Publié le 26 Juin 2008

Alors que le compte à rebours est bientôt terminé, et qu'il semble que l'on s'achemine vers une réponse négative de la part de Mgr Fellay, je ne peux que rejoindre l'analyse de la situation que tire l'abbé de Tanoüarn, membre fondateur de l'Institut du Bon Pasteur, qui fut l'un de mes professeurs.


Rome ou pas Rome : le carrefour

par l'abbé Guillaume de Tanoüarn

Lu sur le Forum catholique, d'un scribe sympathique : "Le premier, j'ai donné mon avis positif sur la possibilité d'une signature de ce texte qui n'engage à rien sauf à reconnaître que nous sommes catholiques romains. Mais si Mgr Fellay décide, avec la grâce de l'Esprit-Saint, de ne pas le signer, je le suivrai quand même". Il me semble que ce scribe-là est très représentatif des fidèles de la FSSPX, confrontés, qu'ils le veuillent ou non, à une véritable tornade, depuis que le cardinal Castrillon Hoyos a solennellement proposé à Mgr Fellay l'accord en cinq points (ce texte qui n'engage à rien comme dit le scribe) comme un accord de dernière chance. Les fidèles s'en remettent donc au chef. Et le chef a dit, lors d'ordinations sacerdotales au Séminaire de Winona (EU), le 20 juin dernier, qu'il faudrait "continuer pour un moment, un bon moment", sans signer le moindre engagement avec Rome.

Il nous faudra du temps, dit Mgr Fellay, en bon Suisse qu'il est. Vous avez jusqu'au 30 juin, répond le cardinal, comme s'il trouvait que l'on en avait déjà assez perdu comme ça, du temps.

Les cinq conditions énumérées par Rome (et qui sont désormais accessibles au grand public sur certains blogs ou forums) forment simplement une sorte de code de bonne conduite, sans toucher aucun point doctrinal. Notons simplement que dans l'un de ces paragraphes, on avertit que les supérieurs de la Fraternité ne devront pas céder à la tentation de constituer un magistère supérieur à celui du pape. C'est ce point d'abord qui doit nous arrêter. La réaction du Scribe est caractéristique d'une fidélité "absolue" aux positions de la FSSPX, quelles qu'elles soient. Elle est honorable et inquiétante tout à la fois. Il ne s'agit pas pour moi de sonder les reins et les coeurs, mais il me semble que sur cette terre la seule autorité à laquelle on puisse et on doive obéir inconditionnellement (et encore : dans certains cas bien défini par les règles de l'exercice du magistère), c'est l'autorité du vicaire du Christ. Cette autorité, dans son principe même, nous devons lui être fidèles lorsqu'elle prend des formes à travers lesquelles c'est l'autorité du Christ lui-même qui se donne. Pourquoi la Fraternité Saint Pie X ne parle-t-elle plus jamais de l'autorité du Vicaire du Christ, qu'un catholique doit reconnaître a priori ? Qu'il doit reconnaître pour être catholique ?

Rome fait appel au légitimisme catholique des fidèles de la Fraternité Saint Pie X. Sera-t-elle entendue ? Les premières déclarations de Mgr Fellay laissent penser que non.

Quel est à ce jour l'argument de Mgr Fellay pour ne pas souscrire au cinq points de bonne conduite réclamés par le cardinal Castrillon ? En anglais la formule du supérieur de la FSSPX, dans son discours de Winona, est éloquente, presque grossière : "They just say : Shut up !". ils ont juste dit : La ferme... La réaction de Rome à une telle interprétation des fameux cinq points a consisté à organiser la fuite de ces cinq points, désormais dans le domaine public grâce à Andrea Tornielli de Il Giornale. Il est clair pour tout le monde que ce qui est demandé à la FSSPX, ce n'est pas le silence et l'absence de critique, c'est "le respect de la personne du pape" en particulier et le respect des personnes en général (et peut-être même dans leur propre camp), dans la polémique.

Ce respect, force est de constater que dans les déclarations souvent improvisées des autorités de la FSSPX, il n'est pas au rendez-vous. Le sermon de Mgr Fellay le 1er juin dernier lors des confirmations à Saint Nicolas du Chardonnet est caractéristique à cet égard. Le pape, lors de son voyage aux Etats unis, ayant manifesté son admiration pour ce pays, a manifesté son admiration pour un haut lieu maçonnique dans le monde. et ce n'est pas étonnant (même si c'est "un grand mystère") parce qu'il s'agit d'un pape libéral.

