Publié le 2 Mai 2016

Rédigé par Polydamas

Publié le 8 Décembre 2015

Mon cher Samuel,
 
Tu es le fondateur de l'association Coexister, une organisation cherchant à mêler des jeunes de différentes religions dans de nombreuses actions. Très louable initiative, mais ta tribune sur les musulmans de France qui n'auraient pas besoin de se désolidariser des terroristes de Daesh me pose problème.
En effet, la générosité, qui te caractérise, cache mal une toute puissance idéaliste qui fait fi de toute logique réaliste et pragmatique. Tu proposes dix arguments pour lesquels cette demande de désolidarisation des musulmans n'aurait aucun sens. J'ai repris cette structure pour te proposer quelques réponses.
 
1) En effet, on ne demande de se désolidariser que lorsqu’il y a une ambiguïté ou une solidarité naturelle.
En terre non musulmane (et la France, n'étant pas une terre d'islam, en est une, merci Marion ! ) n'y a-t-il pas une solidarité naturelle entre gens partageant une même religion ? Je sais bien que la civilisation née de l'islam est belle, multiple, diverse, mais elle est également tourmentée et traversée de courants très destructeurs. Que la guerre entre les communautés chiites et sunnites fait rage. Mais comment veux-tu, en France, que des gens ne partageant pas cette civilisation fassent les distinctions appropriées, alors que les représentants de cette même culture s'appellent "frères", ou "cousins" entre eux, que tout leur inconscient, pratiques (hallal) et habitudes présupposent une communauté, la oummah ? Si la solidarité est supposée naturelle chez les sunnites eux-mêmes (largement majoritaires en France), comment veux-tu qu'elle ne soit pas supposée par quelqu'un d'extérieur ? Alors que l'islam, comme toute religion, a pour fonction de rapprocher les croyants en un même dieu ?
 
L’injonction répétée donne à croire ou à penser que l’islam aurait d’une façon ou d’une autre provoquée ou cautionnée le phénomène barbare qui s’incarne dans l’auto-proclamé « Califat ».
N'est-ce pas le cas ? Le califat est peut-être autoproclamé, reste qu'il répond à un désir fort des sunnites les plus extrémistes, qui est leur manière de réagir à la chute de l'empire ottoman, dont les sunnites modérés sont les héritiers spirituels. Nul besoin que je te rappelle la conférence de Frère Adrien que tu as certainement lue.
 
2) Les musulmans ne sont pas crédibles auprès des jeunes radicalisés
Oui, c'est vrai, mais les jeunes radicalisés sont aussi musulmans que les modérés. Personne, chez les musulmans, ne peut dire qu'ils ne sont pas musulmans. En revanche, les musulmans peuvent dire : "Ce n'est pas l'islam tel que je le pratique". Et là, je te suivrai. Mais dire "Daesh, ce n'est pas l'islam", c'est faux. Al Baghdadi, le chef de Daesh, a un doctorat en sciences islamiques, d'autres imams et autorités l'ont déjà contesté, mais personne ne peut lui retirer qu'il interprète le Coran. A sa sauce, peut-être, mais rien ne le lui interdit. Et c'est ça qui pose problème, et qui devrait changer, grâce à une institution sunnite ayant autorité.
 
L’une des raisons pour laquelle le terrorisme Daeshien touche davantage les pays musulmans que l’Occident et que les premières cibles et victimes en sont les musulmans eux-mêmes.
C'est malheureusement faux, Samuel. Tu te caches derrière la mention "musulman" pour éviter de voir que c'est la très violente hostilité sunnisme/chiisme et la politique qui tue au Moyen Orient. En Arabie Saoudite, sunnite wahhabite, ce sont les mosquées chiites qui ont été touchées par des attentats, ce sont des chiites qui sont condamnés à mort, pas des sunnites. Ailleurs, en Syrie, ce sont les laïcs militaires ou policiers, certes sunnites, mais au service du régime honni qui tombent sous les balles de Daesh. Pas des foules anonymes de sunnites modérés.
 
