A une victime strasbourgeoise

Publié le 13 Avril 2009

Cher strasbourgeois,

Désolé de t'écrire dans un si détestable contexte. Je sais que ces derniers jours ont été difficiles, abandonné que tu étais par les forces de l'ordre aux mains des Blaks Blocks. Si je me permets de t'écrire, c'est parce qu'il y a quelques années, j'ai vu ma voiture partir en flammes, et que je souhaitai te faire part de mes réflexions à ce sujet.

Tout d'abord, tu le sais, et si par hasard, ou grande naïveté, tu l'ignorais, je te l'apprends, le contrôleur général de la police l'a clairement dit, tes biens n'ont aucune importance:

Nous privilégions la sécurité des personnes à la sécurité des biens.
 
Voilà, c'est ça la France. Tout est dit.

Parce que si cette phrase peut se comprendre si les "personnes" sont des victimes, il est possible d'émettre quelques réserves si ces personnes sont des émeutiers prêts à en découdre avec les forces de l'ordre. Tu sais que, depuis l'affaire Malik Oussekine, où un homme avait matraqué en marge d'une manifestation lycéenne alors qu'il était pourchassé par des voltigeurs, les policiers ont pour stricte consigne de ne pas faire de morts parmi les émeutiers, quels qu'ils soient. Même si ce sont des casseurs hyper-brutaux, toute réplique un peu violente de la part des policiers, en vue de protéger les biens, serait de suite vue comme une "bavure" policière. Alors qu'ils font leur job. Cherche l'erreur. Et pendant ce temps-là, alors que les CRS se préparent et organisent leur plans, ce sont toi et les tiens qui prennent. A charge pour toi de survivre.

Quoi, ça te révolte ? Arrête. Ne sois pas si naïf.

Tu le sais bien pourtant, les médias aidant, que la mort d'un émeutier est le meilleur moyen pour faire sauter un ministre. En 2005, Jacques Chirac et Dominique de Villepin n'attendaient qu'un seul mort chez les émeutiers pour virer le ministre de l'Intérieur de l'époque, Nicolas Sarkozy. Pareil pour le CPE. Rappelles-toi des manifs de jeunes étudiants, où ces derniers s'étaient fait tabassés par de la racaille banlieusarde, trop contente de trouver des cibles faciles, et des portables pour pas cher. Ironie du sort, alors que ces mêmes manifestants n'hésitaient pas à crier des slogans anti-institutions, une fois sous les coups de ces crapules, leur avis était certainement tout autre par rapport à ces mêmes institutions. Mais le ministre de l'époque, conscient des risques de "bavure" (les policiers risqueraient de faire ce pour quoi ils ont été entrainés, à savoir défendre la population) a préféré laisser faire plutôt que de véritablement défendre les jeunes. Un poste de ministre est plus important que les biens accumulés durant toute une vie.undefined

C'est cynique ? Oui, c'est de la politique.

Il en va de même avec Strasbourg. Pas de bol, ça tombe sur toi. Prends sur toi un peu, il faut que tu fasses l'effort de comprendre que pour les politiques, il est plus rentable de laisser la population sous la cible des casseurs, et des vandales, que de risquer la mort d'un seul manifestant. Enfin, si on peut appeler des casseurs gauchistes, ou des racailles agressives, des "manifestants".

Donc on laisse faire. Rien de plus normal. D'où les incendies, les cassages, les voitures brûlées.

Tu seras d'accord avec moi pour dire que médiatiquement, la défense des biens, et leur préservation n'a pas pris le pas sur la mort d'un seul manifestant, les protestations lors de la mort d'un jeune manifestant à Genes en 2001 avaient été unanime s et scandalisées. Un policier, isolé durant la manifestation, se croyant en danger de mort, a fait usage de son arme. A comparer avec la tacite approbation qui avait suivi la mort d'un supporter du PSG alors que lui et ses copains attaquaient un policier. La mort d'un type classé chez les néo-nazis, c'est normal, ça permet d'assainir la société, c'est une bonne chose. Je n'avais aucune sympathie pour les actes de ce voyou, mais force est de constater que les vies ne sont pas égales selon que tu soit à gauche ou à droite, du côté des policiers, des victimes ou des manifestants.

Mais ça, je pense que ça t'a explosé à la figure ces derniers jours.

Surtout qu'un manifestant qui attaque des policiers sait à quoi il s'expose. Lis ce texte sur Causeur, personne ne viendra pleurer, excepté les médias et les gauchistes, les politiques venant de suite à la mangeoire, un manifestant tué parce qu'il lançait des cocktels Molotov sur les flics. En Europe, au moindre jet de cette arme, c'est la réplique par balles assurée.
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Sauf en France.

"Qu'on est bien en France" disait Noir Dés', ce groupe dont le leader a tué sa petite amie à coups de poings. Tu m'étonnes. On le serait à moins.

On pourrait penser qu'il faudrait la mort d'un innocent pour que les policiers se mettent vraiment à riposter, à balles réelles ou à caoutchouc. Mais non, même pas. Mets-toi ça dans le crâne. En 2005, deux hommes étaient morts durant les émeutes. Personne ne s'était levé pour les défendre, il n'y avait eu aucune émeute pour dire que la non-défense de l'Etat était intolérable, pas un seul flic pour sortir une véritable arme. Je n'ai pas encore entendu un strasbourgeois dire publiquement que Besancenot se foutait du monde d'oser critiquer la police en l'accusant, dans le même temps, d'avoir provoqué la surenchère et de ne pas avoir protégé les biens strasbourgeois. Ou dire qu'il est légitime et cohérent que ça dérape, ce qu'il a défendu sur France 2.