Honnêtement la critique manque de profondeur. Elle manque de preuve. Elle consiste en un raccourcis éminemment contestable. Si Mgr Fellay cherche uniquement à défendre son droit au raccourci contestable, si c'est cela qu'il appelle "not shut down our mouth", alors l'affaire est très mal engagée. Mais je ne suis pas convaincu que ce soit cela que revendique Mgr Fellay. Du reste, le 4 juin dernier, il s'est excusé devant le cardinal Castrillon Hoyos pour les écarts de langage qui avait pu être perçus comme autant de manques de respect envers le pape.

Il faut bien insister sur le fait qu'il y a une chose qui n'est touchée dans aucun des cinq points, une chose qui a été publiquement reconnue par Rome dans l'acte d'adhésion que j'ai signé moi même sortant, il y a trois ans de la FSSPX, c'est le droit à une critique constructive de Vatican II. On peut même dire que le silence du document en cinq points sur Vatican II laisse grande ouverte cette porte. Il suffirait à Mgr Fellay de mentionner ce sésame tout en signant.

Le moment est historique. Il ne se reproduira pas. Refuser de signer un simple code de bonne conduite, c'est déconsidérer l'oeuvre de Mgr Lefebvre. C'est non seulement s'exposer à de nouvelles sanctions, selon la menace explicite de l'ultimatum cardinalice, mais c'est se retirer toute légitimité à les braver.

La seule légitimité que pourrait trouver Mgr Fellay à refuser, lui évêque catholique, de signer un code de bonne conduite envers le pape, c'est le sédévacantisme. On constate d'ailleurs qu'à part Virgo Maria, les sédévacacantistes du Forum catholique (John Daly, Anaclet et consorts) poussent la Fraternité à se renforcer dans son refus. Au fond la question fondamentale est bien celle-ci : Mgr Fellay reconnaît-il une autorité concrète du pape sur lui ou bien ne reconnaît-il que l'idée (irréelle forcément) de cette autorité ?

Ainsi posé le problème ne laisse aucun doute sur sa solution : un successeur de Mgr Lefebvre, reconnaissant l'autorité du pape, doit signer le code de bonne conduite, tout en gardant, pour le bien de l'Eglise (et non par goût de la polémique) un droit de critique constructive. Je prie pour que Mgr Fellay le 30 juin soit ce successeur, digne du fondateur.


On allait oublier, mais dans le même temps, Mgr Marini, cérémoniaire du pape dont les opinions "conservatrices" sont connues s'est exprimé à propos de la communion dans la main.


Lors de la récente visite à Santa Maria di Leuca et à Brindisi le Pape a distribué la communion aux fidèles agenouillés et sur les lèvres. Cette pratique est-elle destinée à devenir habituelle dans les célébrations pontificales?

Je pense que oui. A cet égard, nous ne devons pas oublier que la distribution de la communion dans la main est toujours, d'un point de vue juridique, un indult par rapport à la loi universelle. [La communion dans la main] a été permise par le Saint-Siège aux conférences épiscopales qui en ont fait la demande. Le mode de distribution de la communion adopté par Benoît XVI vise à souligner la validité de la règle valable pour toute l'Eglise. En outre, nous pourrions peut-être y voir aussi une préférence pour cette manière de distribuer la communion qui, sans s'opposer à l'autre, souligne mieux la vérité de la présence réelle dans l'Eucharistie, contribue à la dévotion des fidèles et introduit plus facilement le sens du mystère. Aspects que d'un point de vue pastoral, à notre époque, il est urgent de souligner et de récupérer.


Décidément, cette semaine, ça n'arrête pas.

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Rédigé par Polydamas

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Publié le 24 Juin 2008

Selon l'Apic, et d'autres sources concordantes, il semblerait que le Vatican ne demande pas à ce que la fraternité reconnaisse Vatican II ou même le nouveau rit romain, les conditions seraient sont les suivantes, sous réserve, bien sûr, de confirmation par l'une ou l'autre des parties:

Selon le journaliste italien, Mgr Fellay aurait rencontré, le 4 juin dernier au Vatican, le cardinal Dario Castrillon Hoyos. A l’issue de cette rencontre, le cardinal aurait fait parvenir les 5 conditions de la pleine réintégration des membres de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X dans le giron de l’Eglise :

1 - Engagement à une réponse proportionnée à la générosité du pape.

2 - Engagement à éviter toute intervention publique qui ne respecte pas la personne du pape et qui puisse être négative pour la charité ecclésiale.

3 - Engagement à éviter la prétention d’un magistère supérieur à celui du Saint Père et de ne pas désigner la Fraternité en opposition à l’Eglise.

