Que se passe-t-il au Darfour?

Publié le 2 Mai 2006

    En ce moment, c'est la tarte à la crème. Dés qu'on souhaite évoquer les malheurs dans le monde, c'est le premier exemple qui vient à l'esprit des commentateurs de tous poils. Entre génocide, famine, guerre civile, j'ai pour ma part, toujours eu du mal à comprendre ce qui se passait là-bas. Ignorance que j'ai décidé de combler. Au moins si vous n'apprenez rien, cet article m'aura permis de mieux saisir l'ampleur de ce drame.

Tout d'abord, qu'est ce que le Darfour?

    Le Darfour est une région de l'Ouest du Soudan (vous savez, ce pays, où règne la charia, juste en dessous de l'Egypte) en plein désert du Sahara. C'est une région qui jouxte la Lybie, le Tchad et la Republique Centrafricaine. Couvrant une surface à peine inférieure à la superficie hexagonale, cette région compte environ 6 millions d'âmes. C'est une région majoritairement composée de montagnes, appelées le djebel Marra.


    Le Darfour tire son nom de la peuplade des Four qui habite sur les plateaux du djebel et qui y régnait, avant que la région ne soit intégrée au Soudan, dans le cadre de la découpe au couteau des territoires décolonisés. Tous les protagonistes de ce conflit sont musulmans et parlent l'arabe, au minimum comme langue officielle. Les différences se situent essentiellement sur le mode de vie: les Four, et les tribus voisines, sont des paysans et font face au Nord à des tribus nomades, donc des éleveurs pour la plupart.

Quelles sont les origines du conflit?

    Sans remonter trés loin, on peut s'apercevoir que les choses n'ont guère changé depuis 1985, date à laquelle des tribus du Nord avaient déjà envahi le Darfour. Nombre de villages y avaient été alors ravagés. La raison invoquée était la sécheresse qui sévissait au Nord. Mais durant toutes les années qui ont suivi, la région a été saignée par des conflits locaux d'envergure moins importante, dont l'initiative revient généralement aux tribus du Nord.

    Il faut signaler, l'apparition des "janjawid", les colonnes infernales locales, responsable de la grande majorité des massacres (il semblerait que ces massacres soient une tradition depuis de longues dates, si l'on en croit cet article). Ils sont aidés par l'état soudanais à qui il revient moins cher de fournir des armes aux milices du Nord plutôt que de financer une armée. Ces milices sont pour la plupart des personnes desoeuvrées, qui ne sont généralement plus sous le contrôle de leur tribu d'origine ou des Anciens.
   
    La désertification du Nord les poussent à rechercher les ressources du Sud. Car, et c'est la principale raison du conflit, le Sud est beaucoup plus riche que le Nord. Le Darfour était, au niveau des plaines, le grenier à blé du Soudan, situation qui a désormais disparue. Les paysans ayant été expropriés lorsqu'ils ne sont pas massacrés ou exilés, et les terres ne sont plus cultivés, ce qui engendre famine et mal-nutrition. Enfin les enjeux pétroliers viennent couronner le tout.

    En fait ce qui a changé est qu'en 2003, s'est organisée une résistance des populations du Darfour face à Kharthoum, l'Armée de Libération du Soudan à ne pas confondre avec  l'Armée  Populaire de Libération du Soudan, le mouvement de résistance au Sud Soudan. Opposition divisée, mais determinée à défendre les leurs.

    Enfin il faut rajouter le comportement souvent ambigü des puissances occidentales, pour qui Khartoum, malgré sa corruption évidente, est un facteur de stabilité. Cela a été la position française durant de nombreuses années. Par exemple, on recense au Soudan, depuis la décolonisation, plus de 15 coups d'état, soit un à peu prés tous les quatre ans. Cependant la crainte de déstabilisation du Tchad, déjà en état de guerre civile larvée (les tribus qui se battent au côté des Fours se répartissent sur un territoire qui s'étend largement sur le Tchad) a été la cause d'un changement de comportement de la part des Occidentaux.

Quelles sont les conséquences?

     Le nombre de morts est globalement évalué à plus de 400 000, avec plus de 3 millions de réfugiés. Il faut rajouter à ce bilan les 50 000 morts des mal-nutritions et des famines diverses. A noter que les organisations humanitaires sont rackettés par Khartoum, et peuvent difficilement porter assistance aux réfugiés. Je passe sous silence tous les drames qui accompagnent ce genre de conflit, entre les viols, les executions, les pillages et les déportations.

Mais que fait l'ONU?

    Elle ne peut pas faire grand chose. L'ONU a admis il y a un an, qu'il y avait bien des "crimes contre l'humanité" sans retenir cependant la qualification de "génocide". Mais le conseil de sécurité refuse de mettre en oeuvre les seules sanctions efficaces contre le Soudan, à savoir, l'embargo sur le pétrole (ça ne plairait pas à la Chine) et l'embargo sur les armes (ça ne plairait pas aux Russes, premier fournisseur du Soudan).

    Le conflit a été, et reste occulté par la guerre civile entre le Sud chrétien et animiste et le Nord gouvernmental et musulman. Car, à trop évoquer le Darfour, la communauté internationale risque de mécontenter Omar El Bechir, le président soudanais, qui pourrait briser le fragile traité de paix entre le Sud et le Nord. Et quelquesoit le côté que l'on regarde, il est certain que la responsabilité de son gouvernement soit trés lourde, dans les massacres et conflits qui minent le Soudan.

    Aucune force internationale n'a été envoyé sur place, excepté un contingent africain, qui a été peu aidé. Le gouvernement soudanais refuse (il n'est pas fou!) pour le moment toute introduction d'une force de maintien de la paix sur place. Signe d'évolution: des acteurs des deux camps ont été sanctionnés par l'ONU pour avoir fait obstacle au processus de paix. Sanction somme toute relative: gel des avoirs et interdiction de voyager. Enfin, sous la contrainte onusienne, il faut noter que des négociations entre les parties sont en cours, dont l'issue prévue le 30 avril dernier, est repoussée de jour en jour.
    Espérons que ces négociations aboutissent même s'il y a évidemment peu de chances que cela règle définitivement le problème du Darfour.
  

     En conclusion, on pourrait synthétiser la situation en considérant le fait que le Soudan est, à mon sens, trés représentatif de l'Afrique. C'est un pays qui ne possède aucune unité, qui a été artificiellement construit, comme d'ailleurs partout en Afrique. Il est miné par des guerres ethniques et religieuses mêlés de conflits locaux. Auxquels il faut ajouter des ressources à nulle autre pareilles, constituant un enjeu international majeur. Et, last but not least, des gouvernements corrompus, perpétrant indirectement des massacres contre leur propre population.


Sources: Wikipédia, le Monde Diplomatique, Urgence Darfour dont je vous recommande cet article et  Afrik.com
  

Rédigé par Polydamas

Publié dans #Histoire

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