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Finance

Contrairement à ce qu'on pourrait croire intuitivement, le système économique actuel ne respecte pas les fondements économiques du libéralisme. Le capitalisme mondialisé, les hedge funds, les banques gigantesques, les bonus outranciers, tout ceci s'explique davantage par des positions à caractère monopolistique ou oligopolistique, par l'histoire, que par la doctrine libérale.

Pour rappel, la doctrine libérale en matière économique tend à limiter au minimum le rôle de l'Etat, et à laisser la concurrence, ainsi que le cours normal du marché, réguler l'économie. Et surtout, le principe de base est que l'Etat ne peut pas être le régulateur de la masse monétaire. En d'autres termes, il ne peut utiliser la masse monétaire à son service, en vue de ses différentes politiques. Tout l'inverse d'aujourd'hui, où les autorités, qu'elles soient européennes ou américaines, interviennent sans cesse dans le marché, et où les oligopoles sont légions.

On assiste ainsi à des aberrations. Un exemple, les programmes exceptionnels d'achat de dettes américaines par la Réserve Fédérale. Sur les 1000 milliards de dollars de bons du Trésor émis par le gouvernement américain en 2009, la Fed en a finalement acheté plus de 300, c'est à dire près d'un tiers. Des banques centrales qui rachètent des emprunts d'Etat, c'est un peu comme si un arbitre se mettait à jouer et à marquer des buts, lors d'une partie de football, et que le match était considéré comme valide.

Pourquoi ces programmes ? Parce que les Banques Centrales, que ce soit la Réserve Fédérale ou la BCE, sont les seuls acteurs à avoir les reins suffisamment solides pour continuer à acheter des obligations d'Etat dont personne ne veut en réalité, mais qui sont la contrepartie de l'injection fantastique de liquidités nécessaires pour relancer l'économie. L'idée est d'éviter une hausse des taux longs, c'est à dire une baisse rapide du prix des emprunts d'Etat (on appelle cela un krach obligataire) qui entamerait la confiance des intervenants dans l'action des Etats, et aurait aggravé encore davantage la crise. Même si c'est nécessaire, la relance est donc financée de manière artificielle, faite avec un argent qui n'existe pas, ou plutôt qui provient de la planche à billets.

Ainsi, on creuse encore davantage le trou de la dette, dans une fuite en avant perpétuelle. Je n'en suis pas un ayatollah, puisqu'en regard d'une dette, il faut toujours évaluer les actifs que celle-ci a financés. Ce qui est inquiétant, si on prend le cas de la France, ce n'est pas tant le niveau en valeur absolue de la dette, moindre qu'ailleurs (enfin, cela peut varier considérablement selon le mode de calcul), que le rythme d'accélération de celle-ci, ce que la crise ne vient pas arranger, et l'incapacité des politiques à renverser le mouvement.

C'est d'ailleurs ce que sont incapables de voir les antilibéraux, où on peut inclure certains catholiques, l'Etat a toujours plus ou moins gardé la main sur l'économie, via les politiques monétaires ou dirigistes. Parfois pour de très bonnes raisons, on ne peut le nier. La privatisation des profits et la socialisation des pertes, qu'ils fustigent à raison, n'a pas commencé avec la crise. L'Etat a eu parfois la main malheureuse comme le très subventionné programme des subprimes, initié par les démocrates américains durant les années Clinton, et qui s'est terminé de la manière dont on sait, les populations insolvables ne pouvant à la fois consommer et devenir propriétaires, il n'y a pas de miracles. A la rigueur, on peut comprendre l'interventionnisme étatique dans certaines situations très ponctuelles, mais la réalité est tout autre, à chaque fois que l'Etat s'engage dans une politique donnée, il ne s'en désengage ensuite que trop rarement.

Or il existe un système qui permet d'éviter ce genre de dérapages, et de mieux réguler l'action de l'Etat, c'est celui de l'étalon-or. Le principe très sain de l'étalon-or est que toute opération de crédit doit être lié à une réserve d'or physique placée en dépôt auprès de la Banque Centrale et que chaque unité monétaire émise peut être convertie en or, à un taux fixé. Avec ce système, la demande de crédit est limitée, les emprunteurs se font concurrence les uns les autres pour opérer, ce qui a tendance à faire grimper le taux du crédit, et à accroître, dans certaines situations, la déflation. Si la croissance est de facto plus stable, elle est moins volatile, donc moins importante. Le cours des monnaies est ensuite plus conforme à la réalité des échanges entre les pays.

Il ne faut pas se leurrer, comme dans tout système, il y a des crises, l'étalon-or n'y échappe pas. Du fait de l'incapacité des gouvernements à pouvoir réinjecter des flux dans l'économie, les crises y seront certainement plus dures que celles qu'on a pu connaitre dans le système de changes actuel. C'est l'une des raisons pour lequel il avait été abandonné, l'Etat n'ayant justement pas de marges de manoeuvre pour redresser ou diriger l'économie à sa convenance. Mais au moins ce système a-t-il le mérite de limiter les montants de dette accumulées par les Etats, de valoriser le cout de l'emprunt à un taux plus conforme à la réalité de la concurrence. Autre avantage, si l'étalon-or ne supprimera ni les hedge funds, ni les bonus, il les rendra probablement plus raisonnables, le recours au crédit étant beaucoup plus cher, ce qui permet de limiter les risques. En outre, l'Etat n'ayant plus les moyens de protéger les banquiers contre eux-mêmes, ceux-ci s'auto-réguleraient pour éviter de périr dans des opérations trop risquées.  Le problème de l'aléa moral serait donc résolu.

Pour de plus amples explications, on pourra se rapporter à cet article d'Alan Greenspan, qui en vante les bienfaits, les mérites et la stabilité dans une économie. Oui, c'est le même Alan Greenspan, ancien président de la Fed, qui a eu, à ce titre, une politique monétaire des plus souples, cause de la crise des subprimes. Même si, sur le moment, il avait de très bonnes raisons d'agir ainsi, on a pu constater récemment à quel point sa politique fut mal adaptée, parce que trop à l'écoute des desiderata des marchés financiers, et finalement en contradiction avec ce qu'il évoque de l'étalon-or.

