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14 mai 2013 2 14 /05 /mai /2013 12:00

L'Annonciation est, dans l'Église, l'événement fondateur de l'Évangile. C'est le moment où Jesus-Christ est conçu dans le sein de la Vierge par l'Esprit Saint. L'Évangile racontant l'histoire du Christ, il est bien naturel que le début de son histoire soit celui de sa conception, et que l'Église accentue le message autour du Christ.

Cependant, il n'y a pas que le Christ, il y a aussi la Vierge pour qui cet événement est d'une importance capitale. Mais on ne se rend pas suffisamment compte à quel point, l'Église ne l'évoquant pour ainsi dire jamais. Ainsi, si je devais caricaturer l'enseignement de l'Église sur les jeunes années de la Vierge, ce serait de dire que la Vierge nait, elle est préservée du péché originel, présentée au Temple, et à l'adolescence, une fois avec Joseph, paf !, un ange apparait, grande joie, que votre volonté soit faite, et roulez jeunesse. Cette vision des choses, articulée autour du Christ, et non de la Vierge, est beaucoup trop courte et schématique. Courte et schématique parce que cette vision donne l'illusion que des très grandes joies peuvent arriver sans qu'elles aient fait l'objet d'une maturation, d'une progression, d'un tiraillement, d'un apprentissage, voire même, de douleurs extrêmes pour la personne concernée, ici la Vierge.

Or, plusieurs sources concordent pour dire qu'il est fort probable que la situation n'a pas été aussi simple qu'il n'y parait, que non, l'ange n'est pas apparu par hasard, que le processus a commencé bien avant. Ces sources sont la tradition orale et les visions de certains mystiques. Elles sont évidemment à appréhender avec le discernement qui convient (d'ailleurs, nul n'est obligé de croire ce qui suit) mais la concordance de ces éléments permet de comprendre le sens méconnu de l'Annonciation.

Vu sous ce nouvel angle, l'histoire est la suivante :

Une fois née, préservée de toute marque du péché originel, la Vierge fait très rapidement le souhait de se consacrer au Temple de Jérusalem pour être la plus proche possible de Dieu. Elle y rentre très tôt, alors qu'elle est encore enfant. Là, elle fait un vœu de virginité que Dieu, avec lequel elle dialogue en continu, reçoit et accepte. De plus, elle souhaite rester sa vie entière au Temple, consacrée à Dieu, mais ce souhait ne reçoit aucune confirmation quelconque de la part de Dieu, comme celui concernant la virginité. Malgré tout confiante, elle continue à prier. Mais quelques temps plus tard, à l'adolescence, coup de tonnerre, le grand-prêtre du Temple lui dit qu'elle doit partir, à l'encontre de tous ses désirs les plus chers, mais et c'est là une des clés de compréhension, en accord, semble-t-il, avec la tradition juive de l'époque. Elle, pleine d'humilité, mais la mort dans l'âme, accepte le sort qu'on lui réserve et obéit. C'est Joseph qui est désigné pour l'épouser. Une fois fiancée, la Vierge lui indique qu'ils ne peuvent pas se toucher, étant liée par son vœu de virginité à Dieu. Son mari accepte. Et quelques temps plus tard, l'Annonciation intervient, transcendant ses tourments. Elle est la mère du Sauveur, mais reste Vierge.

Ce qui est intéressant dans cette histoire est de constater que l'Annonciation, loin d'être un événement introductif pour la Vierge, est, en fait, une sorte de Pâques, une conclusion donnant un sens au maelström d'incompréhension et de douleurs vécues juste auparavant. Mais un sens complétement inattendu et à contrepied total de ce qu'elle pensait initialement. Et qui est, dans le même temps, une ouverture phénoménale sur l'avenir et l'espérance. Ce qui est généralement le signe que Dieu s'occupe de nous.

Si nous reprenons le fil, les incompréhensions sont importantes et conséquentes :

- elle voulait rester toute sa vie au Temple, cette espérance est réduite à néant. Elle est obligée de faire ce sacrifice par humilité, elle l'accepte. De lâcher prise sur ses désirs les plus intimes et de faire confiance à ce qu'on lui dit, malgré une volonté contraire. Formidable douleur.

- elle fait un vœu de virginité qui la met en porte-à-faux avec la situation maritale qui lui tombe dessus. Reste plus qu'à espérer que son mari acceptera cet état de fait, ce qui est, tout de même, peu probable.

- elle savait par vision que le Messie arrivait bientôt, et souhaitait être la servante de la Mère du Messie. Elle était tellement humble qu'elle n'avait pas compris que la Mère du Messie, c'était elle.

Sur tous ces points, la Vierge, malgré son humilité, et sa grande sagesse, ne cesse de se faire contrer par le réel. On a l'impression de voir le mot de Pascal en action à propos de Dieu parlant de l'homme: "S'il se vante je l'abaisse, s'il s'abaisse je le vante et le contredis toujours. Jusqu'à ce qu'il comprenne qu'il est un monstre incompréhensible". Remplacez le mot "vante" par "désire", et on y est.Botticelli, l'Annonciation. 1489

Tous ces éléments sont rapportés par la tradition orale, qui se concrétise notamment par les nombreux évangiles apocryphes traitant du sujet (Evangile de la Nativité de Marie, Proto Evangile de Jacques, Histoire de la nativité de Marie, entre autres). Les détails et les personnages changent, les circonstances ne sont pas toujours les mêmes, mais l'idée de fond demeure à chaque fois : Marie rentre au Temple, puis en sort. Ce que l'Eglise a validé par l'instauration de la fête de la Présentation au Temple de la Vierge, le 21 novembre, puis par la fête de l'Annonciation, le 25 mars.

Même chose chez les mystiques. Marie d'Agreda rapporte que le choc de l'annonce de son départ du Temple fut si violent qu'elle en serait morte si elle n'avait pas eu une grâce particulière divine pour la maintenir en vie à cet instant précis. Ce qui donne une autre mesure à la prophétie de Syméon "Un glaive te transpercera le cœur", lors de la Présentation du Christ au Temple. Marie a déjà frôlé la mort à la sortie du Temple, et là, on lui dit que c'est mineur par rapport à ce qui l'attend ensuite avec son Fils. Tu parles d'une veine. Anne-Catherine Emmerich, quelques siècles après la mystique espagnole, dit globalement la même chose.