4 - Engagement à démontrer la volonté d’agir honnêtement dans la pleine charité ecclésiale et dans le respect de l’autorité du vicaire du Christ.

5 - Engagement à respecter la date - fixée à la fin du mois de juin - pour répondre positivement. Celle-ci sera une condition requise et nécessaire comme préparation immédiate à l’adhésion pour avoir la pleine communion.

L'original est ici.

Il faut prier, plus que jamais.

PS: Le principal souci de Mgr Fellay ne concerne pas tant cette lettre, qui ne pose pas de difficultés particulières, que, me semble-t-il, le devenir de la fraternité si elle réintègre le giron de l'Eglise, (si tant est qu'elle l'avait quitté), sa liberté de critique, son statut, son renouvellement des prêtres et des évêques, toutes questions vitales pour celle-ci. Et sur cette problématique, il y a peu ou pas de garanties pour le moment.

 

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Rédigé par Polydamas

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Publié le 23 Juin 2008

La date du 30 Juin 2008 (anniversaire des 20 ans des sacres de Mgr Lefebvre) approchant à grands pas, il semble que les tractations s'intensifient entre la fraternité St Pie X et le Vatican, comme le prouve cette dépêche.

Confirmation de l'offre, mais pas d'indications sur la réponse

Menzingen, 23 juin 2008 (Apic)


Le Vatican a proposé un accord à la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X pour mettre un terme au schisme, a indiqué le 23 juin 2008 le quotidien italien "Il Giornale". Interrogé lundi par l'Apic, l’abbé Alain-Marc Nély, deuxième assistant de Mgr Bernard Fellay, supérieur de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X à Menzingen (canton de Zoug), a bel et bien confirmé l'existence de propositions de la part du Vatican.

Ne voulant pas entrer dans des plus amples détails, l'abbé Nély a cependant confirmé qu'une proposition d'accord a été faite au début du mois. Avec des conditions. La réponse sera donnée d'ici le 28 juin "si Dieu le veut", et sera ensuite rendue publique, a-t-il précisé. Mais le numéro trois de la Fraternité schismatique n'a pas voulu indiquer dans quel sens irait la réponse de Mgr Fellay.

L'abbé Alain-Marc Nély, né le 18 février 1950 à La Ferté-sous-Jouarre, en France, est entré au séminaire d'Ecône en 1979, et y a reçu l'ordination sacerdotale en 1985. Depuis 2004, il est supérieur du district d'Italie. Selon "Il Giornale", Mgr Fellay aurait rencontré au Vatican le cardinal Dario Castrillon Hoyos, président de la commission "Ecclesia Dei", en charge du dossier des "lefebvristes". Ce dernier lui aurait proposé un accord, sous forme d’ultimatum, à signer d’ici le 28 juin prochain. Le document prévoirait notamment l’acceptation, de la part des membres de la Fraternité, des canons du Concile Vatican II (1962-1965) et de la pleine validité de la messe selon la liturgie catholique réformée. (apic/imedia/ms/be)

23.06.2008 - I.Media Jacques Berset

Je n'ai pas les compétences pour m'engager sur le sujet, reste que si les conditions de la réintégration sont vraiment un plein accord avec les canons du Concile Vatican II, et que ces conditions sont non négociables, je ne vois pas comment la FSSPX pourrait accepter.

Même si il est difficilement crédible de croire que l'Eglise pourrait revenir sur le nouvel ordo missae, il s'agit tout simplement de la raison de vivre de la FSSPX. Partant, je l'imagine mal revenir sur son combat, tout du moins, si ce sont vraiment les termes de l'accord, ce sur quoi on peut avoir un doute.

D'autant que Mgr Fellay, supérieur de la FSSPX a affirmé il y a moins de deux mois:

La Fraternité Saint-Pie X se réjouit franchement de la volonté papale de réintroduire le rite ancien et vénérable de la sainte Messe, "mais découvre aussi la résistance parfois farouche d’épiscopats entiers. Sans désespérer, sans impatience, nous constatons que le temps d’un accord n’est pas encore venu", écrivait le 14 avril 2008 Mgr Bernard Fellay, supérieur général de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X basée à Menzingen, dans le canton de Zoug.

"Cela ne nous empêche pas de continuer d’espérer, de continuer le chemin défini dès l’an 2000, poursuit-il. Nous continuons de demander au Saint-Père l’annulation du décret d’excommunication de 1988, car nous sommes persuadés que cela ferait le plus grand bien à l’Eglise et nous vous encourageons à prier pour que cela se réalise. Mais il serait très imprudent et précipité de se lancer inconsidérément dans la poursuite d’un accord pratique qui ne serait pas fondé sur les principes fondamentaux de l’Eglise, tout spécialement sur la foi."