Ce système, mis en pratique dans le monde à la fin du XIXe avait à peu près fonctionné correctement, avec bien sûr, les crises inhérentes au capitalisme. Les guerres mondiales en ont signé l'arrêt brutal. Certains antilibéraux considèrent que c'est justement l'étalon-or qui explique ces guerres mondiales, les nations se faisant compétition pour accroître leur stock d'or, croyant augmenter leur richesses. Mon avis est quelque peu sceptique sur la question, l'humain n'ayant pas besoin de motivations financières pour se battre avec son voisin, les motivations nationalistes, ethniques, politiques ou historiques expliquant déjà largement les choses, l'économie n'est clairement pas la priorité.

Reste que le plus grand défaut de ce système est qu'il oblige tous les acteurs, et notamment l'empire dominant, à une discipline forte pour éviter de creuser sa balance des paiements. Ce qui est du ressort du voeu pieux. C'est ce qu'on a pu constater dans les années 60, avec le système de Bretton Woods, et l'étalon de change-or (seul le dollar est convertible, les autres monnaies mondiales étant indexées à celui-ci). La forte croissance des USA a creusé leur déficit des paiements; certains de leurs créanciers, comme la France du Général de Gaulle, ont alors demandé la conversion de leurs dollars en or. Voyant les réserves d'or de Fort Knox baisser à grande vitesse, le président Nixon décide unilatéralement le 15 Août 1971 de suspendre la convertibilité en or de la monnaie américaine. L'étalon-dollar, gagé non plus sur l'or, mais sur l'emprunt d'Etat américain, était né.

Le système que l'on connait actuellement, ce ne sera une surprise pour personne, est donc fondé sur la puissance industrielle, militaire et culturelle américaine. Problème: la dette des Etats-Unis, s'accroissant de manière exponentielle, sous l'effet conjugué des guerres, de la consommation et des plans de crise, tend à faire chuter la valeur de la monnaie américaine, ce qui pousse à la hausse la valeur de l'or qui, en parallèle, ne cesse de briser des records. Le dilemme est simple : soit les américains continuent à s'endetter sur des niveaux inconnus jusque-là (si ce n'est au Japon), ce qui aura des conséquences systémiques et dévastatrices à long terme, notamment en termes d'inflation mondiale, soit ils restructurent leur endettement, ce qui aura nécessairement pour effet de réduire la consommation américaine, et donc d'empêcher le retour de la croissance mondiale, et de perpétuer la crise. Priorité est donnée pour le moment à la résolution de la crise. Mais pour combien de temps ? C'est tout l'enjeu de ce qu'on appelle les stratégies de sortie de crise de la part des banques centrales.

Pour le moment, la Chine joue son rôle de premier partenaire américain, et achète, secondée en cela par les autres banques centrales, les emprunts d'outre-atlantique, histoire de ne pas voir péricliter ses actifs libellés en dollars. Le premier producteur du monde (la Chine) achète les obligations émises par le premier consommateur du monde (les Etats-Unis) afin de payer ses achats à l'Empire du Milieu (vous pouvez prendre un aspirine). Ce petit jeu ne continuera pas éternellement. Même si c'est la condition nécessaire pour pouvoir exporter ses produit, la Chine sera probablement lassée d'être payée en monnaie de singe. Etant donné qu'il lui prend des velléités de leadership mondial, dès qu'elle aura les moyens de s'appuyer sur sa consommation interne, elle s'arrachera de la tutelle américaine en vendant sa dette. Par exemple, on sait que la Chine tend à réduire le plus possible la durée de vie des emprunts américains qu'elle détient, laissant le soin à d'autres de porter les plus longues échéances. Ça peut vouloir dire que la Chine arbitre les différences de rémunération entre les échéances, ou, dans une vision plus pessimiste, qu'elle n'a plus confiance dans l'Etat US pour assurer le remboursement à long terme de sa dette, et qu'elle préfère donc se rabattre sur des obligations à échéance courte.

L'étalon-or aurait l'avantage d'empêcher ces excès, de les limiter dès le début. A titre personnel, je pensais que l'étalon-or était une fausse bonne idée, globalement inapplicable, et surannée, parce que trop dépendante des stocks d'or. La crise actuelle, dont les racines proviennent de piètres ajustement monétaires, d'un interventionnisme court-termiste de la part des Etats, me pousse à jeter un regard différent sur ce système, et à revoir mes a priori, malgré ses défauts. Ironie de l'histoire, certains conservateurs demandent désormais l'application de l'étalon-or, conscients de la problèmatique posée par un Etat qui maitrise la diffusion monétaire. Ce faisant, ils se rangent aux côtés des économistes les plus libéraux, qui critiquent violemment le système étato-capitaliste que l'on connait aujourd'hui. Parce qu'il ne faut pas croire que les montants de dette gigantesques, notamment aux Etats-Unis ou au Japon, pourraient être réglés d'un coup de baguette magique, en excluant tout scénario catastrophe comme la faillite d'un Etat.

Mais la véritable difficulté de ce débat n'est pas là, sur les bénéfices comparés de tel ou tel système. Car si c'est la solution de beaucoup de difficultés globales, il est illusoire de penser que les empires dominants, que ce soit les Etats-Unis, ou bientôt la Chine, décident de revenir d'eux-mêmes à l'étalon-or. D'un point de vue politique, la monnaie est une arme beaucoup trop importante pour être abandonnée. Et pourtant, c'est ce qu'il faudrait peut-être réaliser pour avoir un capitalisme plus sain, plus régulé, plus équilibré, plus conforme à la nature des choses.

Chez les professionnels, c'est une hypothèse dont on discute désormais ouvertement. Conscient que le dollar a perdu 99% de sa valeur depuis un siècle, certains, notamment au Brésil ou en Inde, commencent à s'interroger sur l'étalon qui le remplacera d'ici quelques décennies. On parle de DTS, de droits de tirages spéciaux, à savoir une monnaie de réserve, synthèse de plusieurs monnaies différentes, pour les échanges bancaires. Mais une monnaie s'articule toujours sur un pays en particulier, un pouvoir, un Etat, et cette monnaie mondialiste est complètement désincarnée, donc peu séduisante. L'étalon-yuan est l'hypothèse la plus crédible, mais il est encore trop tôt pour y passer, la Chine n'ayant pas encore les ressources financières, logistiques et humaines pour prendre le leadership, même si elle ne se prive pas de faire ses emplettes partout sur le globe. Tant que Shanghaï demeurera une place financière de casino, ce qui est le cas pour le moment, Wall Street peut continuer à spéculer tranquillement. Avec du dollar dont la valeur ne cesse de plonger...


