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25 janvier 2014 6 25 /01 /janvier /2014 13:36

Ayn Rand, à propos de laquelle j'ai écrit mon billet précédent, écrivait en reprenant Aristote, que "A est A". Elle voulait dire que les choses existent indépendamment de nous-mêmes, de notre vision, de notre inconscient. L’existence suffit au principe d’identité. A partir du moment où la chose existe, il y a une continuité d'être de cette même chose, toutes choses égales par ailleurs.

C’est la même chose pour le fœtus. A partir du moment où le fœtus est présent, si toutes les conditions réunies, il sera un bébé quelques mois plus tard.

Ces réflexions me sont venues à la lecture de cette tribune de deux co-présidentes du Planning Familial. Ce que j'y ai lu est sidérant, notamment sur les pro-vies :

 

« Les femmes ne sont plus « mineures », elles pensent et agissent par elles-mêmes, elles sont libres, capables de décider pour elles-mêmes. Il ne s'agit donc plus de personnes victimes, inconséquentes ou écervelées, à mettre sous une tutelle quelconque comme celle du médecin par exemple, quand il est supposé qu'elles ne sont même pas capables de faire bon usage de la contraception et qu'elles avortent !
(...)

CE QUE LES OPPOSANTS AU DROIT DE CHOISIR NE SUPPORTENT PAS

La loi légitime donc les femmes qui prennent leur décision de façon autonome et responsable, en expertes de leur situation (couple quand il existe, nombre d'enfants, situation économique, psychologique, médicale, projets d'avenir et choix de vie …) Certaines hésitent, d'autres pas. Savoir les écouter sans jugement, donner à leur parole toute sa légitimité, permettre et respecter leur décision n'a rien de banal.

C'est reconnaître que les femmes sont autonomes et que cette autonomie peut leur faire refuser l'injonction à la maternité, une maternité sociale qu'elles rejettent en décidant d'arrêter un processus biologique en cours, la grossesse. C'est ce que les opposants au droit de choisir ne supportent pas ; ce droit donné aux femmes de choisir d'être mères ou pas, cette transgression qui subvertit les normes du genre féminin !

Le vécu des femmes décidant d'avorter est peu étudié en France souligne le rapport 2010 de l'Inspection générale des affaires sociales (IGAS) sur l'application de la loi de 2001. Cette absence de données ouvre la brèche aux discours alarmistes véhiculant qu'il est impensable qu'une femme ne puisse pas vivre une IVG sans en être traumatis
ée. »

Plusieurs choses dans ces quatre paragraphes auxquels je vais répondre :
- l'autonomie de la femme
- l'écoute
- l'idée du caractère social de la maternité et de la transgression de celle-ci
- le traumatisme de l'IVG

Premier point : l'autonomie de la femme.

C'est bien simple, personne n'est jamais complètement autonome. Mais oui, celle-ci est un bien. On peut tout à fait reconnaître comme un progrès des moyens plus importants pour le contrôle de sa vie. Encore faut-il l'amorce d'un dialogue pour les décisions impliquant le couple, et non une seule des deux parties. Mais le fait que les femmes ne soient plus mineures est clairement un progrès, les coprésidentes du planning ne comprennent visiblement pas que les conservateurs ne s'inscrivent plus du tout dans ce cadre, ils se contentent juste de rappeler que le fœtus existe. Si je peux me permettre de faire une interprétation à portée psychanalytique, les deux coprésidentes s’inscrivent dans un cadre où l'IVG a été vu et perçu par les femmes comme un moyen pour se soustraire à la domination masculine, pour ne pas subir les conséquences d'une grossesse non désirée, mais elles ont tort, car même si l'actualité est encore brûlante à ce sujet autour du mariage pour tous, le conflit sur l'IVG ne rentre pas dans ce cadre. Tout du moins pour les opposants.

Me semble-t-il, si les féministes ont raison de se battre contre la domination masculine, elles ont tort de le faire via le moyen de l'IVG. Et ce, même si, très profondément et très subjectivement l’IVG est parfois perçu comme un « acte d’amour ».

Deuxième point : l’écoute.

« Savoir les écouter sans jugement, donner à leur parole toute sa légitimité, permettre et respecter leur décision n'a rien de banal. »

Personne, surtout pas les anti-IVG ne peut être en désaccord avec ceci. Le seul souci étant de distinguer dans quel cadre ce respect de la décision est implémenté. La femme est-elle dans un cadre qui lui propose TOUTES les solutions ou uniquement une partie d'entre elles ? A ce sujet, personne n'est complètement objectif, le planning familial ou les associations pro-vies. Oui, celui qui écoute va vouloir orienter, même subrepticement dans un sens ou un autre. C'est la raison pour laquelle on a inventé, en sciences, la remise de médicaments en double aveugle (le médecin qui donne le produit en test ou le placebo ne sait pas la nature de celui-ci au patient expérimentateur), les signaux inconscients du médecin pouvant orienter l'issue de l'expérience.

Or, comme le dit Tugdual Derville, si l’État faisait correctement son travail, ce ne sont pas à des associations partisanes de proposer l'accueil en faveur de l’IVG (mission auto-proclamée du planning) ou des foyers d’accueil (ce qu’il se fait de mieux chez les associations pro-vie. Adresses ici). Il y a probablement des gens qui font des efforts importants des deux côtés. Mais encore faudrait-il que l’information soit équitablement répartie pour que le choix se puisse faire le mieux possible. Permettez-moi d’en douter.

Troisième point : la maternité sociale.

Écartons une attaque évidente d'emblée. Oui, chez bien des cathos conservateurs anti-IVG, il y a une vision de la femme, il y a des fonctions qui lui sont dévolues. Vous reconnaissez là l'argument, assez juste, des études de genre. Oui, inconsciemment, ça existe, comme beaucoup d'autres choses. Mais ce n'est pas parce que ces éléments existent (chez qui d'ailleurs n'y aurait il pas ces éléments de rôle de la féminité ou masculinité ?) que sur l'IVG, c'est leur principale motivation, comme l’affirment les présidentes du planning. En fait, ces femmes ne font que parler de leur peur la plus profonde, qui est de (re)tomber sous la coupe de mâles « dominants », qui a été leur combat des années 60/70. Si cette crainte est fondée, le passé étant douloureux à porter, elle n’est plus d’actualité (même si on n’a jamais fini de travailler à l’équité entre les sexes).

Je le répète pour être tout à fait clair. L'opposition à l'IVG ne s'articule pas seulement autour d'une vision idéalisée et fantasmée de la femme, mais aussi et surtout autour de l'existence d'un embryon, et de la nature de celui-ci.

Il est évident que les catholiques les plus conservateurs n'aiment pas forcément l'idée que la femme refuse son statut de mère, ce qui est effectivement son droit le plus strict. Mais là encore, c'est utiliser l'argument de l'homme de paille que de considérer que c'est là leur seule motivation. Le choix de ne pas être mère, dans un monde idéal, doit être respecté. Mais ce choix ne peut se faire au détriment d'un autre être, le fœtus. Le vrai débat est donc tout naturellement le statut accordé à ce fœtus.

Venons-en donc à cet argument. Certains nous disent qu'il n'a pas d'importance. Qu'il n'a pas la vie. OK

Je me contenterai de rappeler que l'infanticide, l'avortement de filles dans des cultures patriarcales marquées, comme l'a rappelé le cardinal Barbarin qui arrive en Grande Bretagne. Mais puis-je me permettre de rappeler, si le fœtus n'a pas d'importance, en quoi ces avortements ciblés de manière eugénique posent un problème ? Si vous reconnaissez que le fœtus n'a pas d'importance, c'est que vous projetez une domination masculine sur quelque chose qui ne sont pas des êtres. Partant, le discours de celui qui souhaite à la fois éviter les avortements sélectifs de filles, mais qui accepte l'IVG, sans voir qu'une vie est en jeu, est incohérent.

Et inconsciemment, les opposants à l'eugénisme partent du principe que le fœtus a le potentiel certain d'une personne humaine. Ils font exactement ce que font les pro-vies.

