Publié le 6 Octobre 2007

Et surtout, donnez-nous du jeu .....



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Rédigé par Polydamas

Publié dans #Actualité

Publié le 5 Octobre 2007

En voyage à Florence, j'ai parcouru le livre de Rodney Stark, le Triomphe de la Raison, que j'ai trouvé absolument passionnant, que j'ai dévoré, et qui développe justement la thématique entre le capitalisme et le catholicisme, relation qui a l'air de soulever nombre de débats, à voir le nombre de commentaires sur mon précédent billet.

Je pourrais en faire une fiche de lecture, mais d'autres ont déjà fait le travail, je vais me contenter, en bon fainéant, de reprendre leur texte.

Seule critique que je ferais au livre, la vision un peu schématique sur la présentation de la monarchie française. Mais il est clair que le système économique, en cours sous la monarchie, n'a pas été le plus incitatif que la France ait connu.

Merci à Restif du lien.


Rien à voir, disons-le tout de suite avec la thèse fameuse de Max Weber (L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme), qui met la Réforme à l’origine du capitalisme, thèse qui vient récemment d’être renforcée par Robert Ekelund, Robert Herbert, et Robert Tollison dans leur dernier ouvrage, non traduit, qui a été annoncé par l’Observatoire des religions (The marketplace of Christianity, The MIT Press, 2006). Pour Stark, la naissance et l’essor du capitalisme sont bien antérieurs à l’arrivée de Luther et Calvin sur la scène religieuse. Suivons le fil du raisonnement de notre auteur. Au départ, loin du credo qui absurdum de Tertullien, Stark se livre à une sorte de réhabilitation de la théologie, « discipline sophistiquée, hautement rationnelle, qui ne connaît de plein épanouissement que dans le christianisme ».

Cette « science de la foi » consiste à raisonner de façon formelle sur Dieu, à découvrir sa nature, ses intentions et ses exigences. Les dieux du polythéisme ne permettraient pas une telle science dans la mesure où ils sont bien trop inconséquents. Même remarque pour le confucianisme et le bouddhisme. La théologie requiert une image de Dieu qui le présente conscient, rationnel et tout-puissant. Ce dieu-là est le dieu unique de la Bible. Soit ! mais quid du judaïsme et de l’islam ? « Les juifs et les musulmans, répond Stark, penchent plutôt vers un strict constructionnisme et appréhendent l’Ecriture sainte comme une loi à comprendre et à appliquer, et non pas comme le point de départ d’une investigation sur son sens ultime ».

Bref, judaïsme et islam sont des orthopraxies qui se préoccupent avant tout d’une pratique (praxis) correcte (ortho), alors que le christianisme est une orthodoxie qui met l’accent sur ce qu’il faut penser, par exemple de la Trinité ou de la nature du Christ ou de la perpétuelle virginité de Marie. C’est pourquoi, selon Stark, l’élan fondamental des trois religions a divergé. L’interprétation de la loi juive ou musulmane repose sur le précédent et s’ancre par conséquent dans le passé, « tandis que des efforts pour mieux comprendre la nature de Dieu supposent la possibilité d’un progrès », explique l’auteur. Cette supposition de la possibilité du progrès serait ainsi la différence la plus critique entre le christianisme et toutes les autres religions. « Il en serait peut-être allé autrement si Jésus avait laissé des écrits, remarque astucieusement Stark.

Mais, à la différence de Mahomet ou de Moïse dont les textes furent acceptés comme étant de transmission divine et ont par conséquent favorisé une interprétation littérale, Jésus n’a rien écrit et les pères de l’Eglise furent contraints d’emblée de raisonner sur les implications d’une collection de souvenirs de ses paroles » Progrès, donc dans la connaissance de Dieu, mais aussi de la nature qui, parce qu’elle a été créée par lui a nécessairement une structure rationnelle, légitime, stable qui attend que l’homme la comprenne mieux.

