquer le marché des titres : imprévoyance et sur-réaction leur sont à nouveau reprochées, non sans raison. Comme les agences sont peu nombreuses (trois, Moody’s, Standard & Poors et Fitch, qui se partagent le marché mondial), que les émetteurs ne peuvent mettre aucun titre sur le marché sans qu’il soit noté et que ce sont eux qui les payent, on ne manquera pas non plus de pointer le conflit d’intérêt dans lequel celles-ci fonctionnent en permanence. Mais jusqu’à présent nul n’a trouvé le remède, à supposer qu’il en existe un. D’où l’on déduit que rien ne changera significativement de ce côté, sinon un effort de vertu de la part des agences qui, au moins pour un temps, s’efforceront d’être plus sélectives et plus critiques dans leurs appréciations.

À la dispersion des risques, la combinaison des techniques financières innovantes et de la mondialisation des marchés financiers ajoute l’opacité : autant il est possible d’exiger qu’une banque dévoile le contenu de son bilan dans le cadre de la tutelle à laquelle elle est soumise, autant il est impossible d’imposer la même exigence à tous les fonds d’investissement de la planète, surtout lorsqu’ils ne sont pas cotés mais privés, ce qui est la cas de la plupart. Qui pourrait contraindre les fonds qui sont majoritairement domiciliés dans des paradis fiscaux ou réglementaires, ou ceux qui sont contrôlés par les gouvernements, notamment asiatiques ou proche-orientaux, de révéler leurs investissements et les leviers engagés ? On restera donc dans l’incapacité de pister les titres et instruments les plus risqués dès lors qu’ils sont dispersés dans la nature. On peut seulement s’attendre à un renforcement des exigences d’information appliquées au moment de leur mise sur le marché par les institutions financières qui les fabriquent, afin que la nature et l’ampleur du risque pris par l’investisseur soit mieux appréhendées. Mais la transparence de la détention n’est pas pour demain.

b/ Les effets probables

On l’a dit : déjà deux banques allemandes se sont trouvées prises au piège. Mais la crise a révélé la faiblesse des nombreux établissements de taille moyenne dont l’Allemagne est encore dotée, en particulier des banques publiques régionales (Landesbank).

Elles étaient focalisées sur les crédits aux PME et aux particuliers ; mais la bonne santé des premières réduit leur recours au crédit, et les besoins des seconds stagnent depuis plusieurs années. Alors que le caractère public de Landesbank les faisait bénéficier de la garantie de solvabilité des Länder et leur permettait d’opérer à des conditions avantageuses, en 2005 la Commission Européenne a obtenu la suppression de cette garantie qui, à ses yeux, faussait la concurrence. Elles doivent désormais être plus regardantes tant sur la qualité de leurs débiteurs que sur les conditions qu’elles leur consentent ; d’où une moindre présence commerciale et une contraction de leur profitabilité. Contraction qu’elles ont compensé par d’autres sources de revenus, notamment par la souscription de titres tels que les subprime. Cette fuite en avant pourrait leur coûter cher.

Il est vraisemblable que la crise sera le catalyseur d’une restructuration du secteur, réalisée depuis longtemps ailleurs, et toujours repoussée en raison de ses incidences sociales et politiques.

Le marché de la titrisation va sans doute souffrir, et plus généralement ceux qui utilisent de l’ingénierie à effet de levier ; avec eux les banques dites d’investissement et de financement (ou banques d’affaires, par opposition aux banques à réseau orientées vers le grand public).

Il n’y a pas que les subprime qui aient été titrisés : 60% des crédits consentis pas les banques américaines à leurs clients l’ont aussi été. Depuis quelques années ces instruments se sont multipliés dans tous les compartiments et dans tous les pays, donnant naissance à un énorme marché de titres connus sous l’appellation générique d’ABS (Assets Backed Securities, c’est-à-dire titres adossés à des actifs). Il est alimenté par toutes les banques pour alléger leurs bilans et satisfaire la demande d’investisseurs à la recherche de rendements attractifs. Ceux-ci viennent de prendre conscience qu’ils se sont substitués à elles, sans toutefois en avoir les moyens. Or, par voie de contagion, la valeur des ABS a aussi commencé de baisser. En outre, au fur et à mesure que viennent à échéance les lignes de crédit, en général à court terme, par lesquelles les véhicules porteurs se refinancent, les renouvellements vont se heurter à des contraintes plus fortes. D’où la perspective de nouvelles cessions d’actifs, les plus vendables, et à nouveau un risque de réaction en chaîne semblable au précédent.

Cette réaction peut ne pas dégénérer, sauf si les pertes enregistrées entament les marges de sécurité. Mais il est probable que le recours à la titrisation va subir un coup de frein qui ne sera pas sans conséquence : faute de pouvoir alléger leurs bilans, les banques vont réduire leurs concours, par conséquent leur activité sur ces segments très rémunérateurs, et partant leurs profits ; quant aux secteurs économiques concernés, ils bénéficieront de moins de financements et par suite ralentiront leur activité.