Voir les 5 commentaires - Ecrire un commentaire - Publié dans : Finance - Par Polydamas
Mercredi 18 novembre 2009 3 18 /11 /2009 17:47
Parmi les commentateurs non blogueurs de qualité,  quelques noms me viennent en tête: Vhp, Denis I,
et bien sûr, un intervenant qui se fait régulièrement remarquer pour la qualité de ses interventions, Robert Marchenoir. Or ce dernier vient d'intégrer la fine équipe d'ILYS et c'est une bonne nouvelle. Tous ses billets sont réunis ici.

Voici ce qu'est capable de pondre le personnage, ce sont des textes extrêmement bien ficelés, j'en suis, pour ma part, très admiratif. XP avait commencé avec ce commentaire remarquable, on pourrait en trouver bien d'autres. Il est dommage de laisser des textes pareils dans l'obscurité des commentaires.

Tel est le cas du logement social en France:

La situation du logement dit social en France est aberrante, indépendamment de l’immigration. Les vrais chiffres qui permettent de la comprendre ne sont pratiquement jamais évoqués dans les médias. Ils sont pourtant disponibles pour qui s’en donne la peine.

Je n’ai pas le temps de vous les retrouver un par un, mais la synthèse du problème est la suivante (en 23 points — eh oui, ce commentaire va être long; il y a des problèmes complexes qui ne s’expliquent pas en deux-trois slogans…).undefined

1. Il y a beaucoup trop de logements sociaux en France. Je répète, au cas où certains auraient cru à une erreur: on ne manque pas de logements sociaux; bien au contraire, il y en a trop.

2. Le pourcentage des locataires, en France, qui habitent dans un logement communiste (c’est à dire qui sont logés par l’Etat, c’est à dire qui habitent un logement social) est absolument effarant (de l’ordre de 40%, si je me souviens bien).

3. La vocation normale du logement social, si tant est qu’il doive exister dans un pays, est de loger la petite minorité de gens qui ont tellement peu de revenus qu’ils ne peuvent s’en sortir par eux-mêmes; et de le faire temporairement (un an, deux ans), le temps que ces personnes puissent sortir la tête de l’eau et réintégrer le secteur privé.

4. Ces deux conditions sont à l’opposé de la situation française, où être logé par l’Etat est considéré comme un drouadlôm, au point que cela a été inscrit dans la loi par un gouvernement prétendu de droite.

5. Comme cela a été indiqué par Moi Mad, sur le papier, la majorité des Français a droit à un logement social. Cela seul devrait mettre la puce à l’oreille, et faire comprendre que le système tel qu’il est conçu est aberrant: on ne peut pas concevoir qu’une majorité de Français soit “pauvre” au point qu’elle doive être secourue par l’Etat pour se loger.

6. Les locataires de logements sociaux ont, en majorité, des revenus corrects. Ce ne sont pas forcément des riches, mais ce ne sont pas des pauvres non plus. En revanche, les vrais pauvres, ceux auxquels les logements sociaux devraient être destinés, en principe, sont sous-représentés.

7. Les gens restent très longtemps dans un logement social — beaucoup trop longtemps. Le taux de rotation est très faible. Normal: on ne renonce pas aisément au privilège d’un loyer deux ou trois fois inférieur au prix du marché.

8. Les locataires dont le revenu a dépassé le seuil admissible pour avoir droit à un logement social restent en place. Les surloyers, prévus en pareil cas, sont très rarement appliqués.

9. Les frais de gestion des logements sociaux sont bien plus élevés que ceux des logements privés. C’est aberrant sur le papier, puisque des logements “de pauvres” devraient coûter nettement moins cher (en entretien, en parties communes…) que les logements “de riches”.

Mais on retrouve là une loi qui se vérifie partout: le secteur privé est plus efficace, moins gaspilleur, que le secteur public. La différence s’explique, entre autres, par la corruption: un organisme HLM, n’étant pas soumis à la loi du marché, sert à fournir des postes (bien) rémunérés à des amis politiques.

L’argent de la corruption est de l’argent volé à tous les citoyens, et en particulier aux plus pauvres.

10. Il existe une incitation, pour les organismes de HLM, consubstantielle au système, à favoriser les locataires les plus aisés, et à fermer les yeux sur le non-respect des règles d’attribution et de maintien dans les lieux. Un “pauvre” a plus de chances d’être un mauvais payeur.

Or, il est très difficile d’expulser un mauvais payeur d’un HLM, encore plus que dans le secteur privé: son dossier se retrouverait aussitôt devant le maire… qui fait tout pour être être réélu.

11. On connaît des cas (région parisienne, mairie communiste), où des “locataires” de HLM ont cessé de payer leur loyer pendant dix ans et plus. Expulser des “pauvres” étant fâchiiisse, ce genre de situation est presque inévitable.

12. Le logement locatif privé est rare, cher, et régi par des pratiques ultra-sélectives. Puisque la loi rend extrêmement difficile et coûteuse l’expulsion d’un mauvais payeur — et interdit, sauf rares exceptions, de se débarrasser d’un locataire une fois qu’un bail a été signé — cet état de fait est inévitable.

13. Par conséquent, la demande de logement locatif qui ne peut être satisfaite dans le privé se reporte sur le logement pseudo-social — qui n’est autre qu’un logement d’Etat. L’écart de prix étant énorme, la demande de logement social est, et restera, infinie par rapport à l’offre.

Aucun programme de “construction de logements sociaux”, aussi massif soit-il, aucun “plan Marshall” ou autres rodomondates politiciennes et revendicatives ne saurait remédier à ce déséquilibre de la demande par rapport à l’offre.

14. Ceux qui vivent dans des logements massivement subventionnés, et qui ont été formatés par un siècle de propagande à tout attendre de l’Etat, n’ont naturellement pas tendance à se considérer responsables du lieu où ils vivent. D’où négligences, incivilités, dégradations, actes anti-sociaux, qui pourrissent la vie de tous.

En réaction, les stato-gauchistes prétendent éternellement que l’Etat “n’en fait pas assez”, et la boucle est bouclée. Le puits sans fonds de la dépense publique inefficace se creuse toujours plus.

15. Comme le marché du logement social ne peut être régulé par le prix, il est régulé par la corruption et la magouille. Pour se faire loger en HLM, il faut être bien vu de la mairie, de l’assoce qui est dans les petits papiers du maire, connaître Chose ou Machin, etc.

