Publié le 28 Avril 2017

Cela fait si longtemps qu'on attendait ce second tour, et cet affrontement idéologique majeur, que je ne sais même plus quoi raconter. Je pourrais faire de grands discours sur les civilisations, les religions, l'importance d'une identité collective soutenue par la théorie de la distinction optimale, les attentats, les migrants, la diversité minant la solidarité mais ce serait vain. Pour vous convaincre de voter Marine à ce deuxième tour, je crois que la meilleure solution est de présenter la manière dont nous, la droite marquée, nous percevons dans les temps présents, hors de tout anathème.

Et pour cela, rien de mieux que de rediffuser ici le texte que j'avais qualifié de "Manifeste de la réacosphère" en 2009. Il n'a rien perdu de sa pertinence, au contraire. Il avait été écrit par un blogueur, The Hank Nest, disparu depuis fort longtemps, bien sûr.

A titre personnel, je ne suis pas aussi désespéré que le texte pourrait le laisser penser, les conflits, si conflit il y a, étant encore loin. Mais l'évolution des choses, notamment sur le plan communautaire, n'incite guère à l'optimisme parce que l'islam identitaire a pris la place lui revenant, comme prévu. Je rappelle que 30% des musulmans en France, d'après l'Institut Montaigne, sont sécessionnistes (c'est à dire qui ont des valeurs contraires aux principes républicains), 50% chez les jeunes de 18 à 25 ans. Et il est difficile de qualifier l'Institut Montaigne d'extrême-droite. On verra que les chiens de garde, dénoncés dans le texte, ont quelque peu perdu de leur mordant, au vu de certaines polémiques récentes, mais sont toujours vigoureux.

Les choses changent, oui, mais à quel rythme et pour quel résultat ? Là est la question.

Trêve de bavardages, laissons la place à Hank.

 

 

Qui nous sommes, ce que nous faisons et pourquoi nous le faisons.

14 mars 2009, par Hank.

Nous ne sommes ni des héros, ni des rebelles. Nous ne sommes ni des guerriers, ni des conquérants. Pour la plupart, nous n’imaginons même pas pouvoir tuer pour nous défendre. Pour la plupart, nous nous contentons de nous arrêter au bord du chemin pour mieux observer le troupeau qui défile. Nous ne prétendons incarner aucun idéal de perfection. Nous ne donnons pas de leçons.

Nous sommes païens, chrétiens, athées ou agnostiques, mais ce qui nous unit au-delà de nos – nombreux – points de divergence, c’est la conscience aigüe que notre peuple est programmé pour la disparition.

Nous ne sommes ni prosémites, ni antisémites. Ni pro-arabes, ni anti-arabes. Ni pro-chinois, ni anti-chinois. Ni pro-indiens, ni anti-indiens. Ni pro-africains, ni anti-africains. Nous connaissons et admirons, quand c’est légitime, les œuvres des uns ou des autres. Nous ne sommes ni racistes, ni antiracistes.

Nous ne reprochons à aucun peuple de vouloir s’imposer, à aucune culture de souhaiter s’étendre. Nous ne dénions à aucun peuple le droit, sinon le devoir, de prospérer et de bâtir sa légende par le sabre ou le livre.

En revanche, nous reprochons à notre propre peuple d’avoir renoncé à sa propre survie.

Nous croyons à l’histoire et au long terme. Nous croyons aux civilisations qui naissent, aux civilisations qui brillent, aux civilisations qui chutent. Nous savons que les vainqueurs d’hier peuvent être les vaincus de demain. Et inversement.

Nous ne croyons pas nécessairement à la supériorité intrinsèque de notre culture, mais réclamons le droit d’y croire, à l’instar de tous ces Autres qui portent des cultures auxquelles, par leur foi, leur vigueur, leur labeur ou leur détermination, ils insufflent la vie.

Nous réclamons à notre époque, à nos parents, à nos contemporains, que soit reconnue notre volonté de rentrer dans l’histoire, en tant que membres d’un peuple distinct, porteurs d’une culture distincte née de racines distinctes.
Et nous disons que si cette volonté n’est pas reconnue, que si le message dont nous sommes porteurs ne trouve pas d’écho dans la masse de nos semblables, alors nous disparaîtrons tous.