L’immobilier devrait être le premier touché, lui qui a été le plus grand bénéficiaire des opérations de titrisation. Mais aussi les transmissions et rachats d’entreprises par effet de levier (LBO).

Ce ne sera pas forcément un mal : immobilier et entreprises constituent les deux classes d’actifs dont la hausse des valeurs a été la plus forte au cours des dernières années, à des niveaux que bien des analystes jugent totalement déraisonnables. D’une façon générale, les économies développées ne souffrent plus d’inflation générale au niveau des prix, pour le plus grand bien des consommateurs que nous sommes, grâce à la mondialisation de la concurrence entre producteurs, et sous réserve des effets possibles de la hausse récente et importante des prix des matières premières. En revanche, elles souffrent d’une très forte hausse de la valeur des actifs dont témoignent les envolées parallèles de l’immobilier et des bourses, entretenue par le faible coût du crédit et le recours aux techniques évoquées ci-dessus, par la mondialisation des circuits financiers qui met tout à la portée de tout le monde, et par la rareté physique naturelle de ces biens que beaucoup d’investisseurs perçoivent comme des refuges ultimes. Cette hausse des valeurs d’actifs va-t-elle subir un coup d’arrêt ? Ce serait une bonne chose. Si oui, ce coup d’arrêt va-t-il se propager ailleurs ?

C’est ainsi que l’on commence à s’inquiéter d’une possible contagion du ralentissement à l’ensemble de l’économie : l’immobilier se répercutant de proche en proche sur les autres secteurs, et les États-Unis sur les autres pays.

Dores et déjà, le nombre des permis de construire et des mises en chantier a été divisé par deux en un an aux États-Unis et est au plus bas depuis dix ans ; d’où des effets induits probables sur les fournisseurs, sur l’emploi, et en fin de compte sur la demande intérieure ; d’où un ralentissement des importations qui se conjuguerait avec le durcissement général des conditions de crédit pour affecter les économies des autres pays. En sens inverse, l’injection massive de liquidités à laquelle les banques centrales ont procédé au cours du mois d’août a desserré la contrainte de crédit, au moins à cours terme. Poursuivront-elles dans la même voie afin d’éviter un trop fort ralentissement de l’économie : la question est en débat, non seulement chez les analystes, mais aussi chez les grands argentiers du monde.

c/ Et au-delà ?

Il n’est pas interdit de s’interroger sur d’éventuelles répercussions plus graves encore. Certes, rien ne les laisse présager en l’état actuel des informations dont on dispose et de ce que l’on sait de la solidité du système monétaire et financier mondial. Après tout, ce système dont on annonce régulièrement la ruine prochaine à cause de l’empilement monstrueux des dettes américaines, tient le coup : il a traversé toutes les crises depuis cinquante ans. Il y en pourtant eu de bien pires.

Il n’est pas difficile de se faire peur. On a souvent souligné l’énormité des dettes sur lesquelles repose l’économie des États-Unis. L’endettement global du pays tourne autour de 33 000 milliards de dollars et représente 250% de son PIB ! Moins à cause de la dette fédérale (8 800 milliards de dollars certes, mais seulement 67% du PIB, pourcentage à peine plus élevé qu’en France), que de la dette privée qui avoisine 24 000 milliards de dollars : en moyenne, chaque américain dépense 20% de plus qu’il n’encaisse de revenus. Mais c’est grâce à cela que l’économie des États-Unis tourne à plein régime et que son PIB représente 30% du PIB mondial.

C’est aussi la raison pour laquelle le dollar sert de monnaie de réserve à toute la planète et bénéficie d’un privilège inouï : le déficit constant du commerce extérieur américain depuis 50 ans trouve sa contrepartie dans les excédents commerciaux des partenaires (essentiellement asiatiques aujourd’hui). Au lieu de se défaire de leurs dollars, les banques de ces pays les réinvestissent en créances américaines (bons du trésor et dettes privées), dispensant les États-Unis de procéder aux ajustement auxquels tout autre pays aurait été contraint depuis longtemps ; de sorte que plus leur pays a de dettes, plus les américains sont en mesure de dépenser chez eux. Paradoxe supplémentaire : le total des avoirs détenus par les étrangers aux États-Unis (essentiellement sous forme de créances) s’élève à environ 13 000 milliards de dollars alors que le total des avoirs américains à l’étranger n’est que de 10 000 milliards. Mais comme ces derniers portent principalement sur ces actifs tangibles et des entreprises, ils génèrent un revenu supérieur aux intérêts que les américains doivent payer à leurs créanciers ; et comme les deux tiers de ces actifs sont libellés en monnaies autres que le dollar, la dépréciation de celui-ci a pour effet de réévaluer ceux-là à leur avantage.

