Bientôt un autre étalon monétaire ?

Publié le 18 Novembre 2009

Contrairement à ce qu'on pourrait croire intuitivement, le système économique actuel ne respecte pas les fondements économiques du libéralisme. Le capitalisme mondialisé, les hedge funds, les banques gigantesques, les bonus outranciers, tout ceci s'explique davantage par des positions à caractère monopolistique ou oligopolistique, par l'histoire, que par la doctrine libérale.

Pour rappel, la doctrine libérale en matière économique tend à limiter au minimum le rôle de l'Etat, et à laisser la concurrence, ainsi que le cours normal du marché, réguler l'économie. Et surtout, le principe de base est que l'Etat ne peut pas être le régulateur de la masse monétaire. En d'autres termes, il ne peut utiliser la masse monétaire à son service, en vue de ses différentes politiques. Tout l'inverse d'aujourd'hui, où les autorités, qu'elles soient européennes ou américaines, interviennent sans cesse dans le marché, et où les oligopoles sont légions.

On assiste ainsi à des aberrations. Un exemple, les programmes exceptionnels d'achat de dettes américaines par la Réserve Fédérale. Sur les 1000 milliards de dollars de bons du Trésor émis par le gouvernement américain en 2009, la Fed en a finalement acheté plus de 300, c'est à dire près d'un tiers. Des banques centrales qui rachètent des emprunts d'Etat, c'est un peu comme si un arbitre se mettait à jouer et à marquer des buts, lors d'une partie de football, et que le match était considéré comme valide.

Pourquoi ces programmes ? Parce que les Banques Centrales, que ce soit la Réserve Fédérale ou la BCE, sont les seuls acteurs à avoir les reins suffisamment solides pour continuer à acheter des obligations d'Etat dont personne ne veut en réalité, mais qui sont la contrepartie de l'injection fantastique de liquidités nécessaires pour relancer l'économie. L'idée est d'éviter une hausse des taux longs, c'est à dire une baisse rapide du prix des emprunts d'Etat (on appelle cela un krach obligataire) qui entamerait la confiance des intervenants dans l'action des Etats, et aurait aggravé encore davantage la crise. Même si c'est nécessaire, la relance est donc financée de manière artificielle, faite avec un argent qui n'existe pas, ou plutôt qui provient de la planche à billets.

Ainsi, on creuse encore davantage le trou de la dette, dans une fuite en avant perpétuelle. Je n'en suis pas un ayatollah, puisqu'en regard d'une dette, il faut toujours évaluer les actifs que celle-ci a financés. Ce qui est inquiétant, si on prend le cas de la France, ce n'est pas tant le niveau en valeur absolue de la dette, moindre qu'ailleurs (enfin, cela peut varier considérablement selon le mode de calcul), que le rythme d'accélération de celle-ci, ce que la crise ne vient pas arranger, et l'incapacité des politiques à renverser le mouvement.

C'est d'ailleurs ce que sont incapables de voir les antilibéraux, où on peut inclure certains catholiques, l'Etat a toujours plus ou moins gardé la main sur l'économie, via les politiques monétaires ou dirigistes. Parfois pour de très bonnes raisons, on ne peut le nier. La privatisation des profits et la socialisation des pertes, qu'ils fustigent à raison, n'a pas commencé avec la crise. L'Etat a eu parfois la main malheureuse comme le très subventionné programme des subprimes, initié par les démocrates américains durant les années Clinton, et qui s'est terminé de la manière dont on sait, les populations insolvables ne pouvant à la fois consommer et devenir propriétaires, il n'y a pas de miracles. A la rigueur, on peut comprendre l'interventionnisme étatique dans certaines situations très ponctuelles, mais la réalité est tout autre, à chaque fois que l'Etat s'engage dans une politique donnée, il ne s'en désengage ensuite que trop rarement.

Or il existe un système qui permet d'éviter ce genre de dérapages, et de mieux réguler l'action de l'Etat, c'est celui de l'étalon-or. Le principe très sain de l'étalon-or est que toute opération de crédit doit être lié à une réserve d'or physique placée en dépôt auprès de la Banque Centrale et que chaque unité monétaire émise peut être convertie en or, à un taux fixé. Avec ce système, la demande de crédit est limitée, les emprunteurs se font concurrence les uns les autres pour opérer, ce qui a tendance à faire grimper le taux du crédit, et à accroître, dans certaines situations, la déflation. Si la croissance est de facto plus stable, elle est moins volatile, donc moins importante. Le cours des monnaies est ensuite plus conforme à la réalité des échanges entre les pays.