Nous serons rayés de la surface du globe, et tout ce qui fait ce que nous sommes sera piétiné, détruit ou jeté aux oubliettes. Nos statues seront défigurées, nos monuments rasés, nos livres brûlés ; le temps effacera jusqu’à notre souvenir, car d’autres auront rebâti et prospéré sur les ruines de nos temples, de nos maisons et de nos bibliothèques.
Et si d’aventure il se trouve un historien pour prendre notre défense ou se passionner pour les œuvres de nos anciens, il se trouvera aussitôt un million, un milliard d’âmes pour lui rappeler que nous étions les méchants, et que nous avons mérité la mort.

Car c’est ainsi que les autres nous voient. Et c’est ainsi que la soldatesque du système nous présente à nous-mêmes et présente nos ancêtres aux jeunes générations. Comme les méchants coupables de tous les crimes de l’histoire. Colons, esclavagistes, génocidaires, collabos, fascistes, racistes, la liste est longue ; voilà ce que nous sommes. Voilà tout ce que nous sommes, prétend le système.
Mais nous ne marchons plus dans la combine. Nous refusons ce portrait factice et partisan, pour plusieurs raisons.

D’abord, parce que nous ne voulons pas mourir.

Ensuite, parce que nous savons qu’aucune grande civilisation n’est vierge de massacres, de pillages, d’injustices et de brutalités diverses. Parce que nous savons, nous qui croyons à l’histoire, que nous n’avons pas le monopole du colonialisme et de l’esclavagisme, et que ceux-là mêmes qui nous donnent des leçons n’ont que rarement le courage de jeter un regard critique sur les charniers qui émaillent leur propre passé.

Finalement, parce que nous savons que nous ne sommes pas seulement la peine et l’asservissement. Nous sommes aussi la grande philosophie. Nous sommes la grande littérature. Nous sommes des explorateurs, des navigateurs, des scientifiques, des artistes. Nous sommes d’immenses généraux. Nous sommes une foultitude de paysages, d’hommes, de femmes et de pensées multiples qui sont autant de versants de la liberté. Nous sommes une histoire plurimillénaire riche et complexe qui prend ses bases dans l’Antiquité. Nous sommes tant de vastes choses que nul ne saura nous résumer en un livre, pas même en dix.
Aussi ne croirons-nous plus ceux qui prétendent dresser un portrait accablant de notre peuple en cent cinquante pages à peine.

Et c’est pourquoi, humblement, nous écrivons ce que nous écrivons. Pas par plaisir. Pas par égotisme, mais parce que nous sentons que cela doit être fait. Ce n’est pas une mission divine, ce n’est pas une gageure, c’est simplement ce que nous faisons dans l’espoir qu’un jour, nous n’ayons plus à le faire.

Quand nous écrivons, par exemple, que les peuples occidentaux sont appelés à disparaitre, remplacés peu à peu par des peuples plus prolifiques, plus vivants et plus humains, cela ne nous procure aucun plaisir, car nous ne mettons aucune idéologie derrière ce froid constat. La conviction que nos rares descendants, puisque nous n’assurons plus notre renouvellement par les naissances, seront soumis au bon vouloir de ces futurs maîtres que nous appelons aujourd’hui minorités visibles ne nous fait pas sourire. Nous ne nous réjouissons pas à l’idée qu’une probable guerre couchera côte à côte dans la glaise et le sang nos fils et les leurs.

Mais puisque nous souhaitons rentrer dans l’histoire, nous savons au fond de nous que cela ne se fera pas sans sacrifices. Nous en sommes effrayés, bien entendu ; ils mentent ceux qui prétendent qu’ils sont prêts à monter à l’assaut dès demain. Et puis, à l’assaut de quoi ? Nul ne saurait le dire avec précision. C’est bien pour ça qu’il est si facile de se prendre pour un combattant sur internet : ça n’engage à rien.