En fait, le désir de Marie, vivre avec Dieu au Temple est complétement légitime, ce qui semble relativement cohérent avec le fait d'être préservée du péché originel. On pourrait dire que Dieu bénit cette envie en la laissant y entrer. Mais elle est irréaliste parce qu'il fallait un miracle pour que les juifs ne l'en fassent pas sortir. En effet, il semble que dans la tradition juive, les vierges consacrées au Temple ont un statut inférieur aux femmes mariées, et ont donc vocation à être épousées après un certain temps passé au Temple. Ainsi les évangiles apocryphes évoquent quelques noms de prétendants potentiels.

Last but not least, après l'Annonciation, la Vierge part rapidement rejoindre sa cousine Elisabeth qui l'accueille en reconnaissant qu'elle est enceinte. Ce passage est également très important. Pourquoi ? Parce qu'il garantit à la Vierge que la révélation qu'elle a reçue au moment de l'Annonciation est avérée et se traduit dans le réel. Et c'est une fois cette confirmation faite par une autre femme que le Magnificat, chant de louanges inspirée du cantique d'Anne, sort de la bouche de Marie. C'est un point important parce qu'il montre que l'on ne peut pas se satisfaire du spirituel uniquement, que le spirituel, pour être vrai, doit TOUJOURS être adjointe du matériel, de sa traduction concrète. C'est le rôle d'Elisabeth que de rassurer sa cousine avant même qu'elle n'ait ouvert la bouche.

On remarquera d'ailleurs que la Vierge vit les deux événements les plus difficiles dans les deux vocations principales. En tant que consacrée, elle est jetée hors du Temple, ne comprenant pas ce qui lui arrive. Sa vocation, du reste tout à fait légitime, est en quelque sorte, reniée. Première douleur. Et en tant que mère, elle voit son Fils unique mourir sous ses yeux. Deuxième douleur. Par deux fois, elle est secouée au plus intime de son être. Et pour couronner le tout, sous la Croix, son Fils la nomme Mère de l'univers. Chose à peine concevable pour un humain, induisant une responsabilité effrayante. D'où l'idée que la Vierge est l'être humain ayant le plus souffert sur cette terre après le Christ.

Le moins que l'on puisse dire est que si Dieu nous aime infiniment, il a tout de même une  manière tout à fait particulière de nous le montrer : le contre-pied. Tout l'enjeu étant de l'accepter, en sachant qu'il est voulu pour notre plus grand bien.

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5 mars 2013 2 05 /03 /mars /2013 22:06

Le 28 février, en même temps que le pape, Daniel Darc s'en allait. Pour rappel, c'est lui qui a écrit ce petit bijou :

 

 

Version live, et toujours un peu déjantée, comme souvent avec lui, ici.

Autre chanson notable "Je me souviens je me rappelle".  

 

 

"Je me souviens je me rappelle
… une croix trop lourde pour moi
Un bois qui pèse et m'écartèle
Pourtant comme j'aimais cette croix"

 

 

Ou encore :

 

 

"J'irai au paradis parce que c'est en enfer que j'ai passé ma vie."

 

Ciao Daniel.

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15 novembre 2012 4 15 /11 /novembre /2012 10:04

Il m'est arrivé, lors de conversations au ton provocant, d'affirmer que les catholiques étaient des homosexuels comme les autres. Par là, je n'entendais pas faire de commentaires sur la sexualité des uns ou des autres, mais attirer l'attention de mes contradicteurs sur le fait que les blessures de certaines personnes à désir homosexuel sont des blessures auxquelles chacun doit faire face, et en particulier, les catholiques. Il se trouve que, du fait de sa nature, la blessure homosexuelle est bien plus visible que les blessures des autres, qui, même si elles ne concernent pas les sentiments ou la vie en couple, nous rendent tous handicapés. La blessure homosexuelle n'est rien d'autre qu'un appel à ce que chacun explore sa propre faille, l'habite, en fasse le deuil et la dépasse. Les catholiques diraient vivre sa Passion, mourir sur la Croix, et ressusciter.

 

Ces réflexions me sont revenues à la lecture du texte chez Incarnare d'Audrey. Qui décrit comment une femme, au désir lesbien, est devenue hétérosexuelle, non pas en reniant son homosexualité, mais en y allant en profondeur, en l'explorant, en habitant son désir et en comprenant ce qu'il recouvre. Via le travail habituel de psychothérapie et de psychanalyse. Et plus profondément, je trouve ce texte passionnant non par ce qu'il dit sur l'homosexualité, mais par ce qu'il dit sur le désir, et la manière dont celui-ci construit ou défait nos vies.

 

Le billet commence par le début de sa vie sexuelle, la manière dont elle tombait amoureuse d'autres femmes, et l'instabilité qui en résultait. Pour qui a connu les affres de la passion, les "montagnes russes perpétuelles" dont parle Audrey sont très familières. La finalité de ce désir, c'est sa satisfaction, c'est à dire sa disparition, ne plus faire qu'un avec l'autre.

 

Mais  je sentais que quelque chose n'allait pas. Plus exactement, il y avait une frustration énorme: cette impossibilité de ne faire qu'une. Nous passions notre temps à tourner autour de cette impossibilité-là.

 

Le désir, ou la passion, provenant des couches les plus profondes de l'individu, est une tentative d'apaiser la soif d'amour et de présence dans une fusion idéalisée avec l'autre. Mais la fusion n'est pas possible, l'autre restant définitivement autre, même au sein de la sexualité la plus débridée, ou de la spiritualité la plus profonde. Et oui, au travers de cette blessure là, il y a un amour qui passe, il y a une profondeur, une richesse démentielle. L'amour névrosé, blessé, reste de l'amour. Mais de l'amour probablement pas assez fécond, et très insatisfaisant, parce que beaucoup trop axé sur l'imaginaire, et sur des blessures que personne, et surtout pas l'être aimé, ne sont capables de combler.

 

Elle dit à la fin, et cette phrase fait le titre du billet :

 

"C'est la nature du désir homo que de vouloir absolument que la réalité s'adapte à lui. On se ment ensemble."

