Cette urine, c'est la mienne

Publié le 16 Avril 2011

L' affiche Piss Christ fait scandale chez les catholiques. L'émotion est bien compréhensible, notamment lorsque l'on constate les divers traitements réservés aux religions. On pense immédiatement au respect, voire à la déférence que le monde médiatique ou artistique adopte avec l'islam ou le judaïsme. La comparaison est cependant peu pertinente, à mon sens. Y a-t-il un seul catholique qui souhaiterait que sa religion ait la même image que l'islam ? J'en doute fortement. Nous sommes martyrs, et sommes nés pour ça, il nous faut le comprendre et l'accepter, la mission est claire.

 

C'est donc notre honneur et notre bénédiction d'être un objet de dérision, c'est même cela qui fait la supériorité du christianisme. Chaque insulte, chaque injure est un hommage rendu à la croix, qui reste et demeure notre faiblesse, notre blessure, notre scandale. Nous sommes catholiques, nous ne pouvons y échapper.

 

La semaine sainte commence demainhttp://2.bp.blogspot.com/_Yx9dYMp-Hj8/TUVYRoQsgBI/AAAAAAAABlI/LSAeqvR1Hx0/s640/Andres+Serrano%252C+Piss+Christ%252C+1987..jpg. L'occasion de rappeler que c'est nous qui crucifions le Christ tous les jours de notre vie, à chaque seconde. Que malgré nos prières, nos louanges comme le jour des Rameaux, nous continuons à le flageller par nos fautes. Cette photo est donc l'incarnation de ce que nous faisons vivre au Christ tous les jours. Face à cette question, plusieurs attitudes sont possibles.

 

Il y a ceux, parmi les catholiques, qui sont à peine touchés, ne se sentent pas concernés et qui considèrent qu'il ne faut rien dire, rien tenter, on risquerait de passer pour des méchants intégristes, de méchants catholiques ou qu'il faudrait ne rien faire, parce que stratégiquement ou médiatiquement parlant, ça serait plus intelligent. Le respect humain dans toute sa splendeur.

 

Il y a ceux, parmi les catholiques, qui sont touchés, qui voient leur foi bafouée, foulée aux pieds, et qui considèrent qu'on peut changer les choses. Qu'on peut se battre. Qu'on doit se battre. Oui, pourquoi pas, ne doit-on pas réagir à chaque fois que notre Dieu est injurié ? Mais n'est-ce pas une vision beaucoup trop matérialiste ou politique des choses ? (Parenthèse : inutile de dire que j'ai beaucoup plus de respect pour ces derniers que pour ceux qui considèrent qu'il ne faudrait pas choquer le bourgeois, et qui n'en sont même pas touchés, l'art contemporain pouvant tout justifier. Au moins ceux-là, malgré leurs défauts, ont-ils encore un peu le sens du sacré, montrent-ils qu'ils sont blessés par ces outrages)

 

Et il y a ceux, parmi les catholiques, qui souffrent de ce blasphème, profondément, personnellement, dans leur chair, mais qui savent également que ce soi-disant "artiste" n'y est pour rien. Ce sont eux qui ont mis ce crucifix dans cette urine, Serrano ne faisant que traduire en actes, ce qu'ils ont fait spirituellement par leurs péchés.

 

Interrogeons-nous brièvement : quelle est notre blessure par rapport à cette photo ? J'aimerais pouvoir dire que ma blessure est profonde à voir un tel objet de scandale. Que je me tais par douleur de savoir que c'est moi qui l'y ai mis. Mais si je suis honnête, la seule réponse à faire est que non, je ne suis aucunement lié à cela. Et pourtant, de la même façon qu'il y a une communion des saints, il y a également, en parallèle, une responsabilité collective des fautes. En conséquence, la vérité simple et unique est celle-ci : c'est moi qui l'ait fait. La question n'est donc pas s'il faut interrompre cette exposition immédiatement. La question est plutôt : à quel point vous reconnaissez-vous dans Andres Serrano ? N'est-ce pas moi, par mes fautes, qui ait mis le Christ dans ces excréments ? Ne suis-je pas Andres Serrano ?