Il n’est pas à exclure, cependant, que le courage naisse au fond des estomacs les plus incertains ; face au choix entre la soumission et le combat, l’instinct de survie nous poussera peut-être à des extrémités que nous n’imaginions pas jusqu’alors…

Long est le chemin, mais si nous l’arpentons, c’est pour ceux qui viendront après nous.

Voir les commentaires

Rédigé par Polydamas

Repost 0

Publié le 11 Septembre 2016

J’ai expliqué, dans ce billet, comment les visions politiques entre droite conservatrice et gauche idéologique s’affrontaient. Et comment la gauche y répondait par une stratégie habituelle d’universalisation et de grande équivalence, comme le souligne Eugénie Bastié à propos de Cologne. Quelques exemples, que tout le monde comprendra vite, qui respectent tous la même structure : l’universalisation, la généralisation, le renvoi au passé ou à la pression indirecte du pouvoir. Précisons que ces exemples n'ont évidemment pas la même portée.

  • Charb refuse de considérer que le danger islamiste, matérialisé par ses gardes du corps présents 24/24 est plus important que les procès des catholiques d’extrême-droite, qui font perdre de l’argent à son journal. On sait comment cela se termine. Equivalence entre l’ennemi et l’adversaire, peu importe leur dangerosité.
  • Lors des agressions de Cologne, les féministes refusent de considérer que le tamarrush gamea, agression sexuelle collective, n’a tout simplement jamais été constaté dans les foules occidentales. Elles renvoient donc aux cas de viols intra-familiaux, beaucoup plus nombreux. Qui sont des drames, certes, mais qui n’ont pas de rapport direct avec le sujet.
  • Les musulmans sont doubles victimes des attentats. J’en avais parlé, non, les sunnites ne sont pas les premières victimes, ils en sont les secondes, à la rigueur, et de manière indirecte uniquement. Pas de manière directe, et pas de manière aussi violente. Aucun musulman n’est mort en France du fait de sa religion. Il n’en est pas de même pour des français en tant que français, ou des juifs en tant que juifs.
  • Ou alors, à la suite d’attentats, on répondra que les occidentaux ont été d’une violence inqualifiable avec les croisades/colonisations/esclavage/occupations au Moyen Orient (rayez la mention inutile). Ce qui est rarement le sujet qui occupe à l’instant. Ou qui n'explique pas les mêmes difficultés que rencontrent des pays n'ayant jamais pris part à ces opérations.
  • Des imams disent des absurdités ? Mais les prêtres ne disaient pas mieux il n’y a pas si longtemps, et l’Inquisition, c’était mal, etc.
  • Les gays se font tirer dessus à Orlando, mais LMPT pousse les homosexuels au suicide (Voire même serait complice du massacre). Je ne suis pas certain que tous  les homosexuels seraient d’accord.
  • Les casseurs attaquent l’hôpital Necker, mais la vraie violence est celle de la carence de gestion publique des hôpitaux, les fermetures de lits et de services, comme l’a instantanément déclaré Médiapart. Ou la vraie violence est celle des policiers.
  • La violence islamique (des attentats) est comparable à la violence catholique (d'un mari qui battrait sa femme, par exemple). D'après le pape.
  • FN et Daesh, sous prétexte que ces deux mouvements fonctionneraient sur le sentiment identitaire, sont au fond la même chose. Des terroristes et un parti politique sont mis sur le même plan.
  • Et on pourrait continuer longtemps, je compte mettre à jour cette liste avec les plus significatives.

 

On voit bien que le processus d’équivalence, d’universalisation de la réponse, du renvoi de la violence directe à la violence indirecte, passée ou universelle est un schéma rodé et bien ancré dans la mentalité idéologique gauchiste. La minorité, parce qu’elle est minoritaire, a raison d’utiliser la violence, puisqu’il s’agit du seul moyen envisageable pour bouger la majorité, qui s’est pourtant exprimée par les urnes. En revanche, la majorité qui emploierait la force (comme LMPT avec ses manifestations massives) fait preuve d’une violence haineuse et inqualifiable, par sa seule présence.