 

Elle a tort sur ce passage, c'est pour ça que le titre me semble mal choisi. Ce n'est pas la nature du désir homo que de vouloir que la réalité s'adapte, mais la nature du désir tout court. On peut se mentir ensemble, entre hétérosexuels. La différence essentielle entre amour et désir, est que l'amour accepte le réel tel qu'il est, alors que le désir tente de le plier à sa convenance. Pris dans cette tornade inconsciente, l'individu peut chercher à adapter l'autre à cet imaginaire, à le faire rentrer dans ses failles, au lieu de l'accueillir tel qu'il est. La réification de l'autre, à son propre service, ce qu'on pourrait appeler l'idôlatrie chez les catholiques, n'est pas loin. D'où la tyrannie, la domination, et toutes les névroses associées qui nécessitent, pour en être libéré, d'aller au plus profond de cette blessure.

 

Qu’est-ce qui t’a paru insatisfaisant dans tes expériences avec des personnes du même sexe ? Que manquait-il ?

La grande question :) C'est ce qu'il y a de plus en plus difficile à saisir. La force des sentiments, elle est là et bien là. Le désir, il est là aussi. En fait il ne manque qu'une chose: l'incarnation dans l'altérité. Derrière cette formulation un peu pompeuse il y a une réalité très concrète: une insatisfation profonde qui se mue en une sorte de frénésie, de rage. (...) C'est la spécificité de ce désir qui bute dans sa cage étroite de la non-incarnation qui fait que la sexualité homo a quelque chose qui rejoint la recherche de "toujours plus de sensations fortes" que l'on trouve dans différentes formes de toxicomanie. Je sais que ce que je dis là risque de faire hurler, mais c'est la stricte vérité.

 

Là aussi, pas certain du tout que cet extrême apparaisse uniquement dans le désir homosexuel, il est tout à fait présent également chez les hétéros, et la frénésie de sexualité qui peut emporter certains. Ce qu'elle précise ensuite, les histoires compliquées étant toutes aussi présentes chez les hétérosexuels. Précisons que la passion peut avoir 50 explications possibles, c'est le rôle d'une psychothérapie correctement menée que de discerner le cocktail qui y a abouti. Sachant que le plus important n'est pas tant de savoir pourquoi on éprouve ce désir, de manière cérébrale, que de l'assimiler, de manière beaucoup plus affective.

 

Evidemment, ce désir a quelque chose de bon en ce qu'il oblige l'homme à bouger. Ce dernier prend conscience d'un manque, d'un vide qu'il lui faut combler. Mais le hic arrive vite, la passion une fois satisfaite, se rallume d'autant plus, et prend toujours plus d'ampleur. Jusqu'à tant qu'elle disparaisse définitivement, ce qui n'est pas possible, l'imaginaire étant insatiable. D'où une fuite en avant perpétuelle qui peut se traduire par une fuite dans la sexualité, la spiritualité, bref, tout ce qui permet à l'individu de ne pas faire face au réel et à son désir tonitruant. En ce sens, un désir un peu trop ardent n'est rien d'autre que le reflet d'un manque d'acceptation de soi-même.

 

Tout cela dépasse bien entendu le cadre de la "communauté" homosexuelle : tous ces comportements, on les retrouve également chez les hétéros qui ne s'aiment pas eux-mêmes. Accuser le monde ou la société de ses maux, c'est pas homo, c'est humain !

 

Beaucoup de monde a une grande difficulté à adopter une saine attitude envers soi-même. Et elle aurait pu rajouter dans la liste des accusations, Dieu, qui a le dos suffisamment large pour qu'on lui attribue, faussement, est-il utile de le préciser, tous les malheurs de cette planète.

 

 Le désir entre un homme et une femme qui s'aiment est très différent du désir entre deux personnes de même sexe qui s'aiment. C'est très paradoxal: un homme et une femme se savent différents et savent également que leur union ne les fera pas Un durablement, mais l'amour physique entre eux les statisfait en faisant grandir leur différence.

 

C'est vrai, si l'homme et la femme s'Aiment., si la relation est basé sur la Vérité, c'est à dire une conscience, plus ou moins importante des blessures de l'un et de l'autre, et donc des motivations respectives. En revanche, si la relation n'est pas fondée sur la vérité, elle risque d'être motivée par le désir, et devra passer au creuset du temps, des épreuves, pour se transformer en amour. Ce qui arrive de moins en moins souvent, la lassitude cassant tout auparavant. Par exemple, une relation fondée sur un complexe d'Oedipe où l'un et l'autre épouse quelqu'un ressemblant à son père ou à sa mère, n'est pas moins névrosée qu'une relation homosexuelle. La blessure est différente, mais l'altérité ne change rien au fait que les conjoints ne sont pas conscients des motivations profondes qui les animent, et qui risquent, évidemment, de ressortir à la première difficulté. Peut-être pourra-t-on dire que le désir hétérosexuel a une incarnation potentielle plus importante. Ce qui ne veut pas dire qu'il soit davantage incarné, il y a certainement des homos dont l'amour est plus incarné que certains hétéros.

 

Et enfin, elle termine:

 

C'est bien pour ça, d'ailleurs, que ces revendications trouvent un écho aujourd'hui, dans notre société: collectivement, nous avons tous du mal avec la réalité. Les militants LGBT ne sont que le symbole d'un monde où l'on rêve, grâce à la technologie, de se faire tout seul. C'est ce qui me gêne, chez beaucoup d'anti-mariage pour tous : certains se battent contre les homos, pas pour le bien commun. Le bien commun, ça supposerait par exemple que, en plus de ne pas autoriser de "mariage gay", on repense sérieusement la question du divorce, que l'IAD soit interdite. Parce que quand on autorise l'IAD chez les couples homme-femme, là aussi on trafique la filiation. Or, je n'ai pas entendu beaucoup de voix, sauf un peu à l'intérieur de l'Eglise, faire bloc contre cette disposition quand elle est passée. Il y a un gros risque aujourd'hui de faire des personnes homosexuelles des boucs émissaires à qui on refuserait des « aménagements du Réel » qu'on permet à d'autres. Ce n'est pas acceptable.

 

Effectivement, le mariage n'est pas tant attaqué par les homos, que par le divorce. Divorce qui est une des conséquences logiques du mariage de passion, ne parvenant pas à franchir l'étape supplémentaire de l'amour.

 

Pour finir, c'est en allant au plus profond de cette blessure, c'est ce que nous apprennent les mystiques, que l'on rencontre Dieu. Le meilleur résumé des Béatitudes est cette phrase d'Audiard, très juste : "Heureux les fêlés, car ils laisseront passer la lumière.". Et l'aboutissement du travail psychothérapeutique, la plongée dans l'amour est justement d'éprouver cette habitation, de nous laisser transpercer par la lumière divine, pour en inonder les autres. C'est en cela qu'on peut dire que notre blessure est notre plus grande richesse. "Heureuse blessure" aurait-dit St Augustin.