Il ne faut pas se leurrer, comme dans tout système, il y a des crises, l'étalon-or n'y échappe pas. Du fait de l'incapacité des gouvernements à pouvoir réinjecter des flux dans l'économie, les crises y seront certainement plus dures que celles qu'on a pu connaitre dans le système de changes actuel. C'est l'une des raisons pour lequel il avait été abandonné, l'Etat n'ayant justement pas de marges de manoeuvre pour redresser ou diriger l'économie à sa convenance. Mais au moins ce système a-t-il le mérite de limiter les montants de dette accumulées par les Etats, de valoriser le cout de l'emprunt à un taux plus conforme à la réalité de la concurrence. Autre avantage, si l'étalon-or ne supprimera ni les hedge funds, ni les bonus, il les rendra probablement plus raisonnables, le recours au crédit étant beaucoup plus cher, ce qui permet de limiter les risques. En outre, l'Etat n'ayant plus les moyens de protéger les banquiers contre eux-mêmes, ceux-ci s'auto-réguleraient pour éviter de périr dans des opérations trop risquées.  Le problème de l'aléa moral serait donc résolu.

Pour de plus amples explications, on pourra se rapporter à cet article d'Alan Greenspan, qui en vante les bienfaits, les mérites et la stabilité dans une économie. Oui, c'est le même Alan Greenspan, ancien président de la Fed, qui a eu, à ce titre, une politique monétaire des plus souples, cause de la crise des subprimes. Même si, sur le moment, il avait de très bonnes raisons d'agir ainsi, on a pu constater récemment à quel point sa politique fut mal adaptée, parce que trop à l'écoute des desiderata des marchés financiers, et finalement en contradiction avec ce qu'il évoque de l'étalon-or.

Ce système, mis en pratique dans le monde à la fin du XIXe avait à peu près fonctionné correctement, avec bien sûr, les crises inhérentes au capitalisme. Les guerres mondiales en ont signé l'arrêt brutal. Certains antilibéraux considèrent que c'est justement l'étalon-or qui explique ces guerres mondiales, les nations se faisant compétition pour accroître leur stock d'or, croyant augmenter leur richesses. Mon avis est quelque peu sceptique sur la question, l'humain n'ayant pas besoin de motivations financières pour se battre avec son voisin, les motivations nationalistes, ethniques, politiques ou historiques expliquant déjà largement les choses, l'économie n'est clairement pas la priorité.

Reste que le plus grand défaut de ce système est qu'il oblige tous les acteurs, et notamment l'empire dominant, à une discipline forte pour éviter de creuser sa balance des paiements. Ce qui est du ressort du voeu pieux. C'est ce qu'on a pu constater dans les années 60, avec le système de Bretton Woods, et l'étalon de change-or (seul le dollar est convertible, les autres monnaies mondiales étant indexées à celui-ci). La forte croissance des USA a creusé leur déficit des paiements; certains de leurs créanciers, comme la France du Général de Gaulle, ont alors demandé la conversion de leurs dollars en or. Voyant les réserves d'or de Fort Knox baisser à grande vitesse, le président Nixon décide unilatéralement le 15 Août 1971 de suspendre la convertibilité en or de la monnaie américaine. L'étalon-dollar, gagé non plus sur l'or, mais sur l'emprunt d'Etat américain, était né.

Le système que l'on connait actuellement, ce ne sera une surprise pour personne, est donc fondé sur la puissance industrielle, militaire et culturelle américaine. Problème: la dette des Etats-Unis, s'accroissant de manière exponentielle, sous l'effet conjugué des guerres, de la consommation et des plans de crise, tend à faire chuter la valeur de la monnaie américaine, ce qui pousse à la hausse la valeur de l'or qui, en parallèle, ne cesse de briser des records. Le dilemme est simple : soit les américains continuent à s'endetter sur des niveaux inconnus jusque-là (si ce n'est au Japon), ce qui aura des conséquences systémiques et dévastatrices à long terme, notamment en termes d'inflation mondiale, soit ils restructurent leur endettement, ce qui aura nécessairement pour effet de réduire la consommation américaine, et donc d'empêcher le retour de la croissance mondiale, et de perpétuer la crise. Priorité est donnée pour le moment à la résolution de la crise. Mais pour combien de temps ? C'est tout l'enjeu de ce qu'on appelle les stratégies de sortie de crise de la part des banques centrales.

