Une terre victime de toutes les lâchetés

Publié le 24 Juillet 2006


Une fois de plus, le Liban est le théatre d'opérations dont les enjeux dépassent largement le cadre de ce pays. Toutes les puissances de la région y viennent régler leur compte en prenant bien soin d'éviter l'affrontement direct.

Et encore une fois, c'est le Liban qui paie.

Je ne peux que vous recommander de parcourir le site de l'Orient le Jour dont je publie un article, peu tendre avec nos diplomates.

Par ailleurs, rendez-vous également sur l'excellent site de WIL dont je vous recommande ce billet, sur les responsabilités dans ce conflit et celui-ci.



Talleyrandismes
L'article de Ziyad MAKHOUL

Il serait tout de même judicieux que Rome les éclaire, ces ministres des Affaires étrangères de la planète, qu’ils arrivent à travailler en groupe ; qu’ils cessent, même si la majorité d’entre eux reste animée des meilleures intentions, de vouloir jouer, chacun, au Spiderman supervitaminé, au wannabe Metternich/Kissinger, de se faire la course, à qui réussirait en premier le mégacoup, diplomatico-médiatique, de la décennie : aboutir à l’arrêt de la guerre contre le Liban, parrainer les accords de juillet, ressusciter pour de bon ce pays voué, chaque 15 ans, avec une régularité confondante, à toutes les agonies, sans oublier aussi, surtout, de renforcer au passage ce gouvernement Siniora auquel la planète semble apparemment tenir comme à la prunelle de ses yeux – de l’immuniser.

Entre une Condie venue surtout à Beyrouth pour marquer le coup (elle savait pertinemment bien que Nabih Berry allait lui dire non), qui s’emploie à bien souligner l’urgence d’un arrêt des hostilités sans jamais évoquer son immédiateté, et qui fait dire à l’imperturbable David Welsh que les États-Unis entendent diriger la diplomatie internationale afin qu’elle mette un terme à la guerre ; entre un Douste qui lâche, sans sourciller, sa bombe nucléaire (avant un cessez-le-feu, il faut réunir des conditions politiques : d’abord, évidemment, le désarmement du Hezb...), tellement simplement, tellement évidemment, que tout le monde a cru, l’espace d’un instant, qu’il était réellement devenu le chef du Quai d’Orsay ; entre un Steinemeier qui veut faire oublier le très vert Fisher et espère faire rééditer à l’Allemagne son exploit du précédent échange de prisonniers, au nez et à la barbe de tous ; entre le prince Saoud qui veut ménager la chèvre et le chou et essayer de faire comprendre à la oumma que l’Arabie ne fait pas que critiquer l’aventurisme des uns et des autres, mais qu’elle propose aussi ; entre le trop slave Lavrov qui n’a pas de preuves de l’implication perso-alaouite dans la nouvelle guerre du Liban et qui, visiblement, prend le monde entier pour de très sots moujiks ; entre un d’Alema qui rêve d’une nouvelle Renaissance italienne, d’une déberlusconisation-éclair de la botte ; entre une Margaret Beckett qui n’a rien ni de Thatcher ni de Samuel et qui doit périr de cet ennui propre aux faire-valoir regardant leur secrétaire d’État faire la tournée des petits ducs proche-orientaux ; entre un Javier Solana perdu entre une présidence finlandaise, une commission portugaise, une pression française et une polémique espagnole ; entre un Kofi Annan qui entend nécessairement s’assurer une fin de carrière retentissante... c’est le vertige de toutes les Babel, auquel ne manque plus que les propositions de médiation soudanaise ou luxembourgeoise.

Demain, pendant près de trois heures, Rome sera capitale libanaise ; près de 250 personnes autour de 18 responsables pour débattre du devenir d’un pays martyr en vie, d’un peuple shahid hayy, pendant qu’Israël continuera de détruire et de tuer ce qui reste à détruire et à tuer et que Hassan Nasrallah se fera interviewer avec le sourire, pendant que tout un peuple agonise pour deux prisonniers et demi. Ce n’est plus un Core Group, c’est un salon de coiffure.
À moins qu’ils ne se décident vraiment à s’y mettre, ces femmes et ces hommes, et ensemble ; qu’ils décident de ne plus (se) leurrer ; qu’ils sortent la tête du sable : aucune solution, aucun plan diplomatique ne peut voir le jour tant que l’équation militaire israélo-hezbollahie n’est pas modifiée – et Israël aurait un chèque presque en blanc, jusqu’à dimanche au moins, pour l’altérer, cette équation ; aucun espoir, aucun remède ne peut servir au Liban si on n’en fait pas un nouveau Kosovo, pour au moins une décennie. Internationaliser la sécurité de ce pays, du nord au sud, d’est en ouest, serait une souffrance inouïe – un million, un milliard de fois moins, pourtant, que l’explosion du Liban, ou son implosion, ou un retour de la Syrie, ou sa berlinisation période 45.


PS: Ca y est Internet est revenu, je vais pouvoir me remettre à ma drogue favorite.

Rédigé par Polydamas

Publié dans #Relations internationales

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