Un argument insuffisant des catholiques

Publié le 26 Mai 2010

 

Gardez-vous des faux prophètes. Ils viennent à vous en vêtements de brebis, mais au dedans ce sont des loups ravisseurs. Vous les reconnaîtrez à leurs fruits. Cueille-t-on des raisins sur des épines, ou des figues sur des chardons ?

Tout bon arbre porte de bons fruits, mais le mauvais arbre porte de mauvais fruits. Un bon arbre ne peut porter de mauvais fruits, ni un mauvais arbre porter de bons fruits. Tout arbre qui ne porte pas de bons fruits est coupé   et jeté au feu. C'est donc à leurs fruits que vous les reconnaîtrez.

 

 

Ou, pour la version courte, on reconnait l'arbre à ses fruits. On juge de la qualité d'un objet à la qualité de ses conséquences.

 

Ce passage de St Matthieu (chp 7, 15-21) revient à toutes les sauces dès qu'on évoque certains sujets. Et les gens qui les utilisent sont de bonne foi, témoins qu'ils ont été de telle ou telle conversion, ou tel ou tel enseignement les ayant marqués.

 

Oui, mais voilà, cet argument n'est clairement pas suffisant.

 

Pour la bonne et simple raison que des fruits positifs et sains, on en tire d'à peu près partout. Les voies divines étant impénétrables, de la merde peut jaillir la plus belle des roses, du marécage putride et puant peut s'épanouir un magnifique lys. Bon exemple, cette mère de famille catholique de 6 enfants, ancienne lesbienne, cocaïnomane et féministe.

 

Samedi dernier, deux pèlerinages se sont élancés sur les routes de Beauce, l'un pour Paris, l'autre pour Chartres. Or, les prêtres de ces pèlerinages l'avouent sans ambage, la ferveur spirituelle est inversement proportionnelle au taux d'ensoleillement. S'il pleut, le recueillement, la prière et la foi sont beaucoup plus profonds que lorsque le soleil est au beau fixe, et que les filles se dévoilent. Rien de plus normal, me dira-t-on, l'homme est homme. Oui, mais si les conditions climatiques suffisent pour influer sur la spiritualité, alors que dire des apparitions ou autres institutions religieuses ?

 

A Medjugorje, on ne compte plus le nombre de conversions et de fruits spirituels reçus. Pourtant, rien de plus douteux que cette apparition. Ce très bon article fait la synthèse des éléments permettant de douter de la présence mariale. Les deux plus sérieux étant la très longue durée des phénomènes (plus de 25 ans, pas une seule apparition mariale faite à un groupe ne rivalise), et surtout, le comportement des voyants APRES les apparitions : pas un seul n'est rentré dans les ordres, certains ont une vie dissolue, etc, ce qui me semble légèrement incompatible avec la vision de notre Mère du Ciel. Cependant, les gens favorables à Mejugorje utilisent sans cesse cet argument des "fruits" pour défendre le caractère divin des apparitions. Il est probable qu'il y ait des phénomènes inhabituels qui s'y déroulent, mais que nul n'est capable de prouver si cela vient de Dieu ou du diable. Et que les fruits sont davantage le fait des circonstances organisationnelles que du caractère divin.

 

Une expérience avait très bien mis cet effet en valeur, celle de Stanford. Réalisée en 1971, celle-ci visait à comprendre les mauvais traitements que subissaient des prisonniers, dans les geôles américaines. Des étudiants, dont on avait préalablement testé l'équilibre psychologique, répartis aléatoirement dans des groupes de gardiens et de prisonniers, et qu'on avait laissé seuls en situation de prison, ont adopté des comportements scandaleux, et excessifs, en moins de 6 jours, au point que l'expérience a du être arrêtée pour préserver la santé physique et mentale des participants, dont certains avaient déjà subi de graves dommages.

 

Mon propos est de dire que les fruits, quelqu'ils soient, même s'ils sont de nature divine, sont parfois plus directement causés par la structure et l'organisation que par un geste divin au sens strict. Je ne nie absolument pas le caractère divin de certaines grâces recues. Je nie seulement qu'elles soient directement dûes aux événements en question. Je suis conscient que la phrase suivante peut choquer tout ceux qui ont été marqués ou convertis par Medjugorje, mais je doute très fortement qu'on puisse trouver sur ce lieu des grâces qu'on ne trouverait ni à Fatima, ni à Lourdes, ni, pour prendre un lieu davantage dans la même spiritualité, Paray-le-Monial.