Cela détruit le “lien social” et le “vivre-ensemble” — expressions que je déteste vu l’usage qui en est fait par la gauche, mais qui correspondent néanmoins à une réalité.

16. Comme dans tous les cas où un Etat socialiste prétend s’affranchir massivement des lois du marché, ce dernier se venge par des pratiques illégales.

Moi Mad a cité le cas d’un locataire en HLM propriétaire de trois appartement de rapport. De tels contournements sont multiples et inévitables. Grâce à la géniale politique gauchiste de “mixité sociale”, je connais un locataire de HLM dans un quartier chic de Paris qui arrondit ses fins de mois en louant son logement à des visiteurs étrangers, au noir, à la semaine, aux prix du marché touristique.

Quand on prétend aider les pauvres en créant des déséquilibres énormes par rapport aux prix du marché, ce ne sont pas les pauvres qui en profitent: ce sont les petits malins qui détournent le système, et qui volent l’argent public — c’est à dire celui des pauvres.

17. Comme l’Etat s’arroge le monopole du marché du logement locatif courant (le prétendu logement social), les promoteurs privés, victimes de concurrence déloyale, se désintéressent de ce marché, et se concentrent sur l’habitation haut de gamme. Cela aggrave la pénurie de logements locatifs privés, qui à son tour amplifie la pénurie de logement d’Etat, etc. Cercle vicieux.

Or, il n’y a aucune raison pour que des promoteurs privés et des propriétaires privés ne puissent pas gagner de l’argent en construisant, puis en louant des logements à des “pauvres”, à un loyer que ces derniers puissent payer. De nombreux exemples étrangers le prouvent. Au Canada, aux Etats-Unis, en Belgique, de nombreux “pauvres” sont logés ainsi, à la satisfaction et des propriétaires et des locataires. Pourquoi cela ne serait-il pas possible en France?

18. Parce que, par ailleurs, la France est étouffée par des réglementations qui interdisent de construire des logements sur la quasi-totalité du territoire — sauf exception et autorisations spéciales, difficiles, longues et coûteuses à obtenir. Ce point, fondamental, est le plus méconnu. C’est lui qui fait grimper de façon artificielle le coût du logement — qu’il s’agisse de la location ou de l’achat.

Les réglementations extrêmement restrictives qui régissent les permis de construire, les plans d’occupation des sols conçus sous prétexte de protection de l’environnement, donnent en réalité une prime injuste aux propriétaires existants (dont le bien s’apprécie, dont la vue est préservée), au détriment des candidats à la propriété et à la location.

La pénurie de logements artificielle qui en résulte, et qui fait monter les prix, a été démontrée aux Etats-Unis, où des situations opposées existent, selon les Etats. Dans les zones à la fois peu réglementées et économiquement dynamiques (c’est à dire attractives), les prix de l’immobilier ont très peu monté.

19. Cette situation ahurissante existe en France presque sans interruption depuis… 1918. Sous prétexte d’aider “momentanément” les victimes de la guerre à se loger, la France a mis en place des lois pro-locataires et anti-propriétaires qui aboutissent à une semi-nationalisation de fait du logement locatif privé, à une semi-expropriation des propriétaires.

Etonnez-vous, après cela, que les propriétaires soient réticents à louer, et mettent des barrières infranchissables à l’entrée dans les lieux.

20. Les mesures de blocage des loyers de 1918 ont été reconduites après la Seconde guerre mondiale, avec la fameuse loi de 1948. Conçue pour les veuves de guerre, elle subsiste jusqu’à nos jours, longtemps après la mort des derniers survivants.

Dans l’immeuble privé où j’habite, une vieille dame est décédée l’année dernière. Elle était entrée dans les lieux en… 1947. Bénéficiant de la loi de 1948, elle n’avait pas de bail et ne payait pas de loyer, mais une “indemnité d’occupation”, devenue, au fil des ans, massivement inférieure au loyer des autres occupants de l’immeuble, pour un appartement exactement semblable. Depuis 1948, ses propriétaires successifs (eux aussi décédés, au fil des années, et suivis par leurs héritiers), avaient interdiction de l’expulser, de par les sages édits de l’Union des Républiques Socialistes Françaises.

21. Depuis 1954, l’idéologie officielle de la France, en matière de logement, est celle de l’abbé Pierre. De l’extrême-gauche à l’extrême-droite, tout le monde est abbépierriste, ce qui se résume à ceci: les pauvres sont gentils, les pauvres ont du mal à se loger, et c’est mal; les riches sont méchants, ils sont pourris de pognon, ils n’en donnent pas assez aux pauvres pour se loger, et c’est mal; s’il y a la crise du logement, c’est parce que l’Etat ne donne pas assez de pognon pour loger les pauvres, ne construit pas assez de HLM, ne fait pas assez de “grandes lois” et de “plans Marshall”, et ça c’est crès crès mal.

Depuis 1954, les politiciens se font photographier aux côtés de l’abbé Pierre (maintenant, aux côtés de “Don Quichotte”, version hargneuse et laïque de son prédécesseur), parce que c’est électoralement payant.

Ils font, ensuite, plus ou moins ce qu’il leur a dit de faire (ce qui s’est vérifié avec Monsieur Don Quichotte et l’inapplicable loi sur le droit au logement): résultat, les mêmes causes produisent les mêmes effets, c’est à dire qu’on s’obstine à patauger dans la même merde depuis 1954.

L’effroyable vérité est que la pénurie de logements est créée et entretenue par les mesures mêmes qui prétendent l’éliminer — comme souvent en matière économique.


22. Inutile de dire que la politique immigrationniste de la France aggrave ce cercle vicieux. Les preuves abondent sur ce site, tout le monde en est convaincu ici, je n’y reviens donc pas.

Mais ce qui est important, c’est de comprendre que l’immigration n’est pas à l’origine de la crise du logement. Les mécanismes pervers qui l’entretiennent depuis près d’un siècle lui préexistent.

23. Je ne saurai trop vous encourager à lire le petit livre intitulé “Logement: crise publique, remèdes privés” de Vincent Bénard, d’où sont tirés la plupart des faits et analyses mentionnés ici.

Je conseille à 30% des lecteurs de FDS de saisir auparavant le sac à vomi qui se trouve sous leur siège, car Vincent Bénard, président de l’Institut Hayek de Bruxelles, est un horrible ultra-libérâââl qui ne s’en cache même pas (le salopard).