Cette pyramide peut-elle s’effondrer ? Ce n’est pas tout à fait impossible.

On sait que débiteur et créancier se tiennent mutuellement et que le rapport de force n’est pas toujours en faveur du second : à cette échelle, disposant de l’économie la plus puissante du monde, les États-Unis ont les moyens de faire pression sur leurs créanciers pour éviter que ceux-ci ne cassent le système. Ils n’ont d’ailleurs pas hésité à s’en servir dans le passé. En outre, les économies asiatiques ont encore le plus grand besoin d’accéder au marché américain pour écouler leurs productions, sauf à se mettre elles-mêmes en péril avec toutes les conséquences politiques et sociales que l’on devine.

Les autorités chinoises et les émirs proche-orientaux se laisseront-ils toujours faire ? Seront-ils aussi dociles que les japonais ? Comment la mécanique pourrait-elle s’enrayer ? De trois façons :

    * D’abord par la volonté des investisseurs étrangers de se protéger contre une baisse de la valeur de leurs créances : les effets de la présente crise vont mettre leurs bilans à mal. Déjà la baisse du dollar vis-à-vis de l’euro (-40% en cinq ans) les avait incités à rechercher des placements dans cette monnaie, même si le gisement (emprunts d’Etats, créances privées, actifs boursiers) est beaucoup trop faible pour une substitution complète.
    * Ensuite par la baisse des taux d’intérêt américains : si cette baisse peut arrêter la crise actuelle, elle aura aussi pour effet de réduire les revenus des créanciers des États-Unis ; et par conséquent d’affaiblir leur propension à prêter davantage.
   * Enfin par une réallocation des avoirs que détiennent les investisseurs étrangers au sein même de l’économie américaine : ceux-ci ont d’ores et déjà commencé d’arbitrer leurs créances contre des actifs tangibles de meilleure valeur. Ils en ont les moyens et on ne compte plus les entreprises passées sous contrôle asiatique. La baisse de la bourse leur donnera l’occasion de faire quelques bonnes affaires.

Normalement, ces trois facteurs d’ajustements peuvent opérer sans dégâts majeurs s’ils sont progressifs : le système monétaire et financier mondial est assez solide et souple pour s’y adapter, pourvu que le temps lui en soit laissé et que la crise actuelle soit rapidement éteinte.

Mais le système est entré en compétition avec des acteurs, asiatiques ou arabes principalement, qui ne sont disposés à en appliquer les règles que jusqu’à un certain point.

Si la baisse des taux d’intérêt américains est à la fois trop forte et trop décalée par rapport aux taux des autres devises, la fuite devant les créances libellées en dollar peut s’accélérer, tandis que la baisse du dollar vis-à-vis de l’euro et de la livre s’accentuerait et se propagerait au yen. Mêmes risques si, sous la pression du gouvernement américain soucieux de ralentir les délocalisations, les pays asiatiques, à commencer par la Chine, étaient contraints de désolidariser leurs monnaies du dollar et de les réévaluer trop fortement. Par ailleurs les prises de contrôle d’entreprises américaines ne vont pas sans susciter des réactions de défiance : on l’a vu lorsque le groupe chinois LENOVO a acquis la division PC d’IBM. Plus encore quand il s’agit de capitaux arabes. Les crispations protectionnistes qui se font régulièrement jour outre-Atlantique peuvent aussi dégénérer, surtout dans un contexte de crise ; et si les pays asiatiques devaient payer l’ajustement du système au prix de trop fortes restrictions d’accès au marché américain, il est vraisemblable que les flux financiers actuels seraient sensiblement perturbés. Sans omettre les interférences possibles de facteurs non plus économiques mais politiques, provenant par exemple de la situation au Proche-Orient.

Enfin, si les circonstances présentes venaient à rendre simultanés ces phénomènes aux effets convergents, ceux-ci se renforceraient mutuellement et pourraient déboucher sur une contraction brutale du financement des déficits américains ; c’est à dire sur crise majeure de liquidité de l’économie toute entière, avec des effets d’amplification difficiles à maîtriser.

Beaucoup de « si » dira-t-on. Evidemment : c’est pourquoi le pire n’est pas le plus probable, et de loin. Cependant on ne pourra pas dire que c’était imprévisible.

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Rédigé par Polydamas

Publié dans #Finance

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Publié le 14 Septembre 2007

Via le Salon Beige, je tombe sur ce texte décrivant le rôle que joua Bachir Gemayel.

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«Notre espoir ne tenait pas seulement au jeu du hasard, mais à celui de la nécessité. Comment  imaginer le Moyen-Orient sans le Liban ? Pour les peuples persécutés de la région, le Liban c’est le bout du tunnel, la lumière de la liberté. Arracher à ce monde-là cet ultime espoir, est un péché contre l’esprit».

