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Publié le 25 Mars 2007

Les dernièrs vers sont la clé du mystère de l'Annonciation, que l'on fête aujourd'hui:

Ta douleur, du Périer, sera donc éternelle,
Et les tristes discours
Que te met en l'esprit l'amitié paternelle
L'augmenteront toujours

Le malheur de ta fille au tombeau descendue
Par un commun trépas,
Est-ce quelque dédale, où ta raison perdue
Ne se retrouve pas ?

Je sais de quels appas son enfance était pleine,
Et n'ai pas entrepris,
Injurieux ami, de soulager ta peine
Avecque son mépris.

Mais elle était du monde, où les plus belles choses
Ont le pire destin ;
Et rose elle a vécu ce que vivent les roses,
L'espace d'un matin.

Puis quand ainsi serait, que selon ta prière,
Elle aurait obtenu
D'avoir en cheveux blancs terminé sa carrière,
Qu'en fût-il advenu?

Penses-tu que, plus vieille, en la maison céleste
Elle eût eu plus d'accueil ?
Ou qu'elle eût moins senti la poussière funeste
Et les vers du cercueil ?

Non, non, mon du Périer, aussitôt que la Parque
Ote l'âme du corps,
L'âge s'évanouit au deçà de la barque,
Et ne suit point les morts...

La Mort a des rigueurs à nulle autre pareilles ;
On a beau la prier,
La cruelle qu'elle est se bouche les oreilles,
Et nous laisse crier.

Le pauvre en sa cabane, où le chaume le couvre,
Est sujet à ses lois ;
Et la garde qui veille aux barrières du Louvre
N'en défend point nos rois.

De murmurer contre elle, et perdre patience,
Il est mal à propos ;
Vouloir ce que Dieu veut, est la seule science
Qui nous met en repos.

François de Malherbe (1555-1628)
 

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Rédigé par Polydamas

Publié dans #Littérature

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Publié le 7 Février 2007


Volkoff ne fait que reprendre ce qu'on connaissait déjà, via 1984, mais la fin est des plus intéressantes...


LA REVOLUTION ET « LE MOUVEMENT »

 

Extraits du livre de Vladimir Volkoff « Le retournement », Julliard / L’Age d’Homme, 1979.

Un major du KGB explique ce qu’est le communisme à une femme « Russe-blanc » travaillant pour les services français et censée le « retourner » …

Ch. 16

 

Vous croyez que le communisme, c’est quoi ? « Le pouvoir aux bolcheviks plus l’électrification des campagnes ? » Vous croyez que l’Etat, rendu inutile par l’égalité et la justice sociale généralisées, se desséchera sur pied et tombera en poussière un beau matin ? Vous croyez qu’alors « tous les hommes seront heureux » et « toutes les femmes accoucheront sans douleur » ?

Vous croyez que cela ne peut manquer d’arriver, mais aussi qu’il est bon d’ajouter du charbon dans la chaudière pour que ça arrive plus vite ? Bref, vous avez lu Etat et Révolution ?

[…]

- Avez-vous jamais réfléchi au mot bolchévik ? commença Popov. Pour l’anecdote, il signifie « majoritaire au congrès  social-démocrate de 1903 », mais  sans compter que la majorité semble avoir été, par bonheur, truquée, faut voir plus profond. Staline - vous pouvez me dénoncer à l’ambassadeur pour avoir cité le vieux père - a dit : « Bolchevisme et léninisme sont une seule et nième chose. »  Ostrovsky attire notre attention sur le mot, qui est musclé, dense : on y mord bien. Pour moi, c’est un mot de couleur rouge foncé, tirant sur le brun ; un mot pesant, qui évoque l’artillerie de gros calibre et l’industrie lourde. Un mot comme bombardier, comme marteau-pilon. Un mot qui fait peur et chaud on même temps. Petit garçon, je ne rêvais qu’à ça avoir le droit de dire « Je suis bolchevik ». J’y rêvais plus et mieux qu’un cadet à l’épaulette, qu’un petit télégraphiste américain aux milliards de Carnegie. J’ai suivi la filière : pionniers, konisa, candidature au Parti, l’examen où l’an étale son âme sur la table d’opération... J’ai reçu mon billet. Ça y était. Vous n’êtes qu’une petite Occidentale pourrie si vous vous imaginez un instant que j’ai été déçu. Au contraire : l’initiation a dépassé mues espoirs. Quand je me suis regardé dans la glace, que j’ai tendu le doigt et que j’ai dit « Voilà un bolchevik! », j’ai senti que je m’étais majoré moi-même. Seulement, dans l’entre­temps, j’avais appris, progressivement, le vrai sens du mot. Un bolchevik, ce n’est pas un protecteur de la veuve et de l’orphelin, comme vous le croyez, ni un lutteur contre les forces d’ombre, comme je l’avais cru moi-même, ni un prolétaire plus conscient. ni un économiste plus averti, ni un prophète plus éclairé, ni un dialecticien plus logique. Ces représentations qui sortent les unes des autres sont comme nos poupées russes : toutes â limage de la vérité, la serrant de plus en plus étroitement, donc toutes vraies. Et pourtant, toutes fausses, jusqu’au moment où on atteint la dernière, celle qui ne s’ouvre plus, le noyau sous la chair, la particule infis­sible, la vérité vraie. J’avais voulu devenir bolchevik, je l’étais, mais ce n’était pas ce que je pensais, c’était mieux, infiniment mieux.