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7 juillet 2012 6 07 /07 /juillet /2012 14:35

 

Darkness, album "Old Ideas", 2012.

 

I caught the darkness

It was drinking from your cup

I caught the darkness

Drinking from your cup

I said, "Is this contagious?"

You said, "Just drink it up."

 

Leonard Cohen, définitivement indépassable. Pour mieux appréhender ce poéte-musicien, sa dimension mystique, cet article dit tout ou presque.

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4 juillet 2012 3 04 /07 /juillet /2012 11:10


A la suite d'une émission de Guy Corneau disponible sur son blog, François Rigal, que je lis régulièrement et dont je vous invite à lire le billet pour comprendre ce qui suit, avance certains arguments à l'encontre de la psychanalyse. Connaissant un peu le sujet, ce qui a occasionné la raréfaction de ma présence sur ce blog, je me permets de poser quelques objections à ses éléments. D'autant que j'ai lu certains des ouvrages de Corneau, que j'ai trouvé, pour ma part, excellents.

Elément important également, on constate régulièrement les ravages que peut procurer la psychanalyse mal pratiquée, ce qui est un drame. Il y a probablement autant d'incompétents que dans les autres professions, mais du fait de leur accessibilité à l'humain, et leur influence, la mauvaise pratique rejaillit vite sur le concept même de psychanalyse.

Par ailleurs, toutes les solutions sont chez le patient, le psy se contente juste de les faire sortir, apparaitre et leur donne une réalité pour les reproposer au patient. Ça marche ou ça ne marche pas, les idées peuvent parler ou ne pas parler au premier concerné. C'est donc un processus long, à tâtons, personnel, impliquant, qui ne peut être réduit à un groupe de parole d'une heure, comme le fait l'émission. Les idées doivent venir et revenir sans cesse jusqu'à tant que le patient les fasse véritablement siennes. En gros, faire passer les idées de la tête aux tripes.

Rigal fait la liste, dans son billet, de toutes les pistes autres que psychanalytiques qui pourraient expliquer un désordre de vie quelconque. J'en fais sommairement la liste ici, il m'excusera de réduire son propos à la plus simple expression, je vous renvoie à son billet pour de plus amples détails :
1) désordre physique
2) stratégie erronée
3) dérèglement ou maladie physiologique
4) hygiène de vie
5) habitude néfaste par rapport à la récompense
6) principe de Pavlov, historicité des habitudes
7) frustration par rapport à un désir
8) qualité de vie
9) reconnaissance
10) croyance en la psychanalyse

J'ai rapidement regroupé ces questions par thématiques, certaines se recoupant de manière évidente.

1) - 3)
Tout d'abord, un psychanalyste ne travaille pas seul. L'une des premières étapes du travail psychothérapeutique, c'est d'envoyer le patient chez un médecin dont le rôle est de détecter les pathologies, les carences, et maladies. Il est évident que le mal-être physique existe en-dehors de toute explication psychanalytique. C'est la grande bêtise de certains psys freudiens qui estiment, à l'encontre de toutes les évidences médicales, que les parents d'enfants autistes sont plus ou moins responsables inconsciemment de la pathologie de leurs enfants. Tout l'enjeu de la polémique du film le Mur. Mais il est évident également qu'une mauvaise santé psychique laisse le champ libre à des pathologies, à une mauvaise santé, cette fois physique. Et qu'il y a des gens plus ou moins enjoués que d'autres, plus ou moins sympathiques ou accessibles. On peut rééquilibrer à coups de médicaments ou de produits divers et variés, mais ne doit-on pas d'abord vérifier que les tempéraments soient à peu près équilibrés ?

Le psy envisage donc bien l'option physiologique, c'est juste qu'elle n'est pas incluse dans la vidéo de Corneau, mais fait plutôt partie des prérequis avant que la thérapie ne commence réellement. Ce n'est tout simplement pas son travail.

4) - 8)
Qualité de vie et hygiène de vie. A mon sens, une qualité et une hygiène de vie perfectibles sont des conséquences du mal-être intérieur, plutôt qu'un véritable choix. Ainsi, certains patients n'éprouvent le besoin de ranger leur appartement, ou leur chambre, que lorsqu'ils n'ont plus de question importante en suspens dans la tête, et donc, qu'ils peuvent s'occuper des choses "accessoires" que sont le rangement ou la qualité de vie. L'ordre qui règne dans leur appartement est donc tout simplement le reflet de l'ordre de leurs idées. Et il est certain que c'est différent chez tout le monde, avec plus ou moins de nuances. Certaines personnes vivent l'exemple opposé, dés qu'elles ont quelque chose en tête d'assez violent, il faut absolument que tout soit rangé impeccablement, parce qu'elles ont besoin de se rassurer dans la tourmente, de s'accrocher à des choses structurées, claires et limpides, dans leur environnement proche, alors que leur psyché traverse des tourments lourds. L'important est donc d'être lucide sur les raisons qui poussent à tel ou tel comportement. Améliorer la qualité de vie pour l'améliorer est certes intéressant, et peut donner des résultats probants, mais ce n'est généralement pas cela qui est le problème le plus important du patient. Ce n'est que le symptôme de quelque chose de plus profond.

2) - 5) - 6)
La stratégie erronée. Mais pourquoi est-elle erronée alors que le patient pensait justement choisir la bonne puisque c'est celle qu'il a optée ? C'est justement à cette question que répond la psychanalyse en cherchant les raisons sous-jacentes qui l'ont fait choisir telle stratégie plutôt que telle autre. Vérifier également le rapport du patient avec la réalité pour confirmer qu'il ait bien les pieds sur terre et ne se crée pas un imaginaire complétement déconnecté. Remonter dans le processus de décision. Pour une analyse approfondie des affects qui l'ont motivé.  Ce qui rejoint le principe de Pavlov, il faut déminer les raisons qui ont entrainé l'individu dans cette répétition d'actes qui n'a plus de raison d'être et qui entraine à l'échec. Tirer les leçons du vécu pour construire un nouvel avenir.