Pour le moment, la Chine joue son rôle de premier partenaire américain, et achète, secondée en cela par les autres banques centrales, les emprunts d'outre-atlantique, histoire de ne pas voir péricliter ses actifs libellés en dollars. Le premier producteur du monde (la Chine) achète les obligations émises par le premier consommateur du monde (les Etats-Unis) afin de payer ses achats à l'Empire du Milieu (vous pouvez prendre un aspirine). Ce petit jeu ne continuera pas éternellement. Même si c'est la condition nécessaire pour pouvoir exporter ses produit, la Chine sera probablement lassée d'être payée en monnaie de singe. Etant donné qu'il lui prend des velléités de leadership mondial, dès qu'elle aura les moyens de s'appuyer sur sa consommation interne, elle s'arrachera de la tutelle américaine en vendant sa dette. Par exemple, on sait que la Chine tend à réduire le plus possible la durée de vie des emprunts américains qu'elle détient, laissant le soin à d'autres de porter les plus longues échéances. Ça peut vouloir dire que la Chine arbitre les différences de rémunération entre les échéances, ou, dans une vision plus pessimiste, qu'elle n'a plus confiance dans l'Etat US pour assurer le remboursement à long terme de sa dette, et qu'elle préfère donc se rabattre sur des obligations à échéance courte.

L'étalon-or aurait l'avantage d'empêcher ces excès, de les limiter dès le début. A titre personnel, je pensais que l'étalon-or était une fausse bonne idée, globalement inapplicable, et surannée, parce que trop dépendante des stocks d'or. La crise actuelle, dont les racines proviennent de piètres ajustement monétaires, d'un interventionnisme court-termiste de la part des Etats, me pousse à jeter un regard différent sur ce système, et à revoir mes a priori, malgré ses défauts. Ironie de l'histoire, certains conservateurs demandent désormais l'application de l'étalon-or, conscients de la problèmatique posée par un Etat qui maitrise la diffusion monétaire. Ce faisant, ils se rangent aux côtés des économistes les plus libéraux, qui critiquent violemment le système étato-capitaliste que l'on connait aujourd'hui. Parce qu'il ne faut pas croire que les montants de dette gigantesques, notamment aux Etats-Unis ou au Japon, pourraient être réglés d'un coup de baguette magique, en excluant tout scénario catastrophe comme la faillite d'un Etat.

Mais la véritable difficulté de ce débat n'est pas là, sur les bénéfices comparés de tel ou tel système. Car si c'est la solution de beaucoup de difficultés globales, il est illusoire de penser que les empires dominants, que ce soit les Etats-Unis, ou bientôt la Chine, décident de revenir d'eux-mêmes à l'étalon-or. D'un point de vue politique, la monnaie est une arme beaucoup trop importante pour être abandonnée. Et pourtant, c'est ce qu'il faudrait peut-être réaliser pour avoir un capitalisme plus sain, plus régulé, plus équilibré, plus conforme à la nature des choses.

Chez les professionnels, c'est une hypothèse dont on discute désormais ouvertement. Conscient que le dollar a perdu 99% de sa valeur depuis un siècle, certains, notamment au Brésil ou en Inde, commencent à s'interroger sur l'étalon qui le remplacera d'ici quelques décennies. On parle de DTS, de droits de tirages spéciaux, à savoir une monnaie de réserve, synthèse de plusieurs monnaies différentes, pour les échanges bancaires. Mais une monnaie s'articule toujours sur un pays en particulier, un pouvoir, un Etat, et cette monnaie mondialiste est complètement désincarnée, donc peu séduisante. L'étalon-yuan est l'hypothèse la plus crédible, mais il est encore trop tôt pour y passer, la Chine n'ayant pas encore les ressources financières, logistiques et humaines pour prendre le leadership, même si elle ne se prive pas de faire ses emplettes partout sur le globe. Tant que Shanghaï demeurera une place financière de casino, ce qui est le cas pour le moment, Wall Street peut continuer à spéculer tranquillement. Avec du dollar dont la valeur ne cesse de plonger...