Toutefois, après avoir rendu leur cassoulet ou leur choucroute, ils découvriront une enquête à la fois unique et honnête, qui leur fournira matière à réflexion.

Et si vous n’avez vraiment pas de quoi acheter son livre pour l’encourager dans son travail d’intérêt public (ce qui serait dommage), vous pouvez lire son blog, où il présente l’essentiel de ses recherches gratuitement:

http://www.crisepublique.fr/


Trouvé sur le best-of des commentaires de FDS.

Voir les 29 commentaires - Ecrire un commentaire - Publié dans : Finance - Par Polydamas
Dimanche 29 mars 2009 7 29 /03 /2009 10:36
Il faut lire ce texte. Et notamment, tout ceux qui critiquent l'anonymat et la virtualisation du marché.

Il faut lire ce texte parce qu'il explique très concrètement combien un marché est naturel, à quel point toute communauté en a besoin. On pourrait même dire qu'une fois satisfait les besoins fondamentaux, l'échange est le principe autour duquel s'articule une vie au quotidien. Cet article décrit par le menu comment, à partir du troc, une économie se crée de toutes pièces dans l'environnement fermé qu'est un camp de concentration de prisonniers militaires.

Cet univers, simple à priori, connait pourtant toutes les mêmes lois que l'économie réelle. Tout y est, monnaie, marché, offre, demande, crédit, marchés à terme, inflation, déflation, bulles, krachs, salaire, sans oublier tous les désagréments que peuvent causer les monopoles ou le contrôle des prix. On y retrouve même l'hostilité classique envers les spéculateurs, même si leur utilité est là bien plus apparente. Une chose est sûre, même pour ceux qui vivent le pire, le marché est le meilleur moyen d'améliorer le quotidien.

On y constate également la pertinence de quelques principes célèbres d'économie, la mauvaise monnaie chasse la bonne, il n'y a pas de juste valeur des choses, uniquement de l'offre et la demande, etc. Ce texte est la traduction d'un article paru dans la revue Economica, au sortir de la guerre.

Quelques extraits ci-dessous pour vous mettre en bouche.

L’étude de l’organisation économique d’un camp de prisonniers de guerre est d’un grand intérêt sociologique. Elle permet de saisir le caractère universel et spontané de la vie économique, qui se développe, non par imitation consciente, mais en réponse à la pression des besoins et des circonstances. Si l'organisation économique du camp paraît calquée sur celle de la société civile, cela tient au fait que les mêmes incitations suscitent des réponses similaires.
(...)

Le marché

Heureusement, ce bruyant système de colportage fut bientôt remplacé par l’institution d’une bourse d’échanges dans chaque baraquement : sous les rubriques "nom", "numéro de chambre", "demandé" et "offert", chacun pouvait publier son annonce sur le tableau des échanges. Quand une affaire était conclue, l’annonce était effacée. En raison du caractère public et permanent des transactions, les prix en cigarettes étaient bien connus de tous, ce qui mettait tout le monde sur un pied d’égalité -- même s’il y avait toujours moyen pour un commerçant astucieux de tirer profit d'une possibilité résiduelle d'arbitrage. Tous, y compris les non-fumeurs, acceptaient les cigarettes en paiement, car on pouvait tout acheter avec.
(...)

Le travail salarié

En fait, il y avait un embryon de marché du travail. Même en période d’abondance, il y avait toujours un malchanceux prêt à vendre ses services pour quelques cigarettes. On pouvait faire laver sa chemise pour deux cigarettes. Un uniforme était nettoyé et repassé, un autre prêté en attendant, pour douze cigarettes. Un beau portrait au pastel coûtait trente cigarettes. De même, la couture et d'autres travaux avaient un prix.
(...)

Le spéculateur

Un négociant en denrées alimentaires et cigarettes, opérant dans une période de pénurie, jouissait d'une haute réputation. Fort d'un capital de 50 cigarettes, patiemment épargné, il achetait des rations le jour de leur distribution, et les revendait à bon prix dans les jours qui suivaient. Il tirait aussi parti des possibilités d'arbitrage, en étudiant plusieurs fois par jour les annonces affichées sur le tableau des échanges, à l’affût du moindre écart entre les prix acheteurs et les prix vendeurs. Sa connaissance des prix, des marchés et des noms de ceux qui avaient reçu des colis de cigarettes, était phénoménale. Comme il était gros fumeur, il pouvait ainsi fumer son bénéfice sans toucher à son capital.
(...)

La monnaie

En dépit de sa spécificité, la monnaie cigarette remplissait toutes les fonctions d'une monnaie métallique –- comme unité de compte, moyen de paiement et réserve de valeur --, et partageait la plupart de ses caractéristiques : un bien homogène, raisonnablement durable, et divisible -- en unités ou en paquets, selon l’importance des transactions. Incidemment, et comme la monnaie de métal, elle pouvait être altérée, ou allégée, par exemple en la roulant entre ses doigts pour en sortir un peu de tabac.
Les cigarettes étaient également soumises à la loi de Gresham. Comme monnaie, une cigarette en valait une autre, mais, chez les fumeurs, certaines marques étaient plus populaires que d’autres. Les gens payaient avec les cigarettes les moins prisées et fumaient les autres. Ainsi, la boutique ne recevait que rarement les cigarettes les plus populaires, comme les Churchman n°1.
(...)

La fluctuation des prix

De nombreux facteurs affectaient les prix, les plus importants et les plus notables étant les phases successives d'inflation et de déflation monétaires. Le cycle des prix dépendait de l’offre de cigarettes et, dans une bien moindre mesure, des livraisons de nourriture. Dans les premiers jours au camp, avant qu’arrivent les premiers colis privés et que les prisonniers aient pu constituer des stocks, la distribution hebdomadaire des rations de cigarettes et des rations alimentaires avait lieu le lundi. (...) D'autres facteurs affectaient le niveau général des prix. Un afflux de nouveaux prisonniers, proverbialement affamés, était générateur d’inflation. Des bombardements aériens massifs aux environs du camp augmentaient probablement la demande non monétaire de cigarettes, aggravant la déflation. Les bonnes et les mauvaises nouvelles du front avaient certainement de tels effets, et les grandes vagues d'optimisme et de pessimisme, qui balayaient périodiquement le camp, se reflétaient dans les prix. Un matin de mars 1945, peu avant le petit déjeuner, la rumeur circula d’un arrivage imminent de colis et de cigarettes. Dans les dix minutes, je vendis une ration de sirop de canne pour quatre cigarettes, alors que j’en demandais en vain trois cigarettes jusque-là. De nombreuses transactions du même genre furent rapidement conclues. Las ! vers 10 heures, la rumeur était démentie, et le sirop de canne ne trouvait plus preneur même à deux cigarettes.
(...)