Pour être tout à fait complet, sur quelques exemples, la droite n’est pas en reste et utilise largement cet argument. Ainsi, la réponse de quelques catholiques aux scandales pédophiles dans l’Eglise est de rappeler la mauvaise gestion de l’Education Nationale, oubliant au passage que la dimension morale de l’Eglise est d’une autre portée que celle de l’Education Nationale, et ce, malgré ce que peuvent en dire nos politiques.

Avec ce type de raisonnements, on interdit toute opposition démocratique, exprimer un désaccord, même dans le cadre des limites juridiques, est « violente ». Seule compte l’avancée mondiale du progressisme.

Bref, le renvoi dos à dos, matrice de l'accusation de la gauche, a vécu.

Voir les commentaires

Rédigé par Polydamas

Repost 0

Publié le 28 Juin 2016

Mettons de côté, si vous le voulez bien, l'actualité chargée autour du Brexit, pour revenir sur Orlando. Après la tuerie, qui a fait 49 victimes, les réactions ont été multiples. Mais une a attiré l’attention plus particulièrement, celle des représentants de La Manif Pour Tous (LMPT) pour ce tweet.

 

Certains homosexuels français l’ont instantanément attaquée, sous prétexte qu’elle n’avait pas le droit d’exprimer ses condoléances face à la tragédie. LMPT étant perçue comme « homophobe », toute expression (« Comment osez-vous ? ») de sa part était condamnée d'avance. Dans le cas contraire, il est possible aussi que son mutisme (« Voyez ce silence coupable ») eût été condamné de la même façon. Impossible d’avoir un bon positionnement de la part de LMPT.

Cela rappelle un phénomène récent, celui de Charlie Hebdo. C'était l'extrême droite catholique qui avait lancé le plus de procès contre Charlie, l’Agrif en tête (14 procès dus aux catholiques, contre un seul pour l’islam). Charb le reconnaissait, et de ce fait, écartait la menace islamiste, malgré les signes avant-coureurs. Cf cette vidéo :

Mais il est maintenant mort, avec ses amis, abattus par des terroristes islamistes, et certains à l'extrême droite ont marché avec les manifestations de soutien, dont j'étais. Charlie Hebdo a perdu beaucoup d’argent avec les condamnations successives obtenues par les catholiques. Cependant, ces condamnations sont la preuve de l’utilisation et de l’acceptation du cadre démocratique, qui régule les débats et tensions entre individus et communautés. Ce cadre était manifestement insuffisamment utilisé par les musulmans lors des affaires de caricatures, ce qui dit, en creux, beaucoup de choses sur leur intégration collective.

De cette expérience concrète, rejouée sous une nouvelle forme avec les LGBT et LMPT, nous pouvons distinguer deux formes d’opposition et une problématique bien plus profonde :

- celui qui s'oppose à un autre dans le même cadre idéologique de référence, dans une vision du monde similaire, mais propose un projet différent, est un adversaire ou un opposant.

- celui qui met en danger ce cadre de référence est un ennemi.

Dans ces deux exemples, il y a une confusion assez évidente sur qui est qui, entre adversaire ou ennemi, car le cadre idéologique de référence n'est pas le même. Comment s’articule-t-il donc entre les différents courants politiques ?

 

1) La vision du monde

 

Cette limite, dans une droite classique, un centre bon teint, et une gauche républicaine est celle des institutions, de la loi, mais également, des atteintes directes contre la vie, ensemble de concepts que la droite désignera sous le mot de « civilisation », et d'« ordre » pour la gauche. De manière légèrement distincte, à l’extrême-droite, vient la notion de peuple et d’identité. Qui ne se confond pas tout à fait avec la vision institutionnelle, même si elle lui donne sa légitimité. Alors que dans une gauche marquée et en faveur des minorités, c'est le principe de domination et l'universalisme (tout deux hérités du christianisme) qui fait la ligne de partage, ainsi que les atteintes directes ET indirectes contre la vie. Pour ces derniers, les dominants et les institutions sont l'ennemi, les adversaires (potentiels) étant les autres dominés luttant pour leur cause, l'agenda n'étant pas extensible à l'infini. A cela, il faut rajouter une vision plus essentialiste pour les conservateurs (mettant en avant l’origine et le passé de l'individu), plus existentialiste pour la gauche (la volonté et l'avenir de cette même personne sont plus importants).