Rédigé par Polydamas

Publié dans #Finance

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Achat Or 28/04/2010 08:52



Semaine favorable aux Métaux Précieux


Retenez que la semaine a été favorable aux métaux précieux, notamment aux platinoïdes, dont les cours grimpent toujours.


Repli généralisé de nos métaux de base en revanche. Métaux qui avaient atteint des niveaux record la semaine précédente. La reprise
du dollar dope les prises de bénéfices !
En attendant, ça bouge sur les marchés...

1. les taux grecs montent toujours. Angela reste ferme : "des faits et des engagements !", réclame-t-elle à la Grèce. Elle n'a pas tort.
2. l'étau se resserre autour de Goldman. "L'intouchable", frappé en plein cœur, va-t-il tomber de son piédestal ?...
3. jackpot au Japon ! Sa dette publique atteint 200% du PIB. A côté de lui, la Grèce fait presque figure de bon élève ! Pourtant, personne ne dit rien. Personne ne semble s'inquiéter de cette
dette explosive. A l'image du monstrueux endettement anglais ou américain...
Ces pays sont eux aussi "intouchables". Comme l'était Goldman jusqu'ici. Mais pour encore combien de temps ?


Rien ne tourne rond... et pourtant ce matin le CAC ouvrait en méga gap haussier et passe le seuil psychologique des 4 000 points !


Isabelle Mouilleseaux.


 








Cours à
3 mois  




Vendredi
16 avril
2010  




Vendredi
23 avril
2010




Variation/ semaine






  Aluminium*




2 482




2 296




-7,49%






 Cuivre*




7 940




7 695




-3,09%






 Plomb*




2 385




2 279




-4,44%






 Nickel*




27 590




26 765




-2,99%






 Etain




19 175




18 995




-0,94%






 Zinc*




2 522




2 395




-5,04%






 Acier (Méditerranéen)




590




510




-13,56%






 Or (spot)




1 136,80




1 157,50




1,82%






 Argent (spot)












L. Chéron 20/11/2009 13:40



Cette convergence ne m’avait pas échappé, et je la soulignais depuis un autre angle. Votre argumentation est plus précisément qu’il n’y a pas dans le monde
d’état-nation dont l’économie lui permette de passer outre l’imperium monétaire américain. On voit mal en effet comment un attelage indo-sino-brésilien pourrait réussir ce qui semble
hors de portée de la zone euro.


Cela dit, quand il vous écherra d’être le nouveau Keynes d’un nouveau Bretton Woods, je vous laisserai y aller seul. Tout ça me dépasse un peu.


Mais je suis quand même déçu que vous n’ayez pas encore été rossé par les boys-scouts alter-capitalistes. Les traditions se perdent.



Polydamas 20/11/2009 14:47


Faut croire que dès qu'on parle technique, il n'y a plus personne... :)

C'est d'ailleurs ça mon principal reproche aux anti-capitalistes de tout poils, personne n'est en mesure de dire concrètement ce qu'il faut faire.


L. Chéron 19/11/2009 21:45



A qui a profité le flux de métaux précieux ouvert par la première mondialisation économique des XVIe-XVIIIe siècle ? Mystère et boule de gomme. Pour ce qu’on en sait, il y avait en gros
:


- un émetteur : l’Amérique où, comme écrivait Braudel, tout était plus cher qu’en Europe, sauf l’argent.


- un réceptacle : l’Inde et la Chine (en échange de la soie, du thé, des épices, du coton...)


- un relais : l’Europe. Finalement, l’argent ne faisait qu’y passer. P. Chaunu avait essayé de peser cet apport : en gros, l’équivalent en valeur d’un pour
cent  de la production de céréales d’alors... mais comme un centième seulement de cette production passait dans le circuit des échanges monétaires, on voit l’effet multiplicateur sur ces
échanges des trésors américains.