Hors du Moyen Orient, les djihadistes, sunnites extrémistes, ne tuent que très peu de sunnites. Mieux, ils tentent de les préserver dans leur opérations comme en témoignent les opérations en France, au Mali, à Sousse. Les derniers attentats en Tunisie visaient des militaires, pas des civils, au Bardo, ce sont des occidentaux qui étaient visés. En France, les attentats n'ont jamais touché de mosquées directement, les seuls musulmans morts étaient soit au service de l'Etat, comme Ahmed Merabet ou Imad Ibn Ziaten, soit indistincts dans les foules victimes. En effet, les extrémistes cherchent à convertir les sunnites modérés, ou au moins à les convaincre de la justesse de leur cause. Donc, parler des musulmans comme des premières victimes des djihadistes est mensonger pour le moins, camouflant les problématique locales. Les sunnites modérés ne sont pas solidaires des djihadistes, mais les djihadistes sont bien solidaires des sunnites modérés.
Tu comprendras que ça pose question pour quelqu'un qui voit ça de loin.
 
Attendre des musulmans « qu’ils fassent » le ménage est donc purement impossible.
Bien sûr, mais rien n'empêche les sunnites modérés de construire une structure hiérarchique où ils pourront dire clairement ce qui est ou ce qui n'est pas l'islam, de s'exprimer sur les salafistes, de porter la parole du Prophète. Tu sais, un truc un peu comme l'Eglise, ça pourrait être une bonne idée, non ? Avec 1,6 milliard de croyants, dont un bon milliard de sunnites, 1400 ans d'histoire, il serait peut-être temps de se structurer vraiment. J'ai conscience que c'est très occidental comme manière de fonctionner, mais il s'agit d'un impératif pour qu'il y ait lisibilité de la part de l'extérieur. On est, pour le moment, loin du compte.
 
Quand on en parle à des musulmans, ils nous répondent qu'ils n'ont pas besoin d'intermédiaires entre eux et Dieu. Mais l'idée de contrôler la parole des imams, d'unifier la croyance, tout cela ne leur vient pas à l'esprit, voire même est combattu, puisqu'ils ne peuvent se permettre de juger la manière dont un musulman vit l'islam.
 
3) Ainsi ceux qui nourrissent un projet politique fou peuvent aisément utiliser l’islam comme instrument, c’est à dire l’instrumentaliser pour faire tout et n’importe quoi sans qu’aucun musulman ne vienne leur opposer « Vous n’êtes pas musulman ».
Nous sommes d'accord.
Malheureusement, tu ne dis rien sur la suite. Quid de la réaction des sunnites modérés ? Cette religion est libérale, c'est à dire floue, parsemée d'une multitude de chapelles, traversée de courants nationalistes forts et les occidentaux seraient condamnables d'amalgamer alors que les sunnites refusent de s'organiser ? De clarifier ? Si cette religion est floue, ce n'est pas de la faute aux occidentaux, mais aux sunnites modérés qui ne se sont pas organisés pour éclaircir les choses, distinguer et combattre leurs extrémistes. Je te laisse découvrir la liste à la Prévert des autorités musulmanes, aucune n'ayant d'autorité sur les autres, et toutes étant en lien avec des Etats étrangers. Dans ces conditions, comment veux-tu condamner les amalgames et la méconnaissance ?
 
4) D’après les chiffres du CPDSI (Centre des préventions des dérives sectaires liées à l’islam) 17% à 20% des jeunes qui ont été arrêtés à la frontière Syrienne ont grandi dans une famille de culture musulmane. Au sein de ces 20% quelques rares ont reçu une éducation religieuse rigoureuse et régulière. Les 80% restants viennent de familles totalement athées ou de culture chrétienne non pratiquantes.
Malheureusement, tu as oublié un élément, et de taille. Parce que les chiffres du CPDSI ne concernent QUE les signalements réalisés par les familles. Ce qui veut dire que tes chiffres doivent être réinterprétés ainsi : 20% des signalements concernent des familles avec une culture musulmane, 80% des signalements, précédant des arrestations à la frontières syrienne, proviennent de familles athées ou de culture chrétienne. Ça signifie une chose : les familles occidentales appellent à l'aide. Mais quid des familles musulmanes ? Tu ne me feras pas croire que l'intégralité des djihadistes sont des occidentaux à la peau blanche. Non, le souci, c'est que les familles musulmanes, pour des raisons diverses et multiples, face à la radicalisation, n'appellent pas l'Etat à l'aide.
 
C'est même Dounia Bouzar, du CPDSI, qui le dit :

Combien de jeunes jihadistes sont passés par votre centre ?