Dès le 5e siècle, dans un texte que Stark nous fait lire, saint Augustin s’exclamait : « Quels progrès merveilleux, et on pourrait dire stupéfiants, l’industrie humaine a faits dans les techniques du tissage, de la construction, de l’agriculture et de la navigation ! » Il poursuivait en admirant « la maîtrise acquise en ce qui concerne les mesures et le calcul ! ». Et tout ceci était dû au « bénéfice ineffable » que Dieu conférait à sa création, « nature rationnelle » ( La cité de Dieu, 22, 24). D’où l’envol de la science là où le christianisme s’est implanté, à savoir l’Europe, alors qu’elle n’y est pas parvenue ni en Chine, ni dans la Grèce ou la Rome antique, ni en terre d’islam.

Le christianisme est aussi, selon Stark, à l’origine de quelques innovations éthiques telles que l’individualisme et l’éloge du travail. De toutes les grandes croyances, le christianisme a été la seule à élaborer une sérieuse opposition religieuse à l’esclavage, et cela dès le 7e siècle. Il fonde aussi la séparation de l’Eglise et de l’Etat, la légitimité de la lutte contre le despotisme et surtout le droit de propriété. On regrette que l’auteur ne connaisse pas la thèse de Marie-France Renoux-Zagamé sur les Origines théologiques du concept moderne de propriété ( Librairie Droz, Genève, Paris.1987), qui n’aurait pu que renforcer son propos.

Il en résulte que contrairement à ce que racontent la plupart des historiens, le haut Moyen Age, loin d’avoir été une époque de ténèbres et de régression, fut une période d’inventivité et de progrès remarquables, dont l’auteur nous dresse une liste impressionnante. Comme de récents travaux statistiques de l’OCDE l’ont montré, qui confirment les observations de Rodney Stark, c’est aux alentours du 12e siècle que l’Europe a dépassé la Chine et non au 19e siècle comme tant d’historiens l’ont prétendu, et ce « détail » a une importance cruciale pour l’interprétation de la suite de l’histoire : non l’Europe n’a pas connu de progrès économique en dominant et en exploitant le reste du monde par la conquête et la colonisation ; elle a dominé le monde grâce à ses progrès économiques. Ce que l’on a appelé l’ « impérialisme » est la conséquence et non la cause du progrès économique de l’Europe. Le capitalisme a commencé à se développer dans les zones qui échappaient au despotisme étatique, à savoir les cités italiennes, Venise, Gênes, Milan, Florence pour se répandre ensuite là où il était faible : les Pays-Bas, puis l’Angleterre.

Les pays en retard ont exactement été ceux qui ont été dominés par des monarchies absolues : l’Espagne, qui a exporté son despotisme en Amérique du Sud, et la France qui en a fait de même dans ses colonies. Par contre, le capitalisme a fleuri là où la liberté et le droit de propriété étaient les mieux respectés, à savoir les Etats-Unis d’Amérique qui ont dépassé l’Europe dès la fin du 19e siècle. « Le monde moderne, conclut Stark, a pris son essor seulement dans les sociétés chrétiennes. Pas en terre d’islam. Pas en Asie [...] Et toute la modernisation qui a depuis gagné l’extérieur de la chrétienté a été importée d’Occident, souvent amenée par les colonisateurs et les missionnaires ».

Aussi bien, explique-t-il, « faute à la fois de liberté et de capitalisme, les nations musulmanes restent à l’état de semi-féodalité, incapables de produire la plupart des objets qu’elles utilisent dans la vie quotidienne. Leur niveau de vue exige des importations massives réglées avec l’argent du pétrole exactement comme l’Espagne a joui des fruits de l’industrie d’autres pays tant que l’or et l’argent du Nouveau Monde l’ont maintenue à flot. Sans droit de propriété assurés ni liberté individuelle, il ne peut pas pleinement émerger de sociétés modernes ».

Nous dirions, nous, que seul le défaut de droit de propriété est dirimant, la liberté étant une conséquence du droit de propriété. Si le christianisme n’a désormais plus de rapport avec la modernisation, comme le prétendent tant de philosophes et d’experts, alors comment expliquer qu’il continue à se répandre si rapidement, demande Rodney Stark. Et le fait qu’il se répand en Amérique du Sud, en Afrique, et même en Chine où notre grand Blaise Pascal craignait qu’il ne pénétrât jamais vraiment.

Un facteur de cette expansion, prétend Stark, est que le christianisme fait appel à la raison et qu’il est indissolublement lié à l’essor de la civilisation occidentale. « Pour beaucoup de non-Européens, devenir chrétien revient intrinsèquement à devenir moderne » conclut-il.