Pourquoi l’Espagne (et son annexe portugaise) n’en a pas plus profité ? Parce que ces faignants d’hidalgos se sont contentés de voir grimper leurs prix entre
deux représentations de Calderon ? Peut-être plutôt parce que jusque vers 1660 Sa Majesté Très Catholique s’est épuisée à vouloir entretenir à la fois un empire océanique (du Rio de Oro à 
Manille) et une hégémonie continentale (de Lisbonne à Anvers, Naples et Milan).
C’était un peu trop pour une monarchie dont le coeur ibérique ne comptait pas plus de 6 à 8 millions d’habitants. Une grande partie de l’argent d’Amérique fichait les camp via Gênes pour solder
les tercios des Pays-Bas.


 


L’étalon dollar va-t-il continuer à régner ? Et si la réponse était oui, tout simplement parce que depuis belle lurette le monde entier se comporte comme un
banquier envers son plus gros débiteur ? On accepte toujours son papier, et on n’a évidemment pas intérêt à ce que celui qui l’a signé soit reconnu insolvable. De plus, c’est tout de même un
débiteur qui a du répondant, avec un PIB qui écrase de loin celui de tous les autres économie du monde. Pour finir, on sait que le ranch est défendu par un arsenal capable de décourager n’importe
quel huissier. 


C’est avec des dollars qu’on entretient des porte-avions sur tous les océans, et ce sont ces porte-avions qui garantissent le droit à la planche à
billet. 


Pour que le monde revienne à l’étalon-or, il faudrait d’abord que l’Amérique y ait intérêt, non ?



Polydamas 19/11/2009 23:33


C'est exactement ça, mais il ne vous aura pas échappé que j'ai fais tout un billet sur l'étalon or pour finalement conclure sur son inapplicabilité, personne n'y ayant intérêt.


Gwynfrid 19/11/2009 17:56


L'argument suivant lequel le libéralisme "réel" n'a jamais été sérieusement essayé fait un peu sourire, tant il est identique à la dernière défense qui reste aujourd'hui au communisme. Je ne veux
pas dire que les deux soient à mettre dans le même sac. Mais si vous voulez défendre le libéralisme, il faut trouver mieux, faute de quoi il ne resterait qu'à le ranger au placard des idéologies et
autres théories aussi élégantes qu'inapplicables: si on n'arrive pas à les appliquer même en essayant longtemps, c'est sûrement qu'il doit y avoir un truc qui coince quelque part.

Sur le billet lui-même: l'étalon-or, vraiment ? Mes compétences étant ce qu'elles sont, je n'aurai que des remarques de niveau "mékeskidi", comme on dit chez Eolas. Par exemple: est-ce qu'avec ce
système, la taille de l'économie mondiale serait bornée par la quantité totale d'or disponible sur la planète ? Que se passe-t-il en cas de découverte subite de quantités énormes d'or, comme ce fut
le cas au moment de la découverte de l'Amérique ? J'ai cru comprendre que les conséquences pour l'économie de l'Espagne avaient été très mauvaises sur le long terme. Par contre, les conséquences
furent plutôt bonnes pour l'Europe en général. C'est donc, sans doute, que l'augmentation massive de la masse monétaire n'est peut-être pas une si mauvaise idée, au moins dans certains cas.

Et puis, je trouve curieux de citer un article de Greenspan qui date de... 1966 ! Ce monsieur a certainement appris des choses en économie depuis lors, non ? Il était bien placé pour cela. D'autre
part, les années 60, c'est la période objectiviste de Greenspan. J'ose espérer que votre libéralisme ne va pas jusqu'à faire de vous un partisan des glaçantes théories d'Ayn Rand.


Polydamas 19/11/2009 18:53


Non, je ne suis pas un randien, faut pas déconner... :)
Cela dit, c'est pas pour ça qu'en matière de monnaie, ils ne diraient que des conneries. Ce que je trouve intéressant, c'est que Greenspan a fait l'inverse, en tant que président de la Fed, de ce
qu'il défendait en tant que libéral fan de l'étalon or.

