De Mai 1958 à Mai 1968

Publié le 13 Mai 2008

De Gaulle prit le pouvoir le 13 Mai 1958 grâce à la droite traditionnelle, pleine d'espoir en sa politique. Quelle ne fut pas la désillusion de celle-ci quand elle constata que, loin de sauver ce qui pouvait l'être en Algérie, son héros décida de lâcher ce qui était alors un département français, de la pire des manières possibles. Partant, en liquidant la droite traditionnelle et s'alliant tacitement aux communistes, De Gaulle a donné naissance à ces enfants capricieux que furent les soixante-huitards.

Soixante-huitards qui ont terminé le boulot en éliminant durablement la droite du paysage politique. Même si sur l'Algérie, l'indépendance était inéluctable sous une forme ou sous une autre, force est de constater qu'elle s'est déroulée de la pire des manières possibles, et qu'elle a permis au chef de l'Etat d'éliminer les tenants de la droite dure qui le génait.

Toujours le même principe, diviser pour mieux régner.

Un article passionnant de Dominique Venner paru dans le très bon numéro de la NRH de ce mois.

Dix ans séparent Mai 58 et Mai 68. Deux événements opposés. La jeunesse avait changé de visage, passant du béret de parachutiste à la tignasse gauchiste.

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Dix années seulement séparent Mai 58 et mai 1968, deux événements de signification radicalement opposée. Le premier s'est déroulé sous une débauche de drapeaux tricolores et d'effervescence patriotique. Le second, sous une marée de drapeaux rouges et de tumulte révolutionnaire. Dans les deux cas, une fraction de la jeunesse fut l'un des acteurs décisifs. Mais, en dix ans, elle avait changé de visage, passant du béret de parachutiste à la tignasse gauchiste.

Le général De Gaulle était revenu aux affaires à la faveur du premier événement. Il l'avait utilisé sans l'avoir créé. En revanche, l'événement de mai 1968, survenant après dix années de pouvoir sans partage, était à bien des égards son enfant, un enfant adultérin dans lequel il ne pouvait se reconnaître, mais qui lui devait beaucoup. Le basculement de la France et de sa jeunesse du drapeau tricolore au drapeau rouge sous le règne du Général, voilà un de ces incroyables paradoxes sur lesquels les historiens auraient dû s'interroger.

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Mais pourquoi le mythe de la Révolution a-t-il resurgi après dix ans de pouvoir du Général ( en 1968, ndb), alors que lui-même y était allergique?

D'abord, on ne peut oublier la « révolution de 1944 ». Les effets cumulés de l'Épuration, le prestige de l'URSS, la peur et la fascination inspirées par le parti communiste, le terrorisme intellectuel qu'il exerçait avec la complicité active de ses compagnons de route avaient éliminé toute résistance à son influence dans l'enseignement et le rnonde culturel. L'étau ne fut desserré que sous l'effet de la guerre froide, puis de la déstalinisation et de l'écrasement de la révolution hongroise de 1956. Le changement devait également beaucoup au prestige retrouvé d'une droite littéraire dont les représentants les plus âgés, Paul Morand, Sacha Guitry ou Céline, avaient subi les foudres de l'Épuration. Le courage d'une poignée d'écrivains et d'universitaires indépendants n'y était pas non plus étranger. On songe à Thierry Maulnier, Raymond Aron, Jacques Laurent, Roger Nimier, Roland Laudenbach, Jules Monnerot, Raoul Girardet, Julien Freund et même André Malraux qui, au temps du RPF, ne craignait pas de rompre des lances avec ses anciens amis communistes. Dans le monde politique, l'affranchissement de l'emprise communiste avait commencé en mai 1947, lorsque Paul Ramadier, président du Conseil socialiste, s'était séparé des ministres communistes. À l'automne suivant, les grèves semi-insurrectionnelles réprimées par les socialistes avaient accentué la cassure. La guerre d'Indochine avait ramené un peu plus le PCF dans la posture antinationale qui avait été la sienne avant son entrée tardive dans la Résistance (2). Simultanément, une part importante de l'opinion s'inquiétait de la menace exercée par l'Armée rouge sur l'Europe occidentale.