Aujourd'hui, cela fait 25 ans qu'a été fauché l'un des plus grands espoirs que le Liban ait connu.bug_fck

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Rédigé par Polydamas

Publié dans #Disparitions

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Publié le 14 Septembre 2007

C'est aujourd'hui que le Motu Proprio, jour de la fête de la Sainte Croix, est appliqué.

Pour comprendre les problèmes posés par les difféerents rits, je ne saurais trop vous conseiller de relire ce billet, qui détaille les différences et les problèmes posés par le nouveau rit.

Tous les catholiques, tradis ou pas, sont cordialement invités à envoyer un mail, une lettre, à leur évêque ou à leurs curés pour demander une messe en latin dans le plus grand nombre de paroisses possibles.

Si vous êtes intéressé pour constituer un groupe, vous trouverez ici et , des fidèles prêts à rejoindre le mouvement. En espérant que l'épiscopat applique franchement et généreusement le Motu Proprio.

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Rédigé par Polydamas

Publié dans #Religion

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Publié le 12 Septembre 2007

Il semblerait qu'il y ait, chez certains internautes, encore un doute sur l'incompatibilité entre la franc-maçonnerie et le catholicisme. Je ne peux que les enjoindre à parcourir cet excellent témoignage de Maurice Caillet.

C'est un texte éclairant à bien des égards.


Catholicisme et philosophie maçonnique: deux paradigmes inconciliables


Le débat n'est pas nouveau, puisque vingt et un ans seulement après la création de la maçonnerie moderne, spéculative, le Pape Clément XII la condamnait par "une constitution valable à perpétuité", condamnation reprise par de nombreux papes, jusqu'à Jean-Paul II (sur proposition de Mgr Ratzinger en novembre 1983). Cependant il a toujours été de bon ton parmi les fidèles et même les écclésiastiques, surtout en France, de faire preuve d'indépendance vis-à-vis de recommandations pourtant motivées du Magistère: le coq gaulois est toujours fier de son indépendance et il ne chante pas seulement dans les basses-cours, mais aussi dans les sacristies! C'est ainsi que l'on a vu le R.P Riquet et Allec Mellor faire l'apologie de la maçonnerie dans les années soixante. Vingt ans plus tard, c'était Mgr Thomas de Versailles qui "flirtait" avec J.J Gabut, Grand Maître de la Grande Loge de france. Et le 9 décembre 1999, on pouvait lire avec effarement la notice "auto-nécrologique" de l'abbé Jean-Claude Desbrosse dans le Figaro, avec tous ses titres maçonniques. Il trouva malencontreusement un soutien posthume de son ancien Evêque, Mgr Le Bourgeois, dans le journal La Croix, contredit très rapidement par son successeur Mgr Seguy du diocèse d'Autun. Depuis, d'autres Evêques français, et non des moindres, ont soutenu le point de vue romain: Mgr Bonfils dans les Nouvelles Religieuses (n°161), Mgr Brincard sur le site internet de son diocèse  du Puy-en-Velay, Mgr Rey de Toulon dans un article de La NEF de décembre 2004, Mgr de Germiny de Blois.

Personnellement, je suis témoin et je ne suis que témoin, mais converti et baptisé à cinquante ans, j'ai été franc-maçon du Grand Orient de France pendant quinze années, et voilà vingt deux ans que je suis chrétien. Etant catholique aussi convaincu et actif que j'ai été franc-maçon militant, je me permets d'affirmer, en dehors de toute interdiction magistrale, malheureusement mal ressentie même par des catholiques pratiquants, qu'il est absurde, philosophiquement contradictoire, de prétendre être à la fois vrai catholique et franc-maçon authentique, quelles que soient les obédiences (mais qui se soucie aujourd'hui du principe de non-contradiction?). Je précise que j'ai fréquenté des maçons de toutes obédiences, notamment en Fraternelle.
(...)

De 1970 à 1985, j'ai gravi les grades initiatiques d'apprenti jusqu'au 18° (Chevalier Rose-Croix), j'ai été Vénérable de loge, délégué au Convent(député à l'assemblée nationale annuelle), membre de la Fraternelle des Hauts Fonctionnaires.
(...)

Qu'est-ce que la franc-maçonnerie? Officiellement, il s'agit d'une association philosophique et philanthropique, qui, sous sa forme spéculative est apparue au début du XVIII° siècle. Les obédiences sont des fédérations de loges. Dans toutes les obédiences, il existe au moins trois structures parallèles de nature différente.