Ensuite, oui, théoriquement, la quantité d'or baliserait la taille de l'économie mondiale. Quoi qu'il y aurait des ajustements possible, sur des périodes relativement longues, on devrait pouvoir
réviser la parité devise-or, ce qui permettrait d'ajuster la monnaie à l'économie. Enfin, quantité de monnaie et croissance ne sont pas forcément liés, loin de là, ce serait trop facile. L'arugment
que vous utilisez vient de ce que l'Espagne s'est soudainement enrichie, et en a fait profiter les voisins qui ont pillé les galions espagnols, et leur ont vendu le produit de leur industrie.
L'Espagne n'en a pas profité pour se moderniser, elle a dépensé cet argent en pure perte, enfin, si l'on considère que le siècle d'or n'en est pas la conséquence directe.

Ensuite, il faut comprendre que si la déflation est probable avec l'étalon-or, celle-ci n'est pas du tout catastrophique dans un contexte cadré. La déflation est parfois compatible avec la
croissance. Bon, je vous concède qu'on l'a peu vu par le passé, mais c'est théoriquement possible. Par ailleurs, je me contente de remarquer qu'il faudrait peut être penser à un autre mode de
fonctionnement, je suis parfaitement conscient de l'impossibilité de le mettre en place, ce qui ne veut pas dire qu'il n'y a pas de bonnes idées à prendre chez les libéraux.

C'est la croissance, la création de richesse, qui entraine l'inflation, non l'inverse. La création monétaire ex-nihilo, qu'il ne faut pas confondre avec l'inflation, permet de rassurer les
intervenants qui ne veulent plus échanger d'argent, permet de relancer un marché monétaire complétement gelé. Mais cela ne relance pas la croissance pour autant, cf les plans de relance actuels
dont on ne voit actuellement pas de relais dans l'économie, relais qui seraient les sources de croissance.


L. Chéron 19/11/2009 14:41



Vous ne laissez pas vos lecteurs en repos, courant de l’église à la banque. Les anciens, à cet égard se simplifiaient la vie, unissant en quelque sorte les
deux,  et confiaient aux temples leurs dépôts. Ainsi c’est au trésor abrité en haut du Capitole par Junon Moneta (« qui prévient »), que nous devrions la « monnaie ». Polydamas, initié aux
arcanes financiers et sacrés, veille aujourd’hui comme Junon sur nos économies, et sait à son tour avertir les épargnants des perturbations financières. Sous sa bannière s’assemblent tous les
petits porteurs d’actions (de grâces). 


Mais trêve de plaisanteries. Vous nous expliquez bien l’affaire de Bretton Woods et de ce dollar qui se mit ensuite à flotter sous Nixon (juste avant que
celui-ci ne plongeât). Je m’étonne à ce sujet : on rappelle fort peu que « l’étalon change-or » datait déjà de la conférence de Gênes (1922), quand il s’agit de renflouer les banques centrales
vidées par la guerre, la défaite et la révolution des états d’Europe centrale. Cette époque est intéressante car on y discerne bien à l’oeuvre les travers dénoncés par Polydamas aujourd’hui :
bulle financière et irresponsabilité (?) des dirigeants monétaires aux Etats-Unis.


La Réserve Fédérale fait n’importe quoi, accusez-vous. Je relève que selon certains (dont Jacques Néré), son interventionnisme aurait déjà dans les années
vingt faussé le jeu économique mondial. Au lendemain de la Grande guerre, elle aurait systématiquement et artificiellement empêché les prix de monter aux USA, par le contrôle de la masse
monétaire, en achetant à tour de bras les obligations publiques aux banques privées. Conséquence (si j’ai bien compris) : l’inflation « normale » (dans un pays gorgé d’or par son rôle de
fournisseur durant la guerre) ne serait pas produite aux Etats-Unis, ni donc le déficit commercial ne s’y serait creusé, et les économies d’Europe auraient été incapables de reconstituer leur
stock d’or, restant sous la dépendance de ces capitaux flottants dont le retrait consécutif au krach de 1929 fit boire la tasse aux économies autrichienne et allemande. Et c’est ainsi qu’Hitler -
et non pas Allah - fut grand.