Luc Boltanski (que je n’ai pas lu), sociologue cher à Franck Lepage, a dénoncé, dans son livre le Nouvel Aspect du Capitalisme, le mot "projet" complètement incritiquable parce qu’impliquant ce qu’il a de meilleur dans la personne réalisant ce même projet. Il a fait de même dans son projet la Condition Fœtale où il a visiblement critiqué le fœtus-projet, c'est-à-dire un fœtus dont l’existence n’est validé à posteriori que par l’apparition d’un « projet » chez ses parents. Et ça a le don d’énerver certains.

Mais le mot projet, la projection de l'esprit, s'il est la condition pour l'individu de bouger et de se mettre en mouvement, il n'est pas pour autant la condition de l'existence de ce qu'il vise. L'existence de la cible du projet est ou n'est pas. J’ai le projet de construire une maison, je commence à la faire, je finis par la construire, mon projet s’est concrétisé et a acquis une existence indépendamment de la mienne. Pour l’être humain, c’est pareil, et ça commence dès la conception. La notion de "foetus-projet" vs "foetus-non désiré" n'a donc AUCUN sens.

Quatrième point : le traumatisme

Là encore, le renvoi systématique à la culpabilisation de la société est en partie vrai, mais est essentiellement erroné. Après un stress post traumatique, aucun thérapeute digne de ce nom ne renverrait la faute sur la société AVANT le choc provoquant le traumatisme. Bien sûr qu'il s'est passé des choses, mais le choc a là encore une existence per se, indépendamment de ce qu'il s'est passé avant. L'IVG existe, car l'embryon existe, et il a un impact sur la psyché de la femme. Impact soit minime, soit normal, soit important. Personne, chez les pro-vies, ne part avec l’idée d’en faire baver les femmes qui avortent et de les culpabiliser, ils sont convaincus que les femmes en sont les secondes "victimes". Et mêmes celles chez qui cela se passe bien, se font parfois rattraper par leurs actes.

Donc, contrairement à l'argumentation éculée des co-présidentes du planning, si la vision du rôle de la femme existe bel et bien chez les opposants à l'IVG, il serait pour le moins présomptueux de croire que ce n'est QUE cette vision-là qui motivent les pro-vies. La seule chose qui les intéresse est l'existence et le statut du fœtus. Tout le reste en découle. Et c'était d'ailleurs l'esprit du premier article de la loi Veil : "La loi garantit le respect de tout être humain dès le commencement de la vie. Il ne saurait être porté atteinte à ce principe qu'en cas de nécessité et selon les conditions définies par la présente loi."

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17 janvier 2014 5 17 /01 /janvier /2014 11:59
Atlas Shrugged, le livre qui réhabilitait le capitalisme

Atlas Shrugged (La Grève, en français) a été écrit en 1957 par Ayn Rand (1905-1982). Ce billet étant une critique de ce long livre (1200 pages), ne le lisez pas si vous souhaitez le lire un jour, attention, spoiler.

L'histoire est celle de l'élite des Etats-Unis, individus intelligents à la tête du management des plus grandes entreprises américaines. Mais la société dans laquelle ils vivent décide de les imposer plus que de raison, voire de leur confisquer leurs biens au nom de la solidarité, de l'aide à ceux qui ont moins reçu ou réussi. Progressivement, une société de plus en plus collectiviste se met en place. Face à cela, ces individus (symbolisés par Atlas portant la Terre) se rebellent, décident de quitter leurs hautes responsabilités et font donc la grève, et en finissant par rejoindre une vallée où ils vivent en vase clos. Le système économique, incapable de pallier leur absence, s'écroule peu à peu dans un déclin inexorable et des catastrophes à n'en plus finir, le livre se terminant dans une ambiance proche de la Terreur révolutionnaire.

Ayn Rand est d'origine russe, et est donc marquée par la Révolution Russe de 1917. On pourrait presque dire que ce livre, et son œuvre, est la manière qu'elle a trouvée d'exorciser cette blessure créée par l'empire soviétique. Son livre est certes un roman, mais aussi un vibrant hommage à Aristote dont elle reprend les fondamentaux et la pensée, qu'elle tente de réhabiliter par rapport à la tyrannie des émotions et des affects.

Plusieurs choses à retenir dans cette oeuvre-monument

Tout d'abord, la tirade de l'un des personnages, Francisco, est clairement le manifeste le plus limpide et important que j'ai pu lire en faveur de l'argent et de la libre entreprise. Une mauvaise interprétation chrétienne croit que le Christ condamne l'argent avec le verset "Nul ne peut servir deux maitres". Mais Ayn Rand démontre bien que les seuls à qui ce verset peut s'appliquer ont une estime catastrophique d'eux-mêmes, transformant l'argent, non en moyen ou outil de reconnaissance du travail accompli, mais en un objectif à part entière leur permettant de se donner une raison de vivre. Ce qui est tout sauf la marque d'un esprit libre.

Par conséquent, il faut avoir du respect pour l'argent. Pas pour lui-même, bien sûr, mais pour la quantité de travail qu'il représente, pour ce qu'un individu a accepté de faire pour le gagner, pour l'engagement personnel impliqué par cette somme gagnée. D'où le respect de la transaction et du commerce, ce pacte entre le meilleur de deux hommes. On le sait déjà plus ou moins, mais ça fait quand même un bien fou, surtout en France par les temps qui courent, de le lire. Ce livre rappelle que ceux qui travaillent beaucoup peuvent devenir des véritables vaches à lait de ceux qui travaillent moins, si jamais ils les laissent faire. Il y a des victimes consentantes à leur sort, la culpabilité leur tenant lieu de guide.

Ayn Rand souligne également l'importance du but, du sens dans la vie d'un individu. On sent qu'elle a travaillé sur le plan psychologique, ce livre dénotant une claire connaissance des mécanismes inconscients, l'un de ses compagnons ayant été psychothérapeute. Mais elle a tout à fait raison, donner du sens, élargir l'étroitesse d'une vie dans laquelle elle s'est coincée permet d'insuffler et de redonner à l'individu une énergie, une volonté impossible à trouver ailleurs. Et c'est la pensée rationnelle qui contribue à ce changement majeur. Une phrase est d'ailleurs particulièrement marquante : "Il n'y a pas de pensées diaboliques, il n'y a que le refus de réfléchir qui le soit." D'une certaine façon, elle a raison, et l'Eglise est d'accord avec, puisque la libre-pensée est la marque de l'esprit autonome et responsable.

Quelques critiques tout de même :

Ayn Rand ne parle pas des situations nombreuses où la première innovation ne fonctionne pas. Elle a là une vision très américaine des choses alors que ce sont rarement les premiers inventeurs qui tirent parti du fruit de leur invention. La capacité de vendre un produit innovant est toute aussi importante que celle de savoir le créer. Elle dénonce cet état de fait par les pillards en tout genre tentant de voler les meilleures idées, mais cela est quelque peu simpliste, le travail ne suffit pas, savoir le vendre est également tout un art.

Elle met en œuvre le rêve propre à toutes les minorités, l'illusion de ce paradis, de cette ville où les choses seraient organisées comme on le souhaite. Le personnage principal refuse justement cette solution de facilité, ne veut pas rentrer dans ce refus de la société (proprement odieuse dans le roman, reconnaissons-le) mais sur un plan plus réel, moins littéraire, cette vision n'est rien d'autre, évidemment, qu'un joli fantasme. La seule équivalence possible serait aujourd'hui l'expatriation.

Manque aussi la spiritualité, remplacée par l'idéal du travail et par le sens qu'un homme donne à sa vie. Si elle a raison de marquer l'importance du sens, Ayn Rand oublie de souligner que le travail peut difficilement soutenir l'humain dans ses aspirations les plus hautes. Elle nie l'idée que l'individu ait besoin d'autre chose. Ayn Rand croit au sens de la vie, croit à la supériorité de la raison. Pour autant, elle affiche une méconnaissance ou une vision datée (elle écrit dans les années 50) de la foi qui JAMAIS ne se substitue à la raison, c'est peut-être là l'erreur principale qu'elle commet. Bien sûr, elle ne cherche peut être pas tant à frapper l'Eglise que le communisme. Mais ses remarques et diatribes violentes contre les mystiques tombent complétement à côté dans une vision chrétienne. Elle ne comprend visiblement pas ce qu'est la foi, malgré une fin très christique.