7)
Les frustrations, justement ce que fait un psy toute la journée. A quoi correspond-elle ? Quel est le besoin non satisfait exprimé par cette frustration ? Là encore, il faut explorer la raison de la frustration qui n'est pas forcément évidente. Généralement, à la base de toute problématique, il y a un manque d'estime de soi-même, le travail consistant donc à cerner comment ce manque se caractérise et se traduit. Par exemple, Rigal critique la croyance que le passé expliquerait tout. Il me semble que c'est erroné, on peut être frustré de voir un désir, tout à fait naturel, non réalisé. Désir naturel pas forcément lié au passé. On compense quelque part parce qu'on échoue ailleurs sur un projet quelconque. On boit de l'alcool parce qu'on est arrivé second, dernier, que sais-je, à une course à laquelle on tenait. Ce n'est pas un drame, nul besoin de remonter aux parents, c'est juste une compensation par rapport à un événement donné. Encore faut-il que le patient soit lucide sur ces points. Mais il est probable que pour un simple événement, il n'y aura pas d'habitude compulsive enclenchée, là encore, la névrose n'est que le symptôme de quelque chose de plus profond.

9)

La chose qu'on développe le plus en psychanalyse, c'est finalement déminer et retirer toutes les blessures intérieures qui minent notre compréhension de nous-mêmes. Pour développer une juste estime de soi-même. Non pas une estime égocentrique ou déséquilibrée, mais tout simplement la reconnaissance de la merveille qu'est chaque individu. Et une fois que cette estime de soi-même est acquise, par rééquilibrage interne, l'individu a nettement moins besoin de la reconnaissance sociale (ou il peut chercher à en avoir plus, s'il est complétement introverti à la base, là encore, tout dépend des cas). Ayant moins besoin de se tourner vers les autres pour se prouver qu'il vaut la peine d'être aimé/admiré, il est tout simplement plus naturel à l'endroit où il est, et diminue de facto son comportement déséquilibré. A charge pour lui si besoin est de changer d'environnement, de métier, en fonction uniquement de ses aspirations profondes.

 

10)

Il est fort possible que la psychanalyse ne fonctionne pas pour tout le monde, je n'ai pas d'idées sur la question hors celle que toute généralisation est souvent absurde. Pour autant, non, l'histoire des personnes n'est pas la "cause" de leur déviance. L'aboutissement du travail en psychanalyse est de dépasser le vécu, les douleurs personnelles en tout genre, pour en tirer la leçon à l'avenir. C'est un vrai travail d'exploitation des richesses que le plus humble ou le plus déprimé des individus porte en lui. Qu'il y ait des moments où il faut arrêter de se regarder narcissiquement, c'est absolument évident, mais de la même manière, il est évident qu'il y a des moments où il faut arrêter le flux de l'action, de la vie, se poser un peu pour tirer les leçons de ce qu'on a vécu, histoire de pouvoir mieux s'orienter. Au fait, suis-je vraiment certain d'être à ma place ? Dans notre société, la connaissance sous toutes ses formes, l'expertise, est mise en valeur, mais la connaissance de soi est singulièrement négligée (reconnaissons que c'est tout de même de moins en moins le cas).

 

 

Au fond, les souffrances psychologiques, et les différentes addictions ne sont que des formes de crispations particulières, qu'il s'agit de débloquer une à une, en remontant à la source. Dans le but de laisser place à quelque chose d'autre, de plus sain, de plus vivant. En ce sens, la crispation est terriblement humaine, mais le lâcher-prise est tout simplement divin. Et c'est dans le lâcher prise que se situe la détente et la solution. Comme le disait Ambroise Paré, mais c'est vrai également en psychanalyse : "Le médecin soigne, mais c'est Dieu qui guérit".

Trés schématiquement, la psychanalyse, notamment freudienne, considère qu'on peut tout expliquer par l'histoire individuelle, mais les thérapies jungiennes (du nom de Carl Jung, meilleur élève de Freud) ne partagent pas tout à fait ce point de vue. Ce serait un enfermement réducteur de chaque être humain. La nuance est d'importance. L'histoire n'explique pas tout, il y a aussi le désir de l'individu, sa volonté de construire. Ce n'est pas parce qu'un désir s'explique très correctement, et très rationnellement (par le passé, les blessures familiales), qu'il n'y a pas un désir juste, et qui corresponde profondément à l'individu. L'homme, c'est ce que nous apprend le catholicisme, et les grandes spiritualités, est plus grand que l'homme. L'homme est habité d'un désir plus grand que lui-même. La psychanalyse jungienne se contente juste de dégager ce désir pour le verbaliser, pour mettre l'individu dans l'axe de ce désir, et lui donner les moyens de le mettre en oeuvre. C'est un désir en quelque sorte divin, ou peut-être pourrait-on dire, "vocationnel" : ce pour quoi l'individu est fait. Bien entendu, il faut se méfier de l'idée de vocation dans le sens où personne ne peut s'approprier une mission qui n'est jamais que donnée, mais il est clair également qu'il y a des choses qui collent naturellement mieux à l'individu que d'autres.

 

En d'autres termes, faire en sorte que chaque individu soit à sa place, c'est tout simplement l'objectif de la psychanalyse jungienne.

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16 février 2012 4 16 /02 /février /2012 09:32

 

Alors que les échanges semblent s'interrompre entre Rome et la Fraternité Sacerdotale St Pie X (FSSPX), il n'est pas inintéressant de se pencher quelque peu sur la genèse de ce mouvement, pour mieux comprendre les rôles et responsabilités de chacun. L'objet de ce billet n'est pas de se prononcer sur le fait de savoir si les uns ou les autres avaient raison,  mais de rappeler quels furent les acteurs de ces controverses.

 

 

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Au commencement était Mgr Lefebvre (1905 - 1991). http://www.fsspx.org/en/wp-content/uploads/2009/11/Mgr-Lefebvre-Clovis1.jpgOrdonné en 1929, consacré évêque en 1947, Mgr Marcel Lefebvre fut un spiritain, qui donna une grande partie de sa vie à l'Afrique, et plus spécialement à Dakar où il exerça son épiscopat, et y devint archevêque. Il revint en France en 1962, pour y être nommé évêque de Tulle, charge qu'il décline quelques mois plus tard lorsqu'il fut nommé supérieur général des spiritains. Il participa au concile Vatican II dans la frange la plus conservatrice, et la plus traditionnaliste qu'il rejoint à cette époque. C'est en 1969 que les choses se tendirent avec la publication du nouveau missel romain (nouvel ordo missae, la nouvelle messe), qu'il critiqua ouvertement. En 1970, il crée la FSSPX à Ecône, en Suisse, par la fondation d'un séminaire.

