Quelques conséquences de la levée

Publié le 19 Février 2009

Ce n'est pas parce que je suis proche de la Fraternité St Pie X, qu'il faut pour autant refuser de voir le prix que cette démarche de réconciliation coûte à l'Eglise. En effet, depuis début de son pontificat, Benoit XVI avait pris doucement la main sur les institutions vaticanes et locales, en plaçant ses hommes liges aux postes stratégiques. L’affaire de la FSSPX y a mis, semble-t-il, un coup d’arrêt, temporaire, souhaitons-le.

 

Pour mieux comprendre les enjeux, décrivons les forces en présence. Pour simplifier, on divisera la Curie entre les courants que sont les conservateurs, proches de Benoit XVI, et les progressistes. Chez les premiers, on compte Mgr Castrillon Hoyos, président de la Commission Ecclesia Dei, Mgr Ranjith, dont j’avais déjà parlé ici, et Mgr Burke. Chez les seconds, on trouve NNSS Lehman, Martini, Schönborn, et Kasper. Ils ont l'espoir, erroné à mon sens d'une démission de la part du pape. Il me semble que ce serait quelque peu naïf de l’envisager une seconde.

 

Car, bien au-delà de la réintégration de la FSSPX, les véritables enjeux sont la répartition des postes clés au sein de la Curie. Cette année, touchés par la limite d’âge de 75 ans, doivent être remplacés à leur poste les cardinaux Re ( qui a signé le décret de levée à son corps défendant, en tant que président, du Conseil du Vatican, enjeu stratégique majeur), Kasper, et Levada, connus pour leur opinions marquées en faveur du progressisme. Au total, c'est plus d'une dizaine de postes que leurs titulaires vont devoir abandonner. Or la volonté de faire disparaitre ces bastions progressistes est claire de la part de Benoit XVI. Cette nouvelle répartition des postes aura lieu dans un an, au moment du consistoire où de nouveaux cardinaux seront crées et où les postes seront affectés. D'ici là, tous les coups ou presque sont permis pour faire pencher la décision. La pression est donc mise sur Benoit XVI pour qu'il renonce à limiter les prérogatives du courant progressiste.


Dans ce cadre, Mgr Williamson et la fraternité St Pie X arrivent à point nommé. Le cardinal Lehmann, évêque de Mayence, dont l’hostilité au pape est connue, vient de se faire remarquer en demandant rien de moins que des excuses au pape, pour la réintégration d'un évêque négationniste. Inutile de dire que l’initiative a été plutôt accueillie froidement au Saint Siège. En Autriche, on a vu le cardinal Schönborn, généralement très avare de ses propos, pointer le manque d’informations à la curie, mais également critiquer de manière à peine déguisée le pape, sur cette initiative regrettable..

 

L’occasion est d'ailleurs trop belle pour lui. Considéré comme un papabile sérieux du côté progressiste, il a été néanmoins discrédité à plusieurs reprises par l’affaire de la messe aux ballons, que j'avais évoqué, et par une exposition scandaleuse au palais épiscopal de Vienne. La fraternité St Pie X lui donne l’opportunité en or de critiquer le pape, tout en attaquant ceux qui auraient omis de signaler l'affaire Williamson, et ainsi, de se faire passer pour plus soucieux de l'intérêt pontifical qu'il ne l'est vraiment. Ce que vient confirmer l'affaire Wagner.

 

Là encore, petit retour. Les épiscopats allemands et autrichiens sont globalement progressistes et hostiles au pape, à tel point que Jean-Paul II, dans une lettre au cardinal Lehmann en 2003, les avait publiquement rappelé à l’ordre, et avait été contraint de mettre le hola aux diverses initiatives progressistes. En rappelant notamment que les diocèses catholiques germaniques ne sont pas des Eglises protestantes où la démocratie aurait droit de cité. L’Eglise catholique n’est pas participative. Qu'on se le dise.

 

Or les relations se sont brusquement tendues car Benoit XVI, contrairement à toutes les procédures habituelles, avait décidé de nommer à Linz Mgr Wagner, dont les positions conservatrices sont connues, et ce, en-dehors des trois propositions habituelles de l’épiscopat autrichien. Celui-ci n'eut pas de mots assez durs pour critiquer ce choix. On a vu l'évêque de Salzbourg, Alois Kothgasserm, oser dire qu'avec ce pape l'Église « se réduisait à une secte ». De la part d'un évêque, vous aurez noté la formule...

Le tort de Mgr Wagner ? Etre un Mgr Williamson light, sur des sujets à peine moins connotés que la shoah. Il avait considéré que l'homosexualité était une maladie, que la Nouvelle Orléans méritait l'ouragan qui lui était tombé dessus du fait des nombreux avortements pratiqués. Propos certes contestables, mais pas suffisamment graves pour revenir sur une nomination pontificale. Mgr Schönborn a donc convoqué l'épiscopat autrichien pour officiellement critiquer la décision du pape, le rappeler à la collégialité (apport de Vatican II dont visiblement Benoit XVI n'a que faire), et à la nécessaire collaboration entre l'épiscopat et le pape. En gros, les initiatives douteuses du pape, en matière de nomination, sont désormais à proscrire. Je ne sais pas pourquoi, mais je sens que certains évêques autrichiens ne vont pas rester longtemps en poste.