Le général De Gaulle lui-même, était alors convaincu de l'imminence d'une guerre et d'une invasion soviétique. Dans les années 1950, l'anticommunisme devint une composante essentielle de la vie politique française. Dans le même temps, les effets de l'Épuration commençaient à s'estomper. Ostracisés depuis l'été 1944, un nombre considérable de notables nullement collaborationnistes, simplement pétainistes, retrouvaient leur place dans la vie sociale et politique. Cela s'était fait à la faveur d'un retournement d'opinion, de la publication de très nombreux mémoires en défense et d'un désir d'apaisement qui devaient conduire à l'émergence du Centre national des indépendants, au gouvernement du très populaire Antoine Pinay, ancien membre du Conseil national de Vichy, et à l'amnistie de 1953. Sauf pour le parti communiste et pour quelques fractions irréductibles, la guerre civile franco-française de 43-44 s'estompait. La page était peu à peu tournée. Cette évolution s'est trouvée brutalement interrompue par le retour au pouvoir du général De Gaulle. Avec lui et autour de lui réapparut l'esprit partisan qui avait servi de socle à sa grande légende. La geste résistante fut réveillée et avec elle, nécessairement, l'alliance « historique » avec les communistes, ce que symbolisa le transfert des cendres de Jean Moulin au Panthéon.

Après l'euphorie trompeuse de l'année 1958,les ambiguïtés de la politique algérienne du Général éveillèrent une opposition nationale toujours plus vive en France et chez les Européens d'Algérie. Quinze ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, la France entrait une nouvelle fois dans une période de guerre civile larvée. Et, comme la fois précédente, le général De Gaulle, homme de droite s'il en fut, passa implicitement alliance avec les communistes et leurs émules contre ceux qui, par fidélité à des principes essentiels, refusaient de le suivre aveuglément et allaient bientôt le combattre.

L'espace de liberté et de renaissance ouvert durant les années 1950 se referma à la fin de la guerre d'Algérie quand la répression s'abattit sur tous ceux qui n'acceptaient pas le tournant politique dont allaient être victimes les Européens d'Algérie et les musulmans engagés du côté de la France. S'appuyant sur le pouvoir intellectuel et médiatique de la mouvance communiste et gauchiste pour écraser ceux qui lui résistaient, le Général préparait ainsi le choc en retour qui lui reviendra en pleine figure en 1968.

Homme de pouvoir pragmatique, redoutable dans l'action, De Gaulle méprisait les idéologies, dont il ne percevait pas le rôle. À ses yeux, par exemple, l'URSS n'était rien d'autre que la Russie, ce qui était à la fois vrai et faux. Sans doute ni Lénine ni Staline n'avaient pu abolir certaines permanences russes, à commencer par celles de la géographie. En revanche, l'idéocratie soviétique avait détruit une part importante de la tradition russe, tout en faisant de l'ancien empire tsariste un instrument de subversion universel. Mais de cela, le Général ne se souciait pas. Sa vision politique et historique « classique » ne lui permettra pas non plus de voir venir et d'interpréter les formidables transformations dans les mœurs et les représentations qu'annonceront les événements de mai 1968.

D'un œil méprisant, il surveillait de loin l'agitation d'une gauche mise électoralement en déconfiture par son retour au pouvoir et par sa politique algérienne. Ce qu'il avait fait, jamais elle n'aurait eu la force ni le culot de le faire. Elle n'en continuait pas moins de voir en lui un « général fasciste », et ne restait pas inactive. Mais il était indifférent à cette agitation sans percevoir la menace que l'actif travail de sape représenterait pour son pouvoir. La naissance du gauchisme, c'est à dire d'une nouvelle gauche extrême en marge du communisme, avait commencé peu avant 1958, à la faveur de la guerre d'Algérie.