Enfin, elle a du mal à tenir compte que chaque humain est blessé. Qu'il faut faire quelque chose pour cela aussi. Ayn Rand considère que c'est dans le travail que l'homme trouve sa noblesse, que c'est dans la lutte pour sortir de sa blessure que l'homme trouve sa dignité. Elle a sur ce sujet, à la fois raison et tort, raison car la véritable différence entre individus étant leur réaction par rapport à la blessure, tort car il y a des blessures qui peuvent abattre à tout jamais un individu.

Je m'arrête là, je pourrais continuer longtemps, mais je trouve que ce livre est un vrai bol d'air pour les gens qui considèrent que travailler, dominer la Terre et l'exploiter n'est pas condamnable et quelque chose dont il faudrait demander pardon.

A lire, donc, si vous souhaitez comprendre et percevoir le capitalisme différemment.

PS : Je ne suis pas mort, ce blog non plus, ou tout du moins, pas complètement. Pour ceux qui sont sur Twitter, vous pouvez me retrouver à l'adresse suivante : https://twitter.com/Polydamas

Pour les autres, sachez qu'en plus de mon travail, j'entame de nouvelles études pour changer, in fine, de métier, donc vous comprendrez que je ne sois plus trop présent ici-même.

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22 juin 2013 6 22 /06 /juin /2013 17:21

"On va vous donner tout ce qu'on a !"

Après Dance me to the end of love introduisant le concert, Léonard Cohen fait cette promesse au public français réuni à Bercy. Le moins que l'on puisse dire est qu'il a tenu parole. 3h30 de concert élégant, raffiné, blagueur. Il y chante la grande majorité de ses tubes : I'm your man, Suzanne, First we take Manhattan, Everybody knows, Ain't no cure for love (ma préférée), Lover lover lover, Who by fire (texte largement inspiré d’une prière du Yom Kippour), Amen, The Future (avec son antienne maintes fois reprise : Repent ! - Repentez-vous !), So long Marianne.

Léonard Cohen revisite tous les thèmes de la musique avec ses chansons et ses solistes. L'ambiance navigue entre les feux de veillée ashkénaze, la guitare espagnole, la valse viennoise (Take this Waltz nous emmène en Autriche le temps d'une valse rapide et enlevée), la prière, Anthem (“There is a crack in everything, that's how the light gets in.”), le chant d'amour Hallelujah, célèbre pour sa reprise par Jeff Buckley, qui donne un avant-goût du paradis, et la country (Heart with no companion étonnamment plus rythmée que dans la version album)

Légère surprise avec une chanson entièrement en français la Manic. Saluons la performance de chanter dans cette langue, mais celle-ci est davantage destinée au public québécois qu'au public français chez qui elle n'évoque rien. Plus parlante, la chanson The Partisan, évoquant la Seconde Guerre Mondiale qui a réveillé les foules parisiennes.

A 78 ans, l'homme au feutre démontre une fois de plus qu’il a gardé bon pied, bon œil. Ce qu'il démontre par une gestuelle scénique très atypique. Tour à tour agenouillé, martial (Democracy), et gambadant, tel un gamin, à grandes enjambées sur scène, il y prend visiblement beaucoup de plaisir pour notre plus grande joie. Accolant et saluant ses musiciens talentueux qu'il n'hésite pas à laisser chanter ou jouer en soliste donnant droit à de grands moment de musique.

Globalement, le public parisien avait un peu de mal avec les chansons de son dernier album, ce sont ses grands succès des années 80 qui avaient le meilleur accueil, ce qui est dommage, le dernier album affichant une maturité et une profondeur rarement vue. Et on lui pardonnera son allusion ésotérique sur le sigle de sa tournée, deux cœurs entrelacés, un œil trônant au milieu.

Vient ensuite sa chanson qu’on pourrait qualifier de testament, Going Home :

I love to speak with Leonard
He’s a sportsman and a shepherd

He’s a lazy bastard
Living in
a suit

But he does say what I tell him
Even though it isn’t welcome
He just doesn't have the freedom
To
refuse

I want him to be certain
That he doesn’t have a burden
That he doesn’t need a vision
That he only has permission
To do my instant bidding
Which is to say what I have told hi
m
To repeat

Going home
Without the sorrow
Going home
Sometime tomorrow
Going home
To where it’s better

Than before

I love to speak with Leonard
He’s a sportsman and a shepherd
He’s a lazy bastard
Living in
a suit

55 ans de carrière, 12 albums, 5 ans en tant que moine bouddhiste, des chansons innombrables et cet élégant crooner a le culot de se qualifier de "lazy"...

 

PS : Quelques vidéos pour un aperçu du concert : ici et . La page recensant les meilleures vidéos de la tournée vaut également le détour. On peut trouver le concert quasi complet sur Youtube.

PS 2: Comme je l'ai déjà indiqué par le passé, rien de mieux, pour appréhender la portée des paroles de Léonard Cohen que cet article de Slate.

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14 mai 2013 2 14 /05 /mai /2013 12:00

L'Annonciation est, dans l'Église, l'événement fondateur de l'Évangile. C'est le moment où Jesus-Christ est conçu dans le sein de la Vierge par l'Esprit Saint. L'Évangile racontant l'histoire du Christ, il est bien naturel que le début de son histoire soit celui de sa conception, et que l'Église accentue le message autour du Christ.

Cependant, il n'y a pas que le Christ, il y a aussi la Vierge pour qui cet événement est d'une importance capitale. Mais on ne se rend pas suffisamment compte à quel point, l'Église ne l'évoquant pour ainsi dire jamais. Ainsi, si je devais caricaturer l'enseignement de l'Église sur les jeunes années de la Vierge, ce serait de dire que la Vierge nait, elle est préservée du péché originel, présentée au Temple, et à l'adolescence, une fois avec Joseph, paf !, un ange apparait, grande joie, que votre volonté soit faite, et roulez jeunesse. Cette vision des choses, articulée autour du Christ, et non de la Vierge, est beaucoup trop courte et schématique. Courte et schématique parce que cette vision donne l'illusion que des très grandes joies peuvent arriver sans qu'elles aient fait l'objet d'une maturation, d'une progression, d'un tiraillement, d'un apprentissage, voire même, de douleurs extrêmes pour la personne concernée, ici la Vierge.

Or, plusieurs sources concordent pour dire qu'il est fort probable que la situation n'a pas été aussi simple qu'il n'y parait, que non, l'ange n'est pas apparu par hasard, que le processus a commencé bien avant. Ces sources sont la tradition orale et les visions de certains mystiques. Elles sont évidemment à appréhender avec le discernement qui convient (d'ailleurs, nul n'est obligé de croire ce qui suit) mais la concordance de ces éléments permet de comprendre le sens méconnu de l'Annonciation.

Vu sous ce nouvel angle, l'histoire est la suivante :

Une fois née, préservée de toute marque du péché originel, la Vierge fait très rapidement le souhait de se consacrer au Temple de Jérusalem pour être la plus proche possible de Dieu. Elle y rentre très tôt, alors qu'elle est encore enfant. Là, elle fait un vœu de virginité que Dieu, avec lequel elle dialogue en continu, reçoit et accepte. De plus, elle souhaite rester sa vie entière au Temple, consacrée à Dieu, mais ce souhait ne reçoit aucune confirmation quelconque de la part de Dieu, comme celui concernant la virginité. Malgré tout confiante, elle continue à prier. Mais quelques temps plus tard, à l'adolescence, coup de tonnerre, le grand-prêtre du Temple lui dit qu'elle doit partir, à l'encontre de tous ses désirs les plus chers, mais et c'est là une des clés de compréhension, en accord, semble-t-il, avec la tradition juive de l'époque. Elle, pleine d'humilité, mais la mort dans l'âme, accepte le sort qu'on lui réserve et obéit. C'est Joseph qui est désigné pour l'épouser. Une fois fiancée, la Vierge lui indique qu'ils ne peuvent pas se toucher, étant liée par son vœu de virginité à Dieu. Son mari accepte. Et quelques temps plus tard, l'Annonciation intervient, transcendant ses tourments. Elle est la mère du Sauveur, mais reste Vierge.

Ce qui est intéressant dans cette histoire est de constater que l'Annonciation, loin d'être un événement introductif pour la Vierge, est, en fait, une sorte de Pâques/Pentecôte*, une conclusion donnant un sens au maelström d'incompréhensions et de douleurs vécues juste auparavant. Mais un sens complétement inattendu et à contrepied total de ce qu'elle pensait initialement. Et qui est, dans le même temps, une ouverture phénoménale sur l'avenir et l'espérance. Ce qui est généralement le signe que Dieu s'occupe de nous.