 

Suis-je en train de justifier l'immobilisme ? Aucunement. Car les grandes douleurs sont muettes. Et se réfugient dans la prière. St Jean s'est-il précipité sur la croix pour détacher le Christ ? Non. Il est resté à contempler ce Christ malmené, défiguré, transpercé, outragé, violenté, injurié, humilié et sali. Dans le rite tridentin, le vendredi saint, le prêtre, durant l'office, découvre le bois de la croix en montant à l'autel et dit "Ecce lignum crucis" - "Voici le bois de la croix". Et il vient ensuite l'embrasser pieds nus. Mais l'on oublie (et c'est là tout le mérite du film la Passion de Mel Gibson que de le rappeler) que cette croix n'était pas propre et lisse mais pleine de sang, d'excrément, de crachat, de pus, de tout ce qui fait l'humain. Qu'elle est ce qu'il y a de pire dans l'ignominie, et la déchéance.

 

Et pourtant le Christ l'a portée, l'a soulevée, l'a embrassée, jusqu'à en mourir.

 

Alors, non, la seule réponse qui vaille est de suivre St Jean, de ne rien dire, de ne pas crier, de ne pas gesticuler, mais de prier face à l'exposition, en silence, sans gêner qui que ce soit, ni les visiteurs, ni les passants, en méditant sur ce Dieu que nous, et nous seuls, avons obligé à descendre du ciel pour se mêler à nos excréments.

 

Car cette urine dans laquelle est plongée le Christ, c'est évidemment la nôtre, mais c'est surtout la mienne.

Rédigé par Polydamas

Publié dans #Religion

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else 09/09/2011 19:38



Billet intéressant. Je suis d'accord avec votre conclusion.



Jean (le vrai ^^) 16/05/2011 15:31



Cher Polydamas


Ce qui me choque dans votre raisonnement c'est un catholicisme qui se mure en quelque sorte dans une vie privée. La religion devient affaire d'individualisme.
Notre Seigneur est-il bafoué publiquement ? Faisons réparation de façon individuelle !
Le catholicisme se meurt de cet individualisme charitable. Dieu dans les sacristies, oui mais pas au dehors.


Je ne suis pas d'accord. On oublie le règne social de NSJC.


Enfin, pour St Pierre, NSJC lui dit qu'il a des vues humaines en cherchant à le défendre. Je crois que tel n'est pas le cas lorsqu'il s'est agi de briser cette oeuvre ignoble de Serrano. Au
contraire même.



Jean 15/05/2011 17:21



Le vrai problème c’est ce peuple serpillèrisé, et quand bien même la majorité est athée, il s’agit de leur héritage culturel et spirituel, de la religion, la Foi de leurs anciens, 2000 ans de
Civilisation. Mais non, ils sont content, "il ne faut rien faire", on ne se respecte plus, c’est honteux.


Car le pire je crois, c’est cette masse de pseudo-catholique qui s’est scandalisée de la dégradation de cette oeuvre par des “integristes”.


Je suis certain que ces tièdes trouveraient normal que des membres de la LDJ aillent détruire une photo géante représentant une croix de David plongée dans un verre d’urine .. ceci au nom des
heures les plus sombres, des Doigts de l’Homme, de « la lutte contre l’antisémitisme » etc


Dans une société saine un détraqué comme ce Serrano vivrait ou caché, ou dans un camp. Alors que, christianophobie, (pédo)pornographie, zoophilie … vous pouvez être subventionné par l’etat, voir
même acceder a des responsabilités politiques.


Mais pour connaître les geoles républicaines notre Seranno aurait du, je ne sais pas moi .. Faire des pastilles bleues nettoyantes et désodorisantes pour urinoires en forme d’étoiles de David, ou
du PQ imprimé avec le Talmud, ou encore l’emblème de la FM en crottes de nez. Là c’etait le jackpot.



Sébastien 13/05/2011 11:20



 


Il faudrait plonger cette photo dans l'urine et ensuite l'exposer à la
curiosité de la foule. Pour que les gens se rendent compte que l'art contemporain, ça pue. Ce serait une expérience intéressante : faire à l'oeuvre de Serrano ce que lui-même a fait à ce pauvre
crucifix. Pas sûr que l'artiste apprécierait.



Artémise 12/05/2011 14:32



C'est une très belle méditation sur un sujet ô combien casse-gueule... au début, j'avais envisagé les choses sous l'angle épidermique... ah, je serais bien allée dézinguer cette photo dans la
galerie, moi aussi !


J'ai ensuite appris - les bras m'en sont tombés - que l'artiste (oui, bon...) se disait chrétien. Le même jour, je tombe sur ton article et finalement, je suis convaincue par ta démonstration qui
me paraît bien plus élevée que les glapissements qu'on a pu lire de part et d'autre.