Une structure que l'on peut qualifier de démocratique, regroupant les ateliers ou loges bleues ou de Saint Jean, qui gère les trois premiers grades d'apprenti, de compagnon et de maître. Tous les responsables, Officiers et Vénérable de loge, Délégué au Convent, membres de Conseil de l'Ordre, Grand Maître et ses adjoints sont élus et non reconductibles au delà de deux ou trois ans. Ces loges font l'objet de déclaration, comme association loi de 1901, auprès des Préfectures, et sont souvent à la une des hebdomadaires avec photo du Grand Maître à l'appui. Il existe à ce niveau une Constitution, des Statuts et une justice maçonnique chargée de règler les conflits entre maçons.

Une seconde structure, initiatique, est beaucoup moins connue, voire ignorée des "profanes": il s'agit des ateliers de perfectionnement, cloisonnés en quatre niveaux, du 4° au 33° grades selon certains rites (REEA), sans communication des ateliers supérieurs vers les inférieurs. Le recrutement d'un niveau à l'autre se fait par cooptation, et la gestion de cet ensemble est assuré par un collège de grands initiés, inconnus des maçons de base et encore plus de la presse, et présidé par un Grand Commandeur élu à vie. Notons au passage cette affirmation pour le moins surprenante d'un "Grand Commandeur" américain, Albert Pyke en juillet 1889: "Lucifer le Dieu de la Lumière et le Dieu du Bien lutte pour l'humanité contre Adonaï, la Dieu de l'obscurité et du mal" (cité par J.C Lozac'hmeur). Plus discret, Oswald Wirth, grand initié et initiateur, écrivait dans le "Livre du compagnon": "...le Serpent inspirateur de désobéissance, d'insubordination et de révolte, fut maudit par les anciens théocrates, alors qu'il était en honneur parmi les initiés".

La troisième structure n'a même pas de statut officiel dans les obédiences: il s'agit des fraternelles qui regroupent des maçons selon leur profession ou leurs intérêts, ce qui ouvre la porte à toutes sortes de compromissions et corruptions, d'autant plus que s'y retrouvent des maçons appartenant à des obédiences différentes, qui, publiquement, n'hésitent pas à se lancer des anathèmes, comme celui d'être une maçonnerie "irrégulière"! Pour s'en convaincre il suffit de consulter le site Hiram réalisé par des maçons, écoeurés, qui tentent de contrer ces dérives affairistes.

Enfin, sept maîtres peuvent constituer une loge "sauvage", qui n'a de compte à rendre à personne. J'ai été sollicité pour en faire partie. Il existe aussi des clubs spécifiquement maçonniques, comme les "Clubs des 50", cinquante des maçons les plus influents de chaque grande ville, qui se réunissent dans de grands restaurants.

Tout oppose la philosophie maçonnique et la religion catholique.

1°) Historiquement chacun connaît Saint Pierre, premier Evêque de Rome à qui Jésus a confié son Eglise. Les origines de la maçonnerie spéculative sont plus discutables; cependant, beaucoup d'historiens admettent que celle-ci a résulté de la transformation de la maçonnerie opérative (bâtisseurs de cathédrales) à Londres en 1717, sous l'impulsion de deux pasteurs, Anderson presbytérien et Désaguliers anglican, influencés en sous-main par le physicien Isaac Newton, hérétique notoire, pratiquant la magie et l'alchimie, et admirateur de Nostradamus et des Lumières. Du reste, les Constitutions fondatrices, dites d'Anderson (1723) ne mentionnent Dieu qu'une seule fois, dans une tête de chapitre, et jamais la Sainte Trinité, le péché, le salut, la Résurrection, l'Ascension ni la Pentecôte, la venue du Saint Esprit. En France la maçonnerie apparaît dès 1725 avec Montesquieu, et ses membres, nobles, grands bourgeois voire écclésiastiques sont gallicans, c'est-à-dire opposés à la prééminence de l'Evêque de Rome. En tous cas, la FM, qu'elle soit opérative ou spéculative est une résurgence de la Gnose, hérésie dèjà condamnée par Saint Irénée au II° siècle et que l'on retrouve dans tous les ordres initiatiques. 



2°) Les fondements sont

- pour le christianisme, le kérygme, c'est-à-dire l'annonce par des témoins oculaires, dont l'apôtre Saint Jean, de la mort et de la résurrection de Jésus pour notre salut;

- pour la maçonnerie, des mythes, dont le mythe central d'Hiram, architecte du temple de Salomon qui aurait été assassiné par trois mauvais compagnons, ce qui ne repose sur aucune preuve historique, pas plus que la transmission par Saint Jean d'un enseignement secret de Jésus aux ordres initiatiques successifs en passant par les Templiers, pas plus que la transmission des rites initiatiques depuis l'antiquité égyptiennne jusqu'aux francs-maçons modernes, transmission soutenue par le franc-maçon et talentueux romancier Christian Jacq. 



3°) Les principes de base sont aussi opposés.