Là où pour la droite, la gauche est un adversaire traditionnel, la droite identitaire est "l’ennemie" de la gauche dure, car hostile à son projet communautariste. On comprend mieux pourquoi la gauche extrémiste est aussi violente contre la gauche de gouvernement, et à quel point celle-ci est contrainte d’envoyer des signaux symboliques achetant leur assentiment, vu que par définition, elle est au pouvoir, donc suspecte de domination, surtout si elle n'applique pas une politique en faveur des dominés. Si on schématise, un communautariste ne comprendra probablement pas que dans l’esprit d’un type de droite, ils font tout deux partie du même peuple, alors que pour l'homme de gauche marquée, cela n'a rien d'évident, puisqu’ils n’ont pas le même projet. En revanche, le gauchiste (j'utilise ce mot pour aller vite) considèrera le moindre immigré comme un allié potentiel, celui-ci étant dominé et souhaitant construire une vie ici, point de vue que n'aura pas le conservateur lambda, qui verra tous les problèmes institutionnels et coutumiers posés par cette personne.

Par conséquent, un adversaire (au sens de droite du terme) est crispant au possible, se bat contre certaines idées de gauche pied à pied, en utilisant les outils démocratiques, le droit et le vote, lui fait dépenser beaucoup de temps et d’énergie. Il est beaucoup plus présent contre elle que l'islamisme. La droite conservatrice, de son point de vue de droite, est pourtant incomparablement moins dangereuse pour la vie des citoyens. Vu sous l’angle de la gauche, l’adversaire est l’immigré, qui lui prend un peu de temps politique, mais qui participe au processus de concurrence victimaire, ce qui l'arrange bien, car elle n'hésite pas à instrumentaliser ces revendications à ses propres fins. Bref, ses seuls adversaires sont les communautaristes qui peuvent faire échouer le projet de lutte contre la domination, s’ils ne parviennent pas collectivement à s'entendre ou s'ils attaquent la société dans laquelle ils vivent.

Ainsi, j'ai pu lire sous la plume de certains que les attentats étaient le prix à payer pour que le multiculturalisme s'épanouisse. Constat très similaire aux propos de M. Valls selon lesquels les innocents continueront à mourir. Se dégagent ainsi très nettement les priorités. L’immigré prend peu du temps de la gauche communautariste, voire lui est utile, l’ennemi conservateur lui en prend énormément. Vision assez logique concrètement parlant, on a plus de mal avec celui qui sature notre temps de cerveau disponible, celui qui nous oblige à nous justifier sans cesse que celui qui ne se fait remarquer qu'exceptionnellement, surtout s'il est "dominé". Dans le même temps, du côté de la droite marquée, l'ennemi est clairement identifié et porte un nom : l'islamisme. L'islamisme et l'extrême droite revendiquent d'ailleurs se reconnaitre comme ennemis mortels, ce que notre société libérale a toujours du mal à concevoir, qui refuse de comprendre qu'elle puisse être l'ennemi de qui que ce soit. Qui ne comprend pas que l'ennemi existe, à partir du moment où celui-ci la reconnait comme tel. 

En définitive, le projet de la gauche, la lutte contre toutes les formes de domination, transcende toute autre vision, même nationale et civilisationnelle, et ce même si des attentats visent directement la population par des gens à moitié intégrés aux Français. Sous cet angle , il est logique de dénoncer LMPT alors que le crime d'Orlando vient d'un musulman. Il y a là un transfert  évident. Puisqu’on ne veut pas, ne peut pas attaquer l’islam (allié tacite dans la lutte contre la domination), autant attaquer les dominants, perçus comme homophobes, qui ne sont pourtant en rien responsables de l'attentat. L’argumentation facile sera ici d’avoir créé une « ambiance », d’avoir « libéré la parole » homophobe.

« Comme si les exécutions d’homosexuels de Daesh en Syrie avaient un quelconque rapport avec LMPT », dirait quelqu’un de droite.

« Non il y a un lien », répondrait quelqu’un de gauche.