Sur les 700 jeunes dont nous avons eu à nous occuper, plus de 60% appartiennent à des familles non-musulmanes. Par souci d’honnêteté, je dois ajouter que les jeunes gens qui sont passés par le CPDSI ne sont pas nécessairement représentatifs de tous les jeunes Français qui ont été touchés par le phénomène d’embrigadement islamiste. Les familles qui font appel à nous appartiennent en général à des classes moyennes ou à des classes supérieures qui font traditionnellement confiance aux organismes reliés à l’Etat comme le nôtre, alors que les familles de classes populaires ne veulent pas donner le signalement de leurs enfants aux services de l’Etat de peur de les voir fichés pour la vie. Ils craignent d’être plus stigmatisés qu’aidés. Cela dit, les chiffres de notre centre ne sont peut-être pas représentatifs, mais ils montrent que les familles non-musulmanes sont aussi touchées par le phénomène du jihad.
 
Tu vois, ta générosité te fait manquer de prudence, Samuel.
 
On observe même un son de cloche un peu différent du côté d'autres thérapeutes. Patrick Amoyel, psychanalyste, sur le plateau de 28 Minutes (à partir de 26') : "Les djihadistes qui ont pris le Coran pour les Nuls sont anecdotiques."
 
Bref, tu utilises l'arbre du jeune paumé occidental pour camoufler la forêt salafiste qui nourrit le djihad. Ce n'est pas très honnête.
 
Attendre des musulmans une mobilisation particulière est vain voir insultant pour les quelques 140 familles musulmanes qui n’ont pas su interrompre la rupture sociale de leurs enfants dont ils sont en tant que parents les premières victimes.
Parce qu'il n'y en a QUE 140 ? Alors que les fichiers S sont bien plus nombreux ? Tu ne crois pas que tu te focalises uniquement sur la partie émergée de l'iceberg, dis-moi ? Et enfin, c'est faire fi de l'environnement, salafiste ou pas, ayant porté le jeune radicalisé à mesure de son évolution. Internet ne peut pas tout expliquer.
 
5) Sélectionner, cibler ou alpaguer les citoyens en raison de leur religion est une dérive grave.
Mais personne ne demande à UN musulman en particulier de s'excuser. En revanche, on aimerait bien que la communauté sunnite fasse davantage pour participer à la douleur nationale.
 
Ils sont français et appartiennent au même corps qu’est la Nation !
Oui, et qu'en est-il de leur relation avec leur foi ? Leur foi est-elle au-dessus ou en dessous des principes républicains ? Tout le débat sur le voile et la laïcité montre que cela n'a rien de simple. Deux légitimités fortes sur un seul et même sujet peuvent s'entrechoquer. Surtout avec une religion qui n'a pas fait son aggiornamento sur la dimension politique et territoriale de la foi (Inutile que je te rappelle le concept de Dar al Islam). L'autre dimension, spirituelle et mystique existe dans l'islam, notamment chez les soufis, mais ces derniers sont minoritaires, persécutés, méprisés et incompris par les sunnites. Difficile donc d'en tirer argument pour parler d'une religion de paix chez les sunnites.
 
6) Vous vous imaginez demander à un homme de dénoncer le viol dont sa sœur a été victime ? Non mais réveillons-nous ?
Tu n'en es pas forcément proche, mais je te rappelle que la culture du viol est un concept inventé par les féministes pour considérer que tout ce qui ressort d'une forme de domination masculine participe aux violences faites aux femmes. Et que les hommes doivent donc s'en excuser, COLLECTIVEMENT. Il est amusant que tu aies pris cet exemple, qui montre bien en quoi la gauche anti-raciste ne cesse de se mordre la queue. Si les féministes pensent qu'il y a une solidarité de fait entre tous les mâles dont ces derniers doivent s'excuser, que penser alors des sunnites ?
Sur le fond, que les familles françaises musulmanes aient été touchées, c'est très clair, mais là encore, ils ne sont pas les premiers visés, sauf à avoir certains des leurs dans les forces de l'ordre.
 
Combien de perquisitions n’auront rien données si ce n’est la peur et l’humiliation de se réveiller avec un pistolet sur la tempe et l’ordre immédiat de sortir de chez soit en pyjama sans broncher 
Certes oui. Sache juste que les écologistes, et que les membres de groupuscule d'ultra droite ont aussi été maintenus à demeure.
 