 

Car n'oublions pas la capacité des foules à se "monter la tête". J'en sais quelque chose, je travaille sur les marchés financiers, où je constate ce type de comportement moutonnier tous les jours. La fin du monde est régulièrement prévue pour le lendemain, les foules ont tendance à donner corps à leurs illusions d'une manière sans égale. Ce qu'on appelle notamment les anticipations auto-réalisatrices, rien que le fait de vouloir voir quelque chose suffit à le faire apparaître du moment qu'un nombre suffisant de personnes partagent la même optique. Si des êtres humains, en matière financière, domaine a priori plus pondérés que d'autres, sont capables de s'illusionner de la sorte et de faire nombre de bêtises, on imagine bien qu'en termes spirituels, la situation n'est pas forcément plus brillante.

 

Le Bon Dieu agit, certes. Et il y a des lieux plus propices que d'autres où il peut agir, rien d'anormal à cela. Le problème n'est pas là, mais plutôt dans le fait de sacraliser le moyen aux dépens de la fin, de ne pas comprendre que les institutions ou les apparitions sont des moyens qui permettent à la grâce de Dieu de s'exprimer. Mais qu'elles ne sont pas un but en soi. Que les Journées Mondiales de la Jeunesse sont bien gentilles, mais que si elles n'élèvent pas vers Dieu, elles ne servent à rien.

 

Autre exemple, les légionnaires du Christ. Institution admirable s'il en est, dont on ne compte plus, là encore, les vocations, les conversions, les séminaires. Et pourtant, son fondateur était quelqu'un d'une malice et d'une perversité sans égale, en ayant trompé, dissimulé, corrompu les plus brillants et les plus fervents cardinaux de son époque, excepté un certain cardinal Ratzinger. A la suite de ces scandales, la Légion va être très probablement profondément remaniée. Les voeux seront modifiés (l'un d'entre eux interdisait de critiquer le supérieur, mais surtout, obligait à dénoncer celui qui critiquait), le nom et la spiritualité transformées.

 

Il ne faut pas beaucoup de choses pour déclencher ces effets, transformés ensuite en fruits spirituels, une simple unité de lieu, d'action, ou de pensée, est largement suffisante pour enclencher ces mécanismes psychologiques. C'est l'effet de "citadelle assiégée", que l'on retrouve dans beaucoup de communautés traditionnelles, mais également à Medjugorje où la communauté locale de franciscains s'est violemment opposée aux évêques successifs du lieu. Ayant à subir des attaques parfois violentes, la communauté se regroupe, se défend, et vise à maintenir son existence. Rien de plus normal, on ne reprochera pas à une institution de veiller à sa survie. Le problème survient quand, à l'instar de certains à la Légion, les membres n'ont plus droit à leur liberté, en parole ou en critique, quand la survie du groupe devient l'objectif même de l'institution au point même d'oublier l'objectif pour lequel celui-ci avait été fondé : Dieu.

 

Ainsi, ce n'est pas parce qu'une institution réussit son recrutement, que cela justifie pour autant en soi la présence de cette institution. Combien de fois ai-je pu entendre : "on juge l'arbre à ses fruits donc on est sur le droit chemin". Un peu court, jeune homme. L'argument des fruits pour jauger de la moralité de quelque chose me semble nécessaire mais est malheureusement insuffisant, il faudrait voir à ne pas l'oublier. Ou il faudrait alors justifier moralement de toutes les conditions catastrophiques dans lesquelles certaines personnes ont pu devenir des saints.

Rédigé par Polydamas

Publié dans #Religion

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AncillaDomini 09/06/2010 00:04



Tenez, je viens de tomber là-dessus. Ca pourrait vous intéresser... http://www.summorum-pontificum.fr/article-paix-liturgique-s-interesse-au-concile-vatican-ii-51690940.html



Polydamas 09/06/2010 00:50



J'ai vu, j'ai vu, sur le FC, notamment...



L. Chéron 08/06/2010 14:16



« Quaere Deum » . Un bonhomme en blanc a plusieurs fois répété cette formule, au cours d’une allocution prononcée dans le Ve arrondissement, à la fin de l’été 2008.



AncillaDomini 08/06/2010 12:51



Puisque vous vous dites vous-même "en recherche", je n'insisterai pas. En vous souhaitant de trouver le port au terme de votre navigation... sans trop accabler au passage une Fraternité que vous
connaissez si mal.



L. Chéron 07/06/2010 13:35



Dear maid of the Lord,


que votre joie soit parfaite ; je suis bien aise de votre jubilation, qui au vrai me semble  presque auto-suggérée. « Ah ! je ris de me voir si belle »,
en quelque sorte, puisque somme toute votre réponse confirme et illustre mon exposé de votre position. Je la résume encore : les papes et le dernier concile parlent souvent avec une « certaine
autorité » assez incertaine, mais heureusement leurs errements engagent médiocrement l’Eglise, et la FSSPX, vigie dans la tempête, pense clair et marche droit. Certes, je veux bien croire que,
parmi tous les actes des cinq derniers papes, certains ne répugnent pas à la dite fraternité, quand ils sont inspirés par sainte Faustine par exemple. D’ailleurs, ainsi que vous nous le rappelez,
vous êtes « fidèle au Saint-Père ». Dans cette affaire, tout le monde est fidèle au Saint-Père (sauf les sédévacantistes, dont le non-conformisme va finir par m’être sympathique). Ça rappelle les
querelles des collaborationnistes de l’an quarante s’injuriant entre eux, tout en protestant de leur unanime et indéfectible fidélité au « Maréchal » (qu’ils traitaient de vieux gâteux en
privé).