 

2) Universalisme et équivalence des dominations

 

L’universalisme naïf est ici la clé. Faire fi de toutes les cultures, de toutes les nations, pour ne voir les choses qu’en termes de problématiques sociales mondiales, alors que les conservateurs questionneraient l’idée même de « société mondiale ». Le problème n’est pas l’homophobie en Syrie qui tue, mais l’homophobie globale dans le monde, dont LMPT est un versant, Daesh, un autre. Pas de distinctions entre ces deux mouvements, pas de distinction non plus dans l'homophobie, le terrain de jeu est mondial et tout ce qui ne va pas dans le sens des gays est un ennemi potentiel, car contributeur de morts homosexuelles, que ce soit direct, ou indirect (en poussant, par la discrimination, les homos à se suicider).

Même chose pour les féministes qui visent le mâle sous toutes ses formes ou latitudes, le viol en famille n'étant pas à différencier du viol dans la rue. Peu importe les traditions différentes, peu importe le sens de la mesure, qui distingue des phénomènes aussi divers que l'excision ou  relégation de la femme au foyer, tous les hommes sont machistes et dominateurs de la femme. C'est dire le caractère primaire de cette pensée. Même chose pour Charb, pour qui toutes les oppositions, de droite et musulmanes, étaient fondamentalement similaires. Vision ridicule pour un homme de droite, pour lequel les communautés, et leur logique propres, priment dans l’analyse de la réalité. Pour la gauche extrémiste, LMPT sont des dominants (blancs, sexistes, phallocrates), donc des ennemis, alors que les musulmans sont des dominés, donc des adversaires. Et peu importe si les dominés tuent beaucoup plus que les dominants. Vu que dans l'histoire, il n'en a pas toujours été ainsi, on leur pardonne, on part du principe que cela s'arrêtera. Les terroristes, tels Al Qaeda ou Daesh en sont si conscients, qu'il s'efforcent de viser des blancs occidentaux dans leurs attentats. Je l'ai déjà dit ici (point 2) et Al Qaeda vient de dire que le tireur d'Orlando aurait mieux fait de cibler des blancs. Si on adoptait une logique de gauche et universaliste, on pourrait presque dire que les gauchistes sont coresponsables des attentats, comme LMPT le serait pour Daesh. Mais nous ne sommes pas si extrêmes.

Ajoutons que le dominant n'est au fond, pas si innocent, puisqu'il discrimine, et de ce fait, pousse les dominés à la marginalisation ou au suicide. L’homme blanc a prouvé sa dangerosité en dominant la quasi-totalité du monde, ce que personne avant lui n’avait fait. Et dans les sociétés occidentales, le fait qu'il soit le dominant discriminateur pousse certains dominés au suicide ou à la mort symbolique. Il est donc impardonnable et suspect de vouloir reproduire régulièrement ce schéma. Alors que l’homme dominé a souffert des blancs, a peu d’impact quand il massacre (ou du moins, il ne tue que 130 personnes maximum là où les armées occidentales peuvent tuer beaucoup plus) et n’a jamais dominé le monde. Les progressistes oublient ainsi que le dominé peut avoir envie d’être un dominant au niveau mondial, et que lui faciliter ainsi les choses, comme on le voit avec l’islam, religion universaliste, n’est peut-être pas la meilleure idée qui soit. Ils ne comprennent pas que l’occidental est passé par un cap, a compris des choses et a évolué, et que cette évolution doit être protégée par rapport à d'autres communautés n'ayant pas fait le même chemin. Ils préfèrent le soupçonner perpétuellement de cette expérience du pouvoir, souvent corruptrice, il est vrai.

 

3) La domination

 

Excluons directement les vertus de la domination pour voir ce qui la rend condamnable. Trois raisons majeures :

1) Celui qui domine a plus de probabilité, à moyen et long terme, de tuer, que le dominé. Ce ne sont pas les faits qui comptent, mais la potentialité de destruction (un Etat/gouvernement est plus dangereux qu’une communauté). L’usage du point Godwin trouve sa justification profonde.