Et encore, t'as de la chance que ce soit filmé et diffusé. Remarque, avec tous les chefs d'Etat, c'était un peu difficile à cacher. Si ça n'avait pas été le cas, je suis certain qu'on aurait trouvé quelques bobos pour croire qu'il s'agit d'un fake monté de toutes pièces, comme la vidéo du bus parisien dont tu as certainement entendu parler. T'as de la chance également que les cameramens à Strasbourg n'aient pas été suspendus, à l'instar du policier ayant diffusé la vidéo alors que les voyous courent toujours. Ça fait longtemps que le secret de l'instruction n'existe plus pour personne, que les journalistes n'en ont plus rien à cirer, mais va comprendre, c'est beaucoup plus important de ne pas diffuser cette vidéo que de laisser faire cette agression. Petite digression au passage, j'espère que tu ne vas pas nous faire le numéro de la victime du bus, qui viendrait presque à s'excuser d'avoir été tabassé devant des caméras, contribuant ainsi à donner une mauvaise image de certaines racailles de banlieue. A le lire, on croirait que ce sont les spectateurs les vrais coupables.

On marche sur la tête ? Oui, j'espère que tu t'en rends compte.

Tu le sais, l'Etat possède le monopole de la violence légitime. S'il l'évite de l'utiliser lorsqu'elle est le plus utile, alors il ne faut pas s'étonner que les particuliers s'arment, se défendent en conséquence. Logique. Donc, quand j'entends les strabourgeois se plaindre, je me marre. On le sait depuis longtemps que rien ne changera. Tu as entendu notre cher président. Tout s'est bien passé. Tu as entendu la victime du bus, il n'y a pas eu de violence.

Tant que les victimes, tant que la population, n'auront pas réussi à mettre tous les vandalismes, qu'ils soient issus de la banlieue, des supporters du PSG, de l'extreme-gauche sur un pied d'égalité, sans chercher à excuser les uns ou les autres, on ne s'en sortira pas. Ce qui, pour le moment, n'a pas l'air de se produire. En même temps, c'est un peu de ta faute en même temps. Les votes dans ta région, bien que plus à droite que dans le reste de la France n'ont jamais permis de renverser et de changer les choses.

Alors de quoi te plains-tu ? Finalement, quelque part, tu l'as mérité, non ?

Ferme-là, on te dit. Tu ne vaux rien. Tu ne représentes rien. Tu n'es rien. Tu n'es pas une minorité, tu n'es pas un antiraciste,  tu es juste anonyme, tu n'as aucun intérêt médiatique, tu ne présentes rien d'exploitable aux bien-pensants de gauche, tu n'as donc pas droit à la parole. Et si jamais tu y avais droit, on te ferait comprendre qu'il serait dommageable de ne pas t'exprimer dans le sens du vivre-ensemble. Belle parole que voilà !

Tu es un mouton que l'on peut emmener à l'abattoir. Je le dis d'autant plus que moi aussi j'en suis un. Après que ma bagnole a été crâmée, je me suis contenté de gueuler contre le black-out de la presse. Le reste se passe dans l'isoloir, moi, je suis juste bon à manifester bien tranquillement, je suis incapable de me défendre par moi-même. Cependant, si les choses venaient à s'aggraver, et ça semble bien parti pour, crois-bien qu'il est possible que ça pourrait changer.

Strasbourg n'est que le prolongement des émeutes de 2005, ça ne modifiera rien ou presque.
Sauf si tu décides le contraire.
Bien à toi,

Rédigé par Polydamas

Publié dans #Société

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Commenter cet article

Harald 15/04/2009 23:52

"Strasbourg n'est que le prolongement des émeutes de 2005"Sur ce point précis je ne suis pas d'accord avec vous. Il ne me semble pas du tout pertinent de comparer ce qui s'est passé en novembre 2005 avec les évènements de Strasbourg. Les motivations sont complètement différentes, même si dans le fond elles relèvent du plus profond des crétinismes.

Hank 15/04/2009 14:49

Très bon texte."Tant que les victimes, tant que la population, n'auront pas réussi à mettre tous les vandalismes, qu'ils soient issus de la banlieue, des supporters du PSG, de l'extreme-gauche sur un pied d'égalité, sans chercher à excuser les uns ou les autres, on ne s'en sortira pas."Sauf que pour ça, c'est déjà trop tard.

Polydamas 15/04/2009 15:19


Je sais, je sais, mais ça ne coûte rien de le dire.


phiconvers 13/04/2009 20:48

Serge,Auriez-vous la gentillesse de m'épargner de longues recherches en m'indiquant quelle a été la thèse retenue par la justice s'agissant de la mort d'oussekine ?Merci par avance et bonne octave pascale,

Polydamas 13/04/2009 21:08


Sur Wiki, pour commencer. Ça parait assez solide.


Serge 13/04/2009 18:13

Bonjour et joyeuses PâquesJe me permets de corriger une erreur de votre part.Oussekine n'est pas mort d'une crise cardiaque ; lors du procès des voltigeurs devant la Cour d'Assises de Paris pour "coups et blessures ayant entraîné la mort sans intention de la donner", le rapport d'autopsie était éloquent, ainsi que la déposition du témoin de la scène qui lui avait ouvert la porte de son immeuble rue Monsieur Leprince.Ceci contribue à expliquer la retenue des forces de polices.

Polydamas 13/04/2009 19:40


OK, c'est noté, je change mon texte.