- Le christianisme est une religion révélée par Dieu lui-même, d'abord à Moïse, puis en et par Jésus le Messie, et il comporte un certain nombre de dogmes, inclus dans le Credo, qu'un catholique bien formé et convaincu ne peut contester sans renier sa Foi (Dieu trinitaire, Incarnation, Résurrection, Ascension, Immaculée Conception, Assomption de la Vierge Marie). L'Eglise affirme détenir la Vérité sur les relations entre Dieu et l'Homme. Enfin, le chrétien compte plus sur la Grâce miséricordieuse de Dieu que sur ses propres oeuvres pour accéder au salut.

- La Franc-maçonnerie prône une philosophie humaniste consacrée à la recherche de la vérité, mais qu'elle estime inaccessible. Elle rejette tout dogme et soutient le relativisme:

  • 1)  relativisme religieux, qui met toutes les religions sur le même plan, alors qu'elle s'érige au-dessus d'elles, dès 1723, comme "centre de l'union" (indifférentisme);
  • 2)  relativisme moral, aucune règle morale n'étant pour elle d'essence divine et donc intangible: sa morale évolue au gré du consensus des sociétés, ce qui ressort également du naturalisme: "En toutes choses, la nature ou la raison humaine doit être maîtresse et souveraine"(Léon XIII dans son encyclique mettant à jour la maçonnerie qu'il qualifie de secte). En quelques mots et toutes obédiences confondues, c'est l'indépendance de l'Homme vis-à-vis de Dieu et la négation de tout phénomène surnaturel: c'est la cité terrestre de Saint Augustin..."l'amour de soi porté jusqu'au mépris de Dieu". Entous cas, c'est le refus de tout phénomène surnaturel: théophanies, apparitions, miracles.


4°) Les enseignements

- dans l'Eglise Catholique sont accessibles à tous; il n'y a pas d'enseignement secret, n'en déplaise à Dan Brown et aux gnostiques: Catéchisme, comptes rendus des Conciles, Encycliques destinées aux Evêques et cependant divulguées urbi et orbi;

- dans la franc-maçonnerie une formation ésotérique, secrète est donnée aux initiés selon leur grade, qui révélerait progressivement les mystères cachés par les dignitaires de la religion exotérique que serait l'Eglise apostolique et romaine (et pourquoi les Eglises orthodoxes et protestantes dissimuleraient-elles les mêmes mystères, alors qu'elles ont longtemps combattu l'Eglise romaine?). Tous les rituels font miroiter aux yeux des initiés la "Connaissance" d'une soi-disant "Tradition primordiale" préhistorique et d'une "Lumière", qui au mieux est celle d'une meilleure connaissance psychologique de l'initié par lui-même, mais en aucun cas celle de la Transfiguration au Thabor ou celle d'un Saint Séraphin de Sarov en présence de Motovilov.


5°) La conception de Dieu est profondément différente:

- pour un chrétien, Dieu est un être personnel, trois personnes en une, mais un Dieu-personne entretenant une relation d'amour avec la créature humaine: c'est du théisme;

- pour un FM, ce peut être au mieux le Grand Architecte de l'Univers, Dieu abstrait, mais c'est seulement le "Créateur-maître horloger" comme le désigne le pourtant pasteur Désaguliers et plus tard Voltaire, initié sur le tard: c'est du déisme. Ce GADLU n'intervient pas dans les affaires des homme.


) L'eschatologie, les fins dernières 

- dans le christianisme, c'est la Vie Eternelle, accordée par grâce, dans une adoration et une louange sans fin, face à face amoureux avec le Seigneur;

- dans la franc-maçonnerie, c'est le "passage à l'Orient éternel", espérance de l'abbé J.C Desbrosse, qui échappe à toute définition ou description, hormis le respect des initiés vis-à-vis de leurs défunts.


) Le perfectionnement de l'Homme

- pour le chrétien, consiste, avec la grâce de Dieu et les sacrements, à s'acheminer vers la sainteté, dans l'imitation de Jésus Christ, l'humilité et la charité;

- pour le FM, c'est l'élitisme des initiations successives, forme d'animisme (selon René Guénon et Mircéa Eliade), et la recherche du bien qui n'est nulle part précisé, puisque la morale évolue, dans la sincérité qui, chacun le sait, n'est pas synonyme de vérité: le FM est un self-made man. Cela rappelle le pélagianisme combattu par Saint Augustin.


) La relation avec les autres religions   

- pour le catholique, c'est un respect des croyants des autres religions, dans la tolérance due aux personnes qui n'ont pas encore été éclairées par l'Esprit Saint, mais dans la préservation jalouse de la doctrine de l'Eglise, transmise aux Apôtres et leurs successeurs; c'est le véritable esprit de la rencontre d'Assise de 1986;

- pour le FM, c'est une tolérance générale vis-à-vis de toutes les croyances et philosophies, avec un goût prononcé pour le syncrétisme, c'est-à-dire la combinaison peu cohérente de différentes doctrines spirituelles: c'est aussi la Gnose, subversion de la vraie Foi, affadissement du sel de la terre!  