2) D'ailleurs inconsciemment, c'est ce qu'il fait par la discrimination, le suicide, en réduisant l'autre à un rôle donné avec les minorités. Il lui est impossible de se rendre compte de la souffrance des dominés, et doit donc se taire.

3) Par ses propos ou actions, le dominant peut encourager le dominé à attaquer un autre dominé. Comme LMPT avec Daesh.

Bref, c’est toujours le dominant, l'homme blanc occidental aisé, le responsable, d’une manière ou d’une autre, puisqu’il contrôle les clés du système local, et pour les plus extrémistes, mondial. On est en pleine toute puissance fantasmée sur le rôle du dominant et du système (qui pourrait, magiquement, contrôler tous les mauvais penchants humains) et dans l'oubli total des vertus de la domination permettant de cadrer les choses.

Du côté des dominés, le fait que des attentats mettent l'islam sur le banc des accusés et que les sunnites ne s'en saisissent pas pour éclaircir leur vision n'effleure pas l'esprit de la gauche, qui a perdu toute compréhension du phénomène religieux. Ne leur effleure pas non plus l'esprit que toute exécution, toute attaque est incomparablement plus agressive que tout système discriminatoire. Que non, une attaque directe n'est pas similaire à une attaque indirecte, même si les deux sont des violences. En outre, la gauche se pensant, et se fantasmant comme camp du bien, ne peut se "compromettre" à faire dans la nuance, par rapport à la violence "sociale". Nuancer serait déchoir.

C'est ce tout ou rien, cette pensée binaire qui justifie que Plenel, Hidalgo, la CGT ne se soient pas exprimés au sujet des policiers morts à Magnanville. Edwy Plenel reconnait d'ailleurs tacitement que ses attaques contre la police et les institutions ne lui permettent pas de s'exprimer à ce sujet. Ce qui est cohérent dans une logique de gauche, mais assez agressif dans une logique de droite, car non solidaires des institutions.

Pour un communautariste, tout minoritaire est un allié potentiel, dans la lutte contre cette domination fantasmée. On voit ici à quel point la gauche est encore très paternaliste avec les autres minorités rompant toutes les règles de société française. Ils n’acceptent pas que ces cultures ont une vision du monde très riche, des logiques de peuple, des langues évoluées, tout devrait se confondre dans le multiculturalisme et le vivre ensemble sur un plus petit dénominateur commun, sans effort considérable d'intégration.

Raison pour laquelle il est impossible, pour quelqu’un de droite, de dire que l’homophobie regroupe à la fois les discriminations françaises contre les homos et les meurtres. Là où, dans la logique de gauche communautaire, c’est parfaitement cohérent puisque l’homophobie, c’est la domination hétérosexuelle sur les homosexuels. Et que si batailles il y a entre dominés, ces violences ont vocation à disparaitre, à terme, puisque de facto, ils ont le même ennemi : le dominant. C’est la logique de l’intersectionnalité, de la convergence des luttes que de réunir tous les dominés sous une seule bannière contre le dominant. Et pas question d’accepter dans ce combat des gens qui pourraient, symboliquement, représenter le dominant. Cela a été l’erreur des Veilleurs, lorsqu’ils ont souhaité dialoguer avec Nuit Debout, et qui ont été violemment rejetés.

 

4) Quelques contradictions et problèmes

 

De leur côté, les gauchistes ne sont pas exempts de contradiction. Ainsi ils oublient complètement les logiques sociales à l’œuvre dans le monde, et qui se transmettent ici par une politique trop laxiste sur le plan migratoire. C’est beau de critiquer la domination occidentale, c’est mieux de s’apercevoir qu’on laisse en exprimer d’autres sur le territoire. Et ces hiérarchies ne sont pas moins violentes ou injustes que les hiérarchies occidentales, elles sont même bien pires, et ont un impact sur les populations immigrés (par exemple, des enfants envoyés contre leur gré en Europe pour gagner de l'argent à renvoyer au pays). Accepter ces hiérarchies sociales sur le territoire sans faire un travail conséquent d’intégration expose donc à de nombreuses difficultés. Mais peu importe, il faut lutter « mondialement » contre les hiérarchies sociales, la première cible étant l'homme blanc. De l’universel bien localisé, donc.