[…]

J’en ai pleuré. Je n’ai pas honte.

Il redevint grave, tira sur ta cigarette :

- Bolchevik, cela ne veut pas dire celui qui a la majorité, mais celui qui en veut toujours plus. De majorité et d’autre chose. Quand il atteint B, il vise C, et ainsi de suite. Les imbéciles nous accusent de changer de visage comme eux de chemise ; ils ne comprennent pas que notre visage, c’est précisément cela : le changement. Le bolchak, c’est la grand-route, et le bolchevik, c’est celui qui a enfilé la grand-route. On nous accuse d’opportunisme, c’est accuser le soleil de briller. Quand on avance, le paysage est bien forcé de changer. C’est pour cela que Lénine est le plus grand génie de tous les temps : c’est parce qu’en réalité il n’y a pas de léninisme. Marx est encapsulé dans le marxisme, Engels dans la dialectique ; ils peuvent être dépassés ; Lénine souffle où il veut. Il a écrit Etat et Révolutionn, mais il a aussi organisé la terreur, et il a aussi organisé la NEF. La vérité, c’est qu’il n’y a pas de vérité. C’est difficile à comprendre, c’est quelquefois amer à digérer, mais une fois qu’on a accepté, c’est magnifique. La vérité, c’est ce que je trouve dans mon journal d’aujourd’hui. Celui d’hier ment, toujours. Celui d’au­jourd’hui dit la vérité, toujours. C’est pour cela que la Pravda s’appelle la Pravda. La vérité est notre pain quotidien a nous autres bolcheviks, et de même que vous ne vous nourrissez pas des croûtons d’hier, nous refusons nous aussi le pain perdu de l’histoire. S’il n’y a pas de vérité, nous pouvons poser la nôtre. C’est exprès que je ne dis pas « la mienne ». Le moi existe peine, le nous se fait sentir, le nous, c’est déjà une majoration, c’est déjà un bolchevisme. On a eu tort d’ôter le flot bolchevik de l’étiquette du Parti : cela fait croire à certains que le bolchevisme est une forme de marxisme, alors que c’est le contraire. « On ne peut devenir bolchevik qu’après avoir enrichi sa mémoire de tous les biens élaborés par l’humanité. » Lénine. La seule vérité, c’est l’addition. Pas ce qu’on ajoute, l’action d’ajouter. Quiconque se soustrait à l’histoire est soustrait de l’histoire. Parce que la seule vérité, c’est l’histoire, cette addition permanente. A chaque nouvel échelon gravi, on se trouve un peu plus grand. C’est cela, être bolchevik : c’est devenir plus grand.

[…]

Chaque instant qui fait clic nous rapproche du but que nous n’atteindrons pas, comme l’hyperbole l’axe : c’est précisément là notre grandeur qui vous échappe, à vous autres, et à une bonne part de nos propres doctrinaires. Nous ne nous nourrissons pas du beaucoup, comme vos gros-pleins-de-soupe, mais du davantage. Les bourgeois se moquent de notre vision du paradis sur terre. Ils ont raison. Notre paradis est aussi ridicule que leur âge d’or. Le paradis est impossible, ce qui est possible, c’est la progression. Pas le progrès, la progression. Nous ne sommes pas la somme, nous sommes l’addition, vous comprenez cela ? Nous ne sommes pas affectés du signe : nous sommes le signe +. C’est le signe + que nous portons sur notre drapeau, déguisé en marteau et en faucille parce que le siècle est au folklore et au romantisme.