(...)

Le parti communiste se remet difficilement de la crise provoquée en 1956 par le XXe congrès du parti communiste de l'Union soviétique et la déstalinisation. C'est en dehors du PCF et des grandes formations de la gauche traditionnelle que se développe et s'organise l'action directe en faveur de l'indépendance algérienne, et plus tard contre l'OAS. Pourtant, cette nouvelle gauche n'aurait rien pu être sans la puissante irradiation communiste dans la société.

De la guerre d'Algérie à celle du Vietnam

L'affaire algérienne contribue aussi à une dérive de nombreux chrétiens qu'imprègne la grande culpabilité de l'homme blanc. Dans les mouvements d'Action catholique, à la JEC, à l'ACO, au groupe Reconstruction, chez certains ecclésiastiques, à la JAC, chez les scouts, dans la presse catholique et protestante, on prend position, on dénonce la « torture», on se mobilise dans les réseaux des « porteurs de valises ».

L'UNEF, le principal syndicat étudiant, s'engage dans la même voie, exploitant la crainte de voir supprimer les sursis d'incorporation. Ses dirigeants rencontrent en Suisse les représentants du FLN, afin de convenir d'une politique commune. À la fin des années 1950, écrit Thierry Pfister qui a vécu cela de l'intérieur, « la puissance du syndicalisme étudiant s'est constituée comme réaction collective de trouille face à une éventuelle affectation en Algérie (3).»

Dans l'intelligentsia on signe, on signe fébrilement. En 1961, l'apparition de l'OAS, son influence auprès de lycéens parisiens offrent un nouveau prétexte de lutte sur le thème de la mobilisation antifasciste. Dans les lycées et les facultés, la création du Front universitaire antifasciste (FUA) favorise la création d'un noyau actif de jeunes trotskistes. L'indépendance de l'Algérie en 1962 et la disparition de l'OAS laissent, un temps, cette nouvelle gauche démobilisée. Cependant, venant de Chine, se dessinent à point nommé les signes d'un nouvel espoir. Inlassablement, la « Providence » vient de la sorte au secours des âmes de gauche pour les relancer vers de nouvelles espérances et de nouvelles causes «généreuses». Fondée à l'origine par le parti communiste, l'Association des amitiés franco-chinoises va devenir le vecteur de l'influence maoïste. À partir de 1963, à l'initiative de ses militants, on voit apparaître des Cercles marxistes-léninistes. Ces derniers sont en fait les précurseurs des groupes pro-Chinois qui, autour de L'Humanité nouvelle ou des Cahiers marxistes-léninistes de l'École normale supérieure de la rue d'Ulm, vont se développer en France comme un peu partout en Europe.

À partir de 1965, l'aggravation du conflit vietnamien et l'intervention américaine viennent offrir un thème mobilisateur à tous ces groupes qui, dans une France endormie, vivotaient en se chamaillant. Comités et pétitionnaires relancent l'enthousiasme et l'unité d'action en faveur de providentielles victimes.

Cette même période voit naître dans les universités américaines une opposition à la guerre du Vietnam, nourrie par la crainte de la conscription et par la contre-culture (Love not war). Le Free Speech Movement de l'université de Berkeley renouvelle complètement les méthodes d'agitation qui sont reprises en Allemagne, à l'université libre de Berlin et en France par les petits groupes plus ou moins libertaires d'Antony et de Nanterre. La revendication de la liberté sexuelle, la contestation des professeurs, l'opposition à l'intervention américaine au Vietnam, la critique de la société de consommation servent de prétextes à une agitation nouveau style, qui perd en idéologie ce qu'elle gagne ei émotionnelle.

L'année 1967 marque une recrudescence du phénomène. Les comités, les groupuscules, les journaux se multiplient. Le terrain politique français se révèle particulièrement favorable. Il bénéficie de la politique gouvernementale favorable au Nord-Vietnam. Le pouvoir gaulliste soutient ce qui gêne les États-Unis. Les manifestations de rue en faveur du Vietcong sont tolérées. On arrête souvent les militants du mouvement droitiste Occident, mais ceux des « Comités Vietnam de base» ont peu à craindre de la police.