Si nous reprenons le fil, les incompréhensions sont importantes et conséquentes :

- elle voulait rester toute sa vie au Temple, cette espérance est réduite à néant. Elle est obligée de faire ce sacrifice par humilité, elle l'accepte. De lâcher prise sur ses désirs les plus intimes et de faire confiance à ce qu'on lui dit, malgré une volonté contraire. Formidable douleur.

- elle fait un vœu de virginité qui la met en porte-à-faux avec la situation maritale qui lui tombe dessus. Reste plus qu'à espérer que son mari acceptera cet état de fait, ce qui est, tout de même, peu probable.

- elle savait par vision que le Messie arrivait bientôt, et souhaitait être la servante de la Mère du Messie. Elle était tellement humble qu'elle n'avait pas compris que la Mère du Messie, c'était elle.

Sur tous ces points, la Vierge, malgré son humilité, et sa grande sagesse, ne cesse de se faire contrer par le réel. On a l'impression de voir le mot de Pascal en action à propos de Dieu parlant de l'homme: "S'il se vante je l'abaisse, s'il s'abaisse je le vante et le contredis toujours. Jusqu'à ce qu'il comprenne qu'il est un monstre incompréhensible". Remplacez le mot "vante" par "désire", et on y est.Botticelli, l'Annonciation. 1489

Tous ces éléments sont rapportés par la tradition orale, qui se concrétise notamment par les nombreux évangiles apocryphes traitant du sujet (Evangile de la Nativité de Marie, Proto Evangile de Jacques, Histoire de la nativité de Marie, entre autres). Les détails et les personnages changent, les circonstances ne sont pas toujours les mêmes, mais l'idée de fond demeure à chaque fois : Marie rentre au Temple, puis en sort. Ce que l'Eglise a validé par l'instauration de la fête de la Présentation au Temple de la Vierge, le 21 novembre, puis par la fête de l'Annonciation, le 25 mars.

Même chose chez les mystiques. Marie d'Agreda rapporte que le choc de l'annonce de son départ du Temple fut si violent qu'elle en serait morte si elle n'avait pas eu une grâce particulière divine pour la maintenir en vie à cet instant précis. Ce qui donne une autre mesure à la prophétie de Syméon "Un glaive te transpercera le cœur", lors de la Présentation du Christ au Temple. Marie a déjà frôlé la mort à la sortie du Temple, et là, on lui dit que c'est mineur par rapport à ce qui l'attend ensuite avec son Fils. Tu parles d'une veine. Anne-Catherine Emmerich, quelques siècles après la mystique espagnole, dit globalement la même chose.

En fait, le désir de Marie, vivre avec Dieu au Temple est complétement légitime, ce qui semble relativement cohérent avec le fait d'être préservée du péché originel. On pourrait dire que Dieu bénit cette envie en la laissant y entrer. Mais elle est irréaliste parce qu'il fallait un miracle pour que les juifs ne l'en fassent pas sortir. En effet, il semble que dans la tradition juive, les vierges consacrées au Temple ont un statut inférieur aux femmes mariées, et ont donc vocation à être épousées après un certain temps passé au Temple. Ainsi les évangiles apocryphes évoquent quelques noms de prétendants potentiels.

Last but not least, après l'Annonciation, la Vierge part rapidement rejoindre sa cousine Elisabeth qui l'accueille en reconnaissant qu'elle est enceinte. Ce passage est également très important. Pourquoi ? Parce qu'il garantit à la Vierge que la révélation qu'elle a reçue au moment de l'Annonciation est avérée et se traduit dans le réel. Et c'est une fois cette confirmation faite par une autre femme que le Magnificat, chant de louanges inspirée du cantique d'Anne, sort de la bouche de Marie. C'est à ce moment qu'elle remercie, et pas avant. C'est un point important parce qu'il montre que l'on ne peut pas se satisfaire du spirituel uniquement, que le spirituel, pour être vrai, doit TOUJOURS être adjoint du matériel, de sa traduction concrète, le spirituel pouvant être une création ex-nihilo de l'esprit. C'est le rôle d'Elisabeth que de rassurer sa cousine avant même qu'elle n'ait ouvert la bouche.

On remarquera d'ailleurs que la Vierge vit les deux événements les plus difficiles dans les deux vocations principales. En tant que consacrée, elle est jetée hors du Temple, ne comprenant pas ce qui lui arrive. Sa vocation, du reste tout à fait légitime, est en quelque sorte, reniée. Première douleur. Et en tant que mère, elle voit son Fils unique mourir sous ses yeux. Deuxième douleur. Par deux fois, elle est secouée au plus intime de son être. Et pour couronner le tout, sous la Croix, son Fils la nomme Mère de l'univers. Chose à peine concevable pour un humain, induisant une responsabilité effrayante. D'où l'idée que la Vierge est l'être humain ayant le plus souffert sur cette terre après le Christ.

Le moins que l'on puisse dire est que si Dieu nous aime infiniment, il a tout de même une  manière tout à fait particulière de nous le montrer : le contre-pied. Tout l'enjeu étant de l'accepter, en sachant qu'il est voulu pour notre plus grand bien.

 

* Pâques : Toutes les choses prennent du sens chez les catholiques autour de Pâques. Mais ça n'est compris qu'après.

Pentecôte : Le moment où toutes les choses prennent du sens pour les apôtres n'est ni Pâques, ni l'Ascension, où ils étaient encore à se demander quand ils allaient faire sortir l'occupant romain (1er chapitre des Actes des Apôtres), mais lors de la Pentecôte. Où tout l'histoire s'éclaire d'un jour radicalement nouveau et inattendu.

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5 mars 2013 2 05 /03 /mars /2013 22:06

Le 28 février, en même temps que le pape, Daniel Darc s'en allait. Pour rappel, c'est lui qui a écrit ce petit bijou :

 

 

Version live, et toujours un peu déjantée, comme souvent avec lui, ici.

Autre chanson notable "Je me souviens je me rappelle".  

 

 

"Je me souviens je me rappelle
… une croix trop lourde pour moi
Un bois qui pèse et m'écartèle
Pourtant comme j'aimais cette croix"

 

 

Ou encore :

 

 

"J'irai au paradis parce que c'est en enfer que j'ai passé ma vie."

 

Ciao Daniel.

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Published by Polydamas - dans Disparitions
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15 novembre 2012 4 15 /11 /novembre /2012 10:04

Il m'est arrivé, lors de conversations au ton provocant, d'affirmer que les catholiques étaient des homosexuels comme les autres. Par là, je n'entendais pas faire de commentaires sur la sexualité des uns ou des autres, mais attirer l'attention de mes contradicteurs sur le fait que les blessures de certaines personnes à désir homosexuel sont des blessures auxquelles chacun doit faire face, et en particulier, les catholiques. Il se trouve que, du fait de sa nature, la blessure homosexuelle est bien plus visible que les blessures des autres, qui, même si elles ne concernent pas les sentiments ou la vie en couple, nous rendent tous handicapés. La blessure homosexuelle n'est rien d'autre qu'un appel à ce que chacun explore sa propre faille, l'habite, en fasse le deuil et la dépasse. Les catholiques diraient vivre sa Passion, mourir sur la Croix, et ressusciter.

 

Ces réflexions me sont revenues à la lecture du texte chez Incarnare d'Audrey. Qui décrit comment une femme, au désir lesbien, est devenue hétérosexuelle, non pas en reniant son homosexualité, mais en y allant en profondeur, en l'explorant, en habitant son désir et en comprenant ce qu'il recouvre. Via le travail habituel de psychothérapie et de psychanalyse. Et plus profondément, je trouve ce texte passionnant non par ce qu'il dit sur l'homosexualité, mais par ce qu'il dit sur le désir, et la manière dont celui-ci construit ou défait nos vies.

 

Le billet commence par le début de sa vie sexuelle, la manière dont elle tombait amoureuse d'autres femmes, et l'instabilité qui en résultait. Pour qui a connu les affres de la passion, les "montagnes russes perpétuelles" dont parle Audrey sont très familières. La finalité de ce désir, c'est sa satisfaction, c'est à dire sa disparition, ne plus faire qu'un avec l'autre.