 

Au même moment, un moine, Gérard Calvet, crée un monastère à Ste Madeleine du Barroux, dans la tradition bénédictine, avec les deux piliers que sont la messe tridentine et le grégorien. Dom Gérard et Mgr Lefebvre se connaissent et s'apprécient mutuellement. Ils se fréquenteront régulièrement, au point que Dom Gérard et sa communauté seront officiellement exclus de l'ordre bénédictin, au moment où Mgr Lefebvre est déclaré suspens a divinis (c'est à dire officiellement interdit par Rome de distribuer les sacrements), en juillet 1976.

 

La situation avait dérapé quelques mois auparavant. En mai 1976, le pape Paul VI dans un discours au consistoire, tance Mgr Lefebvre. Mais il ajoute quelques éléments qui aggravent la situation, à propos du rite tridentin :

 

C'est au nom de la Tradition que nous demandons à tous nos fils, à toutes les communautés catholiques, de célébrer, dans la dignité et la ferveur, la liturgie rénovée. L'adoption du nouvel Ordo Missae n'est pas du tout laissée au libre arbitre des prêtres ou des fidèles. L'instruction du 14 juin 1971 a prévu la célébration de la messe selon l'ancien rite, avec l'autorisation de l'Ordinaire, uniquement pour des prêtres âgés ou malades, qui offrent le sacrifice divin sine populo (5). Le nouvel Ordo a été promulgué pour être substitué à l'ancien, après une mûre réflexion, et à la suite des instances du Concile Vatican II. Ce n'est pas autrement que notre saint prédécesseur Pie V avait rendu obligatoire le missel réformé sous son autorité, à la suite du Concile de Trente.

 

Si l'on peut comprendre la volonté de Paul VI de vouloir faire place au nouveau missel, sa volonté de le substituer à l'ancien de manière définitive choque les traditionnalistes. Le pape St Pie V, à la suite du concile de Trente, n'avait pas substitué de rite à un autre, il avait plutôt marqué dans le marbre le rite le plus commun, et reconnu comme saint depuis de longs siècles. En ce sens, la brutalité de cette décision ne passe pas, les noms d'oiseaux et les polémiques pleuvent de part et d'autre. La mise en oeuvre de cette décision est assez violente, et fait beaucoup de dégâts, la messe devenant en certains endroits du grand n'importe quoi. Les conservateurs ne comprennent pas que l'on puisse revenir de cette manière sur quelque chose d'aussi important que la liturgie, que les papes et la tradition avaient reconnu comme sainte. D'autant que beaucoup de catholiques, ballotés dans la crise, avaient perdu la foi dans ces années, mais la retrouvent ensuite grâce à Mgr Lefebvre. Ce qui explique la violence de certains de leurs réactions, toujours valables aujourd'hui.

 

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En 1977, après neuf tentatives infructueuses auprès de l'évêque de Paris pour disposer d'un lieu de culte dans la capitale, les fidèles traditionnalistes (rappelons alors que le tradiland de l'époque se limite à la FSSPX) choisissent "d'occuper" une église. C'est St Nicolas du Chardonnet qui est choisi. Mgr Ducaud-Bourget en est le curé jusqu'en 1984. Qui est remplacé à son décès par un tout jeune prêtre, l'abbé Laguérie. En 1989, celui-ci se fait remarquer par ses charges tonitruantes contre l'anniversaire de la Révolution Française. L'évêque de Paris n'a jamais fait exécuter la décision de justice qui ordonnait l'expulsion de la fraternité de cette église.

 

En mai 1982, répondant à l'appel de Jean-Paul II (en juin 1980, le pape lance à Longchamp : "France, fille aînée de l'Eglise, qu'as-tu fait de ton baptême ?" ), trois hommes du Centre Charlier lancent l'idée d'un pèlerinage sur les pas de Charles Péguy, entre Paris et Chartres. L'abbé Pozzetto, en demeure l'aumônier pendant vint-cinq ans. 

 

En parallèle, depuis 1979, Mgr Lefebvre avait initié les premiers contacts auprès de Rome pour lui trouver un successeur, à la tête de la FSSPX (un évêque est indispensable pour ordonner les prêtres, donc pour la survie de la communauté). Les négociations se rompent brutalement en 1986 avec les journées d'Assise. Mgr Lefebvre est révolté par ce rassemblement qu'il perçoit comme du relativisme, et du nivellement par le bas de toutes les religions. Il condamne cette rencontre. Et cela le convainc, à tort ou à raison, qu'il ne peut rien obtenir d'un Vatican organisant de telles manifestations, qu'il estime contraires à la Tradition. Mgr Lefebvre sentant sa fin approcher, décide, après d'ultimes tractations (durant lesquelles il avait donné, puis retiré son accord à une proposition du cardinal Ratzinger ), de se passer de l'autorisation de Rome pour sacrer 4 prêtres comme évêques de la fraternité St Pie X. Il choisit pour cela les abbés Fellay, de Galaretta, Tissier de Malleray et Williamson en juin 1988. Tout ceux qui participent à ce sacre sont excommuniés d'office (latae sentenciae, règle introduite par Pie XII pour éviter le sacre d'évêques chinois communistes), ce que la FSSPX contestera toujours, avec l'idée qu'il y avait un "état de nécessité" justifiant cette décision. C'est la raison pour laquelle jamais ils ne se sont considérés comme réellement hors de l'Eglise.

 

Néanmoins, une grande partie de celle-ci n'accepte pas ce geste, et décide donc de s'en aller. Et de jouir des nouvelles dispositions immédiatement proposées par le pape Jean-Paul II à la suite du sacre, dans son Motu Proprio "Ecclesia Dei Afflicta" où, en plus du statut canonique, du droit à la messe tridentine et aux sacrements pour les demandeurs, il demandait aux évêques nationaux une autorisation de célébrer le rite tridentin de manière "large et généreuse", disposition qui sera appliquée très modestement. On parlera donc ensuite des communautés Ecclesia Dei pour désigner les communautés vivant sous ce régime.

 

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Ainsi naquit la fraternité St Pierre. Qui fut rejointe par l'abbaye du Barroux, citée plus haut, l'abbé Pozzetto, et avec lui, le pèlerinage de Chartres. Ce pèlerinage étant devenu une coutume, un autre pèlerinage fut créé par la FSSPX le même week-end que son frère jumeau, mais dans l'autre sens, entre Chartres et Paris.