À la veille de mai 1968, les prisons françaises sont encore peuplées de condamnés de l'OAS, militaires ou civils. Utile quelques années plus tôt contre cette opposition pugnace, la gauche extrême s'est vu accorder de grandes facilités par le pouvoir, au point de détenir un quasi-monopole dans certains secteurs essentiels de l'enseignement, de l'Université et des médias. Peu après les événements, l'écrivain Romain Gary, gaulliste de gauche, conseiller du ministre de l'Information, évoquera le concours apporté par la télévision nationale aux communistes vietnamiens ou chinois : «Pendant à peu près deux ans, des flots de propagande antiaméricaine furent déversés sur lepublicpar notre télévision nationale. [...] Et la Chine de Mao ? Pendant un an, elle n'a eu droit qu'à des "témoignages" sympathiques, qu'à des reportages bienveillants. Citez-moi donc l'exemple d'un seul reportage ou d'un commentaire "critique". Lorsqu'à Pékin, une actrice de cinéma, la tête rasée par les Gardes rouges, que l'on n'appelait pas encore les "enragés", se suicidait en se jetant du septième étage, c'est tout juste si notre ORTF national ne soulignait pas le côté "positif" de cette horreur: la preuve que la Chine de Mao avait donné au peuple des immeubles de sept étages'(4). »

Depuis longtemps, l'enseignement public avait joué un rôle essentiel dans la formation d'une « légende rouge » positive et même exaltante. Dans les livres d'histoire, de géographie ou de philosophie, Marx, Lénine, Staline, la révolution bolchevique et le système soviétique étaient présentés sous les couleurs idéales du romantisme révolutionnaire. Les étudiants et lycéens de 1968 qui se jetteront dans les rues le poing levé, jargon-riant des slogans sur le « prolétariat en lutte », ne feront que reproduire les images inscrites dans leur imagination par des légions de professeurs qui seront les premiers à en faire les frais.

De 1966, début de la «Révolution culturelle» chinoise, à mai 1968, la «mode mao» bat son plein. Signe infaillible, la veste en bleu de chauffe des prolétaires chinois est copiée dans les boutiques les plus chic de prêt-à-porter parisien. On la retrouve même dans les pages fort déshabillées du magazine Lui. Son numéro de juin 1967 est entièrement consacré à la Chine rouge. Jacques Lanzmann y présente de jolies filles à demi vêtues de vestes mao, mimant à leur façon les combats de la Révolution culturelle. Chaque photo est soulignée d'une citation de Mao, tandis qu'un texte de l'écrivain Han Suyin chante les mérites de la Chine populaire. Ailleurs, Géraldine Chaplin se fait photographier sous le portrait de Mao pendant qu'Alain Barrière chante à l'Olympia Vcomme Vietnam.

Qu'est-ce qui, dans le maoïsme, séduit donc tant la bourgeoisie branchée et ses rejetons? « Tout simplement un gigantesque malentendu, répond Christophe Bourseiller. Aujourd'hui, la Révolution culturelle apparaît pour ce qu'elle était, une sordide et sanglante lutte pour le pouvoir entre Mao Zedong et Liu Shaoshi. « Mais à l'époque, chacun voulait croire en la dimension libertaire au phénomène. De sorte que les Gardes rouges semblaient tracer aux jeunes Français la route à suivre: celle d'un chahut radical et joyeux, d'un monôme poussé à l'extrême. Pour lespro-Chinois français, la Chine était le pays le plus libre du monde.»