J'ai particulièrement apprécié la conclusion du livre par le propos d'un savant chinois, qui affirme la chose suivante:

« L'une des choses qu'on nous demandait d'examiner était ce qui expliquait le succès, et à vrai dire la position dominante, de l'Occident dans le monde. Nous avons étudié tout ce que nous avons pu d'un point de vue historique, politique, économique et culturel. Au début, nous pensions que c'était parce que vous aviez de meilleurs canons que nous. Puis nous avons pensé que c'était parce que vous aviez le meilleur système politique. Ensuite nous nous sommes focalisés sur votre système économique.

Mais au cours des vingt dernières années, nous nous sommes rendu compte que le cœur de votre culture est votre religion : le christianisme. C'est pour cela que l'Occident est si puissant. Le fondement moral chrétien de la vie sociale et culturelle a été ce qui a rendu possibles l'émergence du capitalisme et ensuite la transition réussie vers une vie politique démocratique. Nous n'avons aucun doute là-dessus . »

Moi non plus.


Et je ne peux que partager ce point de vue.


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Rédigé par Polydamas

Publié dans #Argumentaires

Publié le 3 Octobre 2007

Monsieur,


Je commence à en avoir ma claque. C'est la première fois que cela m'arrive sur Internet, mais je n'en peux plus, et pourtant Dieu sait que j'en ai fréquenté des forums, et pas forcément des plus amicaux. Certains amis blogueurs pourront témoigner qu'il en faut vraiment beaucoup pour me mettre en colère, mais là j'en ai plus qu'assez.


Cela fait plusieurs fois que votre personne, dont je recommande, par ailleurs, les ouvrages (que ce soit sur l'Opus Dei ou les animaux), me met en cause par de subtiles allusions compréhensibles de moi seul, à chaque fois que j’ose vous adresser un commentaire.


A une question que je vous faisais sur l'un de vos derniers billets, vous demandant d'expliquer le principe de "destination universelle des biens", c'est à dire la mise en oeuvre concrète de ce beau principe, pilier de la doctrine sociale et économique de l’Eglise, voici que vous me répondez, via un post-scriptum, la chose suivante: 

 

 « Que les schizophrènes très pieux et très ultralibéraux à la fois s'abstiennent de me bombarder de mails ironisant sur la doctrine sociale. Un peu moins de Lépante et de Mont Saint-Michel, s.v.p, et un peu plus d'ouverture à la pensée de l'Eglise - si vous tenez tellement à vous dire catholiques. »


Permettez-moi de me défendre ici, puisque je n'en ai pas l'occasion chez vous, votre politique de commentaire étant des plus unilatérales, c'est-à-dire interdisant toute contradiction. C'était d'ailleurs un commentaire, non un mail, la nuance est de taille, je ne cherche aucunement à déranger votre quiétude épistolaire, je tente juste d’esquisser l’ébauche d’un dialogue sur votre blog. Un site personnel est aussi fait pour discuter, pour échanger, pour confronter les points de vue, notion qui, sur le net, a l’air de vous paraître tout à fait accessoire.


Si vous avez cru que j'étais ironique, je m'en excuse, car telle n'était absolument pas mon intention. Il est vrai que d'aucuns sur le net, ne me croyant pas sincère, ont déjà qualifié mon ton de "davidique, un rien exaspérant" (que l’auteur de la formule me pardonne de la reprendre). Je comprends donc qu’une première approche de mes questions puissent énerver, mais que voulez-vous, c’est mon style, et vous savez bien, en tant qu’écrivain, que le style, ça ne se change pas, ou si peu.


M. de Plunkett, vous voyez le mal là où il n'est point.


Je ne fais que constater mon étonnement de l'incapacité des catholiques à m'expliquer comment, concrètement, il est possible de mettre en oeuvre un autre système, qui respecte à la fois la propriété privée et le profit que chacun est en droit d'attendre sur cette propriété, tout en respectant la juste destination des biens, qui suppose à mon humble avis, l’instauration d’une obligation à la charité, ce qui va à l’encontre de la liberté, autre thème très chrétien. Alors que dans le même temps, les mêmes ne se privent jamais d’accabler le capitalisme d’injures de toute sorte.


