A une passante

Publié le 18 Octobre 2006


La rue assourdissante autour de moi hurlait.
Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse,
Une femme passa, d'une main fastueuse
Soulevant, balançant le feston et l'ourlet ;

Agile et noble, avec sa jambe de statue.
Moi, je buvais, crispé comme un extravagant,
Dans son oeil, ciel livide où germe l'ouragan,
La douceur qui fascine et le plaisir qui tue.

Un éclair... puis la nuit ! - Fugitive beauté
Dont le regard m'a fait soudainement renaître,
Ne te verrai-je plus que dans l'éternité ?

Ailleurs, bien loin d'ici ! trop tard ! jamais peut-être !
Car j'ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais,
Ô toi que j'eusse aimée, ô toi qui le savais !


Charles Baudelaire, Les Fleurs du Mal, 1857.

Rédigé par Polydamas

Publié dans #Littérature

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le conservateur 19/10/2006 01:49

magnifique texte
il contient quelque chose de la deuxième condamnation d'Adam par Dieu, non écrite celle là : "tu verra en toute femme Eve, et tu en souffriras"
puis-je me permettre de vous signaler, cher ami, que le lien vers mon blog dans votre liste contient une petite erreur ?

Polydamas 19/10/2006 04:01

Ah, mon cher confrère, vous me voyez marri. Je m'en vais, de ce pas, corriger ce forfait.    La césure à l'hémistiche n'est pas au point pour le premier vers.... ;-)