« Vous pensez que ça m’intéresse vraiment, le bonheur du peuple ? Que j’y crois vraiment, à la noblesse du travail ? Le peuple, je l’ai flairé d’assez près : si vos intellectuels qui se lamentent sur le sort des classes populaires avaient passé autant de journées que moi sur des chantiers, autant de nuits que moi dans des baraquements, ils ne s’attendriraient pas autant. Tout peuple a le sort qu’il mérite : ce sont les séquelles lacrymogènes du christianisme qui ont mis à la mode les jérémiades populistes. Pauvres petits moujiks barbus. Sales koulaks réactionnaires, oui. Mais tant mieux : toutes les eaux sont bonnes pour notre moulin. Vous n’avez jamais remarqué qu’il n’y a pas plus sélectif, pas plus élitiste, comme ils disent, c’est-à-dire pas plus aristocrate que nous ?

[…]

 Trotski était un arriéré mental : il voulait faire la guerre aux bourgeois. A quoi bon ? Les bourgeoisies mûrissent-pourrissent d’elles-mêmes. Leurs intelligentsias-termites les grignotent par intérieur, leur apprennent à ne pas s’aimer. Or, qu’est-ce qu’une  collectivité qui ne s’aime pas ?

[…]

 

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Rédigé par Polydamas

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Publié le 13 Décembre 2006

Voici le trés bon éditorial, qui stigmatise l'absence d'idéal qui caractérise nos sociétés, de Michel de Jaeghere dans le numéro du Figaro Magazine Hors Série sur St Ex:



Soudain, la moue se fait condescendante, le regard narquois, le sourire entendu.« Saint-Exupery ? Un peu boy-scout, quand meme !» Nos commissaires des lettres ont statué une fois pour toutes: Saint-Exupery n'est pas de ces écrivains avec qui il faudrait compter. Le regard trop clair, l’âme trop généreuse, le propos trop élevé. On ne fait pas de bonne littérature avec de bons sentiments. On ne dénoue pas l'écheveau de ses contradictions dans l'odeur d'un feu de camp. On ne fait pas pleuvoir les sentences morales comme un frère prêcheur exalté. L'époque est sans pitié pour ces naïvetés. Elle est revenue de tout, elle s'en honore. Elle n'admet la sincérité que dans les confidences sordides, le vent de l’aventure que s'il permet d'instruire le procès des aventuriers. Ses ailes de cafard l’empêchent de rêver. Saint-Exupery, à ses yeux, est tout juste bon pour la collection Signe de Piste: un adolescent attardé, qui a eu le bon goût de mourir avant que l'héroïsme ne soit définitivement démodé. On laissera s'accumuler sur lui les honneurs officiels. On distillera à son propos un insidieux mépris. On comprend la commisération des petits marquis qui règnent sur le milieu littéraire.


Le boy-scout, après tout, n' avait eu qu 'une existence très banale, un destin ordinaire, en comparaison de la vie trépidante qu'offrent les brasseries de Saint-Germain-des-Prés. Il avait été pionnier de l'aviation, pilote d'essai, il avait ouvert des lignes dans le Sahara, inauguré les vols de nuit dans la Cordillère des Andes. On ne comptait plus ses accidents, ses pannes, les sauvetages dont il avait été l'instigateur ou l'objet. Il avait été chef de poste dans le désert, face a l'irrédentisme des tribus maures, concurrent du rallye Paris-Saigon, grand reporter sur le front de la guerre d'Espagne. Il avait connu des amours de légende, ravi les coeurs de quelques-unes des plus belles femmes de l'entre-deux-guerres; il avait ébloui ses amis par ses tours de cartes, son appétit de steak au poivre, sa capacité à engloutir des hectolitres de café. Il avait fait la drôle de guerre au sein d'une escadrille dont les deux tiers des équipages avaient été tués; il est mort au combat après s'être porté volontaire pour participer a la Libération de la France, aprés avoir prêché, une dernière fois, contre les épurateurs, l’union et la réconciliation des Français.


Nos sachants n'ont que faire de héros de cette envergure. Ils les gênent. Ils en sont encombrés.