Je vous laisse découvrir la suite. A lire d'urgence pour tout ceux qui sont sceptiques sur les marchés, et leur organisation.

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Samedi 21 mars 2009 6 21 /03 /2009 19:53
Pour une fois, je vais changer de monomanie, on va discuter finance. Econoclaste me fait l'honneur de me citer dans son article sur la gestion de patrimoine que je vous invite à parcourir. Pour résumer en quelques mots son argumentation, il se demande comment il est possible que la finance ne soit pas capable de garantir la sécurité des investissements, des avoirs du client, de se préserver de toute affaire Madoff. C'est intéressant qu'il se pose la question, parce que c'est désormais toute la problématique de mon (nouveau) métier, qui consiste à sélectionner les meilleurs OPCVM pour le compte d'une institution.

Contrairement à ce que l'on pourrait croire, il est possible d'avoir une information claire sur les fonds. En effet, la réglementation française oblige les fonds d'investissement à publier un "prospectus", une sorte de fiche d'explication ou de mode d'emploi du fonds. Celle-ci donne les principales performances du fonds par rapport à son indice de référence, ses attributions et sa nature, ou même les outils que se permet d'utiliser le gérant. Or, si mes souvenirs sont exacts, ces prospectus ont valeur contractuelle ce qui veut dire qu'il est possible d'attaquer une société de gestion devant la justice, et de se faire rembourser s'il est prouvé qu'elle ne respecte pas les consignes publiées dans la notice.

Ces prospectus sont librement disponibles, généralement sur Internet, avant la souscription, à toute personne souhaitant les consulter. Le langage employé n'est globalement pas plus compliqué que les pages saumon du Figaro. Un investisseur qui montrerait qu'un gérant est sorti de ses attributions, en investissant par exemple dans des fonds crapuleux, se verrait normalement remboursé.

D'autant qu'aujourd'hui, un client, s'il a suffisamment de patrimoine investi, peut demander l'inventaire complet des positions du fonds qu'il a acheté. Seul souci, ce n'est pas parce qu'à cette date, le portefeuille ne compte pas d'investissements risqués, qu'il n'en a pas compté ou qu'il n'en comptera pas. L'asymétrie d'informations qu'évoque Econoclaste existe toujours, un investisseur, même professionnel, ne saura jamais ce qu'il y a dans la tête du gérant. C'est pour cela qu'il est important de rencontrer la société de gestion, afin de se faire une idée sur la question.

Ailleurs dans le billet, Econoclaste évoque les investissements de défiscalisation. On le voit avec Madoff, on pourrait faire le même constat avec les institutions financières situées dans les paradis fiscaux qui disposent d'une rente naturelle ne les incitant guère à fournir un service vraiment utile à leur client, autre que de la simple gestion basique. Pour l'évadé fiscal amateur, ce n'est pas une bonne idée de confier ses fonds à un gérant dans un paradis, ce dernier n'est pas incité à produire de la performance, et de la qualité de gestion (faible volatilité des cours, transparence vis à vis du client, suivi des performances), c'est tout le problème de ce qu'on constate aujourd'hui au Luxembourg avec l'affaire Madoff.

Sentiment qui est confirmé par les différents témoignages que j'ai pu entendre, les institutions financières placées dans les paradis fiscaux ne sont clairement pas réputées pour leur efficacité. Même UBS, leader suisse de la gestion de patrimoine, n'affiche pas des performances extraordinaires. Pour rappel, UBS vient de publier, il y a quelques jours, une perte de 13 milliards d'euros. Et encore, je ne parle pas d'autres paradis, où la corruption des gérants est généralisée et fait partie de la culture maison. Non, si vous souhaitez vraiment faire de l'évasion fiscale, il vaut mieux ouvrir un compte titres à l'étranger et le gérer seul par Internet.

Econoclaste affirme ensuite:

Dans son récent livre consacré aux finances personnelles, John Kay décrit bien l'expérience typique de l'épargnant qui va voir son conseiller de clientèle à la banque; le plus souvent, le conseiller n'en sait pas plus que lui, ne cherche pas tellement à connaître les besoins de son client,

Là je me permettrai d'être en désaccord avec Econoclaste. Car c'est justement là qu'interviennent les petites boutiques de gestion. Dans celle-ci, les gérants et les "ingénieurs patrimoniaux" sont beaucoup plus à même de saisir et de comprendre, la finalité, les besoins, les ressources de chaque client, et de construire une stratégie adaptée en vue de ces objectifs. Bien évidemment, un particulier se verra proposer, dans une société de gestion, les fonds de la maison. Mais rien ne l'empêche, s'il n'en est pas satisfait, d'ordonner la souscription dans d'autres fonds, qui lui paraissent plus performants. Le coût ne sera pas le même qu'une grande institution, mais il y a beaucoup de chances pour que le service soit plus personnalisé, et plus adapté à la situation du particulier.

En outre, comme je le rappelais dans mon commentaire qu'il cite, les sociétés de gestion peuvent développer des compétences sur tel créneau qui vont aiguiller le particulier vers tel investissement plutôt qu'un autre. Ces marchés où l'information est peu disponible, représentent des opportunités pour les particuliers uniquement s'ils y sont correctement guidés.

Cela dit, sur les "fonds classiques", il est vrai que peu de gérants parviennent à battre leurs indices de manière régulière. Sauf à ce qu'il ait une compétence particulière, prouvée par un historique impressionnant, l'ensemble des contraintes pesant sur les OPCVM sont telles (je vous rappelle que nous sommes en France, pays surreglementé) la plupart des gérants affichent des performances en ligne avec leur indice. Donc si on ajoute les frais de gestion, au final, il vaut mieux que les particuliers investissent dans des trackers ou ETF, la performance correspondra à l'indice, et les frais seront minimes. Par contre, il faut noter la très grande qualité de certains noms, qui parviennent régulièrement depuis des années, à avoir une meilleure qualité de gestion que leurs collègues. C'est peut être le fruit du hasard, mais sur des périodes aussi longues, ça peut être suffisant pour justifier un début d'étude sur ces fonds.