De plus, à un lecteur ne comprenant pas le post-scriptum cité plus haut, vous rétorquez: 

« Parce qu'on trouve sur le web des conformistes genre business school drapés dans un catholicisme réduit à la morale et aux symboles du passé. Leur absence de cohérence devient lassante.
Rien ne les oblige à se dire catholiques ; mais s'ils le font, alors qu'ils le fassent loyalement, c'est-à-dire complètement et sur tous les plans. Sinon, guignols. »


Donc je suis un guignol, et en prime, un schizophrène. C’est toujours sympathique de l’apprendre. Merci, M.de Plunkett, j’avais une plus haute estime de vos compétences, et de votre talent…Oui, je ne suis pas très âgé (moins de 25 ans), et j'ai effectivement fait une école de commerce.


Et alors ?


Oui, j'ai appris les règles de base de la comptabilité, de la finance, du droit, du commerce, de la théorie des organisations, et cela ne ferait plus de moi un catholique ? Mais de quel droit vous permettez-vous ce type d'attaques ? Qui êtes-vous pour juger de la catholicité de quelqu'un ? Jamais je ne me suis permis une quelconque attaque contre votre personne, en soupçonnant un manque de catholicité de votre part.  On ne peut juger le catholicisme de quelqu'un uniquement sur des a priori négatifs concernant l'économie.


En outre, cela vous semble à ce point intolérable que des jeunes puissent s’exprimer librement sur le net, sans le contrôle de qui que ce soit ? Et pourtant, n’aurais-je pas quelques arguments à faire valoir ?


Mon point de vue sur le capitalisme est effectivement celui d'un professionnel de la finance, puisqu'il semble que pour vous, ce soit une faute grave que de participer à ce système.  Autant il me serait impensable de contester votre point de vue sur l'Opus Dei ou le Da Vinci Code, autant je ne peux que m'élever contre la manière que vous avez de critiquer la finance, domaine dans lequel je pense disposer d'une petite légitimité.


Je n’ai pas l’impression que vous vous rendiez compte une seule seconde de la situation des entreprises, de tous les biens permis via les marchés financiers. Est-ce que les notions d'assurance, de risque, d’options, de couverture, d'investissement, vous disent quelque chose ?


Ailleurs encore,
vous m’attaquez à mots couverts, en affirmant que je nie la réalité, et que je refuse de débattre. Rassurez-moi, c’est une blague ?


Alors que je souhaite  justement débattre de ce sujet ? Mais laissez-moi, au moins la parole pour que je puisse me défendre.

Vous dites :

 

L’autre, à la note d’aujourd’hui sur les hedge funds…
Je ne sais pas répondre à des gens qui contredisent la réalité.
(...)
Et que le second message fait semblant de ne pas savoir ce que l’Eglise (Jean-Paul II, Benoît XVI,  le Compendium de la doctrine sociale) objecte à l’encontre du capitalisme délirant.


J’ai l’impression que vous ne savez pas ce qu’est le capitalisme délirant, que vous utilisez des concepts que vous n’avez pas l’air de maîtriser (un hedge fund, c’est un fonds, et pour un fonds donné, il y a des centaines de stratégies différentes, certaines qui sont nocives, je ne le conteste pas, d’autres qui sont bénéfiques, il serait utile de le rappeler). On pourrait comparer en disant que les hedges funds sont aussi divers que les véhicules à quatre roues. On en trouve des gros, des petits, des rapides, des lents, des militaires, des véhicules de construction, etc. Rien que parler de hedge fund, globalement, est une absurdité, tant les stratégies mises en oeuvre sont différentes.


Où parlez-vous de ces aspects ? J’ai cherché. Nulle part.


Ah, tiens, petit détail. J’ai travaillé dans un hedge fund, je travaille dans la finance, je sais comment les choses se passent à l’intérieur et combien les préjugés que vous propagez sont éloignés de la réalité. J’ai même l’impression que vous contribuez à répandre, si vous me permettez cette comparaison, que vous jugerez certainement infâmante, les mêmes stéréotypes à propos de la finance que ceux que vous avez brillamment combattus en ce qui concerne l’Opus Dei. Je ne dis pas que la finance est aussi blanche que l’organisation de St Jose Escriva de Balaguer, loin de là, je dis que vous utilisez les mêmes peurs et les mêmes réflexes, afin de répandre la crainte, que les adversaires de l'Opus Dei.