9°) La relation au corps et au plaisir   

- pour le catholique n'a pas été puritaine, sauf pour les Cathares et les Jansénistes, et elle ne l'est pas dans les écrits du Saint Père, Jean-Paul II, qui célèbre l'acte conjugal comme un "véritable acte d'adoration", mais le corps et les sens doivent rester soumis à la conscience et à la loi morale et subordonnés à l'amour véritable;

- pour le FM, elle doit être d'une liberté totale entre adultes consentants; cet hédonisme a conduit la franc-maçonnerie à promouvoir toutes les lois favorisant le divorce, la contraception, l'avortement, le PACS, les manipulations embryonnaires et bientôt la dépénalisation des drogues dites douces, ainsi que la légalisation de l'euthanasie: "c'est tout le concept de famille qui en train de basculer" selon le pronostic du Docteur Pierre Simon (De la vie avant toute chose; Ed. Mazarine 1979).


Conclusion  

Le catholique ne doit pas se laisser séduire par les idéaux maçonniques, qui sont ceux de notre République: liberté, égalité, fraternité, qui n'ont pas le même sens dans l'esprit d'un chrétien et d'un FM. La liberté, pour un chrétien, est un moyen, un instrument accordé par Dieu à l'Homme pour aller vers le Bien et l'amour. Pour un FM c'est un but sans fin, qui doit abattre tous les tabous et tous les interdits de la morale naturelle.

L'égalité, pour les chrétiens résulte du fait qu'ils sont tous fils d'un même Père et frères et soeurs de Jésus. Pour un FM, c'est une illusion puisqu'il distingue profanes et initiés et, par ailleurs les FM eux-mêmes en 33 grades bien étanches. La fraternité chrétienne est universelle et celle des FM se limite ou se concentre sur le cercle restreint des initiés, tout en aspirant à l'avénement d'un gouvernement mondial...dirigé par les initiés, bien entendu! 

Mgr Girotti vient de rappeler la condamnation romaine de 1983: le catholique qui appartient à une organisation maçonnique est "en état de péché grave" et "ne peut accéder à la Sainte Communion" (Le Figaro du 5 mars 2007)

En 1936, lors de leur première rencontre à Chateauneuf-de-Galaure, Marthe Robin, grande mystique, déclara au Père Finet que "parmi les erreurs qui allaient sombrer, il y aurait le communisme, le laïcisme et la franc-maçonnerie"* Le communisme n'a déjà plus beaucoup d'avenir. Prions donc pour la conversion des FM qui, souvent de bonne foi, sont dans l'erreur et les ténèbres, alors qu'ils croient avoir reçu la Lumière.

La Lumière qui éclaire tout homme c'est Jésus-Christ, ce n'est pas Lucifer!                           


Maurice Caillet

* in Raymond Perret, "Prends ma vie, Seigneur" p.139, chez Desclée de Brouwer

 

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Rédigé par Polydamas

Publié dans #Argumentaires

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Publié le 8 Septembre 2007


490810600-small.jpg Le capitaine Caroline Aigle s'est envolée pour sa dernière demeure le 21 Août dernier, à 32 ans, victime d'un mélanome foudroyant.

Lycée de St-Cyr, Prytanée National Militaire, Ecole Normale Supérieure, Polytechnique, championne de France de triathlon en 1997, parachutiste, première française brevetée pilote de chasse en 1999, 1600 heures de vol, cette femme a eu un parcours hors du commun.

Mais en dehors de cela, cette figure est remarquable, en ce que, se sachant condamnée par le cancer, elle a décidé de ne pas prendre de traitement, afin de préserver le bébé qu'elle portait, en estimant qu'elle n'avait pas le droit de ralentir sa maladie aux dépens de son enfant.

Gabriel est né, par accouchement forcé, à 5 mois et demi de grossesse, 18 jours avant que sa mère ne rende l'âme. Il va bien. Je vous recommande d'entendre le témoignage de son mari sur ces moments tragiques, ci-dessous.



L'armée de l'air a ouvert un site de condoléances, et vous pourrez lire ici le discours de son commandant à ses funérailles.

Requiescat in pace.

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Rédigé par Polydamas

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Publié le 7 Septembre 2007

31 Octobre 1999.

Demi finale de coupe du monde.

La Nouvelle Zélande affronte la France.

Galthié aperçoit l'intervalle à gauche du terrain. Dominici est déjà parti, deux adversaires sont à la récupération, mais grace à un rebond providentiel, le ballon lui échoue dans les bras, lui ouvrant les portes de l'essai.

La balle échappe des mains des All Blacks, Olivier Magne en profite pour l'éjecter, Philippe Bernat-Salle suit, et marque l'essai, réussissant à échapper au sprint d'un Black.

Soyons clairs.