L'écrivain avait évoqué la solitude du coeur et fait revivre la poésie des grands espaces; donne ses lettres de noblesse à l’art de vivre dans le désert et fait surgir la nostalgie des maisons de
famille serties de tilleuls et de sapins noirs comme l’image même d'un paradis perdu; il avait célébré la foi des bâtisseurs de cathédrales et communiqué ses angoisses et ses inquiétudes
par la seule vibration de sa phrase; il avait exploré les méandres de l’incommunicabilité des êtres et évoqué comme personne la chaleur de l’amitié, renouvelé le genre du roman d'aventures et ranimé le feu du Cantique des Cantiques; il avait fait entrer la saga de l’Aéropostale dans la légende dorée de l'épopée française et brosse le tableau le plus vrai de la guerre de 39-40; il avait fait de ses souvenirs une chanson de geste et marié le conte pour enfants à la métaphysique; il avait imposé à chacun de ses récits un rythme cinématographique, et donné à son écriture la couleur même de la mélancolie. Il avait tenté la synthèse du Beau, du Bien, du Vrai, et il l’avait réalisée. Il avait vendu ses livres a plusieurs millions d'exemplaires. Il n'a pas eu de postérité.


Aucun de nos poètes maudits, de nos infatigables fabricants de chefs-d'oeuvre n'oserait, sans peur du ridicule, s'en réclamer. Qu'un vain peuple s'obstine à acheter, à lire ses romans par dizaines de milliers, prouve combien le goût du public mérite encore d'être éduqué. Rien là qui doive nous surprendre ou nous scandaliser. Cette distance, Saint-Exupery l’avait pressentie. Ce fossé, il l’avait lui-même creusé. Toute son oeuvre aura tenté de conjurer l’avènement d'un monde desséché : le nôtre. Un monde où le lyrisme ferait sourire de dérision des hommes résignés a vivre à l’abri de toute inquiétude spirituelle. Un temps de « totalitarisme consensuel», qui nous réduirait à la condition d'un « bétail doux, poli et tranquille », dont toute la liberté consiste à se déterminer « entre les trois opinions qui lui sont proposées », à accomplir sans état d'âme un «job ingrat», et à choisir, pour s'en distraire entre les quatre films que lui imposent les modes, les trois modèles de voiture que produit l’industrie, les douze plats du drugstore. Une humanité insensible aux «trésors invisibles » qui naissent du don de soi, de l’effort, du danger, du sentiment irremplaçable d'appartenir a une communauté. Nous y sommes.


« On ne peut plus vivre de frigidaires, de politique, de belote et de mots croisés, écrivait Saint-Exupery en 1943 dans sa Lettre au général X. On ne peut plus vivre sans poésie, couleur ni amour. Rien qu'a entendre les chants villageois du XVe siècle, on mesure la pente descendue. Il ne reste rien que la voix du robot de la propagande. (...) On nous a coupé les bras et les jambes, puis on nous a laisse libres de marcher. Moi, je hais cette époque...»


Elle le lui a rendu, impuissante, pourtant, à faire taire sa voix inimitable, à dissiper l’émerveillement qui saisit le lecteur de Terre des hommes, à étouffer l’écho que Le Petit Prince continue à éveiller. Car telle est la puissance du verbe du poète. On a cru le mettre à l’écart en le cantonnant aux rayonnages de la littérature adolescente. On n'en finira pas avec ses sortilèges, tant qu'il y aura des livres. Les siens restent imprégnés par une qualité d'âme, une droiture de caractère, ils dégagent une chaleur humaine, brûlent d'une exigence qui fondent leur royauté. Ils n'ont pas conjuré la crise de la civilisation moderne qu'ils avaient annoncée. En exaltant au fil des pages l’esprit de sacrifice, le sens des hiérarchies, la poésie de l’action, le goût du travail bien fait, de la maison et du métier, la richesse du silence, la fécondité de la vie intérieure, Saint-Exupery n'en continue pas moins a nous en proposer inlassablement les remèdes : comme s'il s'adressait a chacun de nous comme à un ami qu'il voudrait débarrasser de sa gangue pour réveiller en lui «le seigneur endormi» et le rendre semblable au «prisonnier délivré qui s'émerveille de I'immensité de la mer ».

 
Magnifique hors-série que je vous enjoins à vous procurer...

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Rédigé par Polydamas

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