Conséquence prévisible, après une semaine de débats, Mgr Wagner semble céder à la pression, en demandant l’annulation de sa nomination à ce poste. Ce qui serait un sérieux revers pour le pape, si cette nouvelle venait à être confirmée. Ainsi les déclarations de Mgr Williamson, ajoutés à la réintégration de la fraternité St Pie X, sapent, bien involontairement, le travail de Benoit XVI de reprise en main de ces divers épiscopats. Même si la volonté de s’amender de la part de Mgr Williamson est claire, et que la fraternité n’est aucunement responsable de cet état de fait, ces événements n’ont pas aidé le pape dans sa tâche. Il faut noter par ailleurs, pour relativiser, que vu le passé de la fraternité, sa réintégration se serait de toute façon mal passée. Mais on aurait tout de même pu faire moins spectaculaire.

 

A l’inverse, l’épiscopat français, en ce moment, joue de manière plus habile. Dernièrement, on a vu Mgr Vingt-Trois dire la messe en forme extraordinaire, à St Germain de l’Auxerrois et à St Eugène, à Paris. Il sent le vent tourner et fait ce qu’il faut pour ne pas être trop mal vu à Rome, sans pour autant lâcher du lest sur les enjeux véritables, c'est-à-dire les paroisses où des messes, dans le cadre du Motu Proprio, pourraient être organisées. A l'instar de certains de ses collègues, il a compris qu’il fallait mieux éviter de jouer ouvertement la contestation face au pape. 
 

L’hostilité entre le pape et l’épiscopat autrichien est patente, et n’avait nul besoin de la fraternité pour s’aggraver. Même chose entre le pape et certains membres de la curie. Il faut tout de même reconnaître que le négationnisme est un argument en or pour ces évêques, et a affaibli le pape. Ainsi, la FSSPX, et l’affaire Williamson, ne sont rien d’autre que des tentatives pour déstabiliser le Saint Père.

 

On espère que le voyage en Israël sera pour lui l’occasion de reprendre la main. Comme le rappellent certains rabbins, il ne faut pas laisser les franges les plus progressistes dicter leur conduite au pape. On sait que le dialogue interreligieux avec les juifs est d’un intérêt assez limité, personne n'étant prêt à revenir sur la considération que chaque religion porte au Christ. Par contre, après les scandales, pour redorer une image médiatique ternie, le périple en Israël, avec quelques images fortes est justement l'occasion rêvée. Continuons donc à prier pour les intentions du pape.

 

« Priez pour moi, afin que je ne me dérobe pas, par peur, devant les loups »


PS : Pour soutenir le pape, en-dehors de la prière, il y a la lettre de soutien, qui compte désormais 6 évêques...


 

 

Rédigé par Polydamas

Publié dans #Politique

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Commenter cet article

Sandrine 26/02/2009 11:11

Après vérification, Polydamas, qu'est-ce qui a pu vous faire croire que je remettais en cause le monogénisme, c'est à dire l'existence de Adam et Eve, premier couple, créé par Dieu et auteur du péché originel ?...Je ne le remets pas du tout en cause.

Polydamas 26/02/2009 19:18


S'il vous faut revérifier ce que vous avez dit, parce que vous ne connaissez pas le monogénisme, je ne peux pas grand chose pour vous.


Sandrine 26/02/2009 09:50

c'est quoi le monogénisme ???.........

Sandrine 25/02/2009 14:08

J'ai du mal à comprendre ce que vous venez de poster : ce n'est pas en essayant d'aprofondir ma Foi et ma compréhension que je pourrais être hérétique, car approfondir sa Foi et sa compréhension est un devoir de tout chrétien.par contre, oui, on peut se poser des questions sur ceux qui rejettent Vatican II qui est quand même assez dogmatique,  et qui sous prétexte de Tradition, désobéissent à la Tradition qui est d'obéir...

Polydamas 25/02/2009 16:19


Arrêtez vos conneries, je ne remets pas en cause le monogénisme, comme vous le faites.


Sandrine 24/02/2009 19:02

@PolydamasPourquoi ça serait une bonne idée de se calmer ? Vous n'êtes pas calme ? Moi, si. Faites comme moi...

Polydamas 24/02/2009 19:48


C'est vous qui venez donner des leçons sur l'hérésie ?


Dang 24/02/2009 11:20

Dans son éditorial de "France catholique", cette semaine, Gérard Leclerc souligne l'intérêt qu'il y aura pour les conciliaires de discuter avec ceux qui n'ont pas accepté Vatican II. Il croit, comme moi, qu'une clarification des positions sera fructueuse pour les deux parties.

Polydamas 24/02/2009 19:49


Bien d'accord avec toi, tout le monde aura à y gagner...