Que vous ne soyez pas un professionnel de la finance ne me dérange pas, personne n’est spécialiste de rien sur Internet, vous avez le droit d’avoir votre point de vue, mais ce que vous n’avez pas le droit de faire, c’est  de considérer les choses d’un point de vue strictement unilatéral, sans voir tout ce que les marchés financiers apportent de positif, et notamment les hedge funds, dont je développerais les aspects positifs et négatifs dans un prochain billet.


D’autre blogueurs pourront confirmer que, sur ce sujet, il est possible de discuter avec moi sans que ce ne soit l’engueulade assurée. La discussion est certes vigoureuse, antagoniste, mais elle est argumentée et n’est jamais départie du respect qui sied à tous les intervenants que je croise sur Internet, comme vous pourrez le constater vous-mêmes, dans les commentaires sur ce billet.


Je ne demande rien d’autre, une discussion argumentée, développée, posée, nourrie, enrichie. Mais de votre côté, rien ou si peu de cette volonté de dialogue, qui est pourtant une vertu des catholiques, n’est ce pas ?


En outre, jamais je n'ai dit que le capitalisme ou le libéralisme était idéal ou parfait, ce serait d'une bêtise monumentale, je ne prétends rien d'autre que la chose suivante. Je ne comprends pas le système économique voulu par l'Eglise, je ne comprends pas comment il fonctionne, je ne comprends pas comment il serait possible de le mettre en place dans un monde où les catholiques sont minoritaires, je ne comprends pas comment on peut obliger des athées à être charitables au nom de Dieu, je ne comprends pas comment ce système intégrerait, d'un point de vue moral, les outils sophistiqués qui sont ceux des entreprises aujourd'hui. Mon point de vue consiste juste à affirmer qu'il n'y a pas d'autre solutions que de rechristianiser ces acteurs afin de construire un capitalisme un peu plus moral, parceque jamais il se ne sera possible de se passer de ces intervenants.


L’Eglise a raison lorsqu'elle appelle à plus de régulation, elle est dans son rôle lorsqu'elle critique les excès et propose des voies de réflexion, d'amélioration du système vers un plus grand bien commun. Mais de là à proposer un autre système économique, laissez-moi vous avouer mon scepticisme.



Le capitalisme n’est certes pas le meilleur système, mais c’est le moins pire de tout ce que l’on a pu trouver jusqu’ici. Ce n'est pourtant pas un point de vue compliqué à comprendre, que je sache.


Vous continuez:

Les deux messages, bien sûr, celui de gauche et celui de droite, disent exprimer un point de vue catholique.

Il y aurait de quoi se fâcher...


En ce qui me concerne, désolé, mais c’est déjà fait, et pourtant, je ne suis pas soupe au lait…


Si je peux me permettre, arrêtez de confisquer le débat autour du statut de catholiques, en vous réclamant seul de celle-ci, c'est d'une gaminerie sans nom, que je sache, la doctrine sociale de l'Eglise ne fait pas partie du Credo. Les divisions et désaccords ont toujours fait partie de l’Eglise, sans que ceux-ci ne la tuent, aidée qu’elle était par le St Esprit. En outre, vous qui vous réclamez du compendium,, dans un nombre important de vos billets, je me permets de vous rappeler ces passages qui vous auront certainement échappé :

 

347 Le marché libre est une institution socialement importante en raison de sa capacité de garantir des résultats suffisants dans la production de biens et de services. Historiquement, le marché a prouvé qu’il pouvait lancer et soutenir à long terme le développement économique. Il existe de bonnes raisons d’estimer qu’en de nombreuses circonstances « le marché libre soit l’instrument le plus approprié pour répartir les ressources et répondre efficacement aux besoins » (Jean-Paul II. Encycl. Centesimus annus). La doctrine sociale de l’Église considère positivement les avantages sûrs qu’offrent les mécanismes du marché libre, aussi bien pour une meilleure utilisation des ressources que pour la facilitation de l’échange des produits; « surtout, ils [les mécanismes] placent au centre la volonté et les préférences de la personne, qui, dans un contrat, rencontrent celles d’une autre personne »

(idem).