 

Mais  je sentais que quelque chose n'allait pas. Plus exactement, il y avait une frustration énorme: cette impossibilité de ne faire qu'une. Nous passions notre temps à tourner autour de cette impossibilité-là.

 

Le désir, ou la passion, provenant des couches les plus profondes de l'individu, est une tentative d'apaiser la soif d'amour et de présence dans une fusion idéalisée avec l'autre. Mais la fusion n'est pas possible, l'autre restant définitivement autre, même au sein de la sexualité la plus débridée, ou de la spiritualité la plus profonde. Et oui, au travers de cette blessure là, il y a un amour qui passe, il y a une profondeur, une richesse démentielle. L'amour névrosé, blessé, reste de l'amour. Mais de l'amour probablement pas assez fécond, et très insatisfaisant, parce que beaucoup trop axé sur l'imaginaire, et sur des blessures que personne, et surtout pas l'être aimé, ne sont capables de combler.

 

Elle dit à la fin, et cette phrase fait le titre du billet :

 

"C'est la nature du désir homo que de vouloir absolument que la réalité s'adapte à lui. On se ment ensemble."

 

Elle a tort sur ce passage, c'est pour ça que le titre me semble mal choisi. Ce n'est pas la nature du désir homo que de vouloir que la réalité s'adapte, mais la nature du désir tout court. On peut se mentir ensemble, entre hétérosexuels. La différence essentielle entre amour et désir, est que l'amour accepte le réel tel qu'il est, alors que le désir tente de le plier à sa convenance. Pris dans cette tornade inconsciente, l'individu peut chercher à adapter l'autre à cet imaginaire, à le faire rentrer dans ses failles, au lieu de l'accueillir tel qu'il est. La réification de l'autre, à son propre service, ce qu'on pourrait appeler l'idôlatrie chez les catholiques, n'est pas loin. D'où la tyrannie, la domination, et toutes les névroses associées qui nécessitent, pour en être libéré, d'aller au plus profond de cette blessure.

 

Qu’est-ce qui t’a paru insatisfaisant dans tes expériences avec des personnes du même sexe ? Que manquait-il ?

La grande question :) C'est ce qu'il y a de plus en plus difficile à saisir. La force des sentiments, elle est là et bien là. Le désir, il est là aussi. En fait il ne manque qu'une chose: l'incarnation dans l'altérité. Derrière cette formulation un peu pompeuse il y a une réalité très concrète: une insatisfation profonde qui se mue en une sorte de frénésie, de rage. (...) C'est la spécificité de ce désir qui bute dans sa cage étroite de la non-incarnation qui fait que la sexualité homo a quelque chose qui rejoint la recherche de "toujours plus de sensations fortes" que l'on trouve dans différentes formes de toxicomanie. Je sais que ce que je dis là risque de faire hurler, mais c'est la stricte vérité.

 

Là aussi, pas certain du tout que cet extrême apparaisse uniquement dans le désir homosexuel, il est tout à fait présent également chez les hétéros, et la frénésie de sexualité qui peut emporter certains. Ce qu'elle précise ensuite, les histoires compliquées étant toutes aussi présentes chez les hétérosexuels. Précisons que la passion peut avoir 50 explications possibles, c'est le rôle d'une psychothérapie correctement menée que de discerner le cocktail qui y a abouti. Sachant que le plus important n'est pas tant de savoir pourquoi on éprouve ce désir, de manière cérébrale, que de l'assimiler, de manière beaucoup plus affective.

 

Evidemment, ce désir a quelque chose de bon en ce qu'il oblige l'homme à bouger. Ce dernier prend conscience d'un manque, d'un vide qu'il lui faut combler. Mais le hic arrive vite, la passion une fois satisfaite, se rallume d'autant plus, et prend toujours plus d'ampleur. Jusqu'à tant qu'elle disparaisse définitivement, ce qui n'est pas possible, l'imaginaire étant insatiable. D'où une fuite en avant perpétuelle qui peut se traduire par une fuite dans la sexualité, la spiritualité, bref, tout ce qui permet à l'individu de ne pas faire face au réel et à son désir tonitruant. En ce sens, un désir un peu trop ardent n'est rien d'autre que le reflet d'un manque d'acceptation de soi-même.

 

Tout cela dépasse bien entendu le cadre de la "communauté" homosexuelle : tous ces comportements, on les retrouve également chez les hétéros qui ne s'aiment pas eux-mêmes. Accuser le monde ou la société de ses maux, c'est pas homo, c'est humain !

 

Beaucoup de monde a une grande difficulté à adopter une saine attitude envers soi-même. Et elle aurait pu rajouter dans la liste des accusations, Dieu, qui a le dos suffisamment large pour qu'on lui attribue, faussement, est-il utile de le préciser, tous les malheurs de cette planète.

 

 Le désir entre un homme et une femme qui s'aiment est très différent du désir entre deux personnes de même sexe qui s'aiment. C'est très paradoxal: un homme et une femme se savent différents et savent également que leur union ne les fera pas Un durablement, mais l'amour physique entre eux les statisfait en faisant grandir leur différence.

 

C'est vrai, si l'homme et la femme s'Aiment., si la relation est basé sur la Vérité, c'est à dire une conscience, plus ou moins importante des blessures de l'un et de l'autre, et donc des motivations respectives. En revanche, si la relation n'est pas fondée sur la vérité, elle risque d'être motivée par le désir, et devra passer au creuset du temps, des épreuves, pour se transformer en amour. Ce qui arrive de moins en moins souvent, la lassitude cassant tout auparavant. Par exemple, une relation fondée sur un complexe d'Oedipe où l'un et l'autre épouse quelqu'un ressemblant à son père ou à sa mère, n'est pas moins névrosée qu'une relation homosexuelle. La blessure est différente, mais l'altérité ne change rien au fait que les conjoints ne sont pas conscients des motivations profondes qui les animent, et qui risquent, évidemment, de ressortir à la première difficulté. Peut-être pourra-t-on dire que le désir hétérosexuel a une incarnation potentielle plus importante. Ce qui ne veut pas dire qu'il soit davantage incarné, il y a certainement des homos dont l'amour est plus incarné que certains hétéros.

 

Et enfin, elle termine:

 

C'est bien pour ça, d'ailleurs, que ces revendications trouvent un écho aujourd'hui, dans notre société: collectivement, nous avons tous du mal avec la réalité. Les militants LGBT ne sont que le symbole d'un monde où l'on rêve, grâce à la technologie, de se faire tout seul. C'est ce qui me gêne, chez beaucoup d'anti-mariage pour tous : certains se battent contre les homos, pas pour le bien commun. Le bien commun, ça supposerait par exemple que, en plus de ne pas autoriser de "mariage gay", on repense sérieusement la question du divorce, que l'IAD soit interdite. Parce que quand on autorise l'IAD chez les couples homme-femme, là aussi on trafique la filiation. Or, je n'ai pas entendu beaucoup de voix, sauf un peu à l'intérieur de l'Eglise, faire bloc contre cette disposition quand elle est passée. Il y a un gros risque aujourd'hui de faire des personnes homosexuelles des boucs émissaires à qui on refuserait des « aménagements du Réel » qu'on permet à d'autres. Ce n'est pas acceptable.

 

Effectivement, le mariage n'est pas tant attaqué par les homos, que par le divorce. Divorce qui est une des conséquences logiques du mariage de passion, ne parvenant pas à franchir l'étape supplémentaire de l'amour.

 

Pour finir, c'est en allant au plus profond de cette blessure, c'est ce que nous apprennent les mystiques, que l'on rencontre Dieu. Le meilleur résumé des Béatitudes est cette phrase d'Audiard, très juste : "Heureux les fêlés, car ils laisseront passer la lumière.". Et l'aboutissement du travail psychothérapeutique, la plongée dans l'amour est justement d'éprouver cette habitation, de nous laisser transpercer par la lumière divine, pour en inonder les autres. C'est en cela qu'on peut dire que notre blessure est notre plus grande richesse. "Heureuse blessure" aurait-dit St Augustin.

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7 juillet 2012 6 07 /07 /juillet /2012 14:35

 

Darkness, album "Old Ideas", 2012.

 

I caught the darkness

It was drinking from your cup

I caught the darkness

Drinking from your cup

I said, "Is this contagious?"