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Les retombées de Mai 68 seront loin d'éteindre les enthousiasmes. En 1970, après la saisie de l'organe maoïste La Cause du peuple, le cinéaste François Truffaut annonce qu'il vendra ce journal dans la rue. C'est du dernier chic. Tandis que la télé filme la scène, Truffaut reçoit le renfort de Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, Patrice Chéreau, Samy Frey, Claude Lanzmann et autres célébrités de moindre pointure. Sans multiplier les exemples à l'excès, on ne saurait oublier la revue littéraire Tel Quel, lancée chez Gallimard par Philippe Sollers, l'une des curieuses illustrations de la « folie mao » qui s'est emparée des esprits les plus scintillants du moment. Epistémologie, quand tu nous tiens ! Alors que tout était connu depuis longtemps sur les crimes et les massacres en masse perpétrés par les divers régimes communistes, d'ambitieux jeunes gens continuent imperturbablement de prêter1958 aux abattoirs toutes les séductions du paradis.

Dans les conditions particulièrement favorables de l'Hexagone gaullien, l'intelligentsia développe une activité fébrile. Quelques années encore, et la preuve sera apportée de la justesse de la théorie de Gramsci pour qui la prise du pouvoir politique est précédée et préparée par la prise du pouvoir idéologique. Pour l'heure, la France est mûre pour une grande farce et une grande trouille (5).


2. La ligne du PCF pendant la guerre d'Indochine était définie par les notes retrouvées dans les papiers d'un de ses principaux dirigeants, Jacques Duclos : « Travailler à la défaite de l'armée française partout où elle se bat. »
3. Thierry Pfister, Lettre ouverte à la génération Mitterrand qui marche à côté de ses pompes, Albin Michel, Paris, 1986.
4. Le Monde,21 juin 1968.
5. Pour en savoir plus, on peut se reporter à l'essai de Dominique Venner,De Gaulle, La Grandeur ou le Néant, Le Rocher, 2004.


Rédigé par Polydamas

Publié dans #Histoire

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Dang 14/05/2008 20:55

@Paulin : certes Dominique Venner était un acteur engagé (mais avec un rôle somme toute subalterne vu son jeune âge) dans les événements dont il parle. Je ne pense pas toutefois que cela soit suffisant pour disqualifier son analyse. C'est aujourd'hui un historien sérieux et reconnu comme tel. Refuser à Dom de parler de 58-68 en historien reviendrait à refuser à Robert Aron de parler de Vichy puisqu'il était juif et eut à souffrir de l'antisémitisme de ce régime. Et pourtant Robert Aron avec son "Histoire de Vichy" a fait sûrement la synthèse la plus équilibrée sur l'Etat Français.Pour revenir aux événements de 68 je suis surpris que Dom ne mentionne pas l'action d'Occident dans les premières manifs violentes. Les fafs d'Occident avaient un vieux compte à régler avec De Gaulle et la possibilité de déstabiliser le régime du général les amena, au moins au début, à s'allier aux gauchistes pour casser du CRS et instaurer la chienlit si préjudiciable au gaullisme.Vous dites par ailleurs qu'Occident était surtout un mouvement violent. C'est exact. Mais Occident n'était qu'une facette de l'extrême-droite, un simple mouvement dissident de la FEN (Fédération des Etudiants Nationalistes). Les revues et journaux exprimant la pensée d'extrême-droite ne manquaient pas. Je ne parle pas de Rivarol ou, dans une moindre mesure, des Ecrits de Paris qui ressassaient interminablement leur haine des juifs, des francs-macs, des gaullistes, des épurateurs etc...ni de Jeune Nation, journal qui se voulait fasciste et didactique et qui avait été interdit dès 1959. Je voudrais mentionner surtout "L'Esprit Public", "Europe Action" (où écrivait François d'Orcival) et du côté de la droite nationale et catholique "Ordre français" de Pierre Debray et Michel de Saint-Pierre, ou "Itinéraires". Il y avait donc bien à l'époque un bouillonnement des idées de la droite extrême.@Polydamas : je ne te suis pas vraiment quand tu dis que l'amnistie des soldats perdus procède de ce qu'on avait compris en haut lieu qu'il était préférable d'avoir les officiers dans la rue pour défendre l'ordre qu'en taule.Rares furent les officiers réintégrés dans l'armée. Je crois surtout que leur libération fut le résultat d'un petit marchandage entre Massu et De Gaulle. "Je libère les généraux, tous les officiers et dans la foulée  tous les OAS mais vous m'assurez de votre soutien en cas de pépin".La Grande Muette avait mal vécu de voir son élite se retrouver devant des juridictiosn d'exception et emprisonnée pour de longues années.Hélie Denoix de Saint Marc est un bel exemple de ce gâchis.