 

Bien auparavant, des séminaristes en difficulté dans des séminaires diocésains s'étaient réunis pour discuter des possibilités de célébrer le rite tridentin, sans passer par la solution FSSPX. De ces discussions nait en 1990 l'Institut du Christ Roi Souverain Prêtre, dirigé par Mgr Wach, qui plante son séminaire en Toscane, à Gricigliano. La spiritualité y est d'inspiration salésienne. Leur fief français devient l'église de Port Marly qui avait été également occupée par ses paroissiens en 1986, et sera reconnu par le diocèse une dizaine d'années plus tard. La différence majeure de cet l'Institut avec la fraternité St Pierre est qu'ils acceptent, une fois par an, les concélébrations, ou dit autrement, d'entourer leur évêque lors de la messe chrismale du Jeudi Saint, concélébrations qui sont généralement refusées par les prêtres célébrant la messe tridentine.

 

Enfin, en 2005, profitant de l'élection de Benoit XVI, et de son herméneutique de la continuité (l'idée qu'il faut lire le concile Vatican II à la lumière de la Tradition, c'est à dire des enseignements accumulés de l'Eglise) les deux fortes têtes de la FSSPX, que sont les abbés Laguérie et Tanoüarn, la quittent pour fonder l'Institut du Bon Pasteur, dans le cadre des communautés Ecclesia Dei. A cette occasion, le Vatican accepte que ces communautés fassent une critique légitime et mesurée du concile. Ils s'installent à Bordeaux, dans l'église St Eloi, et à Paris, au Centre St Paul, et ils seront victimes du reportage des Infiltrés que j'ai déjà évoqué.

 

 

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Entre-temps, la FSSPX avait posé des "exigences" au retour des négociations avec Rome, qui étaient la libéralisation du rite tridentin, et la levée des excommunications des 4 évêques. La première mesure est déclenchée par Benoit XVI le 7 juillet 2007, par le Motu Proprio "Summorum Pontificum Cura", et la seconde est accordée le 21 janvier 2009, au prix d'une polémique très importante pour le pape. Les discussions doctrinales entre les deux parties commencent alors, et aboutissent à un préambule que la FSSPX doit accepter pour "revenir" dans l'Eglise. Préambule qu'elle a pour le moment refusé. Maintenant que le rite tridentin est libéralisé, ce qui pose problème sont les nouveaux éléments avancés par le concile Vatican II qu'ont été l'oecuménisme, la liberté religieuse et la collégialité, et dont la FSSPX conteste la pertinence. En outre, se pose la question du statut canonique de la FSSPX, c'est à dire le régime juridique dont elle pourrait disposer une fois reconnue. Les évêques ne souhaitant pas particulièrement son intégration, le plus simple serait un statut dépendant uniquement du pape, comme une prélature personnelle, à la manière de l'Opus Dei. Voilà où nous en sommes aujourd'hui.

 

Ainsi nous retrouvons donc avec la carte du Tradiland que je dois à un ami de la FSSPX. La taille des caractères des noms est lié au nombre de vocations dans la communauté.

 

 

http://idata.over-blog.com/1/89/17/93//constellation.jpg

 

 

 

 

 

 

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Quelques précisions diverses:

 

Je passe sur les histoires de paroisses, de transfert de prêtres entre fraternités, ou même entre l'Eglise et les diverses communautés, il y en a pour tous les goûts et dans tous les sens. Toujours est-il qu'on peut signaler que la fraternité St Pierre, malgré sa fidélité au St Siège, n'a toujours pas de paroisse à Paris, que le Bon Pasteur y dispose d'un lieu qui ressemble à tout, sauf à une église. Les paroisses avec la messe en latin sont desservis par des curés diocésains à St Eugène - Ste Cécile ou Notre Dame du Lys, mais les communautés Ecclesia Dei n'y ont pas de lieu dédié. Enfin, la FSSPX est toujours présente à St Nicolas du Chardonnet.

 

Les sédévacantistes sont la branche la plus extrême des traditionnalistes. Cette option, qui a toujours été refusée par Mgr Lefebvre, représentent ceux qui considèrent que le siège de Rome est vide (vacance du siège) et que le pape d'après Vatican II ne peut être qu'un anti-pape. Un des leurs, héritiers des dominicains, le père de Blignières, qui avait été très vigoureux dans sa lutte contre Rome dans le cadre de sa fraternité St Vincent Ferrier, est revenu dans l'Eglise, et a renié ses errements passés. Mgr Williamson, représentant l'aile dure de la FSSPX, a parfois tendance à flirter avec cette tendance sulfureuse, lui causant de nombreux soucis en interne.

 

J'ai évité de parler des communautés proches mais non traditionnelles. Pour prendre deux exemples complètement opposés, la communauté St Martin ou la Contre-Réforme Catholique sont des satellites de cet univers, mais n'y ont pas leur place. La première s'est axée sur le respect de la liturgie dans le cadre du nouveau missel, notamment par l'utilisation du latin, le port de la soutane pour les prêtres mais n'a pas de lien direct avec le rite tridentin. Tandis que la deuxième n'est pas loin d'une secte dont le fondateur, l'abbé de Nantes, a toujours extrêmement violemment critiqué les autorités pontificales depuis le concile.

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28 janvier 2012 6 28 /01 /janvier /2012 18:51

Trois fois j'ai prié le Seigneur de l'éloigner de moi, et il m'a dit: Ma grâce te suffit, car ma puissance s'accomplit dans la faiblesse. Je me glorifierai donc bien plus volontiers de mes faiblesses, afin que la puissance de Christ repose sur moi.

C'est pourquoi je me plais dans les faiblesses, dans les outrages, dans les calamités, dans les persécutions, dans les détresses, pour Christ; car, quand je suis faible, c'est alors que je suis fort.

St Paul, 2 Corinthiens, XII - 9/10

 

 

 

En lançant la vidéo, vous pouvez choisir la langue des sous-titres. Via Solenn

 

EDIT : Et la deuxième vidéo, de la même intervenante :

 

 

 

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28 décembre 2011 3 28 /12 /décembre /2011 11:39

Dans l'exposition Sempé à Paris, le dessinateur tient ce propos, dont une partie légendaire, qu'il attribue à Duke Ellington : "Le jazz est à la musique classique ce que le dessin d'humour est à la peinture. Pour moi ça a toujours été proche, c'est à dire que le dessin d'humour ce n'est pas grand-chose. Comme dans le jazz, l'art, c'est de suggérer, c'est le contraire de notre époque qui enfle tout. Le dessin d'humour, comme le jazz, c'est l'humilité."