Par ailleurs, je vous confesse ne pas m’enfoncer avec une délectation de juriste anglo-saxon dans les discussions opposant les magistères ordinaire,
infaillible, authentique ou universel, et les adhésions relatives qu’ils requièrent, dont certains se repaissent beaucoup depuis Vatican II. Chrétien « en recherche » - comme on disait dans les
années soixante - j’ai même un jour lu sur le sujet un  opuscule de l’abbé Claude Barthe. J’avoue ne pas avoir tout compris. En son temps, le Pascal des Provinciales rigolait bien
en dissertant sur la grâce « suffisante », mais néanmoins insuffisante sans la grâce « efficace », qui n’est pas suffisante etc... Quant au magistère, l’honnête homme entend bien que l’Eglise,
mère et maîtresse, ne touche que d’une main tremblante aux vérités qui l’intéressent, et c’est de toute prudence. Aussi entoure-t-elle ses énoncés des distinctions qui par moment s’imposent. On
ne saurait le reprocher aux souverains pontifes. Mais je laisse à d’autre le plaisir de vivre la communion de l’Eglise en exercice de prétoire.


Je laisse aussi aux Renseignements Généraux l’usage de l’étiquette « ultracatholique » que je me suis gardé d’employer, n’en saisissant pas très bien le
sens. 



AncillaDomini 06/06/2010 21:57



L. Chéron, vous êtes impayable ! :-D


Lorsque Jean-Paul II a publié un texte déclarant que le célibat des prêtres ne pouvait pas être mis en question, la FSSPX a demandé s'il engageait son infaillibilité : réponse négative par
l'intermédiaire du Cardinal Ratzinger. Ni Jean XXIII, ni Paul VI, ni Jean-Paul II, ni Benoît n'ont souhaité engager leur infaillibilité à aucun moment, sur aucun texte. Rendons à César ce qui est
à César, vous n'allez tout de même pas reprocher toutes les actions des Papes à la Fraternité ! Vous savez, les Papes sont des hommes libres : ils sont capables de refuser de s'exprimer ex
cathedra tout seuls comme des grands.


Quant au reste de votre commentaire... en l'honneur de mon Seigneur, dont c'est la si belle fête aujourd'hui, je vais rengainer mon grand sabre et proposer quelques faits à votre réflexion.


Accédant à la demande du Christ transmise par Ste Faustine, Jean-Paul II a ordonné que la messe du premier dimanche après Pâques soit dédiée à la Miséricorde Divine... ce à quoi la FSSPX a obéi.


L'année liturgique qui vient de s'écouler a été proclamée "Année sacerdotale" par Benoît XVI pour toute l'Eglise... et l'était donc pour la FSSPX aussi (notre abbé l'a encore mentionné ce
matin au sermon).


Les prêtres de la FSSPX font des pieds et des mains dans les diocèses où ils sont mutés pour parvenir à rencontrer l'ordinaire du lieu (pour lequel ils prient à chaque messe - ainsi que pour le
Pape - puisqu'il est leur évêque)... et n'y arrivent jamais. S'il y a rupture avec "l'Eglise normale", ce n'est peut-être pas complètement la faute de la Fraternité... non ?


Enfin, pour ce qui est de la distinction entre Magistère ordinaire et Magistère infaillible, qui n'a pas l'air de vous inspirer beaucoup de souvenirs, je vous renvoie aux écrits de Mgr Gheradini
(ancien doyen de la Faculté de théologie de l'Université pontificale du Latran)... et à la Tradition de l'Eglise.


Pour mémoire, cette déclaration du Cardinal Ratzinger (ayant participé au Concile en tant que théologien du Cardinal Alfrink) à la Conférence épiscopale chilienne en 1988 : "La vérité
est que le Concile lui-même n'a défini aucun dogme et a tenu à se situer à un niveau plus modeste, simplement comme un concile pastoral. Malgré cela, nombreux sont ceux qui l'interprètent comme
s'il s'agissait d'un "super-dogme" qui seul a de l'importance."


Bon, je reconnais que vous m'avez fait bien rire. Si je suis effectivement fichée aux RG comme ultracatholique... c'est plutôt à cause de mon ancien profil facebook "Fidèle au
Saint-Père", sorte de plate-forme de propagande ultramontaine, fâcheusement centrée sur Benoît XVI. Avouez qu'on peut faire plus antipapiste. ^^