You said, "Just drink it up."

 

Leonard Cohen, définitivement indépassable. Pour mieux appréhender ce poéte-musicien, sa dimension mystique, cet article dit tout ou presque.

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Published by Polydamas - dans Entracte
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4 juillet 2012 3 04 /07 /juillet /2012 11:10


A la suite d'une émission de Guy Corneau disponible sur son blog, François Rigal, que je lis régulièrement et dont je vous invite à lire le billet pour comprendre ce qui suit, avance certains arguments à l'encontre de la psychanalyse. Connaissant un peu le sujet, ce qui a occasionné la raréfaction de ma présence sur ce blog, je me permets de poser quelques objections à ses éléments. D'autant que j'ai lu certains des ouvrages de Corneau, que j'ai trouvé, pour ma part, excellents.

Elément important également, on constate régulièrement les ravages que peut procurer la psychanalyse mal pratiquée, ce qui est un drame. Il y a probablement autant d'incompétents que dans les autres professions, mais du fait de leur accessibilité à l'humain, et leur influence, la mauvaise pratique rejaillit vite sur le concept même de psychanalyse.

Par ailleurs, toutes les solutions sont chez le patient, le psy se contente juste de les faire sortir, apparaitre et leur donne une réalité pour les reproposer au patient. Ça marche ou ça ne marche pas, les idées peuvent parler ou ne pas parler au premier concerné. C'est donc un processus long, à tâtons, personnel, impliquant, qui ne peut être réduit à un groupe de parole d'une heure, comme le fait l'émission. Les idées doivent venir et revenir sans cesse jusqu'à tant que le patient les fasse véritablement siennes. En gros, faire passer les idées de la tête aux tripes.

Rigal fait la liste, dans son billet, de toutes les pistes autres que psychanalytiques qui pourraient expliquer un désordre de vie quelconque. J'en fais sommairement la liste ici, il m'excusera de réduire son propos à la plus simple expression, je vous renvoie à son billet pour de plus amples détails :
1) désordre physique
2) stratégie erronée
3) dérèglement ou maladie physiologique
4) hygiène de vie
5) habitude néfaste par rapport à la récompense
6) principe de Pavlov, historicité des habitudes
7) frustration par rapport à un désir
8) qualité de vie
9) reconnaissance
10) croyance en la psychanalyse

J'ai rapidement regroupé ces questions par thématiques, certaines se recoupant de manière évidente.

1) - 3)
Tout d'abord, un psychanalyste ne travaille pas seul. L'une des premières étapes du travail psychothérapeutique, c'est d'envoyer le patient chez un médecin dont le rôle est de détecter les pathologies, les carences, et maladies. Il est évident que le mal-être physique existe en-dehors de toute explication psychanalytique. C'est la grande bêtise de certains psys freudiens qui estiment, à l'encontre de toutes les évidences médicales, que les parents d'enfants autistes sont plus ou moins responsables inconsciemment de la pathologie de leurs enfants. Tout l'enjeu de la polémique du film le Mur. Mais il est évident également qu'une mauvaise santé psychique laisse le champ libre à des pathologies, à une mauvaise santé, cette fois physique. Et qu'il y a des gens plus ou moins enjoués que d'autres, plus ou moins sympathiques ou accessibles. On peut rééquilibrer à coups de médicaments ou de produits divers et variés, mais ne doit-on pas d'abord vérifier que les tempéraments soient à peu près équilibrés ?

Le psy envisage donc bien l'option physiologique, c'est juste qu'elle n'est pas incluse dans la vidéo de Corneau, mais fait plutôt partie des prérequis avant que la thérapie ne commence réellement. Ce n'est tout simplement pas son travail.

4) - 8)
Qualité de vie et hygiène de vie. A mon sens, une qualité et une hygiène de vie perfectibles sont des conséquences du mal-être intérieur, plutôt qu'un véritable choix. Ainsi, certains patients n'éprouvent le besoin de ranger leur appartement, ou leur chambre, que lorsqu'ils n'ont plus de question importante en suspens dans la tête, et donc, qu'ils peuvent s'occuper des choses "accessoires" que sont le rangement ou la qualité de vie. L'ordre qui règne dans leur appartement est donc tout simplement le reflet de l'ordre de leurs idées. Et il est certain que c'est différent chez tout le monde, avec plus ou moins de nuances. Certaines personnes vivent l'exemple opposé, dés qu'elles ont quelque chose en tête d'assez violent, il faut absolument que tout soit rangé impeccablement, parce qu'elles ont besoin de se rassurer dans la tourmente, de s'accrocher à des choses structurées, claires et limpides, dans leur environnement proche, alors que leur psyché traverse des tourments lourds. L'important est donc d'être lucide sur les raisons qui poussent à tel ou tel comportement. Améliorer la qualité de vie pour l'améliorer est certes intéressant, et peut donner des résultats probants, mais ce n'est généralement pas cela qui est le problème le plus important du patient. Ce n'est que le symptôme de quelque chose de plus profond.

2) - 5) - 6)
La stratégie erronée. Mais pourquoi est-elle erronée alors que le patient pensait justement choisir la bonne puisque c'est celle qu'il a optée ? C'est justement à cette question que répond la psychanalyse en cherchant les raisons sous-jacentes qui l'ont fait choisir telle stratégie plutôt que telle autre. Vérifier également le rapport du patient avec la réalité pour confirmer qu'il ait bien les pieds sur terre et ne se crée pas un imaginaire complétement déconnecté. Remonter dans le processus de décision. Pour une analyse approfondie des affects qui l'ont motivé.  Ce qui rejoint le principe de Pavlov, il faut déminer les raisons qui ont entrainé l'individu dans cette répétition d'actes qui n'a plus de raison d'être et qui entraine à l'échec. Tirer les leçons du vécu pour construire un nouvel avenir.

7)
Les frustrations, justement ce que fait un psy toute la journée. A quoi correspond-elle ? Quel est le besoin non satisfait exprimé par cette frustration ? Là encore, il faut explorer la raison de la frustration qui n'est pas forcément évidente. Généralement, à la base de toute problématique, il y a un manque d'estime de soi-même, le travail consistant donc à cerner comment ce manque se caractérise et se traduit. Par exemple, Rigal critique la croyance que le passé expliquerait tout. Il me semble que c'est erroné, on peut être frustré de voir un désir, tout à fait naturel, non réalisé. Désir naturel pas forcément lié au passé. On compense quelque part parce qu'on échoue ailleurs sur un projet quelconque. On boit de l'alcool parce qu'on est arrivé second, dernier, que sais-je, à une course à laquelle on tenait. Ce n'est pas un drame, nul besoin de remonter aux parents, c'est juste une compensation par rapport à un événement donné. Encore faut-il que le patient soit lucide sur ces points. Mais il est probable que pour un simple événement, il n'y aura pas d'habitude compulsive enclenchée, là encore, la névrose n'est que le symptôme de quelque chose de plus profond.

9)

La chose qu'on développe le plus en psychanalyse, c'est finalement déminer et retirer toutes les blessures intérieures qui minent notre compréhension de nous-mêmes. Pour développer une juste estime de soi-même. Non pas une estime égocentrique ou déséquilibrée, mais tout simplement la reconnaissance de la merveille qu'est chaque individu. Et une fois que cette estime de soi-même est acquise, par rééquilibrage interne, l'individu a nettement moins besoin de la reconnaissance sociale (ou il peut chercher à en avoir plus, s'il est complétement introverti à la base, là encore, tout dépend des cas). Ayant moins besoin de se tourner vers les autres pour se prouver qu'il vaut la peine d'être aimé/admiré, il est tout simplement plus naturel à l'endroit où il est, et diminue de facto son comportement déséquilibré. A charge pour lui si besoin est de changer d'environnement, de métier, en fonction uniquement de ses aspirations profondes.