Ces instants, ces minutes de la coupe du monde 1999, sont les plus forts moments qu'il m'ait été donné de vivre en tant qu'amateur sportif. Devant la coupe du monde de football.

Le rugby est un sport collectif comme il en existe peu. Pour qui y a goûté, le rugby est un sport exigeant, douloureux (je lui dois beaucoup de mon parcours de santé) mais ô combien gratifiant, tant les efforts, le renoncement, l'implication dans le collectif font partie intégrante de ce sport. Nulle star, nulle personnalité ne peut s'illustrer sans une équipe valeureuse et solidaire. Le combat, la lutte, qui donne à ce sport toute sa valeur, est aussi le garant d'émotions comme on n'en connait que rarement

Pour ceux qui auraient besoin d'une mise à jour des règles, Maitre Eolas a rédigé un billet remarquable.

La joie de marquer un essai est sans comparaison avec tout ce que j'ai pu vivre dans les autres sports, tant l'effort oblige à aller jusqu'au bout des forces, tant le match nous contraint à ne donner que le meilleur, et que nous ne sommes rien sans l'équipe qui a fait le travail.

A l'instar de tous les événements de référence, la blogosphère est déjà en train de se scinder entre les pro et les antis coupe du monde. Inutile de préciser où va ma préférence.

Concernant les pronostics, il est évident à voir les performances des années passées, que les Français ne sont pas favoris, que la Nouvelle Zélande demeure l'équipe à battre. Mais l'on se souviendra que durant les quatre premières coupes du monde, les Français ont toujours sorti des matchs d'anthologie, alors qu'ils n'étaient pour autant aucunement favoris. Cependant, le tournoi se déroulant en France, il est tout à fait possible que les Bleus parviennent à renverser les montagnes, et à réediter des matchs que nous aurons plaisir à conter, les longues soirées d'hiver, à nos petits-enfants...

La conclusion s'impose donc d'elle-même :


ALLEZ LA FRANCE !

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Rédigé par Polydamas

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Publié le 4 Septembre 2007


Le desespéré de Léon Bloy, s'attaquant à des journalistes et à des écrivains de renom. A constater la prédominance des cercles germano-pratins, et la suffisance des médias de masse, on n'en retirerait aujourd'hui pas une seule ligne... 

 

 

Vous avez prostitué le Verbe, en exaltant l'égoïsme le plus fangeux. Eh bien ! c'est l'épouvantable muflerie moderne, déchaînée par vous, qui vous jettera par terre et qui prendra la place de vos derrières notés d'infamie, pour régner sur une société à jamais déchue. Alors, par une dérision inouïe, capable de précipiter la fin des temps, vous serez, à votre tour, les représentants faméliques de la Parole universellement conspuée. Je vois, en vous, les Malfilâtres sans fraîcheur et les minables Gilberts du plus prochain avenir. Jamais on n'aura vu un déshonneur si prodigieux de l'esprit humain. Ce sera votre châtiment réservé, d'apprendre, à vos dépens, par cette ironie monstrueuse, les infernales douleurs des amoureux de la Vérité, que votre justice de réprouvés condamne à se désespérer tout nus, comme la Vérité même.

Mon plus beau rêve, désormais, c'est que vous apparaissiez manifestement abominables, car vous ne pouvez pas, en conscience, l'être davantage. Au nom des lettres qui vous renient avec horreur, vous vivez exclusivement de mensonge, de pillage, de bassesse et de lâcheté. Vous dévorez l'innocence des faibles et vous vous rafraîchissez en léchant les pieds putrides des forts. Il n'y a pas, en vous tous, de quoi fréter un esclave assez généreux pour ne vouloir endurer que sa part congrue d'avilissement, et disposé à regimber sous une courroie trop flétrissante. J'espère donc vous voir, dans peu, sans aucun argent et tondus jusqu'à la chair vive, puisqu'il n'existe pas d'autre expiation pour des âmes de pourceaux telles que sont les vôtres.

J'espère aussi que ce sera la fin des fins, -- continua Marchenoir, s'exaspérant de plus en plus, -- car il n'est pas possible de supposer le proconsulat d'une vidange humaine qui vous surpasserait en infection, sans conjecturer, du même coup, l'apoplexie de l'humanité. En ce jour, peut-être, le Seigneur Dieu se repentira, -- comme pour Sodome, -- et redescendra, sans doute, enfin ! du fond de son ciel, dans la suffocante buée de notre planète, pour incendier, une bonne fois, tous nos pourrissoirs. Les anges exterminateurs s'enfuiront au fond des soleils, pour ne pas s'exterminer eux-mêmes du dégoût de nous voir fuir, et les chevaux de l'Apocalypse, à l'apparition de notre dernière ordure, se renverseront dans les espaces, en hennissant de la terreur d'y contaminer leurs paturons !...

 

 

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Rédigé par Polydamas

Publié dans #Littérature

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