Lorsque j'achète un paquet de céréales au supermarché, il n'y a pas de différence entre ce que décrit l'emballage et le contenu de la boîte, et je ne dois pas lire de petites lignes m'indiquant que le fait d'avoir toujours eu des pétales de mais glacés au sucre dans ces boîtes ne me garantit en aucun cas d'en avoir cette fois-ci.

J'ai l'impression, et c'est ça qui fait tout le charme de la finance, que celle-ci n'a rien à voir avec de la technique, mais plutôt de l'art. Personne ne sait ce qui est dans la tête du gérant, du décideur. Personne ne connait les évolutions à moyen terme des marchés financiers. Comme le note un commentateur du billet très justement, un investissement est un pari sur l'avenir, l'achat d'une voiture ou d'un paquet de céréales est un pari sur le passé. D'où la glorieuse incertitude de l'investissement qui explique pourquoi des épargnants ont pu confier toutes leurs économies à Madoff uniquement du fait de son bon relationnel.


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Samedi 14 février 2009 6 14 /02 /2009 18:18
Je sais qu'il ne faut pas que je m'attache à lire les aberrations sur la finance que certains répètent incessamment, mais il n'y a rien à faire, je m'accroche. Dernière en date, la note de Plunkett sur le scandale Madoff, dont la connaissance en finance est, on le constate tous les jours, embryonnaire, pour ne pas dire complètement erronée.

Extrait:

Un lecteur nous signalait cet après-midi la prestation télévisée d’un « expert » (en fait, le patron d’une agence d’audit anti-risques)  affirmant qu’il fallait abolir les dernières règles légales et mettre les enquêtes de sécurité entièrement à la charge des investisseurs : à ceux-ci de payer (cher) les agences d’audit

Devant une immense escroquerie, venant aggraver une énorme catastrophe économique, due elle-même à la finance pirate, tout ce que nos joyeux quadras de la finance trouvent à proposer, c’est encore un peu plus de dérégulation… au profit de leur propre business. Comme disait l’un des personnages de Vivement dimanche : « Y en a qui disent : vaut mieux entendre ça que d’être sourd ; moi je dis : vaut mieux vaut être sourd que d’entendre ça. » Plus sérieusement, j’indique que j’ai moi-même vu l’émission. L’ « expert » en question est un garçon du meilleur monde, comme disait ma grand’mère : famille catho depuis avant Jésus-Christ, avec colonels à volonté et châteaux dans l’Ouest.  Voilà pourquoi je fais cette note : pour que le microcosme se réveille de son coma éthique.


J'ai rarement lu autant de bêtises en aussi peu de lignes. En préambule, je dois avouer ne pas avoir vu l'émission. Mais point n'est besoin de l'avoir vue pour démonter ces sornettes. Par contre, effectivement, je fais partie des catholiques travaillant en finance, je vais donc m'efforcer de faire une petite explication de texte sur ces thématiques.

M. de Plunkett n'ignore pas, ou fait semblant d'ignorer, que l'une des raisons principales de la chute d'Enron, Worldcom, Madoff, et autres scandales, était un problème de fiabilité des comptes. Andersen, cabinet d'audit majeur, a fait faillite à la suite d' Enron, l'enquête ayant révélée que les équipes du cabinet avaient non seulement camouflé et truqué tous les comptes présentés aux investissseurs, mais également tenté de détruire toutes les preuves de ces agissements.

Mais tout d'abord, reprenons les définitions, qu'est ce que l'audit, que nous dit Wikipédia ?

L'audit comptable et financier est un examen des états financiers de l'entreprise, visant à vérifier leur sincérité, leur régularité, leur conformité et leur aptitude à refléter l'image fidèle de l'entreprise. Cet examen est effectué par un professionnel indépendant appelé « auditeur », ancien terme français qui se retrouve en France par exemple dans les grades d'auditeur de la Cour des comptes ou du Conseil d'État.

L’audit comptable et financier est la forme moderne de contrôle, de vérification, d’inspection, de surveillance des comptes, en apportant une dimension critique. L’audit peut être interne ou externe. L’audit peut être financier. Il peut faire l'objet de missions contractuelles ou légales. L’audit est souvent plus large que la notion de révision et dépasse le domaine comptable et financier.


Ainsi chaque entreprise est dans la situation ubuesque où les cabinets d'audit sont payés et mandatés par les gens dont ils sont chargés de vérifier les comptes. On comprend vite que le rapport de force n'est pas toujours du côté de l'auditeur, surtout si l'entreprise auditée est de taille importante et représente une partie importante du chiffre d'affaire du cabinet. Un auditeur qui souhaiterait déclarer que les comptes de son client ne sont ni fiables, ni sincères, ni fidèles, se verrait instantanément rappeler à l'ordre par son client, qui lui rappellerait le gros chèque qu'il est censé lui signer à la fin de la mission. Dans ce cadre, les auditeurs sont régulièrement amenés à porter des réserves sur des comptes qu'ils n'ont pu examiner, manière discrète de dire qu'ils n'avalisent pas intégralement les comptes réalisés par l'entreprise.

Un cabinet d'audit travaille par extraction aléatoire des flux financiers et vérifie ensuite leur bon enregistrement dans les livres comptables. Autant dire que la plupart du temps, les auditeurs ne voient pas grand-chose dans les grosses structures, le petit jeu des directeurs financiers, et autres contrôleurs de gestion, étant justement de camoufler toute la poussière sous le tapis, en d'autres termes, de ne pas laisser auditer les données considérées, à tort ou à raison, comme sensibles. Quand on a découvert tous les charmes de la comptabilité dite "créative", on comprend vite qu'un bilan comptable est un outil  de communication de l'entreprise à destination de l'environnement, et non pas un état fidèle de la réalité, ce en quoi je rejoins la critique de la finance qu'en fait une journaliste comme Aliocha (avec qui je suis rarement d'accord, mais qui, sur ce point tout du moins, n'a pas tort).