Paulin 14/05/2008 18:36

Jean Moulin n'était pas communiste. C'était un homme de gauche, incontestablement, mais plus proche des radicaux que du PCF.

Polydamas 14/05/2008 20:15


Faudrait que je vérifie ce point effectivement.


Paulin 14/05/2008 18:33

J'avais acheté ce numero de la NRH, et j'avoue ne pas avoir été convaincu par la thèse défendue.Une première remarque : Venner a connu cette époque, fait la guerre d'Algérie, rejoint Jeune Nation et milité dans l'antigaullisme. Il parle donc en tant que témoin d'époque, pas comme historien (si l'on postule que celui-ci doit conserver une distance par rapport aux faits qu'il commente).Et puis, si l'on lit Generation Occident, de Frederic Charpier, on voit bien que les militants d'Occident, qui eux aussi maniaient la barre de fer, n'ont pas été plus inquiétés par la justice que les gauchistes. Et Occident a fait beaucoup d'actions d'éclat, mais a peu rédigé de journaux, de tracts. Ils ont cherché à dominer physiquement, pas intellectuellement.Enfin, le developpement de la société de consommation, la tertiarisation des emplois, l'équipement des ménages en biens domestiques aura sans doute plus oeuvré au déclin du marxisme qu'un édito de Dassault dans Jours de France. Mai 68 aura été le chant du cygne du marxisme.

Polydamas 14/05/2008 19:55


Sur la première critique, tout le monde a été partie prenante, personne n'est indépendant, de toute façon, votre reproche s'applique aussi bien à Venner qu'aux soixante-huitards réecrivant
l'histoire.

Ensuite, il ne me semble pas qu'il évoque Occident, le mouvement de jeunes fafs de l'époque, que les intellectuels de droite de l'époque qui ont été priés de la boucler sous De Gaulle.
Il est évident également que le mouvement de tertiarisation est bien plus puissant que toutes les idéologies de droite ou de gauche. Mais était-ce vraiment la peine de mettre l'idéologie de droite
sous le boisseau, alors qu'en face l'idéologie gauchiste s'exprimait ouvertement ?


Paulin 14/05/2008 18:22

Il n'y avait pas que les communistes à souhaiter la sortie du conflit algérien...Les referendums organisés par De Gaulle ont bien montrés que l'opinion était derrière lui sur la question algérienne.

Polydamas 14/05/2008 19:57


Tout à fait, mais il me semble que cela s'est réalisé de la pire des façons possibles, et en revenant sur sa parole (les promesses n'engagent que ceux qui les recoivent)...


vhp 14/05/2008 01:10

Sur les membres de l'OAS qui croupissaient encore en prison en 1968, on peut d'ailleurs souligner ironiquement la seule conséquence pratique et immédiate de mai 68 (avec la dissolution et les accords de Grenelle, je l'accorde) : la libération des derniers prisonniers de l'Algérie Française, sur demande de Massu...

Polydamas 14/05/2008 08:06


Tout à fait, je trouve que c'est justement une preuve de la stratégie décrite par Venner. Soudain, face aux troubles de Mai 68, on se rend compte que la droite traditionnelle, en tant que
pourvoyeuse d'officiers de grande qualité, peut servir, et qu'ils sont finalement plus utiles dans la rue, à protéger la République, que dans les geôles de cette même République. Il y a là, comme
un léger paradoxe, une légère contradiction, qui conduira De Gaulle à abandonner les rênes l'année suivante.