7) Essentialiser l’islam est une mauvaise piste
Bien sûr qu'essentialiser l'islam est une bêtise. Mais il y a aussi des larges points communs. Non seulement entre les différentes chapelles de l'islam, mais entre tous les sunnites, qui sont les plus nombreux de par le globe. Et là, on en revient au besoin d'une institution religieuse supranationale pour clarifier les choses.
Plus intéressants sont les chiffres que tu donnes sur les nombres de djihadistes et le constat d'une plus grande proportion de Français. Cela pose question sur une certaine culture de l'excuse, sur l'absence d'identité et d'intégration, la logique victimaire, qui ont fait le lit de cette situation depuis une trentaine d'années.
 
8) Chaque signe de fractures vient nourrir et alimenter une cellule de veille placée en Syrie, qui donne du grain à moudre aux argumentaires des recruteurs.
Tu utilises un très mauvais argument. Si tu as raison de dire qu'il faut éviter de nourrir Daesh, tu as tort de dire que nos interventions vont forcément l'aider. Ou alors, ça veut dire que collectivement, une large frange de modérés est beaucoup moins modérée que tu ne voudrais le faire croire, puisque susceptible de ne pas comprendre la problématique des institutions françaises face à ce phénomène, de ne pas comprendre le besoin des Français de faire face à une véritable institution sunnite et structurée, telle que la tentative d'Islam de France. En outre, c'est montrer un paternalisme d'un mépris assez incroyable en retirant aux gens toute responsabilité dans leur évolution vers le salafisme et l'extrémisme.
 
Rappel : c'est aux musulmans de comprendre les Français et de s'y adapter.
 
Pas l'inverse.
 
9) Les musulmans sont les premières victimes du terrorisme (...) La psychologie des sociétés musulmanes ou des communautés musulmanes en Occident perçoit ce facteur victime beaucoup plus que nous.
Je l'ai déjà dit plus haut, c'est faux. Le sort des Rohingyas en Brimanie est très tragique, mais à part  ressasser le statut de victime, qui est le pire service à rendre à quelqu'un, peux-tu m'expliquer ce que ça vient faire ici ? Les Français, bien qu'ils s'en targuent, n'agissent pas de manière universaliste, ils réagissent à leurs agressions, à leurs 130 morts, pas aux morts des autres. Partant de là, rappeler le sort des Rohingyas maintenant est pour le moins inadapté, pour ne pas dire indécent.
 
10) Tous les responsables communautaires, mais aussi les mouvements de jeunesse ont fait ce qu’il fallait pour faire entendre un message de condamnation et de dénonciation.
C'est le Canard Enchainé qui le révèle, mais là encore, on peut tiquer. Dalil Boubakeur a fait annuler une cérémonie d'hommage aux victimes pour éviter de froisser les intégristes. Que certains imams, certains musulmans se soient levés, on l'a constaté, et merci à eux ! On a entendu la Marseillaise chantée dans de nombreuses mosquées, une semaine après les attentats. Cela a choqué certains. Alors qu'on parle d'une religion en France de plusieurs millions de personnes, seule une minorité s'est levée pour refuser publiquement et vigoureusement les attentats !  Vu l'enjeu, permets-moi de trouver cette réaction un peu faible. Les foules de sunnites protestant largement contre les attentats ne sont pas là.
 
Enfin, ta conclusion montre à quel point tu évolues dans une autre dimension, démontrant que tu ne perçois pas que les sunnites doivent au moins se distinguer des extrémistes, en construisant les institutions qui permettront d'afficher une radicale différence d'avec Daesh. En l'absence d'une telle institution, les amalgames sont malheureusement une réaction qui perdurera dans la population française.
 
Le flou est pervers, Samuel.
 
Bien à toi,
Polydamas

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Rédigé par Polydamas

Publié le 25 Mars 2015

Voici un excellent documentaire d'Arte diffusé il y a une semaine, le mardi 17 mars. Il était présenté durant ce laps de temps sur  le site de la chaine  et concerne les traumatismes post-IVG. Après sa suppression, je me permets donc de le diffuser ici.

Il est assez impressionnant de voir qu'en Allemagne, des femmes peuvent venir y présenter le film le Cri Silencieux déjà évoqué ici dans certaines salles de classe.

 

Avortement : la loi du silence. from Polydamas on Vimeo.

 

 

 

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Rédigé par Polydamas

Publié dans #Pro-vie