Je suis plus réservé (mais puis-je me le permettre ?) sur l’ahurissant déficit budgétaire américain. Un exemple me vient toujours à l’esprit, relaté par
Fernand Braudel, celui de l’Angleterre moderne. Après la fondation de la Banque d’Angleterre, enfant du Glorious Revolution fin XVIIe, et pendant tout le XVIIIe, l’institution fut paraît-il étonnamment laxiste, prêtant sans se couvrir, cependant
que l’Etat britannique traînait tout le siècle une dette ahurissante. Tous les contemporains (mais qui s’en souvient) annonçaient  à la veille de la Révolution la culbute inévitable des
finances de Sa Majesté dès la prochaine guerre ; or la prochaine guerre fut celle de 1792-1815 (!). Dira-t-on, il est vrai, que le Bank of England et le Royal Stock Exchange
furent sauvés, plus que par Waterloo, grâce à l’étonnant décollage industriel qui se produisit alors outre Manche? Wait and see.


Avec votre malice habituelle, et sans redouter les assauts récurrents des chevaliers du retour à la terre qui viendront sans doute encore vous tancer, vous
opposez encore un credo libéral à toutes les dérives ci-dessus dénoncées. On pourrait vous faire le reproche symétrique de celui adressé aux marxistes impénitents : se réclamer d’un libéralisme
idéal dont on avoue somme toute qu’il n’a encore jamais existé, parce que l’Etat boulimique et incompétent vient toujours détraquer la mécanique par ses « interventions ». Ce qui me gêne, moi,
c’est ce « minimum » auquel selon vous la « doctrine libérale tend à limiter le rôle de [cet] Etat ». Avouons que les théoriciens du libéralisme ne sont jamais très clairs ni
précis à cet égard (1). Enfin, il faut bien aussi reconnaître que c’est une intervention énergique de l’Etat, et non seulement le « cours normal du marché », qui parfois a pu sortir un
pays de la crise économique. Un des meilleurs exemples reste l’action conduite pas Schacht  en Allemagne  à partir de 1933. Moins connue, la « grande dépression » qui affecta l’Europe
pendant une vingtaine d’années à la suite du krachs de 1873 est rarement évoquée. Pourtant, c’est un exemple de crises dont la sortie ne dut rien à un conflit (comme celle des années trente), et
qui semble s’être résolue en partie du fait de solides politiques protectionnistes, dans le cadre desquelles en tout cas productions et prix repartirent à la hausse. Mais c’est donc encore un
exemple devenu très incorrect. 


Bref, tel Didyme, je reste perplexe et prudent.


 


1. ...d’autant plus qu’ils se réclament presque toujours aussi de la démocratie, dont il reconnaissent à regret qu’elle encourage l’étatisme, ainsi que l’a
bien démontré par exemple Henri Lepage à la fin des années soixante-dix. A cet égard, et contre l’union des deux libéralismes (économique et politique, voir fil récent), on pourrait bien sûr
avancer l’exemple d’Auguste Pinochet, mais est-ce bien présentable ? (et encore, modeste Bonaparte, le général était d’après lui un démocrate contrarié par les circonstances).



Polydamas 19/11/2009 16:21


Je n'ai pas voulu développer davantage de peur de perdre le lecteur, mais vous avez raison, les libéraux considèrent que le vrai problème, c'est la création de la Fed juste avant la Première Guerre
Mondiale. Qu'elle a occasionné nombre de dysfonctionnements qui ont été le prélude de la grande crise. Cela dit, celle-ci en portait déjà les germes dans les conséquences de 1914.

Je ne suis pas hostile à l'Etat par principe, je pense qu'il existe des situations où il est très utile, en tant que prêteur en dernier ressort, par exemple, on peut penser à une société comme
Alstom qui a été sauvée par l'Etat, alors qu'elle risquait la faillite pour une erreur de management, certes grave, mais pas de nature à remettre en cause la viabilité et les compétences de
l'entreprise. Je reconnais d'autant plus son rôle qu'un marché, à l'instar d'un troupeau de moutons au bord d'une falaise, est parfaitement capable de se suicider la bouche en coeur (c'est
d'ailleurs là que réside la naïveté des libéraux, il peut arrriver que le marché ait envie de se tirer une balle dans la tête à l'instar de la fin 2008).

Ensuite, oui, je suis assez sensible à l'argument selon lequel le libéralisme idéal n'aurait finalement jamais existé, il faut être un poil réaliste, que peut-on dire d'un système dont les
défendeurs n'arrivent pas à trouver d'exemples satisfaisants d'applications concrètes ?