 

Et ça se comprend, osons le dire, surtout sur le plan catholique. La culture classique picturale, très intellectuelle, pour géniale qu'elle puisse être, est un sommet de la civilisation, mais nécessite un apprentissage, une éducation, une recherche intellectuelle approndie, peu accessible à tous. Sempé nous dit que tout cela est bel et bon, mais que l'essentiel n'est pas là. L'essentiel est dans l'homme, ses désirs inassouvis, ses contradictions, ses incohérences, dans ce qui lui insuffle cette vie trépidante, jamais satisfaite, et toujours en recherche.

http://cdn.comicartfans.com/Images/Category_11869/subcat_22858/SempeCorde.jpg

Or cette vie n'est jamais si bien montrée que dans les petits cartoons, les dessins d'humour que Sempé affectionne, dont il s'est fait le spécialiste. Ses dessins sont doux, attentionnés, délicats, un rappel que la vie n'existe que si elle est contemplée dans les petites choses qui nous entourent, et nous renvoient au principe central.

 

Dieu, en somme.

 

Cette petite fille jouant à la corde à sauter sur un toit d'immeuble, perdu parmi tant d'autres, renvoie une fraicheur nouvelle. On se demande si l'on a déjà regardé des enfants jouer. Si on a déjà regardé profondément et en vérité l'insouciance. Il a bien raison de souligner que ces dessins sont l'antidote d'une société enflée, pour ne pas dire boursouflée, de richesses, de tentations, de suffisance.

 

Tout cela est sans prétention, il le dit lui-même. "C'est généralement lorsqu'on cherche à être intelligent qu'on dit des choses stupides." Mais être sans prétention, ne pas chercher à être intelligent ou adroit est la plus grande des prétentions, justement. Rien de plus humble, donc de plus grand, que de chercher à donner à contempler, que d'être là, sans rien demander, de proposer et de laisser faire le lecteur.

 

Certains qualifients ces dessins d'ironique. Je ne trouve pas. Parce que dans l'ironie se glisse un peu de désespoir, un tout petit de cynisme, ce que Sempé ne pratique jamais. Il est tout sauf desespéré ou cynique. Mieux, ses dessins qui suggèrent cela font partie de ses dessins ratés, dit-il lui-même, tant l'affection que l'on doit éprouver pour ses personnages est primordial. Ils sont fiers, orgueilleux, râleurs, intempestifs, bourrés de défauts, et généralement plongés dans un univers qui les dépasse, dont ils ont peine à garder le contrôle mais, malgré tout cela, on ne peut s'empêcher de les aimer, parce que l'on sait très bien que c'est de nous-mêmes dont il s'agit. Même ses révolutions ont l'air inoffensives. Les conflits ne sont brossés que dans ce qu'ils ont de plus ridicules. Un peu comme nos péchés, pourrait-on rappeler, dont nous nous sentirons certainement moins coupables que ridicules à l'heure du jugement, comme le rappellent les grands maitres spirituels. http://lorgnonmelancolique.blog.lemonde.fr/files/2010/11/sempecouple.1289929103.jpgNous rendant compte de l'inanité de ceux-ci dans le grand projet divin, nous ne pouvons qu'être en proie à la désagréable sensation d'avoir été un peu imbéciles. Comme des personnages de Sempé, qui verraient leur propre mise en situation par le dessinateur.

 

Il a donc quelque chose du regard divin, plein de délicatesse, s'amusant paternellement de chacune de nos bêtises ou de nos prétentions, saisissant le ridicule de la situation avec bienveillance. Voyant tout ce que l'individu a apprendre à la suite, et lui tendant la main. Lorsqu'on lit M. Lambert, on se prend à penser que Clothaire, Aignan, Alceste sont devenus adultes mais n'ont pas changé, ils sont toujours aussi enfants. Ce que nous sommes tous au fond, notre tragédie étant qu'on l'oublie, comme le rappelle la conclusion de la boutique de l'Orfèvre, la pièce écrite par Jean-Paul II : "Le drame, c'est que nous ne soyons pas assez enfants."

 

Sempé souscrirait sans peine à cette conclusion, lui qui a intitulé un de ses albums "Enfance" et qui ajoute " il m’est arrivé de devenir, par moments, raisonnable mais jamais adulte".

 

On a dit et répété récemment que les catholiques devaient produire du spectacle ou des réponses construites, face à certaines pièces de théâtre blasphématoires. Et bien, il n'y a rien de plus catholique que ces dessins de Sempé. Exposé et financé par la mairie de Paris.

 

"Un peu de Paris et d'ailleurs".  Entrée gratuite. Jusqu'au 12 février Prolongé jusqu'au 31 mars, venir de préférence tôt le matin. Pour de plus amples explications, on regardera ce petit documentaire Empreintes.


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25 décembre 2011 7 25 /12 /décembre /2011 00:00

 

Et je vous souhaite également, avec un peu d'avance, une excellente année 2012.

 

Edit : Les amateurs de musique baroque ont une petite semaine pour visionner cet excellent concert (un mois pour le réécouter sur France Musique ce concert ou le revoir ici) du 10e anniversaire des choeurs d'Astrée.

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4 décembre 2011 7 04 /12 /décembre /2011 13:05

Le site des Conférences de Samarie, de la communauté St Jean, a fait peau neuve. Maintenant, il est possible de regarder en streaming toutes les conférences du père Rouvillois que vous pouvez choisir dans la partie droite de la vidéo, en cliquant sur la flèche. Vous retrouverez toujours cet alliage très séduisant entre spiritualité, psychologie et exégèse. Il me semble qu'on a tous quelque chose à y apprendre, elles sont indispensables.

 

Un exemple avec cette conférence sur la culpabilité, de 2003. Et on pourra écouter avec profit les conférences sur la paternité, le rôle de la femme dans l'Eglise, Israël avec le rabbin Korsia, l'exigence d'être chrétien, et bien d'autres. 

 

Des conférences de haut niveau, que vous pouvez également télécharger pour les voir sans Internet.

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