Petite précision tout de même, ces méthodes ne concernent pas les petites structures dont la taille et l'ampleur sont trop faibles pour camoufler quoi que ce soit. A noter également que les choix de classification comptable sont beaucoup moins nombreux que dans les grosses entreprises. La très grande majorité des comptes réalisés en France sont donc fiables, qu'on ne se méprenne pas sur mes propos. Mais dans les très grosses structures, la tâche est toute autre, il y a un jeu complexe de pouvoirs et de négociations autour de la validité des comptes. Même si globalement, il est de l'intérêt de l'entreprise de présenter des comptes à peu près conformes avec la réalité, et je pense que ceux de la majorité des grosses entreprises le sont, il est toujours possible de camoufler des chiffres sensibles dans telle ou telle filiale de filiale à l'étranger, ou en paradis offshore, bien à l'écart du regard des auditeurs. Ça peut être illégal, sans être forcèment immoral, si des armées entières de fiscalistes sont payés pour diminuer l'impôt sur les sociétés au minimum, ce n'est pas pour rien.

Alors, puisque l'on sait que les comptes sont nécessairement peu fiables, dus à la trop grande quantité d'informations, et à l'incapacité de les réunir correctement, que faire ?

Et bien, et c'est là où l'expert a raison, on peut commencer par clarifier les choses. Donc, de transférer la responsabilité, et par conséquent, le coût de l'audit, à ceux à qui l'audit profite vraiment, c'est à dire les propriétaires de l'entreprise. Contrairement à ce que M. de Plunkett raconte, cela n'a rien à voir avec du libéralisme. Il faut tout simplement lever l'ambigüité sur la hiérarchie des pouvoirs, que les auditeurs soient libérés de toute pression financière et contractuelle par rapport aux gens auprès de qui ils sont missionnés, qu'ils puissent parler librement aux actionnaires, et évoluer librement dans l'entreprise. D'où l'idée de faire payer les investisseurs, les premiers interessés avec les salariés, de l'état réel de la compagnie dont ils sont propriétaires.

Cette mesure aurait pu être une très bonne idée dans le cas de Madoff puisqu'il a été rapidement révélé que la tenue des comptes était validée par un cabinet très proche de l'escroc, et qui ne comportait que trois collaborateurs. Ce fait a mis la puce à l'oreille de nombreux investisseurs qui s'en sont ecartés, d'autres investisseurs, probablement moins professionnels, oubliant cette règle élémentaire, et faisant confiance à la brillante renommée du financier, consulté régulièrement par la SEC. Madoff n'était pas tenu de faire valider ses comptes par une institution renommée, sa clientèle comptant en direct moins de 50 clients. Il suffisait de faire investir ses clients par un fonds nourricier, c'est à dire un fonds intermédiaire entre ses clients et le fonds crapuleux, pour rester en-dessous de cette limite.

A ce sujet, on lira avec profit ce très bon article qui liste la somme des irrégularités qui auraient du attirer l'attention des clients de Madoff, et notamment, son refus catégorique de laisser les investisseurs contacter son cabinet d'audit. Petite réserve néanmoins, il est aisé de refaire le match après-coup, en regardant le passé à la lumière de ce qu'on connait aujourd'hui. D'autres éléments, à l'époque, étaient certainement nombreux en faveur d'un investissement chez Madoff, et notamment, son implication avec les autorités de régulation ou sa bonne réputation dans la communauté financière. Crier haro sur le baudet est facile quand on sait ce qu'il s'est passé.

undefined Toujours est-il que si les investisseurs de Madoff, avaient eux-mêmes choisi, mandaté, et payé le cabinet d'audit qui aurait vérifié les comptes de Madoff, il est hautement probable qu'il n'aurait jamais prospéré tranquillement à l'abri des soupçons, l'auditeur n'ayant, dans ce cas, aucun intérêt à camoufler la mauvaise santé de la société auditée.

Ceci posé, en-dehors du problème de la faisabilité, il est évident également que cette mesure risque de chambouler quelque peu les vieilles habitudes financières et entrepreneuriales, qu'elle risque d'être peu ou mal appliquée, et que beaucoup d'actionnaires ne souhaiteront certainement pas faire cette dépense. D'autant qu'il est probable que les conseils d'administration, et autres conseils de surveillance, voient d'un mauvais oeil cette mesure qui viendrait jeter la suspicion sur les relations qu'ils peuvent entretenir avec le management d'une société qu'ils ont eux-mêmes nommé. Il est évident ensuite que cette mesure ne peut se concevoir sans une hausse du dividende, le budget accordé à l'audit devant être intégralement reversé en-sus du dividende initial.

Il est évident enfin que, sans faire de miracles (je doute que l'instauration d'une règle de ce type bannissent les scandales financiers à tout jamais, ceux-ci sont aussi vieux que le capitalisme), cette mesure va restaurer l'autorité des conseils d'administration, et le rôle de l'actionnaire aux dépens du PDG tout-puissant, système dans lequel nous évoluons actuellement. Aujourd'hui, du fait de leur morcellement, du grand nombre de petits porteurs, les actionnaires se contentent de suivre, hors-cas exceptionnels, les recommandations du PDG. Cette mesure permettrait tout simplement d'enlever un peu de pouvoir au PDG, en l'excluant d'une partie des décisions concernant la validité des comptes de l'entreprise.  Cela permettrait aux actionnaires d'abandonner ce rôle passif, de leur redonner un peu de pouvoir, eux, les seules personnes légitimes pour l'exercer.

Donc, dans cette proposition, j'ai beau l'examiner sous toutes ses coutures, je ne vois nul coma éthique, par contre, je constate une magnifique ignorance du monde de l'entreprise de la part de certains. Et il parait que ce sont les mecs comme moi qui ne lisent pas les journaux, allez comprendre...

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Lundi 22 décembre 2008 1 22 /12 /2008 15:11
Chez Koz, le billet de Liberal sur la crise des subprimes. C'est tout à fait ça.

J'ai tout de même quelques réserves sur l'asymétrie de rémunérations, vu qu'on ne peut pas être sanctionné, dans le Code du Travail, pour des fautes de gestion.

De Liberal également, j'avais bien aimé ce commentaire à propos de Rouillan:

«Françoise Besse a des comptes à régler avec Action directe», réplique Besancenot.

Ca m’avait échappé. On pense à la blague de Desproges :

On ne peut pas nier que les juifs ont eu une attitude franchement hostile à l’égard du 3e reich.

Avec Desproges, c’était drôle…


PS: Lisez également le dernier billet d'Econoclaste...



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Vendredi 10 octobre 2008 5 10 /10 /2008 12:32
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