 

10)

Il est fort possible que la psychanalyse ne fonctionne pas pour tout le monde, je n'ai pas d'idées sur la question hors celle que toute généralisation est souvent absurde. Pour autant, non, l'histoire des personnes n'est pas la "cause" de leur déviance. L'aboutissement du travail en psychanalyse est de dépasser le vécu, les douleurs personnelles en tout genre, pour en tirer la leçon à l'avenir. C'est un vrai travail d'exploitation des richesses que le plus humble ou le plus déprimé des individus porte en lui. Qu'il y ait des moments où il faut arrêter de se regarder narcissiquement, c'est absolument évident, mais de la même manière, il est évident qu'il y a des moments où il faut arrêter le flux de l'action, de la vie, se poser un peu pour tirer les leçons de ce qu'on a vécu, histoire de pouvoir mieux s'orienter. Au fait, suis-je vraiment certain d'être à ma place ? Dans notre société, la connaissance sous toutes ses formes, l'expertise, est mise en valeur, mais la connaissance de soi est singulièrement négligée (reconnaissons que c'est tout de même de moins en moins le cas).

 

 

Au fond, les souffrances psychologiques, et les différentes addictions ne sont que des formes de crispations particulières, qu'il s'agit de débloquer une à une, en remontant à la source. Dans le but de laisser place à quelque chose d'autre, de plus sain, de plus vivant. En ce sens, la crispation est terriblement humaine, mais le lâcher-prise est tout simplement divin. Et c'est dans le lâcher prise que se situe la détente et la solution. Comme le disait Ambroise Paré, mais c'est vrai également en psychanalyse : "Le médecin soigne, mais c'est Dieu qui guérit".

Trés schématiquement, la psychanalyse, notamment freudienne, considère qu'on peut tout expliquer par l'histoire individuelle, mais les thérapies jungiennes (du nom de Carl Jung, meilleur élève de Freud) ne partagent pas tout à fait ce point de vue. Ce serait un enfermement réducteur de chaque être humain. La nuance est d'importance. L'histoire n'explique pas tout, il y a aussi le désir de l'individu, sa volonté de construire. Ce n'est pas parce qu'un désir s'explique très correctement, et très rationnellement (par le passé, les blessures familiales), qu'il n'y a pas un désir juste, et qui corresponde profondément à l'individu. L'homme, c'est ce que nous apprend le catholicisme, et les grandes spiritualités, est plus grand que l'homme. L'homme est habité d'un désir plus grand que lui-même. La psychanalyse jungienne se contente juste de dégager ce désir pour le verbaliser, pour mettre l'individu dans l'axe de ce désir, et lui donner les moyens de le mettre en oeuvre. C'est un désir en quelque sorte divin, ou peut-être pourrait-on dire, "vocationnel" : ce pour quoi l'individu est fait. Bien entendu, il faut se méfier de l'idée de vocation dans le sens où personne ne peut s'approprier une mission qui n'est jamais que donnée, mais il est clair également qu'il y a des choses qui collent naturellement mieux à l'individu que d'autres.

 

En d'autres termes, faire en sorte que chaque individu soit à sa place, c'est tout simplement l'objectif de la psychanalyse jungienne.

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16 février 2012 4 16 /02 /février /2012 09:32

 

Alors que les échanges semblent s'interrompre entre Rome et la Fraternité Sacerdotale St Pie X (FSSPX), il n'est pas inintéressant de se pencher quelque peu sur la genèse de ce mouvement, pour mieux comprendre les rôles et responsabilités de chacun. L'objet de ce billet n'est pas de se prononcer sur le fait de savoir si les uns ou les autres avaient raison,  mais de rappeler quels furent les acteurs de ces controverses.

 

 

*   *

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Au commencement était Mgr Lefebvre (1905 - 1991). http://www.fsspx.org/en/wp-content/uploads/2009/11/Mgr-Lefebvre-Clovis1.jpgOrdonné en 1929, consacré évêque en 1947, Mgr Marcel Lefebvre fut un spiritain, qui donna une grande partie de sa vie à l'Afrique, et plus spécialement à Dakar où il exerça son épiscopat, et y devint archevêque. Il revint en France en 1962, pour y être nommé évêque de Tulle, charge qu'il décline quelques mois plus tard lorsqu'il fut nommé supérieur général des spiritains. Il participa au concile Vatican II dans la frange la plus conservatrice, et la plus traditionnaliste qu'il rejoint à cette époque. C'est en 1969 que les choses se tendirent avec la publication du nouveau missel romain (nouvel ordo missae, la nouvelle messe), qu'il critiqua ouvertement. En 1970, il crée la FSSPX à Ecône, en Suisse, par la fondation d'un séminaire.

 

Au même moment, un moine, Gérard Calvet, crée un monastère à Ste Madeleine du Barroux, dans la tradition bénédictine, avec les deux piliers que sont la messe tridentine et le grégorien. Dom Gérard et Mgr Lefebvre se connaissent et s'apprécient mutuellement. Ils se fréquenteront régulièrement, au point que Dom Gérard et sa communauté seront officiellement exclus de l'ordre bénédictin, au moment où Mgr Lefebvre est déclaré suspens a divinis (c'est à dire officiellement interdit par Rome de distribuer les sacrements), en juillet 1976.

 

La situation avait dérapé quelques mois auparavant. En mai 1976, le pape Paul VI dans un discours au consistoire, tance Mgr Lefebvre. Mais il ajoute quelques éléments qui aggravent la situation, à propos du rite tridentin :

 

C'est au nom de la Tradition que nous demandons à tous nos fils, à toutes les communautés catholiques, de célébrer, dans la dignité et la ferveur, la liturgie rénovée. L'adoption du nouvel Ordo Missae n'est pas du tout laissée au libre arbitre des prêtres ou des fidèles. L'instruction du 14 juin 1971 a prévu la célébration de la messe selon l'ancien rite, avec l'autorisation de l'Ordinaire, uniquement pour des prêtres âgés ou malades, qui offrent le sacrifice divin sine populo (5). Le nouvel Ordo a été promulgué pour être substitué à l'ancien, après une mûre réflexion, et à la suite des instances du Concile Vatican II. Ce n'est pas autrement que notre saint prédécesseur Pie V avait rendu obligatoire le missel réformé sous son autorité, à la suite du Concile de Trente.

 

Si l'on peut comprendre la volonté de Paul VI de vouloir faire place au nouveau missel, sa volonté de le substituer à l'ancien de manière définitive choque les traditionnalistes. Le pape St Pie V, à la suite du concile de Trente, n'avait pas substitué de rite à un autre, il avait plutôt marqué dans le marbre le rite le plus commun, et reconnu comme saint depuis de longs siècles. En ce sens, la brutalité de cette décision ne passe pas, les noms d'oiseaux et les polémiques pleuvent de part et d'autre. La mise en oeuvre de cette décision est assez violente, et fait beaucoup de dégâts, la messe devenant en certains endroits du grand n'importe quoi. Les conservateurs ne comprennent pas que l'on puisse revenir de cette manière sur quelque chose d'aussi important que la liturgie, que les papes et la tradition avaient reconnu comme sainte. D'autant que beaucoup de catholiques, ballotés dans la crise, avaient perdu la foi dans ces années, mais la retrouvent ensuite grâce à Mgr Lefebvre. Ce qui explique la violence de certains de leurs réactions, toujours valables aujourd'hui.

 

*   *

*

 

En 1977, après neuf tentatives infructueuses auprès de l'évêque de Paris pour disposer d'un lieu de culte dans la capitale, les fidèles traditionnalistes (rappelons alors que le tradiland de l'époque se limite à la FSSPX) choisissent "d'occuper" une église. C'est St Nicolas du Chardonnet qui est choisi. Mgr Ducaud-Bourget en est le curé jusqu'en 1984. Qui est remplacé à son décès par un tout jeune prêtre, l'abbé Laguérie. En 1989, celui-ci se fait remarquer par ses charges tonitruantes contre l'anniversaire de la Révolution Française. L'évêque de Paris n'a jamais fait exécuter la décision de justice qui ordonnait l'expulsion de la fraternité de cette église.

 

En mai 1982, répondant à l'appel de Jean-Paul II (en juin 1980, le pape lance à Longchamp : "France, fille aînée de l'Eglise, qu'as-tu fait de ton baptême ?" ), trois hommes du Centre Charlier lancent l'idée d'un pèlerinage sur les pas de Charles Péguy, entre Paris et Chartres. L'abbé Pozzetto, en demeure l'aumônier pendant vint-cinq ans. 