Par exemple, il n’est pas démontré que lutter contre les privilèges des hommes aisés en France permette à la Côte d’Ivoire d’être plus égalitaire, ou que lutter contre LMPT est un bon outil de contre-terrorisme. Pour défendre ses protégés, et leurs attaques violentes, le stratagème habituel est le renvoi permanent à la généralisation ou à l'universalisme dès qu'une communauté est un peu plus responsable que d'autres d'exactions diverses. (J’en ferai la liste dans un prochain billet).

La droite conservatrice est consciente des blocs culturels, du choc des civilisations, hypothèse que la gauche universaliste se refuse à conceptualiser, ou alors en expliquant que s’il y a choc des civilisations, c’est à cause de l’identité. Comme un abruti l’avait pontifié, à la suite de Charlie Hebdo, « le problème, c’est la lepénisation de l’islam » sans comprendre que l’identité est un élément social prépondérant, profondément humain. Etant obnubilé par l’idée de changement, de paix, et dirigée par une élite habituée à jongler avec les langues et les fuseaux horaires, cette gauche universaliste considère que l’identité est le problème principal, là où la droite traditionnelle considèrera que c’est la juxtaposition des identités les unes à côté des autres qui les crée. Une logique d’auto-reconnaissance, d’identité, de distinction par rapport aux autres peuples contre une logique humanitaire universaliste où le point commun est l’homme, sans distinction de culture. Un homme abstrait et vierge de la moindre marque sociale.

Formulé autrement, l’identité est naturelle pour la droite, là où pour la gauche, c’est la migration et le changement qui le sont. C’est dans cette logique également qu’elle attaque toute notion qui circonscrirait un concept, sous prétexte de leur évolution. D'où le questionnement des contradicteurs gauchistes au moindre concept utilisé par la droite avec des affirmations aussi lapidaires  que « le peuple/l’identité n'existe pas ». Stratégie intellectuelle classique de contestation permanente du vocabulaire.

Enfin, le péché de la gauche est également d’oublier que si changement il y a, ce que personne ne peut nier, celui-ci prend un CERTAIN temps, comme aurait dit Fernand Raynaud, et que l’erreur de timing est aussi grave que l’erreur. Quelles que soient les projections, analyses ou visions que l’on peut avoir sur le monde, elles ne valent rien ou pas grand-chose si elles ne sont pas accompagnées d’un paramètre temps. Le conservatisme prend ici tout son sens : le  temps est primordial. Le fruit est-il suffisamment mûr ? Oui au changement, mais sans brusquer, sans trop violenter les uns et les autres. Sinon, on part dans une escalade d’agressions et de répliques, des fractures multiples de la société, les uns et les autres se sentant menacés par le pouvoir en place.

 

Conclusion : quelle temporalité ?

 

A cet égard, il est frappant de constater que toutes les lois, ponctuelles comme de long terme, sont mises sur le même plan, sans discernement sur leur mise en place, et les efforts demandés au peuple. « L’esprit est vif mais la chair est faible. » L’intellect est rapide, les idées sont bonnes et légitimes, mais leur mise en place est longue et couteuse. En bon positivistes et intellectuels, la gauche voit des bonnes idées là où la droite verra les années de boulot et d’implémentation pour instaurer ce changement. Dans le monde des entreprises, on considère qu’une idée ne vaut rien tant qu’elle n’est pas implémentée, l’exécution concrète étant largement supérieure à la belle idée bien propre.

Pour sortir de ces réflexions trop rapides, peut-être faut-il sortir de la toute-puissance idéaliste, que ce soit sur le plan matériel (nous pouvons tout faire) et temporel (tout de suite). Toute-puissance qui considère que les mêmes règles, soit économiques, soit sociales, peuvent s'appliquer à tous partout sur la planète, en oubliant les dynamiques locales et régionales. Il serait temps d'arrêter, la réflexion sur les limites doit s'insérer à la base même de toute réflexion politique. Solution de droite, me répondra-t-on, avec justesse.

Voir les commentaires

Rédigé par Polydamas

Repost 0