Un vrai marché concurrentiel est un instrument efficace pour atteindre d’importants objectifs de justice : modérer les excès de profit des entreprises; répondre aux exigences des consommateurs; réaliser une meilleure utilisation et une économie des ressources; récompenser les efforts des entreprises et l’habileté d’innovation et faire circuler l’information de façon qu’il soit vraiment possible de confronter et d’acquérir les produits dans un contexte de saine concurrence.


348 Le marché libre ne peut être jugé sans tenir compte des fins qu’il poursuit et des valeurs qu’il transmet au niveau social. De fait, le marché ne peut pas trouver en lui-même le principe de sa propre légitimation. Il revient à la conscience individuelle et à la responsabilité publique d’établir un juste rapport entre les fins et les moyens. Le profit individuel de l’agent économique, bien que légitime, ne doit jamais devenir l’unique objectif. À côté de celui-ci, il en existe un autre, tout aussi fondamental et supérieur, celui de l’utilité sociale, qui doit être réalisé non pas en opposition, mais en cohérence avec la logique du marché. Quand il remplit les importantes fonctions rappelées ci-dessus, le marché libre sert le bien commun et le développement intégral de l’homme, tandis que l’inversion du rapport entre les moyens et les fins peut le faire dégénérer en une institution inhumaine et aliénante, avec des répercussions incontrôlables.


349 La doctrine sociale de l’Église, tout en reconnaissant au marché la fonction d’instrument irremplaçable de régulation au sein du système économique, met en évidence la nécessité de l’ancrer dans des finalités morales qui assurent et en même temps circonscrivent d’une manière adéquate l’espace de son autonomie. On ne peut souscrire à l’idée de pouvoir confier au seul marché la fourniture de toutes les catégories de biens, car une telle idée est basée sur une vision réductrice de la personne et de la société. Face au risque concret d’une « idolâtrie » du marché, la doctrine sociale de l’Église en souligne les limites, que l’on peut facilement relever dans l’incapacité constatée où il se trouve de satisfaire les exigences humaines importantes pour lesquelles il faut « des biens qui, par leur nature, ne sont et ne peuvent être de simples marchandises », biens non négociables selon la règle de « l’échange des équivalents » et la logique du contrat, typiques du marché.” 

 

Rien de tout cela, mêmes les indications morales, ne vont directement à l’encontre des hedges funds, qui, vous avez l’air de l’oublier, ont une utilité économique, n’en déplaise également à ceux qui nous gouvernent, dont vous êtes bien placé pour savoir à quel point ils hurlent avec les loups. Même des hedges funds peuvent avoir un autre but que le profit. Mais pour cela, il faut que les acteurs eux-mêmes aient une haute idée de la fonction, de leur importance, en bref, qu'ils soient chrétiens, et ce n'est pas en bannissant les hedge funds que vous résoudrez les problèmes liés à la finance...


Enfin, je regrette mais je suis obligé de constater que si on avait tout simplement pu en discuter par mail, en commentaire, on aurait évité ce lavage de linge sale en public, qui n’est pas vraiment digne de votre stature. Et je demande aux lecteurs de me pardonner pour cette lettre, de m'excuser de les importuner avec ces histoires.


Soyez assuré que vous avez la possibilité de vous défendre ici, à la suite de ce billet bien trop long, je ne supprimerais pas vos commentaires, si toutefois vous décidez d’en faire, je me permettrais juste d’y répondre, hors de question pour moi d’utiliser vos méthodes.
 

Veuillez agréer, Monsieur de Plunkett, l’expression de mes salutations distinguées.
Votre serviteur,
Polydamas


PS:  Sachez que si je suis anonyme, c'est parce que je ne peux pas me permettre, pour des raisons professionnelles, que vous comprendrez certainement, d'apparaître sous mon vrai nom sur ce blog, nullement d'une tentative pour me défiler. Mais je vous rassure, je n'ai toujours employé qu'un seul pseudo sur le net, je suis reconnaissable de tous. Et tout un chacun pourra se faire son opinion à ce sujet, en consultant librement mon site et en commentant les articles qu’ils souhaitent…

 

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Rédigé par Polydamas

Publié dans #Entracte