Cela dit, on ne peut pas non plus éliminer l'hypothèse d'un manque d'information de la part de la presse, il est possible que les termes de l'accord ne soient nullement ceux d'une adhésion envers le concile. En effet, il n'a jamais été demandé à Mgr Lefebvre d'accepter le concile, on lui a demandé de signer un formulaire d'adhésion en cinq points dont voici la teneur:


I - TEXTE DE LA DÉCLARATION DOCTRINALE

Moi, Marcel Lefebvre, archevêque-évêque émérite de Tulle, ainsi que les membres de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X par moi fondée :

1) Nous promettons d'être toujours fidèles à l'Église catholique et au Pontife romain, son Pasteur Suprême, Vicaire du Christ, Successeur du Bienheureux Pierre dans sa primauté et Chef du corps des évêques.

2) Nous déclarons accepter la doctrine contenue dans le n. 25 de la Constitution dogmatique Lumen Gentium du concile Vatican II sur le Magistère ecclésiastique et l'adhésion qui lui est due.

3) A propos de certains points enseignés par le concile Vatican II ou concernant les réformes postérieures de la liturgie et du droit, et qui nous paraissent difficilement conciliables avec la Tradition, nous nous engageons à avoir une attitude positive d'étude et de communication avec le Siège apostolique, en évitant toute polémique.

4) Nous déclarons en outre reconnaître la validité du Sacrifice de la messe et des sacrements célébrés avec l'intention de faire ce que fait l'Église et selon les rites indiqués dans les éditions typiques du missel romain et des rituels des sacrements promulgués par les papes Paul VI et Jean-Paul II.

5) Enfin nous promettons de respecter la discipline commune de l'Église et les lois ecclésiastiques, spécialement celles contenues dans le Code de Droit canonique promulgué par le pape Jean-Paul II, restant sauve la discipline spéciale concédée à la Fraternité par une loi particulière.
 

Mgr Lefebvre, après avoir signé ce texte, avait retiré sa signature, parce qu'il craignait qu'on continue à lui refuser un évêque, ce que son expérience lui avait largement prouvé, comme le prouve sa réponse ci-dessous:


C'est pour garder intacte la foi de notre baptême que nous avons dû nous opposer à l'esprit de Vatican II et aux réformes qu'il a inspirées.

Le faux oecuménisme, qui est à l'origine de toutes les innovations du Concile, dans la liturgie, dans les relations nouvelles de l'Église et du monde, dans la conception de l'Église elle-même, conduit l'Église à sa ruine et les catholiques à l'apostasie.

Radicalement opposés à cette destruction de notre foi, et résolus à demeurer dans la doctrine et la discipline traditionnelle de l'Église, spécialement en ce qui concerne la formation sacerdotale et la vie religieuse, nous éprouvons la nécessité absolue d'avoir des autorités ecclésiastiques qui épousent nos préoccupations et nous aident à nous prémunir contre l'esprit de Vatican II et l'esprit d'Assise.

C'est pourquoi nous demandons plusieurs évêques, choisis dans la Tradition, et la majorité des membres dans la Commission Romaine, afin de nous protéger de toute compromission.

Étant donné le refus de considérer nos requêtes, et étant évident que le but de cette réconciliation n'est pas du tout le même pour le Saint-Siège que pour nous, nous croyons préférable d'attendre des temps plus propices au retour de Rome à la Tradition.

C'est pourquoi nous nous donnerons nous-mêmes les moyens de poursuivre l'oeuvre que la Providence nous a confiée, assurés par la lettre de Son Éminence le Cardinal Ratzinger datée du 30 mai, que la consécration épiscopale n'est pas contraire à la volonté du Saint-Siège, puisqu'elle est accordée pour le 15 août.

En outre, dans le cadre d'un accord, il faudrait savoir également quel serait le statut de la FSSPX. On parle, pour le moment d'une prélature personnelle, à l'instar de l'Opus Dei. C'est aussi un des éléments primordiaux du débat, puisque de ce statut dépend la liberté de parole de la FSSPX.

Je n'ai donc absolument aucune idée de ce que peuvent être les termes de l'accord et la réaction de la FSSPX à celui-ci. En outre, en ce qui me concerne, je n'ai pas non plus d'avis sur la réaction de Mgr Fellay, il est le seul à pouvoir juger si il faut en finir ou pas.

Il ne reste donc plus qu'à attendre.
Et à prier.

Via le FC, qui tourne à toute vitesse en ce moment...

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Rédigé par Polydamas

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