 

En parallèle, depuis 1979, Mgr Lefebvre avait initié les premiers contacts auprès de Rome pour lui trouver un successeur, à la tête de la FSSPX (un évêque est indispensable pour ordonner les prêtres, donc pour la survie de la communauté). Les négociations se rompent brutalement en 1986 avec les journées d'Assise. Mgr Lefebvre est révolté par ce rassemblement qu'il perçoit comme du relativisme, et du nivellement par le bas de toutes les religions. Il condamne cette rencontre. Et cela le convainc, à tort ou à raison, qu'il ne peut rien obtenir d'un Vatican organisant de telles manifestations, qu'il estime contraires à la Tradition. Mgr Lefebvre sentant sa fin approcher, décide, après d'ultimes tractations (durant lesquelles il avait donné, puis retiré son accord à une proposition du cardinal Ratzinger ), de se passer de l'autorisation de Rome pour sacrer 4 prêtres comme évêques de la fraternité St Pie X. Il choisit pour cela les abbés Fellay, de Galaretta, Tissier de Malleray et Williamson en juin 1988. Tout ceux qui participent à ce sacre sont excommuniés d'office (latae sentenciae, règle introduite par Pie XII pour éviter le sacre d'évêques chinois communistes), ce que la FSSPX contestera toujours, avec l'idée qu'il y avait un "état de nécessité" justifiant cette décision. C'est la raison pour laquelle jamais ils ne se sont considérés comme réellement hors de l'Eglise.

 

Néanmoins, une grande partie de celle-ci n'accepte pas ce geste, et décide donc de s'en aller. Et de jouir des nouvelles dispositions immédiatement proposées par le pape Jean-Paul II à la suite du sacre, dans son Motu Proprio "Ecclesia Dei Afflicta" où, en plus du statut canonique, du droit à la messe tridentine et aux sacrements pour les demandeurs, il demandait aux évêques nationaux une autorisation de célébrer le rite tridentin de manière "large et généreuse", disposition qui sera appliquée très modestement. On parlera donc ensuite des communautés Ecclesia Dei pour désigner les communautés vivant sous ce régime.

 

*   *

*

 

Ainsi naquit la fraternité St Pierre. Qui fut rejointe par l'abbaye du Barroux, citée plus haut, l'abbé Pozzetto, et avec lui, le pèlerinage de Chartres. Ce pèlerinage étant devenu une coutume, un autre pèlerinage fut créé par la FSSPX le même week-end que son frère jumeau, mais dans l'autre sens, entre Chartres et Paris.

 

Bien auparavant, des séminaristes en difficulté dans des séminaires diocésains s'étaient réunis pour discuter des possibilités de célébrer le rite tridentin, sans passer par la solution FSSPX. De ces discussions nait en 1990 l'Institut du Christ Roi Souverain Prêtre, dirigé par Mgr Wach, qui plante son séminaire en Toscane, à Gricigliano. La spiritualité y est d'inspiration salésienne. Leur fief français devient l'église de Port Marly qui avait été également occupée par ses paroissiens en 1986, et sera reconnu par le diocèse une dizaine d'années plus tard. La différence majeure de cet l'Institut avec la fraternité St Pierre est qu'ils acceptent, une fois par an, les concélébrations, ou dit autrement, d'entourer leur évêque lors de la messe chrismale du Jeudi Saint, concélébrations qui sont généralement refusées par les prêtres célébrant la messe tridentine.

 

Enfin, en 2005, profitant de l'élection de Benoit XVI, et de son herméneutique de la continuité (l'idée qu'il faut lire le concile Vatican II à la lumière de la Tradition, c'est à dire des enseignements accumulés de l'Eglise) les deux fortes têtes de la FSSPX, que sont les abbés Laguérie et Tanoüarn, la quittent pour fonder l'Institut du Bon Pasteur, dans le cadre des communautés Ecclesia Dei. A cette occasion, le Vatican accepte que ces communautés fassent une critique légitime et mesurée du concile. Ils s'installent à Bordeaux, dans l'église St Eloi, et à Paris, au Centre St Paul, et ils seront victimes du reportage des Infiltrés que j'ai déjà évoqué.

 

 

*   *

*

 

Entre-temps, la FSSPX avait posé des "exigences" au retour des négociations avec Rome, qui étaient la libéralisation du rite tridentin, et la levée des excommunications des 4 évêques. La première mesure est déclenchée par Benoit XVI le 7 juillet 2007, par le Motu Proprio "Summorum Pontificum Cura", et la seconde est accordée le 21 janvier 2009, au prix d'une polémique très importante pour le pape. Les discussions doctrinales entre les deux parties commencent alors, et aboutissent à un préambule que la FSSPX doit accepter pour "revenir" dans l'Eglise. Préambule qu'elle a pour le moment refusé. Maintenant que le rite tridentin est libéralisé, ce qui pose problème sont les nouveaux éléments avancés par le concile Vatican II qu'ont été l'oecuménisme, la liberté religieuse et la collégialité, et dont la FSSPX conteste la pertinence. En outre, se pose la question du statut canonique de la FSSPX, c'est à dire le régime juridique dont elle pourrait disposer une fois reconnue. Les évêques ne souhaitant pas particulièrement son intégration, le plus simple serait un statut dépendant uniquement du pape, comme une prélature personnelle, à la manière de l'Opus Dei. Voilà où nous en sommes aujourd'hui.

 

Ainsi nous retrouvons donc avec la carte du Tradiland que je dois à un ami de la FSSPX. La taille des caractères des noms est lié au nombre de vocations dans la communauté.

 

 

http://idata.over-blog.com/1/89/17/93//constellation.jpg

 

 

 

 

 

 

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Quelques précisions diverses:

 

Je passe sur les histoires de paroisses, de transfert de prêtres entre fraternités, ou même entre l'Eglise et les diverses communautés, il y en a pour tous les goûts et dans tous les sens. Toujours est-il qu'on peut signaler que la fraternité St Pierre, malgré sa fidélité au St Siège, n'a toujours pas de paroisse à Paris, que le Bon Pasteur y dispose d'un lieu qui ressemble à tout, sauf à une église. Les paroisses avec la messe en latin sont desservis par des curés diocésains à St Eugène - Ste Cécile ou Notre Dame du Lys, mais les communautés Ecclesia Dei n'y ont pas de lieu dédié. Enfin, la FSSPX est toujours présente à St Nicolas du Chardonnet.

 

Les sédévacantistes sont la branche la plus extrême des traditionnalistes. Cette option, qui a toujours été refusée par Mgr Lefebvre, représentent ceux qui considèrent que le siège de Rome est vide (vacance du siège) et que le pape d'après Vatican II ne peut être qu'un anti-pape. Un des leurs, héritiers des dominicains, le père de Blignières, qui avait été très vigoureux dans sa lutte contre Rome dans le cadre de sa fraternité St Vincent Ferrier, est revenu dans l'Eglise, et a renié ses errements passés. Mgr Williamson, représentant l'aile dure de la FSSPX, a parfois tendance à flirter avec cette tendance sulfureuse, lui causant de nombreux soucis en interne.

 

J'ai évité de parler des communautés proches mais non traditionnelles. Pour prendre deux exemples complètement opposés, la communauté St Martin ou la Contre-Réforme Catholique sont des satellites de cet univers, mais n'y ont pas leur place. La première s'est axée sur le respect de la liturgie dans le cadre du nouveau missel, notamment par l'utilisation du latin, le port de la soutane pour les prêtres mais n'a pas de lien direct avec le rite tridentin. Tandis que la deuxième n'est pas loin d'une secte dont le fondateur, l'abbé de Nantes, a toujours extrêmement violemment critiqué les autorités pontificales depuis le concile.

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28 janvier 2012 6 28 /01 /janvier /2012 18:51

Trois fois j'ai prié le Seigneur de l'éloigner de moi, et il m'a dit: Ma grâce te suffit, car ma puissance s'accomplit dans la faiblesse. Je me glorifierai donc bien plus volontiers de mes faiblesses, afin que la puissance de Christ repose sur moi.

C'est pourquoi je me plais dans les faiblesses, dans les outrages, dans les calamités, dans les persécutions, dans les détresses, pour Christ; car, quand je suis faible, c'est alors que je suis fort.

St Paul, 2 Corinthiens, XII - 9/10

 

 

 

En lançant la vidéo, vous pouvez choisir la langue des sous-titres. Via Solenn

 

EDIT : Et la deuxième vidéo, de la même intervenante :

 

 

 

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